France 2-0 Pays de Galles : ce qu’il faut retenir

Avant de retrouver l’Allemagne championne du monde demain soir à Cologne, l’équipe de France a réussi sa dernière sortie à domicile de l’année en s’imposant face au Pays de Galles (2-0) grâce à des buts de Griezmann et Giroud. Retour sur quelques points-clés de cette rencontre.

Griezmann recule, Mbappé accélère 

Visé par pas mal de critiques en ce début de saison, Antoine Griezmann a répondu sur le terrain en étant l’un des meilleurs Français (le meilleur ?) sur la pelouse. Au-delà de son but, l’attaquant de l’Atletico Madrid a surtout brillé par son activité dans l’entrejeu. Un volume de jeu en hausse, qui a directement découlé de le changement (ponctuel ?) de son rôle dans l’animation de l’équipe de France.

Au lieu d’évoluer en attaque aux côtés de Giroud, il est très souvent redescendu à hauteur de la paire Matuidi-Tolisso, voire jusque dans sa moitié de terrain, afin de faire le lien avec le trio offensif. Pourquoi un tel changement ? Il s’agit là d’une simple adaptation aux forces en présence dans le groupe France.

Jusque-là, le sélectionneur français alignait deux types de joueurs aux côtés de Griezmann et Giroud.

    • à gauche, Payet ou Lemar ont tous les deux évolué dans un rôle de « faux-ailier » : libre de repiquer dans l’axe et surtout de décrocher au milieu pour faciliter les sorties de balle. Avec eux, le 4-4-2 peut vite se muer en 4-3-3 avec Lemar ou Payet dans le rôle du second relayeur lorsque l’équipe a le ballon.
    • à droite, Coman, Mbappé ou Dembélé ont aussi pas mal de liberté sur la largeur mais leur zone d’influence se concentre dans la moitié adverse et surtout dans les 30 derniers mètres. A l’inverse de l’ailier gauche qui apporte de la maîtrise, eux sont là pour mettre de la vitesse et de la percussion.

Lemar et Payet absents face au Pays de Galles, les Bleus avaient besoin d’un joueur pour faire ce lien entre le milieu et l’attaque. Avec Coman et Mbappé sur les ailes, Griezmann a logiquement hérité du rôle et s’en est parfaitement tiré.

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Sur le plan statistique, son rôle dans l’animation se mesurait au niveau de son nombre de ballons touchés, forcément en très forte progression. Alors qu’il restait sur deux rencontres à 25-30 ballons joués face à la Bulgarie et la Biélorussie, il a cette fois flirté avec la barre des 80 en un peu plus d’une heure de jeu (63e). Et pour ne rien gâcher, la qualité de distribution a suivi puisqu’il a réussi 90% de ses passes dans le camp adverse et souvent fait progresser son équipe lorsqu’elle subissait le pressing gallois.

Ce pourcentage de réussite se rapproche d’ailleurs de celui de Thomas Lemar face aux Pays-Bas, ce qui confirme encore un peu plus le rôle bien spécifique qu’il a tenu dans ce match.

Après la rencontre, on a aussi beaucoup entendu parler de son entente avec Kylian Mbappé. En un peu plus d’une heure, les deux joueurs ont en effet échangé plus de passes (25) que durant les 251 minutes précédentes au cours desquelles ils avaient été associés sous la tunique bleue (22).

Plus qu’une relation technique particulière, ce nombre important de passes échangées était plutôt la conséquence de deux facteurs : d’un côté l’activité bien plus importante de Griezmann ; de l’autre la disponibilité de Mbappé qui a oeuvré sur tout le front de l’attaque et était l’option n°1 dans les 30 derniers mètres.

