France 3-0 Honduras, l’analyse tactique

Les Bleus étaient attendus, ils n’ont pas déçu. Face à l’adversaire le plus faible du groupe E, les Français ont répondu présents en s’imposant largement et sans trop souffrir. Ils ont juste dû se montrer patients pour ouvrir le score, avant de dérouler en deuxième mi-temps face à des Honduriens réduits à 10. Cela faisait 16 ans que l’équipe de France n’avait pas aussi bien démarré une Coupe du Monde.

Giroud ou Griezmann ? La seule incertitude des Bleus avant cette entame de Mondial concernait le poste de 3ème attaquant aux côtés de Benzema et Valbuena. C’est finalement le joueur de la Real Sociedad qui emporte la mise, débutant la partie sur l’aile gauche. Derrière,  Varane et Sakho sont associés en défense. Côté hondurien, c’est un 4-4-2 qui se présente face aux Bleus, emmené par deux pensionnaires de Premier League, Wilson Palacios et Maynor Figueroa.

L’organisation hondurienne : 

Forts de leur avantage dans l’entrejeu et de leur supériorité intrinsèque, les Bleus mettent rapidement le pied sur le ballon et font face à des Honduriens qui positionnent leur première ligne au niveau du rond central. Bengtson et Costly bloquent le rond central, et sont assistés par leurs deux ailiers (Espinoza et Najar) : au lieu de bloquer les deux latéraux français, ces derniers se positionnent à l’intérieur du terrain et « encadrent » les milieux français. Espinoza se retrouve ainsi souvent dans la zone de Pogba, et Najar dans celle de Matuidi.

En deuxième rideau, les deux milieux axiaux honduriens (Palacios et Garrido) sont à la fois là pour bloquer les décrochages des attaquants français et venir couvrir un duel qui serait perdu aux avants-postes. Leur rôle est aussi de coulisser vers les couloirs lorsque les Français tentent de passer par leurs latéraux pour rentrer dans le camp hondurien.

Le Honduras veut bloquer la transition des Bleus en densifiant au maximum l'axe.

Le Honduras veut bloquer la transition des Bleus en densifiant au maximum l’axe. Pour ce faire, Izaguirre et Najar se retrouvent à l’intérieur dans les zones Pogba et Matuidi. Cela permet notamment de compenser le trois contre deux dans l’axe, normalement en faveur des Français (Cabaye, Matuidi, Pogba vs Garrido et Palacios). Ces derniers se chargent eux des mouvements des attaquants français (cf. positionnement de Valbuena ci-dessus). 

Dès qu’ils récupèrent le ballon, les hommes de Luis Suarez ne s’embarrassent et l’expédient la plupart du temps loin devant dans le camp français. L’objectif est assez clair : remettre le jeu le plus rapidement possible dans la moitié de terrain adverse, afin de reformer le 4-4-2 présenté ci-dessus et qui leur permet de « ralentir » la relance et la mise en place du jeu des Bleus. En somme, gagner du terrain pour gagner du temps ensuite, tout en espérant que l’un des longs ballons profite à Bengtson ou Costly.

Les réponses françaises : 

Pour les Français, le Honduras pose deux problèmes à régler. Le premier – le plus important – concerne la transition au milieu de terrain. Sakho, Cabaye et Varane – qui ne sont pas attaqués – doivent trouver les solutions pour mettre hors de position les deux premières lignes adverses, sachant que ces derniers bloquent Pogba et Matuidi grâce à leurs ailiers.

Sans surprise, c’est évidemment Valbuena qui apporte beaucoup dans ce domaine, repiquant dans l’axe pour aller offrir des solutions autour de la zone de Palacios et Garrido. Comme d’habitude, le Marseillais lâche rapidement le ballon vers ses latéraux ou dans la course de ses milieux de terrain. Au bout de quelques minutes, Cabaye ne s’aligne plus avec ses défenseurs et monte à son tour d’un cran afin d’offrir un deuxième point d’appui entre les deux premières lignes adverses (entre les attaquants pour être plus précis).

