Chili 0-0 Argentine, l’analyse tactique

Devant son public, le Chili a soulevé la première Copa America de son histoire après une victoire aux tirs au but face à l’Argentine (0-0, 4-1). Retour en détails sur les 120 minutes de jeu qui ont précédé la séance fatidique.

Les compositions : 

Aucune surprise à signaler au coup d’envoi : d’un côté comme de l’autre, tous les cadres sont là. Le Chili évolue une fois de plus en 4-4-2 losange avec Diaz devant la défense, chargé de compenser les mouvements de ses défenseurs, tandis que Valdivia occupe la pointe haute du système. Côté argentin, Tata Martino reconduit l’équipe venue à bout du Paraguay en demi-finale (6-1).

 

Le pressing chilien, clé de la rencontre 

Cette finale de la Copa America oppose les deux équipes qui ont jusqu’ici l’habitude d’avoir la possession du ballon (moyenne supérieure à 60% depuis le début du tournoi pour le Chili et l’Argentine). Or quand deux sélections de ce type s’affrontent, l’équipe qui remporte la bataille de la possession est généralement celle qui va chercher son adversaire le plus haut.

Or c’est bien le Chili qui se montre le plus entreprenant à ce niveau et ce dès le début de la partie. Derrière Sanchez, Vargas et Valdivia, Vidal n’hésite pas à sortir afin de bloquer les solutions courtes qui se proposent à Romero, le gardien argentin. Objectif : forcer ce dernier à jouer long et les défenseurs à jouer direct en espérant prendre le dessus à la retombée grâce à l’agressivité des défenseurs (Medel, Silva, Beauséjour, Isla…).

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L’Argentine essaie de se créer un maximum d’espaces pour ressortir court, mais les Chiliens réagissent vite et forcent la plupart des relances.

0′-15′ : relance chilienne et défense de position argentine

Rapidement en possession du ballon, le Chili se retrouve face à une Argentine tout de même plus disciplinée que lors de ses précédentes sorties. Anticipant très certainement le fait que son équipe n’allait pas forcément avoir le ballon, Tata Martino oppose un 4-1-4-1 « en place » à la relance chilienne.

Son système apporte notamment des réponses face à la relance à trois de la Roja. Au lieu de suivre les latéraux chiliens, qu’ils laissent à Rojo et Zabaleta, Messi et Di Maria s’opposent aux montées des défenseurs centraux. En se positionnant au niveau de la ligne médiane, ils bloquent leurs lignes de passes et complètent le travail dans l’axe d’Aguero sur le 3e joueur.

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Le 4-1-4-1 argentin demandait aussi aux latéraux de sortir sur leurs homologues chiliens. Ici, Rojo est au niveau de la ligne médiane au marquage de Isla. Il est couvert par Otamendi, lui même couvert par Mascherano, plus proche de sa défense que de ses milieux. Ces sorties des latéraux permettaient à Di Maria et Messi de s’opposer aux relances des défenseurs chiliens (qui ont l’habitude de s’écarter pour contourner la première ligne). Dans l’axe, Pastore et Biglia se retrouvaient à deux contre deux face à Vidal et Aranguiz.

A l’instar de Rojo et Zabaleta, qui doivent bloquer Isla et Beauséjour sur ces phases, Biglia et Pastore se retrouvent dans l’axe face à Vidal et Aranguiz. Mais durant les premières minutes, ce sont les deux Chiliens qui prennent le dessus et trouvent les solutions pour déstabiliser le bloc adverse.

Manquant parfois d’agressivité, ou simplement mal positionnés, les duo Biglia-Pastore se fait éliminer à plusieurs reprises par les transmissions ou les mouvements de Vidal ou Aranguiz. Pour relayer ces premières passes, Valdivia entre en scène dans la moitié de terrain adverse en exploitant les espaces autour de Mascherano (l’un des points faibles du 4-1-4-1 : les espaces autour de la sentinelle).

