Lyon 1-2 Paris SG, l’analyse tactique

Une semaine après s’être imposé à Gerland, l’OL retrouvait le PSG en finale de la Coupe de la Ligue. Organisés pour bloquer le coeur du jeu, les Lyonnais ont toutefois manqué de répondant face aux réponses des Parisiens pour contrecarrer leurs plans. Trois semaines après la blessure d’Ibrahimovic, le PSG a enfin affiché un visage cohérent sans sa vedette. Moins flamboyant et dominateur, mais pas moins maître de son sujet si l’on excepte quelques temps faibles sans doute dus à la fatigue des cadres de l’équipe.

Les équipes : 

En plus des blessés de longue date, l’OL doit se passer des services de Jordan Ferri pour cette finale. Buteur face au PSG dimanche dernier, le milieu de terrain, suspendu, est remplacé par Tolisso qui retrouve une place dans le losange. Dabo récupère le poste de latéral droit et Malbranque est relancé en position de n°10 derrière Lacazette et Gomis. Côté Paris, Laurent Blanc choisit lui de remettre Pastore sur le banc de touche pour relancer l’équipe qui s’était incliné à Chelsea. Coupe de la Ligue oblige, Douchez prend la place de Sirigu dans les cages.

Le plan lyonnais :

Lorsqu’il faut affronter le PSG, c’est toujours la même question qui revient : que faire face à la relance, orchestrée par Thiago Silva, Thiago Motta et Verratti ? Pour cette finale, les Lyonnais ont fait le choix d’une posture attentiste. Gomis, Lacazette et Malbranque forment le premier rideau, positionné au niveau du rond central et qui – surtout – n’effectue aucun pressing : Thiago Motta peut jouer (quasiment) sans pression tant qu’il reste à l’entrée du rond central ou dans ses 40 mètres. De la même manière, Verratti n’est pas attaqué lorsqu’il décroche à hauteur de son coéquipier.

Le plan de jeu des Lyonnais est très simple et prend tout son sens dans les deux premières minutes de jeu : il s’agit de bloquer la transition parisienne dans l’axe aux abords du rond central, entre les deux lignes de trois (Lacazette, Malbranque, Gomis / Mvuemba, Gonalons et Tolisso). Face à la relance, les deux lignes coulissent sur la largeur du terrain et cherchent à enfermer les joueurs servis par les premières passes parisiennes.

distribution-psg

Lyon ne presse par les « premiers passeurs » parisiens et concentrent son pressing sur les joueurs qui « passent » dans le rond central. Cette posture – idéale pour bloquer les attaquants qui décrochent… – laisse toutefois beaucoup d’espaces sur les côtés et devant. Déjà, des solutions existent pour contourner le travail des deux premières lignes lyonnaises (Jallet, Maxwell, jeu direct…).

Sitôt le ballon récupéré au milieu de terrain, les Lyonnais s’appuient sur la proximité des deux lignes (milieux et attaquants) et leur surnombre dans l’axe pour aller de l’avant et déjouer le pressing parisien. En deux minutes, ils s’offrent deux remontées de balle intéressantes par Gomis et Lacazette. Dans les trente derniers mètres, les latéraux montent et offrent des solutions sur les ailes. Le jeu penche évidemment côté gauche avec Bedimo, surtout que de l’autre côté, l’activité de Lavezzi limite les espaces pour Dabo ou Tolisso.

La réponse logique du PSG :

S’il fonctionne pendant deux minutes, ce plan de jeu des Lyonnais vole en éclats sur la première véritable incursion parisienne. Avec deux lignes concentrées autour du rond central, l’OL choisit de laisser des espaces dans les couloirs. Normal puisque le losange veut que ce soit Tolisso (à droite) et Mvuemba (à gauche) qui coulissent si Maxwell et Jallet sont servis. Pour le PSG, il s’agit donc de trouver les latéraux dans des positions assez avancées dans le camp adverse pour que les deux milieux lyonnais n’aient pas le temps de les bloquer.

