Bulgarie 0-1 France : l’analyse tactique

Mise sous pression par le large succès de la Suède face au Luxembourg (8-0) quelques heures plus tôt, l’équipe de France est allée chercher une victoire précieuse en Bulgarie samedi soir (1-0). Un succès qui lui permet de rester en tête de son groupe avant la dernière journée… En revanche pour la manière, il faudra repasser.

Les compos : 

Pour une fois, Didier Deschamps avait surpris pas mal de monde avec son onze de départ. Au lieu du 4-2-3-1 installé depuis l’Euro 2016, les Français se sont présentés à Sofia en 4-3-3. Au milieu, Kanté évoluait en sentinelle, encadré par Matuidi et Tolisso. Devant, Griezmann, Mbappé et Lacazette étaient associés pour la première fois en tant que titulaires. Face à eux, la Bulgarie évoluait en 4-4-2.

Une entame de match idéale : 

Associés sur le front de l’attaque française, Griezmann, Mbappé et Lacazette partagent un point commun : ils excellent lorsqu’il s’agit de se rendre disponible entre les lignes. Idéal pour trouver des partenaires face au jeu et lancés vers le but adverse. Avec Matuidi et Tolisso au milieu, qui adorent se projeter, il était facile d’imaginer ce que les Bleus avaient en tête au coup d’envoi.

Néanmoins, deux questions venaient naturellement au moment d’envisager ces circuits de passes : comment les trois hommes allaient-ils se répartir l’espace devant et, surtout, les défenseurs allaient-ils enfin prendre la responsabilité de la relance ? Vu leurs performances en club, Varane et Umtiti en ont largement les capacités. Mais jusqu’ici, ils ne l’ont pas montré de manière régulière en sélection. Et pour cause, Deschamps préfère généralement voir ses milieux prendre l’initiative, l’arrière-garde restant dans un rôle plus défensif que créatif.

Face à la Bulgarie, les deux défenseurs se sont un peu plus montrés en début de match. Umtiti a d’ailleurs trouvé Lacazette au départ du mouvement qui s’est terminé sur le but de Matuidi (3e). Le jeu des Bleus est toutefois surtout passé par les côtés, se construisant autour de Digne-Matuidi-Mbappé à gauche et Sidibé-Tolisso-Griezmann à droite. Le seul but de la rencontre résume d’ailleurs assez bien l’animation, l’équipe de France partant de la droite pour finir à gauche.

Dès qu’elle trouvait un peu de largeur, le danger semblait pouvoir arriver très vite sur les cages bulgares. En bout de chaîne, Digne a réalisé plusieurs montées intéressantes, sans connaître le même sort que la première (11e, 14e). Associés pour la première fois, les attaquants ont eu un peu de mal à se répartir les tâches. Plusieurs fois, on les a vus se rendre dans les mêmes zones (Griezmann, Lacazette) au lieu de se compléter (l’un décroche et fait sortir un défenseur, l’autre attaque la profondeur).

Présents en nombre dans le camp adverse en début de match, les Français ont aussi été équilibrés à la perte du ballon. Les latéraux poussaient très haut leurs montées mais ils étaient couverts par un trio Tolisso-Kanté-Matuidi efficace afin de prévenir les contres bulgares. Pas de surprise tant les trois ont les qualités pour répondre présents dans ce domaine.

Des contres mal négociés : 

En menant rapidement au score, les Bleus ont sans doute fait le plus dur au vu de leurs difficultés face au Luxembourg le mois dernier. Avec l’avantage au tableau d’affichage, ils ont vite laissé un peu plus l’initiative aux Bulgares, espérant frapper en contre-attaque.

Le match est du coup entré dans une deuxième séquence, se déroulant plus dans l’entrejeu et dans le camp français que dans la moitié de terrain adverse. Compacts défensivement, les Bleus n’ont quasiment rien concédé durant cette période. Ils ont même eu les opportunités espérées pour plier la rencontre. Mbappé (15e), Griezmann (26e) et Lacazette (29e) ont tous échoué devant le but adverse.

Dans l’entrejeu, N’golo Kanté a été l’un des joueurs-clés durant cette période et sa blessure à la demi-heure de jeu a changé la donne. Au-delà de son volume habituel à la récupération, il était aussi l’un des rares Français capable de s’extirper avec le ballon de la pression bulgare. C’est d’ailleurs sur sa deuxième accélération vers le but adverse (après celle de la 15e pour Mbappé) qu’il s’est blessé.

Son remplacement par Adrien Rabiot a coïncidé avec une perte de maîtrise du côté des Bleus. La meilleure preuve, c’est qu’ils n’ont plus réussi à se montrer dangereux en contre-attaque pendant près d’une demi-heure, alors qu’ils restaient sur 2 occasions de ce type en une dizaine de minutes. En clair, moins de maîtrise à la récupération, des relances plus hasardeuses et finalement des ballons rendus avant même de pouvoir créer l’embryon d’une contre-attaque.

