Allemagne 1-1 Chili : une opposition de styles défensifs

Coincée entre l’Euro et la Coupe du Monde, la Coupe des Confédérations n’a pas le même rayonnement que les autres compétitions internationales. L’édition en cours en Russie est en plus loin d’être la plus attractive vu les équipes engagées, mais elle a au moins eu le don de nous offrir dès la phase de poules une confrontation entre le Chili et l’Allemagne. Retour sur cette opposition de style entre les deux sélections qui se retrouveront peut-être en finale en fin de semaine.

Les Chiliens « protagonistes », les Allemands « spéculateurs » 

On le sait, la Roja et la Mannschaft sont deux équipes qui ont l’habitude d’avoir la possession du ballon et de construire depuis leur base défensive. En revanche, elles n’ont pas eu la même approche défensive au moment de se retrouver la semaine dernière. Pour reprendre les paroles de Marcelo Bielsa lors de sa conférence en Belgique (voir ci-dessous), les Chiliens étaient « protagonistes » et les Allemands « spéculateurs ».

En d’autres termes, lorsqu’ils n’avaient pas le ballon, les Chiliens faisaient tout pour le récupérer le plus rapidement possible, ce qui les a amenés à presser très haut l’Allemagne. A l’inverse, la Mannschaft a adopté une posture plus attentiste face à la relance chilienne en espérant piéger la Roja via des transitions rapides après avoir récupéré le ballon.

« Il faut choisir un style de jeu. Il y a deux possibilités, antagonistes mais légitimes : le protagonisme ou la spéculation. Le jeu peut parfaitement être mesquin. » (Marcelo Bielsa)

Les compos : 

Avant d’entrer dans le détail des deux approches, petit rappel utile sur les 22 acteurs. Au coup d’envoi, il n’y avait que trois champions du monde allemands sur la pelouse : Ginter, Mustafi et Draxler, promu capitaine de la sélection durant cette Coupe des Confédérations. Face à des Chiliens organisés en 4-4-2 losange avec Vidal en soutien de Vargas et Sanchez devant, Löw a opté pour un système à trois défenseurs centraux et un double pivot composé de Rudy et Can.

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Le pressing chilien : forces et faiblesses 

Commençons par aborder la rencontre côté chilien puisque ce sont eux qui ont rythmé le début de celle-ci par leur pressing. Positionné à la pointe du losange, Vidal se retrouvait naturellement en première ligne avec Sanchez et Edu Vargas. Un trio qui s’opposait aux trois solutions courtes s’offrant à ter Stegen : Suele, Mustafi et Ginter.

Au milieu, Hernandez et Aranguiz suivaient Rudy et Can, tandis que les latéraux sortaient de la ligne défensive en cas de transmission vers Kimmich ou Hector dans les couloirs. Tout était fait (et plutôt bien) pour empêcher la Mannschaft de ressortir court et au sol. Les passes en retrait vers ter Stegen étaient en plus l’occasion de mettre la pression sur le portier du Barça afin de ne pas lui laisser le temps de la réflexion pour relancer.

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Ce gros travail des Chiliens dans la moitié de terrain adverse a été très rapidement récompensé. L’ouverture du score (Sanchez, 5e) est directement venue de cette approche : tout est parti d’une relance de Mustafi déviée par Vidal et finalement récupérée par l’attaquant d’Arsenal.

Evidemment, presser autant n’est pas sans risque. Durant la première mi-temps, les Allemands sont parvenus à déjouer le pressing de la Roja à deux reprises. Intervenue peu avant la pause, la deuxième séquence positive leur a permis d’égaliser grâce à Stindl (40e) après un très gros travail de Kimmich sur le côté droit pour mettre son équipe dans le bon sens.

Les dangers du marquage sur l’homme

Au-delà de cette action bien menée par la Mannschaft, l’approche active des Chiliens n’était pas sans défaut. Le marquage très orienté sur l’homme de la Roja, et notamment des milieux de terrain, crée forcément des lignes de passes pour l’adversaire, surtout si ce dernier peut s’appuyer sur des défenseurs sachant relancer. Or c’était le cas pour l’Allemagne puisque Ginter et Mustafi étaient sur la pelouse.

Dès que le pressing chilien se relâchait et que l’équipe était amenée à jouer plus bas, les Allemands ont pu trouver des solutions pour progresser en s’appuyant sur les attaquants. En deuxième mi-temps, on a ainsi vu les défenseurs prendre plus de responsabilités et s’insérer dans le camp adverse pour envoyer quelques bons ballons dans les pieds de leurs attaquants (Stindl, Draxler, Goretzka…).