Et pour cela, ils vont s’appuyer sur le jeu long de Thiago Motta et – surtout – Thiago Silva, qui ont tout le temps d’ajuster leurs ouvertures puisqu’ils ne sont jamais attaqués lorsqu’ils sont dans leurs 40 mètres. C’est exactement ce qu’il se passe sur l’ouverture du score parisienne (4e) : 1-Thiago Silva lance Maxwell dans le couloir, 2-Maxwell et Lavezzi se retrouvent face à Dabo et Bisevac et prennent l’avantage, 3-Cavani coupe au premier poteau avant les autres défenseurs lyonnais.

psg-origine-but

Thiago Silva n’est pas attaqué et a deux solutions sur les côtés. Il peut changer le jeu vers Jallet, mais ce dernier n’a pas dépassé Mvuemba, qui a donc le temps de coulisser et de le bloquer. En revanche, Maxwell est monté d’un cran pour se retrouver en position d’ailier. L’ouverture de Thiago Silva élimine Tolisso et crée une situation de 4 contre 4 face à la défense lyonnaise.

L’OL ne change pas son comportement malgré le but encaissé, ce qui permet aux hommes de Laurent Blanc de faire circuler le ballon librement dans leur camp et ainsi d’éviter la zone du pressing lyonnais. Sans avoir eu besoin d’accélérer, les Parisiens ont déjà réglé le problème posé par les deux premières minutes de la partie : en ne passant plus par le rond central, ils n’offrent plus de munitions à leurs adversaires en contre-attaque.

Offensivement, Paris ne crée pas forcément le danger mais a des solutions pour se créer des opportunités. Si Lucas Moura est à la peine à droite, le flanc gauche fonctionne grâce à Matuidi, Maxwell et Lavezzi. Les Parisiens continuent aussi d’utiliser le jeu long : Thiago Motta, Verratti et Thiago Silva s’y essayent tour à tour. Cavani n’est pas loin d’en profiter sur une ouverture de Verratti (11e), puis en récupérant un deuxième ballon joué d’abord vers Lavezzi (14e). A la demi-heure de jeu, c’est un nouveau service de Thiago Silva qui crée la situation aboutissant au penalty (2-0, 30e). Bref, si la décision fait polémique, l’OL avait quand même déjà été prévenu du danger sur ces phases de jeu…

thiago-silva-deuxieme

Quelques secondes avant le penalty, Thiago Silva récupère le ballon et a tout le temps d’ajuster son ouverture vers Lucas Moura. Jallet est une deuxième solution alors que le ballon vient de ressortir du côté gauche. Dans l’axe, les Lyonnais sont à six pour encercler deux Parisiens alors que Verratti et Thiago Silva ont déjà posé des problèmes en jouant long.

Le pressing par séquence :

Gestionnaire lorsqu’ils sont en possession du ballon, les Parisiens font en revanche beaucoup plus d’efforts lorsque celui-ci est rendu aux Lyonnais. En début de partie, les Gones avaient profité pendant une dizaine de minutes de leur avantage numérique au milieu de terrain pour conserver le ballon et faire reculer le bloc parisien. En phase défensive, les joueurs de la capitale redescendent tous dans leurs 40 mètres. A l’approche du quart d’heure de jeu, ils déclenchent leur son pressing et changent un peu plus la physionomie de la rencontre.

En allant chercher l’OL dès la relance de Bisevac, Umtiti ou Gonalons, les Parisiens mettent en effet la main sur la rencontre. En première ligne, Cavani se retrouve accompagné par Lavezzi ou Matuidi (à sa gauche) et Verratti (à sa droite). L’objectif est de bloquer à la fois Gonalons et le défenseur le plus proche de l’action. Lorsqu’il presse, le 4-1-4-1 parisien se transforme en un 4-4-2, Thiago Motta quittant sa position devant la défense pour compléter le milieu de terrain. En difficulté pour franchir le milieu de terrain, l’OL perd même quelques ballons dangereux au niveau de la ligne médiane (Mvuemba pris par Matuidi à l’origine d’un contre mal négocié par Lavezzi, 13e).

paris-pressing

Afin de ne pas subir la supériorité numérique lyonnaise dans l’axe, les Parisiens vont bloquer leurs adversaires dès la relance. Matuidi accompagne Cavani en première ligne, et laisse Thiago Motta reprendre la zone occupée par Tolisso. Côté ballon, Verratti est sur la ligne de passe vers Malbranque, tandis que Lucas et Maxwell bloquent Mvuemba et Bedimo.

Après une excellente entame, l’OL se retrouve dominé car incapable de jouer sur ses points forts : le système défensif ne fonctionne plus puisque le PSG saute le milieu de terrain ou le contourne. Offensivement, l’OL ne peut plus jouer sur son surnombre dans l’entrejeu puisque Paris fait les efforts pour récupérer le ballon dès la relance (Bisevac, Umtiti, Gonalons). Même si les occasions sont rares, le PSG maîtrise totalement les débats sur le plan tactique et le score de 2-0 à la pause est logique.