Une fois servi, il bénéficie des mouvements de ses partenaires. Devant, Sanchez et Vargas forcent les latéraux à resserrer la défense autour de Demichelis et Otamendi ; conséquence, des boulevards à exploiter dans les couloirs avec les montées de Beauséjour et Isla, qui ne sont pas couverts par Messi et Di Maria.

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Vidal trouve Valdivia entre les lignes argentines. Le meneur tente de servir Beauséjour, déjà parti sur son aile gauche.

Côté argentin, les réponses ne viennent que par à-coups en début de partie : soit en se défaisant du pressing chilien et en attaquant rapidement, soit en récupérant le ballon dans l’entrejeu et en procédant en contre.

Dès que le Chili la force à jouer direct (dégagements de Romero…), ses attaquants souffrent à la retombée face à la vivacité de leurs gardes du corps. Le Chili se crée d’ailleurs sa première grosse occasion du match (Vidal, 11e) suite à un ballon gagné à la retombée d’une passe longue et rapidement transformé en attaque (jeu de transition).

15′-30′ : l’Argentine entre dans son match 

Après cette alerte, l’Argentine sort quand même la tête de l’eau, en essayant notamment d’aller chercher plus haut son adversaire (séquences de pressing dans le camp chilien mais pas de possession, la Roja ne lui laissant pas le temps de s’installer). Doucement mais sûrement, le match s’équilibre, notamment dans l’entrejeu où Biglia se montre plus agressif et vole un ballon intéressant à exploiter dans les pieds de Vidal (15e).

C’est l’occasion pour le Chili de montrer la face B de son pressing : l’efficacité de son repli défensif. Sitôt un ballon perdu ou un joueur éliminé, c’est tout le bloc qui fait l’effort de revenir défendre. Devant la défense au départ des actions argentines, Marcelo Diaz glisse entre Medel et Silva (permettant à ces derniers d’aller couvrir les côtés en attendant le retour des latéraux). Aranguiz, Vidal et Valdivia reviennent dans l’axe afin de conserver trois joueurs dans cette zone.

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Au départ de l’action, l’Argentine parvient à récupérer et ressortir un ballon de son côté droit. Messi lance Biglia et élimine les milieux chiliens sur sa passe. Le milieu de la Lazio se retrouve avec un 2 contre 2 à jouer avec Aguero.

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Huit petites secondes plus tard, les Chiliens sont revenus et repoussent déjà l’approche argentine. D’abord cadré par Silva, Aguero est forcé à jouer en retrait par le retour d’Isla, qui maintient son effort ensuite. Dans l’axe, Aranguiz couvre la défense à 3, protégé par Valdivia et Vidal. Ils seront ensuite rejoints par Sanchez et Vargas qui se positionneront dans la zone des milieux adverses et réagiront en cas de passe en retrait vers les défenseurs afin de permettre au bloc de remonter.

Résultat de l’opposition dans ce second quart d’heure, l’Argentine n’est dangereuse que sur coups de pied arrêtés (tête d’Aguero renvoyée par Bravo, 18e). De son côté, le Chili ne trouve plus les espaces exploités en début de match dans les couloirs ; seul Vargas tente sa chance (22e) en profitant d’une belle ouverture de Silva alors que l’Argentine était positionnée dans le camp chilien (contre-attaque).

La 25e minute marque un premier tournant dans ce match avec la blessure de Di Maria suite à un raid solitaire mené depuis sa moitié de terrain. L’Albiceleste « flotte » pendant quelques minutes en attendant l’entrée en jeu de Lavezzi (29e), sans toutefois que le Chili ne parvienne à en profiter.

30′-45′ : chacun son tour

Alors que la mi-temps approche, les deux équipes se neutralisent et le match s’équilibre. Le Chili reprend la possession de balle mais peine pour trouver des solutions. Alexis Sanchez se signale en décrochant dans l’entrejeu pour offrir des solutions supplémentaires aux relanceurs. Sa vivacité lui permet de faire la différence face à Demichelis et d’être à la base de quelques mouvements intéressants.

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Alors que l’Argentine bloque les milieux chiliens, Sanchez décroche et peut faire la différence face à Demichelis.

