Chili 2-0 Equateur, l’analyse tactique

En match d’ouverture de la Copa America, le Chili est venu à bout de l’Equateur (2-0). Après avoir raté le coche en tout début de match, les Chiliens se sont longtemps heurtés au solide bloc défensif de La Tricolor. Il a fallu deux erreurs individuelles équatoriennes pour leur permettre de faire la différence au tableau d’affichage pour entamer « leur » tournoi de la meilleure des manières.

Les compos : 

Pas de surprise côté chilien : malgré une petite incertitude concernant Vidal juste avant le coup d’envoi, tous les cadres sont bien présents sur la pelouse. L’équipe débute la rencontre en 3-4-2-1 : Sanchez évolue seul en pointe, soutenu par Vidal et Valdivia. Côté équatorien, rien n’a changé depuis le Mondial 2014 et le nul obtenu face à l’équipe de France (0-0) : le 4-4-2 est toujours le système favori de La Tricolor.

Le Chili démarre fort :

Pas de round d’observation dans ce match : le Chili est dangereux dès la première minute. En cause, une formation équatorienne trop passive face à la relance adverse. A la base, l’objectif de La Tricolor est de priver les défenseurs des relais d’Aranguiz et Diaz au milieu de terrain (à l’instar du Brésil en mars dernier : lire Brésil 1-0 Chili, l’analyse tactique). Les deux joueurs se retrouvent ainsi encerclés entre les attaquants et les milieux équatoriens.

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Si un milieu est servi entre les deux lignes équatoriennes, Noboa ou Lastra sortent au pressing afin de l’empêcher de se retourner.

Problème, en pointe du 4-4-2 de La Tricolor, Valencia et Bolanos ne parviennent pas à cadrer les relances de Mena, Jara et Medel. Même chose à gauche pour Montero, souvent mal positionné par rapport à Medel. Résultat, si l’axe est verrouillé, les milieux de terrain sont souvent dépassés par les passes à destination des latéraux chiliens. Si le duo Martinez-Paredes coupe bien la relation Mena-Beauséjour, le flanc gauche de l’Equateur prend l’eau.

Dans son couloir, Isla bénéficie d’une certaine liberté : Montero (milieu gauche de l’Equateur) est en retard dans son repli et Ayovi (latéral gauche) lui laisse beaucoup d’espaces. La raison tient sans doute dans le positionnement de Sanchez, toujours prompt à attaquer la profondeur sur l’aile droite.

Résultat, le latéral droit de QPR a le temps de prendre les bonnes décisions et d’ajuster ses transmissions. Plusieurs possibilités s’offrent à lui avec les appels dans l’espace d’Alexis, les mouvements de Valdivia ou Vidal entre les lignes, et le soutien de Diaz ou Aranguiz. Le Chili penche largement à droite au cours de la première mi-temps : la relation Isla-Sanchez-Vidal fonctionne plusieurs fois et Valdivia rayonne lorsque le ballon revient dans le coeur du jeu (23 passes dans le dernier tiers pour Isla, 24 pour Valdivia sur les 45 premières minutes).

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Montero est un problème pour la formation équatorienne lorsque celle-ci laisse trop d’espaces à Medel.

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Dans la moitié de terrain adverse, Isla a plusieurs solutions en attendant le repli de son adversaire direct.

L’Equateur s’ajuste :

Toujours dans le match malgré deux énormes occasions chiliennes dans les 5 premières minutes, l’Equateur se met petit à petit au niveau. Après la rencontre, Gustavo Quinteros est d’ailleurs revenu sur l’entame de match difficile de ses hommes, arguant que ces derniers avaient eu besoin « de 20 à 30 minutes » pour rentrer dans leur tournoi. En l’occurrence, cette première demi-heure leur a été utile pour trouver la bonne formule face à la relance adverse.

Au bout de 20 minutes, les Equatoriens ajustent leur système pour passer en 4-5-1. Derrière Valencia, l’idée est de faire sortir tour à tour un joueur du milieu de terrain selon le Chilien qui va se charger de la relance : Noboa, Bolanos ou Lastra dans le dos des milieux axiaux, Martinez et Montero en cas de ballon porté par Mena et Medel. Seul joueur capable d’en profiter côté chilien, Gonzalo Jara – le défenseur axial – qui parvient plusieurs fois à casser la ligne de l’entrejeu, sans toutefois que cela n’aboutisse offensivement.

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Les milieux équatoriens sortent au pressing lorsque leurs adversaires arrivent à hauteur du rond central.

S’il parvient désormais à faire reculer le Chili, l’Equateur reste toujours friable sur son côté gauche. Le changement tactique permet quand même de mieux composer avec Montero qui ne défend toujours pas. Le retour de Bolanos au sein du milieu de terrain le dispense en effet du repli. L’ailier de Swansea reste donc dans la zone de Medel, à la fois pour le dissuader de porter le ballon et chercher Isla, mais aussi pour être une menace immédiate en contre-attaque (un rôle qui pourrait se rapprocher de celui de Cristiano Ronaldo avec le Real Madrid de Mourinho).

Recherché par le jeu direct de son équipe, Montero fait d’ailleurs plusieurs différences sur son aile durant la première mi-temps, sans toutefois parvenir à trouver un partenaire dans la surface de Bravo. De son côté, la Roja réagit une fois encore par des mouvements sur son aile droite autour d’Isla, Vidal et Sanchez. En l’espace de deux minutes (36e, 38e), les Chiliens se créent deux grosses occasions mais ne parviennent pas à prendre l’avantage.