Tout au long des 45 premières minutes, l’OL a tout simplement payé l’attentisme de sa première ligne. Le match est toutefois loin d’être terminé car les Parisiens ne parviennent à réaliser leur pressing que sur séquences de quelques minutes. Dès qu’ils le relâchent, l’OL peut remonter le ballon et faire reculer l’ensemble du bloc parisien. Au-delà du coaching de Rémi Garde avec l’entrée de Briand à la place de Dabo (54e), la baisse de régime des Parisiens à ce niveau explique aussi la physionomie de la deuxième mi-temps.

Le poids du coaching :

Avec deux buts à remonter et une équipe du PSG maîtrisant son sujet, l’entraîneur lyonnais doit réagir rapidement et s’exécute après quelques minutes de jeu en deuxième mi-temps. L’OL passe en 4-1-4-1 : Lacazette à gauche, Briand à droite, Gomis dans l’axe, Tolisso latéral droit, Malbranque de retour au milieu de terrain aux côtés de Mvuemba et devant Gonalons. Défensivement, Lacazette et Briand bloquent désormais les couloirs, ce qui enlève au PSG la solution des latéraux pour franchir la ligne médiane.

lyon-4141

En 4-1-4-1, l’OL couvre mieux la largeur. Lacazette et Briand dissuadent la relance parisienne de jouer directement vers Maxwell ou Jallet. Sans ces solutions sur lesquelles se reposer, les Parisiens vont rapidement être gênés par le pressing lyonnais déclenché par Malbranque ou Mvuemba, bien couverts par Gonalons.

Cette réponse aux problèmes posés par Maxwell et Jallet s’accompagne en effet d’un regain d’activité de l’ensemble de l’équipe. Mvuemba et Malbranque évoluent plus haut et suivent désormais les mouvements de Verratti et Matuidi. Couverts par Gonalons, ils peuvent aussi poursuivre leurs efforts pour bloquer Thiago Motta, soutenant ainsi Gomis qui se positionne entre Thiago Silva et Alex afin de gêner la relance parisienne. Ce n’est donc pas un hasard si la séquence aboutissant à la réduction du score de Lacazette démarre par un bon pressing des Lyonnais pour faire reculer leurs adversaires jusqu’à une ouverture manquée par… Thiago Silva (56e)

Offensivement, l’OL profite des temps faibles parisiens (sans pressing) pour mettre en place son jeu : Bisevac et Umtiti se chargent des relances et cherchent en priorité Lacazette et Briand, qui se positionnent à l’intérieur du terrain afin de laisser les couloirs à leurs latéraux. Les deux hommes travaillent dos au but, recherchant justement Bedimo ou Tolisso s’ils ne trouvent pas de solutions dans le coeur du jeu (projections de Mvuemba, puis Fékir après son entrée en jeu, 68e). A l’entrée de ce dernier, les Lyonnais basculent en 4-2-3-1 afin d’augmenter un peu plus la pression dans le camp parisien.

Les relances lyonnaises recherchent en priorité les relais de Briand et Lacazette, qui travaillent ensuite dos au but. Les latéraux sont les solutions les plus "simples" (ex : Tolisso), mais les projections dans l'axe évidemment plus dangereuses (Mvuemba puis Fekir).

Les relances lyonnaises recherchent en priorité les relais de Briand et Lacazette, qui travaillent ensuite dos au but. Les latéraux sont les solutions les plus « simples » (ex : Tolisso), mais les projections dans l’axe évidemment plus dangereuses (Mvuemba puis Fekir).

Spectateur de la partie pendant une bonne vingtaine de minutes, Laurent Blanc réagit à l’entrée du dernier quart d’heure avec les entrées de Cabaye et Pastore à la place de Verratti et Lavezzi (74e). A défaut de peser sur le jeu, l’ancien Lillois redynamise le pressing en reprenant le travail de Verratti, qui était jusqu’ici le Parisien qui sortait le plus souvent du milieu de terrain pour accompagner Cavani. De son côté, Pastore entre dans un rôle d’ailier, à la fois chargé de bloquer son couloir et de profiter des espaces laissés par les Lyonnais en contre-attaque.