De son côté, l’Argentine continue son travail de récupération dans l’entrejeu : après Biglia, Pastore chipe un ballon dans les pieds d’Aranguiz et il faut que Vidal fasse une faute pour stopper une attaque intéressante menée par Lavezzi (35e). Les deux Parisiens se remettent en évidence en fin de mi-temps, sur une situation où Aranguiz se retrouve dans le rôle de Diaz et glisse en défense. Une mauvaise lecture plus tard, il laisse partir Pastore dans la surface de Bravo (tir de Lavezzi en fin de mouvement, 46e).

45′-60′ : un Chili plus direct 

Au retour des vestiaires, le Chili essaie d’éviter de reproduire les séquences qui l’avaient mis en danger, notamment les pertes de balle au milieu de terrain (Vidal-Aranguiz vs Pastore-Biglia). A la relance, Silva, Medel et surtout Diaz jouent beaucoup plus direct, à la recherche de leurs attaquants. Vidal évolue un cran plus haut afin d’offrir une solution supplémentaire sur ce jeu long. Les zones recherchées sont dans le dos des latéraux argentins, souvent avancés pour bloquer les latéraux chiliens.

Qui dit jeu long, dit aussi bataille sur les deuxièmes ballons. Et là aussi, le Chili apparaît à son avantage grâce à la réactivité d’Aranguiz dans l’entrejeu. Plus agressif que Pastore, le milieu de l’Internacional ratisse les ballons et les remet ensuite vers ses partenaires à vocation plus offensive. Jouer long permet aussi au Chili d’arriver vite dans le dernier tiers adverse pour ensuite y maintenir la pression.

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Le Chili saute le rond central et cherche les courses de Vidal, Sanchez ou Vargas aux avants-postes. Dans l’entrejeu, Aranguiz est là pour les seconds ballons, tandis que Valdivia peut décrocher pour faire sortir un adversaire et créer de nouveaux espaces à exploiter pour ses attaquants.

60′-75′ : l’Argentine ne trouve plus Messi

Déjà suivi de très près par Beauséjour en première mi-temps, Lionel Messi est encore plus difficile à trouver après la pause. Le quadruple Ballon d’Or est moins mobile (fatigue ?), et le jeu plus direct du Chili prive l’Argentine d’une partie des ballons qui pouvaient arriver jusqu’à lui durant le premier acte (notamment les ballons de récupération au milieu). Coincé sur son aile droite, il voit son influence baisser (34 ballons touchés en première mi-temps, 21 en seconde).

De son côté, le Chili se crée deux nouvelles situations de but. A chaque fois, les actions partent d’Alexis Sanchez, qui va chercher l’espace dans le dos des latéraux argentins. Les mouvements passent côté droit, grâce aux montées d’Isla qui sert successivement Vidal (64e) et Vargas (73e) sans que ces derniers ne parviennent à finir le travail.

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En jouant plus direct, le Chili offre plus d’espaces à ses attaquants. Sanchez bouge beaucoup devant et se retrouve à mettre Otamendi sous pression… Et pour peu que les deuxièmes ballons reviennent dans sa zone, il peut se retrouver en très bonne position.

D’un côté comme de l’autre, l’intensité accrue depuis la reprise commence à peser sur les organismes. Moins visible dans le système de jeu plus direct de la Roja, Valdivia est le premier Chilien à céder sa place, remplacé par Matias Fernandez (74e). Côté argentin, Martino lance Higuain à la place d’un Aguero qui n’a jamais su être le point d’appui dont avait besoin l’Argentine pour déjouer le pressing chilien (74e).

75′-90′ : le Chili fatigue

Ce dernier quart d’heure du temps règlementaire tourne à l’avantage de l’Argentine sur le plan de la possession du ballon. Ce n’est pourtant pas évident à son entame, puisque la formation de Tata Martino évolue beaucoup plus bas dans sa moitié de terrain, se retrouvant même à 10 dans les 25 derniers mètres.  S’il touche encore des ballons côté droit, Messi apparaît définitivement libéré du travail défensif.

