Brésil 0-0 Mexique, l’analyse tactique

En tête du groupe A, le Brésil et le Mexique se sont séparés sur un score nul et vierge hier soir pour le premier match de la deuxième journée de la phase de poules. Si Ochoa s’est retrouvé sous les feux des projecteurs, c’est bien « El Tri » qui a fait la meilleure impression collective. Le Brésil, bien que dominateur sur le plan statistique, a encore beaucoup de problèmes à régler avant de pouvoir être digne de son statut de grand favori.

Au coup d’envoi : 

Invisible face à la Croatie lors du match d’ouverture, Hulk fait les frais du seul changement opéré par Luiz Felipe Scolari pour ce second match de la compétition. Il cède sa place sur le flanc droit à Ramires. Côté mexicain, Miguel Herrera reconduit les onze joueurs qui étaient venus à bout du Cameroun vendredi dernier. Le système ne change pas lui non plus et c’est donc avec une base de trois défenseurs que sa formation s’avance sur la pelouse de Fortaleza.

Le plan de jeu mexicain : 

A l’instar de la Croatie lors du match d’ouverture, les Mexicains positionnent leur bloc de manière à bloquer la transition brésilienne au milieu de terrain. Associés en première ligne, Peralta et Dos Santos ont pour objectif de gêner les relances du trio Thiago Silva – Luiz Gustavo – David Luiz. Se replaçant toujours dans l’axe, ils sortent au pressing dès que leurs adversaires tentent d’avancer avec le ballon pour franchir la ligne médiane.

Toujours comme les Croates, les Mexicains sont aussi préparés pour répondre aux lancements de jeu réalisés par Daniel Alves et Marcelo dans les couloirs. Lorsque le Brésil écarte vers ces derniers, c’est la ligne des trois milieux mexicains qui coulisse afin de leur fermer la porte. Daniel Alves se retrouve face à Guardado, tandis que Herrera est opposé à Marcelo. Dans l’axe, Vazquez accompagne les déplacements de ces partenaires et bloque la zone de Paulinho.

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Dos Santos et Peralta perturbent la relance orchestrée par Thiago Silva, Luiz Gustavo et David Luiz. Comme Kovacic et Jelavic, ils poussent la Seleçao à passer par les côtés.

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Sans véritable ailier (Olic et Perisic effectuaient ce travail pour les Croates), le Mexique s’en remet à ses excentrés pour sortir au pressing sur Daniel Alves et Marcelo. Les trois milieux coulissent côté ballon afin de bloquer le porteur de balle et les solutions à l’intérieur du terrain.

Le troisième et dernier rideau mexicain se concentre lui sur les mouvements des quatre attaquants adverses. Dans l’axe, Marquez, Rodriguez et Moreno sont en supériorité numérique face à Neymar et Fred. Sur les côtés, Layun et Aguilar ont pour mission d’enfermer Ramires et Oscar. Le début de match tourne rapidement en faveur des Mexicains. Plus agressifs, ils gagnent les duels et bloquent la Seleçao dans l’entrejeu.

Marquez et les décrochages de Neymar : 

Le Brésil fait donc face au même problème qu’il avait fini par résoudre face à la Croatie jeudi dernier : comment franchir la ligne médiane ? Première solution testée lors du match d’ouverture, les décrochages de Neymar sont cette fois suivis par les défenseurs mexicains. En l’occurrence, c’est Marquez qui sort le plus souvent de la ligne de cinq afin de suivre le n°10 adverse. Il évite ainsi la création d’un surnombre dans la zone de Vazquez (déjà face à Paulinho).

L’ancien joueur du Barça évolue ainsi constamment entre deux lignes mexicaines (défense et milieu de terrain) afin de permettre à ses partenaires de rester focalisés sur leurs tâches initiales. Même lorsque les excentrés (Guardado et Herrera) relâchent le pressing et laissent plus d’espaces à Daniel Alves et Marcelo, Marquez continue de suivre les décrochages de Neymar à hauteur de Paulinho.

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Même lorsque les Mexicains laissent venir leurs adversaires, Marquez continue de suivre les déplacements de Neymar afin d’éviter que Vazquez ne se retrouve à deux-contre-un dans l’axe.

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Le travail de Marquez permet ici à Herrera de remonter d’une ligne pour aller mettre à nouveau la pression sur Marcelo. Il est suivi dans sa montée par Aguilar qui serre le marquage sur Oscar dans son couloir droit.