Les Gones poussent dans les dernières minutes mais peinent à convertir leur domination en occasions. Les coups de pied arrêtés sont tous renvoyés par la défense parisienne, qui est aussi souveraine sur les nombreux centres (en profondeur, à défaut de créer le décalage). Dans les dernières minutes, les Parisiens vont même montrer qu’ils ont retenu la leçon de Chelsea : Pastore, Cavani, Cabaye et même Matuidi sortent à tour de rôle afin d’empêcher les défenseurs lyonnais de mettre « les ballons dans la boîte » comme Terry ou Cahill avaient pu le faire sans difficulté à Stamford Bridge.

activite-cavani

Dans les dernières minutes, les Parisiens trouvent les ressources pour empêcher Gonalons, Bisevac ou Umtiti d’ajuster leurs longs ballons vers la surface parisienne. Suffisant pour soulager leur défense.

Conclusion : 

L’OL peut évidemment avoir des regrets… Car concernant la décision de Stéphane Lannoy sur le penalty (30e), les Lyonnais se sont eux-mêmes mis à la merci d’un « détail » de ce genre en se contentant de « regarder » partir les longs ballons parisiens. Le plan de jeu qui visait à bloquer le rond central était louable – bien qu’étonnant face à un PSG privé d’Ibrahimovic – ; il a même atteint son objectif puisque Paris a dû trouver d’autres solutions pour rentrer dans le camp adverse. Mais à partir du moment où les Parisiens parvenait à créer le danger dans les 20 derniers mètres grâce au jeu long de leurs défenseurs et milieux de terrain (1er but à la 4e, Cavani face à Lopes 11e, reprise instantanée de Cavani 14e), une réaction tactique aurait été la bienvenue avant la 54ème minute.

Côté parisien, la victoire est évidemment importante après une semaine très difficile. Il faut aussi retenir les bonnes séquences de pressing, notamment l’activité de Verratti, qui auraient certainement fait un bien fou à Stamford Bridge. Reste à savoir pourquoi la même équipe n’a pas pu accomplir le même travail il y a dix jours. Dans les moments les plus difficiles de la deuxième mi-temps, les Parisiens ont aussi pu se reposer sur la sérénité de leur charnière centrale. Alex et Thiago Silva ont retrouvé leurs réflexes de la saison dernière, lorsque le PSG laissait « volontairement » des espaces à ses adversaires sur les côtés en s’appuyant sur leur capacité à renvoyer tous les centres.

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Stan dit :

    Impressionnant de publier un article de cette qualité en si peu de temps. Continue comme ça !

  2. Julien dit :

    excellent article, très rigoureux, comme toujours !

  3. Super article ! Merci !

  4. Azurrasquadra dit :

    Je trouve cette analyse excellente. En effet, les Lyonnais ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes à propos de ce penalty. Je n’ai pas vu le dernier match de championnat entre les deux équipes mais après avoir battu le PSG, pourquoi ne pas entretenir le doute des parisiens (dû à cette défaite) en exerçant un vrai pressing sur les trois du milieu ? Je crois que c’est, au contraire, en leur contestant la possession de balle que Lyon aurait pu faire replonger les parisiens dans leur doute de ces deux dernières semaines. Je pense même qu’il aurait été plus facile de leur contester le ballon hier soir qu’il y a 2 mois à cause de cette fragilité récente.
    Je ne comprends pas non plus les rôles des deux attaquants lyonnais en phase défensive. A quoi servent-ils si, avec Malbranque, ils ne pressent pas les trois milieux parisiens ? Si leur positionnement s’expliquait uniquement par des contre-attaques plus efficaces, je pense que c’est un très mauvais raisonnement. Il faut aussi regarder les risques de ce positionnement et ils sont énormes : les deux latéraux parisiens peuvent monter très hauts, trop hauts et ils n’ont personne en face d’eux ! Comment les Lyonnais peuvent-ils imaginer récupérer la balle ? S’ils comptaient sur des approximations parisiennes (c’est une finale quand même), il fallait au moins éviter qu’ils aient tout le temps et l’espace pour s’organiser.
    Le pressing des deux attaquants lyonnais et de Malbranque sur Motta, Matuidi et Verratti auraient permis à Mvuemba et Tolisso de se positionner plus proches des deux latéraux parisiens. Quitte à élaborer une stratégie sur des pressings intermittents, par séquence, pour éviter de s’épuiser. Vraiment, pour moi, la première mi-temps de Lyon est un non sens tactique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *