River Plate 3-0 Tigres, l’analyse tactique

Quinze après son dernier sacre, et surtout seulement quatre ans après sa relégation en D2 argentine, River Plate est revenu au sommet du continent sud-américain en remportant la Copa Libertadores la nuit dernière. Après avoir ramené un 0-0 de Monterrey, les hommes de Marcelo Gallardo ont pris le dessus dans un match qu’ils ont su rendre intense. Une option risquée, qui leur a valu quelques frayeurs, mais qui a finalement payé.

Les deux équipes : 

Au coup d’envoi, sur le plan tactique, River Plate en 4-4-2 se retrouve face à une équipe de Tigres organisée en 4-1-4-1. Deux anciens pensionnaires de Ligue 1 sont sur la pelouse, Cavenaghi d’un côté, Gignac de l’autre. On retrouve aussi des joueurs présents lors de la dernière Copa America : Carlos Sanchez (Uruguay) pour River Plate, Arevalo Rios (Uruguay) et Javier Aquino (Mexique) pour Tigres. Courtisés par plusieurs clubs européens ces derniers mois, Kranevitter et Vangioni débutent eux aussi la rencontre côté River Plate. Parmi les autres joueurs à suivre côté Monterrey, on peut citer Jurgen Damm (milieu droit) et Guido Pizarro (devant la défense)

 

River Plate, comme la Juventus :

A sens unique, les premières minutes de jeu voient une équipe de Tigres complètement asphyxiée par le pressing et l’activité des joueurs de River Plate. A l’instar de ce qu’avait pu faire la Juventus en Ligue des Champions, l’équipe argentine alterne 4-4-2 losange pour presser dans la moitié de terrain adverse, et 4-4-2 à plat quand il s’agit de défendre dans son camp.

Dans un rôle similaire à celui de Vidal chez les Bianconeri, Ponzio sort du milieu de terrain et se joint à ses attaquants afin de bloquer les trois solutions courtes proposées au gardien de Tigres (les défenseurs Rivas et Juninho, et surtout Pizarro, véritable maître à jouer du milieu de terrain). Afin de couvrir ce bloc haut, les défenseurs (Funes Mori et Maidana) rentrent vite dans leur match et se montrent à leur avantage dans les airs (dominant Gignac notamment).

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Ponzio va dans la zone de Pizarro et complète le travail de Cavenaghi et Alario, forçant le jeu long de Guzman. Une approche qui fonctionne grâce à la supériorité de Funes Mori et Maidana dans les duels aériens en couverture.

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Dans les premières minutes, River maintient une activité très intense même dans sa moitié de terrain. Ponzio et Kranevitter alternent pressing et couverture dans l’axe. Ici, le premier se replace.

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Kranevitter sort sur la passe à destination d’Arevalo Rios et le force à jouer en retrait.

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En l’espace de quelques secondes, les milieux de River sont remontés et Ponzio ressort en pointe du pressing pour mettre la pression sur Pizarro.

River n’a besoin que d’une minute de jeu pour armer son premier tir, qui est justement la conséquence directe du positionnement haut de Ponzio. Cavenaghi profite d’un dégagement de Guzman renvoyé par sa propre défense pour se retrouver en position à l’extérieur de la surface et tenter sa chance. A côté (1e).

Avec le ballon, River ne s’embarrasse pas non plus de la possession. L’objectif est clairement de mettre la pression dans le camp de Tigres : dès que la balle est récupérée, les défenseurs jouent long, cherchent les espaces et le reste du bloc remonte derrière les attaquants afin de relancer le pressing. Deux conséquences à cela : Tigres a besoin d’un gros quart d’heure pour approcher les buts de Barovero… mais River a aussi du mal à créer le danger. Beaucoup d’intensité mais peu de créativité.

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Les Argentins font tout pour asphyxier leurs adversaires. Kranevitter met la pression sur Sobis alors que le ballon vient d’être récupéré par l’équipe mexicain qui tente de ressortir.

Des occasions pour Tigres :

Malgré la domination de River, c’est bien Tigres qui se crée la première grosse situation du match : Sobis rate son contrôle après avoir été servi en première intention par Gignac (15e). Dans les minutes qui suivent, le pressing de River baisse d’intensité et les joueurs de Monterrey vont profiter de ce relâchement en appuyant sur un point faible :  les espaces dans le dos des latéraux argentins.

Car depuis le début de la partie, Mayada et Vangioni accompagnent le pressing de leurs milieux de terrain, n’hésitant pas à sortir loin de leur défense centrale. Objectif évident : éteindre Aquino et Damm avant que ces derniers n’aient le temps de mettre le pied sur le ballon. Efficaces lorsqu’ils défendent en avançant, ils ont été à l’origine de quelques récupérations de balle intéressantes au niveau de la ligne médiane.

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Vangioni jaillit dans les pieds de Damm. River ferme bien les côtés en début de partie et empêche Tigres de passer par ses ailiers, véritables atouts de l’animation offensive de la formation mexicaine.

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Au tour de Mayada de sortir au pressing pour compléter le travail des milieux de terrain dans l’axe.

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De leurs récupérations naissent des transitions intéressantes à jouer, mais rarement bien menées.

Ces sorties des latéraux ne sont évidemment pas sans risque. Pour peu qu’ils soient en retard dans le duel ou pris dans leur dos par une passe, c’est la défense centrale de River qui se retrouve à découvert. Et comme Kranevitter joue généralement plus près de ses milieux de terrain que de sa défense (voir les captures ci-dessus), il est souvent trop loin pour compenser les sorties de Funes Mori ou Maidana sur les côtés.

En l’espace de deux petites minutes de jeu (23e, 24e), Aquino et Damm se retrouvent ainsi lancés vers les buts de Barovero. Le premier prend Mayada de vitesse et trouve Arevalo Rios à l’entrée de la surface mais la frappe de l’Uruguayen manque le cadre. Damm est lui à l’origine d’une situation bien plus dangereuse, la plus grosse occasion du premier acte : éliminant Funes Mori puis Maidana, il sert Gignac à hauteur du point de penalty mais ce dernier ne peut reprendre l’offrande, gêné par le retour d’un défenseur.

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Dès que l’espace s’ouvre devant lui, Aquino a les jambes pour faire la différence sur Mayada.

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Arevalo Rios se défait du pressing de Ponzio. Il trouve une belle passe dans le dos de Vangioni.

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Damm a pris de vitesse le latéral de River et se retrouve lancé par Gignac le long de la ligne de touche.

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L’ailier fait la différence face à Funes Mori et est lancé vers le but. Il éliminera ensuite Maidana et servira Gignac dans la surface, sans réussite.

River, juste avant la mi-temps :

Malheureusement pour Tigres, ces actions ne s’accompagnent pas de temps forts dans la moitié de terrain de River. Seul en pointe, Gignac n’est quasiment jamais accompagné au pressing. S’il peut gêner Funes Mori ou Maidana, la présence de Kranevitter à proximité et la disponibilité de Vangioni et Mayada dans les couloirs permet toujours à River de garder le contrôle du ballon. Bref, Monterrey doit se contenter de simples à-coups pour inquiéter River.

De leur côté, les Argentins alternent ainsi relances longues, pressing intense et phases de jeu plus construites. Sur ces dernières, les passes s’orientent vers les côtés avec une préférence certaine pour le flanc gauche où l’entente entre Vangioni et Bertolo permet de développer plusieurs mouvements intéressants.

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S’appuyant sur Bertolo dans le couloir, Vangioni a été l’un des meilleurs atouts offensifs de River en première mi-temps.

L’équipe reste en revanche limitée lorsqu’elle tente de revenir dans l’axe ou de renverser le jeu. Cavenaghi et Alario sont serrés de près par les défenseurs de Tigres, si bien qu’ils pèsent très peu dans le dernier tiers, sauf pour obtenir des coups de pied arrêtés. Juste avant la mi-temps, c’est une accélération de Vangioni qui permet à River de faire la différence : après avoir éliminé Damm, le latéral rentre intérieur et adresse un superbe centre à Alario qui le reprend de la tête à mi-hauteur (1-0, 45e).

2ème mi-temps : Tigres revient

Désormais menée au score, l’équipe de Monterrey doit prendre plus de risques pour espérer revenir. Cela passe d’abord par une relance capable de se sortir du pressing de River Plate. A ce jeu-là, à la reprise, c’est Guido Pizarro qui prend les choses en main. Le milieu de terrain porte plus le ballon et parvient à résister dans les duels pour orienter le jeu.

Les ballons ressortent enfin jusque dans la moitié de River Plate et Tigres peut s’y installer et développer son jeu. Abonnés aux tâches défensives en première mi-temps, les latéraux peuvent enfin profiter de ces phases de jeu hautes pour monter et proposer des solutions à Aquino et Damm sur les ailes. Comme en première mi-temps, Tigres appuie dans le dos des latéraux argentins, mais la paire Maidana-Funes Mori répond présente en couverture.

Homme-clé pour sortir les ballons, Pizarro est aussi à l’orientation du jeu dans le camp adverse. Le match est désormais beaucoup plus équilibré, River Plate peinant à remettre la même intensité. Jesus Duenas remplace Arevalo Rios pour apporter plus de poids dans la surface de River (65e). Trois minutes plus tard, Damm offre une balle de 1-1 à Aquino mais ce dernier envoie le ballon au-dessus (68e).

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Après la pause, Pizarro profite des espaces plus importants entre les milieux et les attaquants de River pour orienter le jeu de son équipe.

Le tournant pour River :

Cette occasion manquée se révèle être le tournant de la rencontre puisque cinq minutes plus tard, Aquino – encore lui – est coupable d’une faute sur Sanchez dans sa surface de réparation. L’Uruguayen, récompensé de son travail à la récupération, convertit le penalty (75e). Ce but assomme les Mexicains qui en encaissent un autre trois minutes plus tard (Funes Mori sur corner, 78e).

Si elles permettent aux coachs de River Plate de faire ovationner Cavenaghi (77e) et participer Lucho Gonzales à la fête (82e), les dernières minutes n’ont plus grand intérêt sur le plan du jeu. Tigres a baissé les bras et ne peut plus rien espérer, River a match et compétition gagnés. En 9 mois, le club argentin vient d’enchaîner Copa Sudamericana, Recopa et Copa Libertadores. Et les regards des supporters se tournent désormais vers le mois de décembre et le Mondial des Clubs.

Conclusion :

River a eu le mérite de provoquer sa victoire. Dès le début du match, les Argentins se sont montrés beaucoup plus proactifs que leurs adversaires. Leur projet de jeu a dicté l’histoire de cette finale retour : en première mi-temps, les occasions de Tigres sont venus de séquences mal négociées par les joueurs de River (dans le dos des latéraux). Le but d’Alario juste avant la mi-temps leur a offert un avantage plus que bienvenu, leur pressing s’étiolant par la suite, permettant à Tigres de rééquilibrer les débats. Le match aurait alors pu basculer d’un côté comme de l’autre, le but du break de Sanchez sonnant comme celui de la victoire pour River.

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1 réponse

  1. Kop Hunters dit :

    Merci pour cet éclairage tactique, c’est toujours intéressant de voir des analyses (des vraies pas celles du CFC) post-match. Continuez ;)

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