Avec un Griezmann appelé à redescendre plus bas, c’est autour de l’attaquant du PSG que s’est construit le jeu dans le dernier tiers. Que ce soit avec ou sans le ballon, ses déplacements ont déclenché beaucoup de mouvements aux abords de la surface galloise. S’il a manqué la balle de 1-0 sur une action superbe, il a distribué plusieurs passes-clés, l’une d’entre elles permettant à Giroud de doubler la mise en 2ème mi-temps (71e).

Il sera intéressant de voir si cette nouvelle base Griezmann-Mbappé derrière Giroud peut devenir une véritable sur la durée.

Relance : une entame prometteuse ? 

Le mal récurrent de l’équipe de France depuis plusieurs années… Ils ont beau avoir les qualités pour le faire, les défenseurs centraux (Varane, Umtiti, Koscielny) sont bien souvent trop effacés, dans l’ombre de leurs milieux de terrain, lorsqu’il faut relancer. Du coup, lorsque ces derniers sont bloqués par un bloc médian ou bas, le jeu s’oriente très tôt vers les latéraux, ce qui rend les approches des Bleus assez faciles à contenir.

Vendredi soir, sur certaines séquences (surtout en début de match), le public du Stade de France a enfin pu voir ce que c’était que d’avoir des défenseurs capables de prendre des responsabilités à la création. En début de match, Umtiti et Koscielny ont cherché des partenaires entre les lignes. Surtout, l’automatisme qui les voyait donner le ballon à leur latéral sans regarder ce qu’il se passait devant eux avait disparu… ou presque.

Si Umtiti et Koscielny ont joué de manière plus verticale, c’est aussi parce que des solutions leur étaient enfin proposées. Lorsque les Bleus repartaient de leurs bases, Antoine Griezmann redescendait pour se rendre disponible, offrant ainsi une solution dans le dos des Gallois sortis au pressing. Un peu plus haut sur le terrain, c’est le jeu sans ballon de Tolisso, toujours en mouvement ou presque, qui pouvait embarquer un adversaire et créer ainsi assez d’espaces pour permettre les montées des défenseurs avec le ballon.

Quelques bémols après cette entame très prometteuse : un peu de déchet, notamment à la réception des relances, et moins d’ambitions après l’ouverture du score. Néanmoins, on ne peut qu’espérer voir les Français poursuivre dans cette voie (contre l’Allemagne ?). Cela leur garantirait une plus grande palette d’attaques et les rendrait bien plus difficiles à jouer.

Tolisso, un nouveau casse-tête ? 

Titulaire lors des trois dernières sorties des Bleus (Bulgarie, Biélorussie, Pays de Galles), Corentin Tolisso se pose aujourd’hui comme le grand gagnant en l’absence de Paul Pogba. Après avoir livré un match de « chien de la casse » à Sofia, l’ancien Lyonnais a enfilé un costume bien plus brillant lors des deux matchs disputés au Stade de France.

Aux côtés d’un Matuidi égal à lui-même, il s’est distingué par sa créativité. Avant-dernier passeur face à la Biélorussie, il a de nouveau été impliqué sur l’ouverture du score de l’équipe de France en délivrant un amour de passe par-dessus la défense à Griezmann (18e). Jusqu’ici, parmi les milieux appelés par Didier Deschamps, seul Paul Pogba avait montré qu’il était aussi capable de donner ce genre de ballons avec sa sélection.

Mais Tolisso, c’est aussi un joueur de mouvement. Ses déplacements ne se font pas toujours dans le but de recevoir le ballon ; souvent, une simple course de sa part peut embarquer un adversaire et permettre à un partenaire de progresser avec la balle (cf. Koscielny sur la séquence précédente). A cette qualité, assez rare chez un milieu français, il faut aussi ajouter une certaine capacité à absorber la pressing adverse (à revoir face à plus fort) et évidemment ses fameuses projections dans le derniers tiers.

Tolisso, Pogba, la tentation du 4-3-3 ? 