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L’autre limite du marquage sur l’homme des Chiliens est qu’il s’appuie avant tout sur les duels pour récupérer le ballon. Pour effectuer des prises à deux ou trois, l’équipe doit compter sur le dépassement de fonction d’un joueur qui serait capable de faire l’effort supplémentaire pour venir en aide. A ce jeu-là, un joueur comme Arturo Vidal est précieux pour la Roja. Mais lorsqu’il s’éteint, ce qui a été le cas dans ce match, cela devient forcément plus difficile de récupérer le ballon.

Les Chiliens ont d’ailleurs eu du mal à terminer la rencontre, subissant bien plus les assauts allemands qu’en début de partie. Sans être mis énormément en danger, à l’exception d’une frappe de Stindl (73e), ils ont été contraints de défendre aux abords de leur surface. On se dit même que Joachim Löw aurait pu aller chercher la victoire s’il avait décidé de faire appel à son banc de touche à l’approche du money-time.

L’Allemagne attend le contre, mais peine à sortir 

Face aux Chiliens, la Mannschaft a été beaucoup plus calculatrice. A l’exception des séquences arrêtées (6m ou touches), les Allemands ne sont pas allés chercher leurs adversaires, préférant se replacer avec un bloc médian extrêmement compact. L’objectif était d’empêcher le Chili de trouver cette fameuse relance verticale qui lui permet habituellement de développer son jeu.

Et là aussi, on peut dire que cela a plutôt bien fonctionné. Les Chiliens ont eu du mal à jouer vers l’avant depuis Jara, Medel ou Diaz. Entre les lignes, Sanchez ou Vidal étaient vite entourés par 2 ou 3 adversaires lorsqu’ils recevaient le ballon. Résultat, ils étaient quasiment contraints à des exploits individuels pour créer le danger.

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La défense allemande a assez vite pris le dessus sur l’attaque sur ces séquences mais l’Allemagne n’a toutefois pas réussi à convertir cela offensivement. En acceptant que le Chili remonte le ballon, l’équipe de Joachim Löw se retrouvait forcément sous sa pression dès lors qu’elle le récupérait. Car la Roja s’est montrée très active à la perte de balle, privant les Allemands des munitions qu’ils espéraient sans doute en contre-attaque.

L’Allemagne, vulnérable sur les côtés :

Autre souci pour l’Allemagne dans ce match, sa vulnérabilité sur les côtés, notamment en première période. En opposant une ligne de quatre très compacte au milieu de terrain, la Mannschaft abandonnait beaucoup d’espaces dans les couloirs à Isla ou Beauséjour. Bien sûr, c’était mieux ainsi : les deux latéraux sont moins dangereux lorsqu’ils reçoivent le ballon dans l’entrejeu que lorsqu’ils sont lancés en profondeur.

Mais à plusieurs reprises, ils ont réussi à trouver dans le coeur du jeu ses fameuses solutions qui étaient inaccessibles via une relance verticale (Vidal, Sanchez…). En cause, le retard de Draxler ou Goretzka lorsqu’il s’agissait de leur fermer l’accès à l’intérieur et/ou le positionnement trop bas des latéraux (Kimmich/Hector). Ces derniers craignaient peut-être les appels en profondeur de Sanchez ou Vargas dans leur dos, sachant que Ginter et Suele n’étaient pas les défenseurs les plus rapides pour couvrir ce genre de courses.

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Dernier problème à signaler pour la Mannschaft, qui allait de pair avec son approche finalement assez attentiste : l’équipe a manqué d’agressivité dans la moitié de terrain adverse à la perte du ballon. Plusieurs fois en deuxième mi-temps, elle est restée un peu trop spectatrice après des centres au lieu d’aller à la lutte pour le deuxième ballon. Résultat, le Chili a eu quelques opportunités pour sortir en contre-attaque, sans toutefois parvenir à porter le danger jusqu’aux abords des buts de ter Stegen.

Conclusion : 

Loin d’atteindre des sommets de football, ce match entre l’Allemagne et le Chili a surtout opposé deux manières de défendre, aussi recevables l’une que l’autre sans qu’aucune ne soit parfaite. L’approche allemande est sans aucun doute la moins énergivore… mais celle du Chili peut aussi permettre de prendre rapidement le large au tableau d’affichage de par l’intensité mise dans la moitié de terrain adverse. Bref, comme le disait Bielsa, « deux possibilités, antagonistes mais légitimes. » 

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1 réponse

  1. Mario dit :

    Aurais-tu une analyse de la finale opposant ces deux équipes s’il te plait ? J’aimerais avoir ton avis à propos de ce match. Pour ma part, je trouve que les deux équipes avaient le même niveau et c’est simplement à cause d’une erreur défensive que les Allemands ont réussi à marquer.
    Passe une bonne journée

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