Désormais, c’est Biglia qui couvre quasi exclusivement son couloir, ce qui oblige Pastore à redescendre aux côtés de Mascherano en phase défensive (le Parisien sera ensuite remplacé par Banega). Sur certaines phases, l’équipe ressemble à un 4-4-2 replié, que le Chili ne peut que tenter de contourner. Avantage pour la Roja néanmoins, les deuxièmes ballons reviennent facilement dans leurs pieds face à cette Albiceleste très basse : Sanchez manque ainsi une dernière occasion sur une passe en cloche d’Aranguiz (82e).

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L’Argentine désormais à XI dans sa moitié de terrain. L’équipe défend à 8 et reçoit le soutien de Higuain, puis de Messi si nécessaire.

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Recroquevillée autour de sa surface, l’Albiceleste peut être mise en danger sur les deuxièmes ballons. Ici, Demichelis remonte trop lentement et permet à Aranguiz de servir Sanchez, dont la volée manque le cadre de Romero (82e).

Mais l’Argentine se montre elle aussi dangereuse dans ce dernier quart d’heure, aidée en cela par la baisse de régime chilienne (lire : Chili : le pressing au coeur du succès). Sans surprise, Messi est à nouveau plus disponible, touchant presque deux fois plus de ballons en un quart d’heure que durant la demi-heure précédente (15). Le Barcelonais est à l’origine de toutes les situations argentines de la fin de match : le but refusé à Lavezzi pour un hors-jeu, le coup-franc sur lequel Rojo est accroché et enfin l’action de la dernière seconde manquée par Higuain.

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Opposée à une Roja au pressing moins efficace dans ce dernier quart d’heure, l’Argentine peut trouver plus facilement Messi.

Prolongations :

Le dernier quart d’heure du temps règlementaire pouvait inquiéter les supporters chiliens, mais la Roja retrouve en partie le pressing qui faisait sa force durant les prolongations. En pointe, Vidal redouble d’efforts pour forcer les dégagements argentins. Conséquence de l’autre côté du terrain, Messi touche moins de ballons, ayant une activité semblable à sa période difficile en début de deuxième mi-temps.

L’entrée en jeu de Henriquez à la place de Vargas (95e) permet aussi à la Roja de renforcer l’activité de sa première ligne. En attaque, le Chili s’appuie toujours autant sur les raids d’Alexis Sanchez, mais ce dernier continue de perdre les ballons qu’il a à exploiter. Résultat, une flopée de longs ballons (sur Higuain ou Vidal) et des raids solitaires (Lavezzi, Vidal, Matias Fernandez) d’un côté comme de l’autre pour faire reculer l’adversaire en espérant trouver la faille face aux blocs regroupés autour de leurs surfaces respectives.

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Même à 5 minutes de la fin, Beauséjour continue de suivre les déplacements de Messi dans le coeur du jeu, facilitant ensuite son isolation.

Conclusion : 

Si tout aurait pu basculer à la 91e minute avec l’occasion de Higuain, le succès du Chili tombe sous le sens après une compétition qu’il a su marquer de son empreinte. Le jeu plus direct adopté en 2e mi-temps a permis à la Roja de priver l’Argentine d’une partie des munitions sur lesquelles elle pouvait compter jusqu’ici (ballons de récupération dans l’entrejeu).

Sans cette possibilité, l’Albiceleste devait s’en remettre à ses individualités pour se défaire du pressing chilien. La perte de Di Maria à la demi-heure de jeu et le petit match d’Aguero en pointe ont mis tout ce poids sur les épaules de Messi, qui était en plus dépendant de la qualité des sorties de balle de ses partenaires. Pas étonnant dès lors qu’il ne soit sorti de l’anonymat que durant le dernier quart d’heure, période où le pressing chilien a été le moins intense.

 

 

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1 réponse

  1. Ruedesjoueurs dit :

    Une victoire méritée pour le Chili, l’Argentine n’a pas existé.

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