Automatismes entre excentrés et latéraux : 

Deuxième homme responsable du réveil de la Seleçao face à la Croatie, Oscar doit lui aussi faire face à la réaction de la défense mexicaine lorsqu’il revient dans l’entrejeu. Lorsqu’il décroche depuis son aile gauche, la paire Herrera-Aguilar (excentré et latéral) est chargée de lui répondre. Les deux Mexicains échangent généralement les marquages : le milieu récupère Oscar et le suit, tandis que le latéral se charge de bloquer la montée de Marcelo dans le couloir.

Cette situation peut aussi se répéter dans les 30 derniers mètres. Le 5-3-2 du Mexique demandant beaucoup d’efforts sur la largeur de la part des milieux de terrain, le Brésil tente d’en profiter en repassant par ses défenseurs pour renverser le jeu. Lorsqu’il parvient à servir Marcelo ou Daniel Alves, les latéraux mexicains peuvent sortir de la défense afin d’aller à la rencontre de ces derniers au cas où leurs milieux de terrain seraient en retard. Dans ce cas, ces derniers sont chargés de les couvrir en se repliant derrière eux afin de bloquer les attaquants qui tenteraient d’attaquer la profondeur.

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Lorsqu’il décroche, Oscar se retrouve dans la zone de Herrera. Dans le dos de ce dernier, Aguilar sort afin de sa défense pour bloquer Marcelo. Dans le coeur du jeu, Marquez est lui aussi au milieu de terrain afin de répondre au décrochage de Neymar.

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Le Brésil parvient à atteindre Daniel Alves alors que Guardado est encore dans l’axe, au contact de Ramires. C’est Layun qui sort au pressing sur le latéral, tout en comptant sur son partenaire pour couvrir ses arrières en cas d’appel de Ramires dans son dos.

Le Mexique avec le ballon : 

L’été dernier lors de la Coupe des Confédérations, le Brésil avait impressionné par sa capacité à imposer un énorme pressing dans la moitié de terrain adverse. L’Italie et surtout l’Espagne avaient eu toutes les peines du monde à s’en défaire. Mais depuis le début de ce Mondial 2014, la Seleçao ne parvient pas à retrouver ce point fort. Et face à un Mexique organisé en 3-5-2, le 4-2-3-1 de la Seleçao en a souffert à plusieurs reprises.

Bien entré dans son match, le Mexique fait tout de même beaucoup d’erreurs sur ces premières phases de conservation. Plusieurs ballons sont perdus bêtement au milieu de terrain et les Brésiliens sont tout près d’en profiter au quart d’heure de jeu. Incapable de prendre à défaut le bloc mexicain, la Seleçao profite de ces offrandes pour se montrer dangereuse sur attaque rapide.

Mais cela ne dure qu’un temps puisque « El Tri » élève son niveau technique. Les remontées de balle sont simples mais efficaces. L’équipe s’appuie sur la liberté accordée à ses défenseurs (pas de pressing brésilien), et à la qualité de leurs relances (Marquez en tête), pour la première passe ; entre les lignes, Giovani ou Peralta décrochent et envoient ensuite le jeu vers les côtés où les duos Layun-Guardado et Aguilar-Herrera se chargent d’exploiter les espaces.

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Avec le ballon, le Mexique profite d’abord de l’absence de pressing sur sa relance pour trouver ses milieux de terrain. Grâce à la mobilité de Giovani, ces derniers forcent les milieux adverses à se resserrer sur l’axe ; ils ouvrent ensuite le jeu vers les ailes où Layun et Aguilar accompagnent les actions.

Seul bémol pour le Mexique, le manque de solutions dans le dernier tiers du terrain, qui résulte évidemment de la phase de construction qui permet d’amener le ballon jusqu’aux ailes. Seul entre David Luiz et Thiago Silva, Peralta peine à exister. La plupart des tentatives mexicaines viennent dès lors de tir à mi-distance obtenus par les paires chargées d’animer les côtés (Guardado-Layun et Aguilar-Herrera). L’histoire passe tout près de changer avec l’entrée de Chicharito (73e), le Brésil ne devant son salut qu’à un tacle monstrueux de Thiago Silva qui (dé)coupe le Mexicain après un contrôle orienté qui l’avait mis dans le sens du but (79e).

Le Brésil à la peine : 

Sur le premier acte, le Brésil ne se crée qu’une seule occasion dans le jeu : une tête de Neymar magnifiquement sortie par Ochoa suite à un centre de Daniel Alves (25e). David Luiz pousse le portier mexicain à un deuxième exploit quelques minutes plus tard (44e) sur un coup de pied arrêté. A la pause, Scolari réagit en faisant entrer Bernard à la place de Ramires. Un changement qui est accompagné par la permutation entre Oscar, qui retrouve l’axe, et Neymar qui passe côté gauche.