Une perte de maîtrise dangereuse…

Le plus gênant dans cette perte de maîtrise, c’est que les Bleus ont offert des munitions à leurs adversaires. Sur l’action qui s’est terminée sur une triple occasion bulgare (35e), les Français rendent le ballon à trois reprises aux Bulgares dans leur propre camp. Ils semblent pourtant capables de faire mieux… ou au pire ont l’occasion de de se donner de l’air en dégageant le ballon loin devant.

D’autres séquences de ce genre se sont répétées plusieurs fois dans le match. Face au bloc français regroupé, les Bulgares n’ont quasiment jamais trouvé de solutions. En revanche, ils ont profité plusieurs fois du manque de maîtrise technique de leurs adversaires (contrôles ou passes manquées) pour récupérer la balle très haut et créer le danger.

Evidemment, les conditions météorologiques n’ont pas aidé les Français dans ce domaine. Mais dans ce cas, pourquoi s’entêter à vouloir ressortir court alors que le danger peut revenir aussi vite ? Un bon dégagement peut parfois suffire pour se donner de l’air et permettre au bloc de remonter… surtout que lorsque la France allait chercher la Bulgarie dans son camp, cette dernière avait tout de suite beaucoup plus de mal à ressortir.

Le profil des attaquants choisis par Deschamps au départ n’y était sans doute pas étranger. Mbappé, Lacazette et Griezmann aiment recevoir le ballon dans les pieds. Le but était certainement de les trouver pour ressortir en contre à partir de leurs remises. Problèmes : les projections ont souvent tardé et les attaquants ont surtout eu du mal à se trouver mutuellement. Résultat, des remises dans le vide et des ballons rendus qui sont revenus sur la défense.

Heureusement pour les Bleus, celle-ci a tenu le choc et n’a pas concédé d’autres grosses occasions après la double parade de Lloris (35e). Comme souvent, c’est la charnière centrale qui a abattu le plus gros du travail. Même s’ils ont parfois été mis en difficulté avec la balle, au même titre que leurs partenaires, Varane et Umtiti ont dominé les débats dans leur surface, évitant sans doute de plus gros frissons pour le public français.

Sans maîtrise… 

Alors que retenir d’un tel match si l’on veut aller au-delà du résultat ? Les optimistes retiendront que les Bleus sont très bien rentrés dans le match et ont logiquement pris l’avantage sur une belle séquence dans le camp adverse. L’idée d’associer Griezmann, Lacazette et Mbappé était ambitieuse au départ, mais au-delà des problèmes d’automatismes entre les trois, il fallait aussi que les ballons puissent arriver jusqu’à eux.

Or dès que la Bulgarie a accentué la pression, ce sont toutes les limites du milieu d’un soir (sans Kanté) qui ont éclaté au grand jour. Tolisso et Matuidi ne sont pas des milieux de possession, à l’aise sous la pression. Deschamps avait en plus choisi de se passer de son habituel « faux ailier », ce joueur à vocation offensive capable de redescendre pour justement apporter plus de maîtrise technique dans le coeur du jeu (Lemar ou Payet).

Un bon Rabiot aurait pu s’en tirer dans un tel contexte, mais le Parisien n’a jamais semblé en mesure de se mettre au niveau d’intensité requis par un tel match. Au final, en plus de la blessure de Kanté, c’est aussi l’absence de Pogba qui s’est faite sentir. Souvent frustrant face à des blocs bas pour ses touches de balle superflues, le milieu de Manchester United n’aurait sans doute pas été de trop samedi soir pour absorber le pressing bulgare.

On peut aussi se demander pourquoi Giroud est entré aussi tard dans le match (83e) alors que la France avait sans doute besoin d’un attaquant capable de garder le ballon aux avants-postes afin de soulager le reste du bloc. Certes, l’attaquant d’Arsenal n’est pas dans sa meilleure période mais il aurait sans doute été une cible bienvenue pour une équipe qui ne parvenait pas à ressortir correctement.

Au final, si ce Bulgarie-France peut inquiéter, c’est parce qu’il révèle d’autres problèmes que ceux entrevus lors de France-Luxembourg. Mais ces « nouveaux soucis » sont sans doute plus du fait des absences (Pogba), des faits de match (blessure de Kanté) et des choix d’un jour. Et heureusement, car les Bleus en ont déjà assez à régler d’ici le Mondial.

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1 réponse

  1. Emery ze best dit :

    Bonsoir.
    Je suis désolé pour ce message HS, mais la section « contact » ne fonctionne pas, le liens étant mort.
    C’était juste pour dire à quand une analyse du nouveau 3-5-2 mis en place par Pep ?

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