Bref, les Bleus recherchent un point de fixation dans l’axe avant d’écarter ensuite le jeu vers les côtés où ils construisent leurs mouvements grâce à leurs latéraux et aux montées des milieux de terrain. A l’instar de Valbuena qui quitte très vite son aile droite pour favoriser l’entrée dans le camp hondurien, Griezmann se balade aussi sur toute la largeur et apporte de la profondeur au jeu des Bleus qui peut parfois en manquer. On le voit ainsi compléter les échanges entre Valbuena, Debuchy et Pogba à droite, tout en organisant certaines accélérations à gauche avec Evra et Matuidi.

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Afin de franchir le premier rideau hondurien, les Français font preuve de patience : le ballon circule sur la largeur entre les défenseurs, jusqu’à ce que Sakho, Varane ou Cabaye aient la place pour effectuer la première passe. Ici, Valbuena et Griezmann ont crée un deux-contre-deux dans la zone de Palacios et Garrido. Le Marseillais est plus prompt que son adversaire et a le choix pour rendre le ballon : Cabaye en retrait ou Pogba à sa droite. Le milieu de la Juve a faussé compagnie à Espinoza, qui le bloquait lorsque le ballon était dans les pieds des défenseurs français (cf. capture précédente). 

Une fois dans les 30 derniers mètres, les Bleus doivent désormais prendre à revers la défense adverse. Celle-ci tient tant bien que mal le choc dans le jeu mais est trahie par son agressivité : quasiment chaque coup-franc obtenu par la France se transforme en occasion de but. Matuidi touche la barre (15e) avant que Griezmann l’imite sur un centre d’Evra (23e). Finalement, le match bascule peu avant la pause avec le penalty obtenu par Pogba (43e) pour une faute de Palacios, expulsé dans la foulée.

La deuxième mi-temps : 

Déjà mal embarqués, les Honduriens n’ont plus la moindre chance à dix contre onze. Le passage (choisi par le coach) en 4-4-1 affaiblit leur premier rideau, soit celui qui posait jusqu’ici le plus de problèmes aux Français. Après la pause, les Bleus déroulent : les relances trouvent plus facilement les relais dans l’axe ; le jeu se déplacent plus rapidement vers les côtés et les attaquants profitent de cette vitesse pour créer plus facilement les décalages.

Le second but arrive très vite et sur une phase de jeu où la supériorité numérique profite à Cabaye. Les Honduriens n’ayant désormais plus qu’une seule pointe, le milieu de terrain le plus reculé des Bleus se permet une excellente anticipation pour bloquer la remontée de balle adverse. Sans adversaire, il alerte ensuite Benzema qui finit le travail dans la surface, bien aidé il est vrai par la maladresse de Valladares (2-0, 48e).

Il n'y a plus qu'un seul Hondurien aux avants-postes et celui-ci choisit de s'excentrer pour exploiter les espaces dans le dos de Debuchy.

Il n’y a plus qu’un seul Hondurien aux avants-postes et celui-ci choisit de s’excentrer pour exploiter les espaces dans le dos de Debuchy. Varane se charge de le suivre. Cabaye n’a plus aucun adversaire à couvrir dans sa zone et peut donc sortir au pressing. Le timing de sa sortie est parfait et lui permet ensuite de se mettre en bonne position pour servir Benzema à l’opposée.

L’avantage et la victoire acquise, les Français assurent durant le reste de la deuxième mi-temps. Didier Deschamps en profite pour faire tourner son effectif avec les entrées de Sissoko (Pogba, 56e), Mavuba (Cabaye, 65e) et Giroud (Valbuena, 78e). Entre temps, Benzema ajoute un 3ème et dernier but au sortir d’un coup de pied arrêté (72e).

Conclusion : 

Même si le Honduras a mis plus d’agressivité que les trois derniers adversaires des Bleus, ce match a parfois pu ressembler à un 4ème match de préparation. Les Français ont récité la même partition que face à la Norvège ou la Jamaïque ; seul le manque de réussite de Matuidi et Griezmann les a privés d’une première mi-temps encore plus sereine. Difficile d’imaginer meilleure entrée en matière dans ce Mondial, même si beaucoup de questions restent en suspens, notamment sur le plan défensif.

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