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L’activité des milieux équatoriens permet de mieux contrôler la relance chilienne. En revanche, dès que le pressing se relâche, des espaces sont à exploiter dans le dos de Montero.

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En phase défensive, les Equatoriens défendent à huit autour de leur surface. Auparavant milieu gauche dans ce système, Montero reste devant.

Deuxième mi-temps : 

A la pause, Jorge Sampaoli décide de rééquilibrer son animation offensive. Invisible en première mi-temps, Beauséjour cède sa place à Edu Vargas et l’équipe passe en 4-3-3. Vargas et Alexis Sanchez occupent les ailes (droite et gauche), encadrant Valdivia qui se retrouve dans une position de faux n°9. Vidal redescend d’un cran pour rejoindre Aranguiz et Diaz dans l’entrejeu. Derrière, Isla, Medel, Jara et Mena forment désormais la ligne défensive.

Le repositionnement du milieu de la Juve profite à la relance chilienne qui bénéficie désormais d’un 3e relais dans le coeur du jeu. Si Aranguiz décroche parfois entre ses deux centraux pour reformer une relance à trois, les mouvements de Vidal dans le rond central posent de nouveaux problèmes aux Equatoriens (Noboa, Lastra). S’il est moins visible dans le dernier tiers, Vidal permet de fluidifier la circulation du ballon au milieu du terrain, laissant à Vargas-Isla et Sanchez-Mena le soin de faire la différence sur les ailes.

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Sur cette séquence, Aranguiz a décroché en défense afin de reformer la défense à trois. Vidal et Diaz occupent l’entrejeu, tout comme Valdivia dans son rôle de faux-9. Résultat, Noboa se retrouve avec un deux joueurs dans sa zone.

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La balle arrive jusqu’à Vidal qui a tout le temps de se mettre dans le sens du jeu. Noboa se retrouve pris entre-deux et Bolanos est trop loin pour lui venir en aide.

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Le milieu équatorien est battu, et Valdivia se retrouve lancé vers les buts de Dominguez. Sorti sur Mena au départ de l’action, Paredes est en retard et Sanchez va profiter de l’intervalle dans son dos pour rentrer dans la surface… sans réussir à concrétiser.

L’Equateur offre le match : 

Quelques minutes plus tard, un nouveau lancement de jeu de Vidal permet à Sanchez de lancer Vargas dans la surface. Le tir du remplaçant est repoussé par Dominguez (63e). Entre temps, l’Equateur s’est tout de même offert une occasion de but grâce à un nouveau déboulé de Montero sur l’aile gauche, dont le centre n’a pas profité à Valencia (54e). Même si le Chili semble ressortir plus facilement le ballon qu’en première mi-temps, il manque de solutions à l’approche de la surface. Valdivia et Isla moins influents, le danger vient surtout des prises de balle de Sanchez, désormais sur l’aile gauche.

Sur l’une d’entre elles, l’attaquant d’Arsenal change le jeu. A la réception de sa transversale, Vidal se retrouve face à Bolanos qui l’accroche dans sa surface. L’arbitre facilite les choses pour la Roja en désignant le point de penalty. Vidal le transforme (1-0, 68e). Ce but débloque le match pour le Chili qui donne l’impression de contrôler assez aisément son avantage par la suite. Seule frayeur, une tête d’Enner Valencia qui termine sa course sur la barre de Bravo suite à un coup de pied arrêté tiré par Ayovi (81e). Presque dans la foulée, une deuxième erreur de La Tricolor, signée Ibarra, permet à Sanchez d’offrir le 2-0 à Edu Vargas (84e), mettant fin au suspense.

Conclusion : 

Outsider à la victoire finale, le Chili sort de ce match sans avoir convaincu. L’essentiel est là avec la victoire, qui plus est face à un adversaire qui a su lui poser des problèmes, mais pas mal d’interrogations subsistent. Le jeu direct des Equatoriens vers Enner Valencia a empêché les Chiliens de s’installer dans la moitié de terrain adverse… et le bon pressing des milieux de La Tricolor sur leurs homologues chiliens a compliqué le franchissement de la ligne médiane dans l’autre sens.

L’excellente prestation d’Alexis Sanchez peut toutefois rassurer les Chiliens sur un point : en attendant que le collectif trouve son rythme de croisière, l’attaquant sera là pour le porter le plus loin possible. La montée en puissance de Vidal d’une mi-temps à l’autre est aussi un signe positif, qui laisse à penser que la formation de Sampaoli possède une réelle marge de progression au fil de ses sorties. En cela, le Mexique et la Bolivie, moins forts physiquement que les Equatoriens, pourraient être des sparring-partners intéressants en attendant le début des choses sérieuses.

Après une trentaine de minutes compliquées, La Tricolor a de son côté affiché le visage qui était attendu d’elle : « solide et bien en place ». Elle a contenu la majorité des assauts chiliens, ne tremblant que sur les accélérations de Sanchez ou des combinaisons de haut vol entre Isla, Valdivia et/ou Vidal. Elle aurait même pu faire trembler les filets de Bravo sur les débordements de Montero côté gauche. Mais une fois le changement tactique effectué par Quinteros, pour compenser le manque d’implication défensive de son ailier, Valencia était bien seul à la réception de ses centres pour que le danger soit réel.

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1 réponse

  1. 12 juin 2015

    […] une analyse tactique sérieuse et complète du match : l’analyse tactique de Florent Toniutti (il est également sur twitter et ses « lives » tactiques […]

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