Et les premières minutes sont plutôt bonnes pour les Brésiliens : plus à l’aise dans les uns-contre-uns sur les côtés que Oscar et Ramires, Neymar et Bernard posent des problèmes aux latéraux mexicains. Le premier obtient des fautes, le second prend de vitesse son adversaire direct sur une balle en profondeur de Daniel Alves. Dans l’axe, Oscar redescend plus bas que Neymar et éloigne ainsi Marquez plus loin de sa défense par rapport à la première mi-temps.

En plus de faire courir Marquez,

En plus de faire courir Marquez, Oscar peut aussi permuter avec Paulinho lorsque le Brésil s’installe dans le camp adverse. Beaucoup plus créatif que son partenaire, il offre ainsi une solution pour donner une nouvelle « impulsion » à l’attaque lorsque les couloirs sont bloqués.

Mais ce rééquilibre dans l’animation brésilienne ne dure qu’un temps. Très vite, et certainement pour des raisons défensives puisque le Mexique parvient à remettre le pied sur le ballon, Neymar retrouve sa position axiale et reste aux avants-postes, laissant à Oscar le soin de fermer les côtés avec Bernard. Dès lors, le Brésil retombe dans les travers de sa première mi-temps et le Mexique fait désormais plus que jeu égal.

Les dernières minutes sont toutefois en faveur de la Seleçao en raison de la fatigue (logique) de la sélection de Miguel Herrera et plus particulièrement de ses milieux de terrain. L’entrée d’un Jô plus mobile que Fred (68e) aux avants-postes pose aussi des problèmes, le nouvel attaquant n’hésitant pas à s’excentrer pour offrir des solutions à ses partenaires dans le dos des latéraux adverses. Le Mexique s’en remet alors à Ochoa pour repousser les dernières tentatives de Neymar (69e) et Thiago Silva (86e) et obtenir le point du match nul.

Conclusion :  

Le Brésil est très loin de son niveau de la Coupe des Confédérations 2013. Scolari doit faire face à de nouveaux problèmes et retrouver la bonne formule. L’exemple le plus flagrant est celui de Paulinho dans l’axe. Très bon en juin dernier, il n’est d’aucune utilité à partir du moment où Neymar et Oscar sont bloqués par l’adversaire. Deux solutions possibles : le sacrifier au profit d’un Hernanes plus créatif et conserver Neymar dans l’axe… ou retrouver la configuration de 2013 avec Oscar dans l’axe et Neymar sur l’aile gauche.

Une deuxième possibilité qui nous amène au second souci de ce Brésil 2014, le pressing. Si la Seleçao était aujourd’hui capable d’aller chercher très haut son adversaire comme il y a un an – à l’époque grâce à l’activité de Fred, Oscar et Paulinho dans l’axe – alors l’ailier Neymar n’aurait pas à se replier comme doivent le faire aujourd’hui Oscar, Bernard, Hulk ou Ramires aujourd’hui. Certainement moins solide que ces derniers pour défendre dans sa moitié de terrain, la vedette du Brésil se retrouve donc en attaque… ce qui, malgré toutes ses qualités individuelles, pose le problème d’animation énoncé dans le paragraphe précédent. Bref, changer de formule ou retrouver ses valeurs, voilà la question du moment pour le Brésil.

Même s’il s’en est remis à Ochoa pour obtenir le point du match nul, le Mexique sort de ce match en ayant fait la meilleure impression collective. « El Tri » maîtrise parfaitement son 5-3-2 et a montré la marche à suivre pour les équipes qui affronteront « ce » Brésil dans les jours à venir. Et pourtant, les Mexicains ne seront pas forcément les favoris au moment de retrouver la Croatie lors du troisième et dernier match de poule, qui devrait a priori ressembler à un seizième de finale (pour peu que les Croates prennent les 3 points face au Cameroun). Ils auront toutefois déjà réussi leur Mondial après une campagne de qualifications calamiteuse.

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3 réponses

  1. Daryl dit :

    Pour le troisième match, Scolari pourrait enfin titulariser Fernandinho à la place de Paulinho. Aux côtés de Luiz Gustavo qui est beaucoup plus défensif, il aura la capacité et la liberté pour se projeter vers l’avant et être un véritable relais dans les combinaisons pour Neymar, Oscar et le troisième larron qui sera aligné.

  2. Mohamed dit :

    La disposition du Brésil en 4 2 3 1 est une bonne chose, étant donné qu’il presse haut.Je vois bien Oscar dans l’axe, Neymar sur le flanc gauche et Willian sur le flanc droit. Wa SALAM

  3. Filo dit :

    Bonne analyse comme toujours, merci.
    Un peu hors-sujet mais une question me taraude un peu : y a t-il une raison historique/culturelle au fameux 3-5-2 mexicain ? Sauf erreur, ils ont toujours joué dans cette configuration.

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