On le sait, l’équipe de France depuis l’Euro 2016, c’est avec Paul Pogba. Du coup, une question vient à l’esprit : Didier Deschamps pourrait-il tester une paire Pogba-Tolisso dans son 4-4-2 ? Jusque-là, le sélectionneur des Bleus a toujours associé un « travailleur » (Kanté-Matuidi) à un élément plus créatif (Pogba-Tolisso) dans ce système. Mais les deux sachant tout faire ou presque, pourquoi ne pas l’imaginer ?

Les dernières performances de Tolisso pourraient-elles pousser le sélectionneur à relancer l’idée d’un système à trois milieux ? Capables de changer à loisir de registre de jeu, Pogba et Tolisso occuperaient les postes de relayeurs devant un n°6 encore à déterminer (Kanté tient la corde à ce poste, mais Nzonzi et Rabiot peuvent aussi devenir de sérieux candidats…).

Repasser à trois au milieu, ce serait aussi rebattre les cartes en attaque. Si Giroud paraît indispensable dans le 4-4-2 grâce à sa présence dans la surface, il devient tout de suite moins évident si l’on autorise l’un des milieux à se projeter pour finir les actions. Deschamps aurait alors une multitude de profils à associer aux avants-postes, allant du 4-4-2 losange avec Fekir, Griezmann et Mbappé à un 4-3-3 plus classique avec Giroud dans l’axe et Martial-Mbappé sur les ailes. Mais trêve d’emballement.

Défensivement, un milieu souvent pris en défaut 

Aucun but encaissé, seulement cinq tirs concédés (trois cadrés)… à première vue, il n’y a pas grand chose à redire sur la prestation défensive des Bleus vendredi. Et pourtant, lorsque l’on se penche de plus près sur les séquences de possession galloises, on se rend compte que le milieu de terrain français s’est souvent fait balader. Avec leur 3-4-3, les Gallois avaient un surnombre dans le coeur du jeu et ont su en profiter.

Plusieurs fois, ils ont joué avec l’orientation très individuelle des milieux français.  Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ça arrive. Les milieux suédois avaient aussi exploité cette habitude des Bleus à suivre leur adversaire direct plus que de raison (Matuidi notamment).

Ce qui peut déjà être problématique lorsque les joueurs suivent tous leurs vis-à-vis (lire : Belgique 0-2 Italie : des limites tactiques au milieu) le devient encore plus quand certains ne défendent pas. Or si les milieux français étaient souvent dépassés, c’est aussi parce qu’ils n’étaient absolument pas aidés par les quatre joueurs à vocation offensive.

Heureusement pour les Bleus, un décalage au milieu de terrain ne se transforme pas forcément en occasion de but. Sans Bale, les Gallois ont eu beaucoup trop de lacunes devant pour mener ces situations favorables jusqu’au bout (manque de vitesse, peu de profondeur et surtout beaucoup de déchet technique). Au final, leur seule véritable occasion est intervenue après l’heure de jeu, lorsque Chris Coleman a fait entrer ses jeunes Woodburn, Brooks et Ampadu (plus de vitesse et de profondeur !).

Une réaction attendue contre l’Allemagne : 

En ayant pris conscience de ces problèmes entrevus vendredi soir, on ne peut que s’attendre à une réaction des Bleus face à l’Allemagne mardi. Face à un tel adversaire de toute façon, la soirée risque d’être longue si tout le monde ne montre pas le même niveau d’implication sur le plan défensif. Les connaissant un peu après presque 6 ans à la tête de la sélection, on peut faire confiance à Didier Deschamps et son staff pour mettre l’accent sur ce point avant la rencontre.

Le match s’annonce d’autant plus intéressant que la Mannschaft devrait se présenter dans un système similaire à celui du Pays de Galles avec une défense à trois (Kimmich, Sule, Hummels). Reste à savoir quel sera le choix du sélectionneur français… à l’heure actuelle, le 4-3-3 tiendrait la corde et, sans même parler de l’absence de Giroud, on peut comprendre pourquoi au vu des problèmes entrevus face aux Gallois.

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