Chili 2-1 Pérou, l’analyse tactique

Le Chili est le premier qualifié pour la finale de « sa » Copa America 2015. Face au Pérou, la Roja a encore vu sa tâche facilitée par l’expulsion d’un joueur adverse. Bousculée par la puissance de Guerrero et Farfan, elle a même dû s’employer pour aller chercher la victoire en 2e mi-temps.

Les compositions :

 

Le plan défensif péruvien : 

Contrairement à l’Uruguay lors du tour précédent, le Pérou fait le choix du 4-4-1-1 plutôt que du 4-4-2 pour faire face à la relance chilienne. En pointe, Guerrero se positionne entre Rojas et Medel afin de couper la relation entre les défenseurs. En soutien, Farfan évolue lui dans la zone de Diaz.

L’objectif est de couper la relation entre les trois Chiliens chargés de la relance afin de forcer les décrochages des milieux (Aranguiz, Vidal) ou des latéraux (Isla, Albornoz). Il revient ensuite aux membres de la 2e ligne péruvienne de mettre la pression sur leurs adversaires directs.

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Le Pérou face à la relance : Guerrero entre Medel et Roja, Farfan dans la zone de Diaz. Conséquence, Aranguiz redescend afin d’offrir une solution.

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Le milieu péruvien réagit : Ballon sort au pressing sur Aranguiz accompagné de Farfan, tandis que Lobaton et Carrillo sont dans les starting-blocks (le premier pour reprendre le marquage de Diaz, le second pour sortir au pressing en cas de passe vers Rojas).

Sur les côtés, le rôle défensif de Cueva et Carrillo est de rester à hauteur des latéraux chiliens. Ainsi, lorsque ces derniers sont servis dans leur moitié de terrain, ils se retrouvent très haut pour les mettre sous pression. En début de partie, le Chili est même en difficulté pour ressortir suite à un pressing déclenché par Cueva sur Isla (voir ci-dessous).

Pour la Roja, la solution vient de l’axe du terrain et des décrochages de Vidal et Aranguiz. Combinés à ceux de Valdivia, qui occupe Ballon ou Lobaton, ils permettent de créer le surnombre dans la zone de Farfan et d’enchaîner ensuite dans le camp adverse.

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Les ailiers péruviens se positionnent en fonction de la hauteur des latéraux chiliens. Ici, Isla est très bas : Cueva est donc très haut et permet de mettre la relance chilienne sous pression.

Les solutions ne sont toutefois pas nombreuses alors qu’ils doivent faire parfois face à une ligne de 6 défenseurs (4 défenseurs + 2 ailiers repliés pour bloquer les latéraux). En début de partie, les Chiliens testent la défense du Pérou en cherchant ensuite rapidement Sanchez ou Edu Vargas dans la profondeur.

Mais au fil des minutes, les Chiliens trouvent d’autres solutions pour porter le jeu dans la moitié de terrain adverse. Ils profitent du rôle spécifique des ailiers péruviens, qui rappelons-le se déplacent en fonction des latéraux de la Roja (Cueva-Isla ; Carrillo-Albornoz).

S’il est pressé lorsqu’il a le ballon dans sa moitié de terrain, Isla embarque aussi son adversaire direct lorsqu’il monte dans le camp adverse. L’occupation du terrain devient une arme, qui dégarnit l’entrejeu péruvien et offre beaucoup plus d’espaces aux milieux chiliens.

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Albornoz est bloqué par Carrillo. Diaz est pris par Farfan. Le latéral n’a pas d’autre solution que de repasser par Rojas. A noter la position de Cueva à l’opposée, entre Isla et Vidal.

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Au lieu de sortir sur le milieu de la Juventus, Cueva reste sur son adversaire direct. Vidal est servi et a le champ libre pour franchir la ligne médiane.

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Valdivia a lui aussi profité de cette situation pour récupérer de bons ballons à jouer en position légèrement excentrée.

Les joueurs de Gareca ont besoin d’une dizaine de minutes pour répondre à ce problème. Plutôt que de se focaliser sur Diaz comme il l’a fait en début de match, Farfan travaille plus par rapport au ballon et cherche à couper les diagonales qui lient les défenseurs aux relayeurs.

La relation Rojas-Vidal est la plus dangereuse puisque Cueva est souvent embarqué par les montées d’Isla. A l’inverse, sur le flanc gauche du Chili, Albornoz se livre beaucoup moins : cela permet à Carrillo de rester tourner vers le pressing (vers l’attaque) plutôt que la couverture de son aile (vers son but).

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Farfan n’est plus collé à Diaz mais se concentre sur la ligne de passe. Valdivia est disponible mais uniquement par un ballon aérien, ce qui rend la passe compliquée en cas d’anticipation adverse.

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Au quart d’heure de jeu, le Pérou paraît bien en place et le Chili bloqué sur un demi-terrain.

Offensivement, le Pérou n’est pas en reste puisqu’il tente sa chance à trois reprises durant les 20 premières minutes de jeu. Rien de bien élaboré dans l’animation, mais cela reste efficace : des relances longues pour sauter le pressing chilien, Guerrero en point d’appui, Farfan en soutien et les déboulés de Carrillo ou Cueva sur les ailes pour prendre de la vitesse.

Au bout de 20 minutes, le Chili a la possession du ballon mais c’est le Pérou qui se crée les meilleures occasions. Sur un centre de Guerrero, Farfan expédie une tête sur le poteau de Bravo (8e). En face, rien ou presque depuis un tir de Vargas contré en début de match. Mais l’expulsion de Zambrano (20e) pour une faute sur Aranguiz change évidemment la donne.

Le Pérou recule, le Chili cherche la solution : 

Réduit à 10, le Pérou bascule en 4-4-1. Guerrero est complètement déchargé des tâches défensives par son entraîneur. Ramos entre en jeu (27e) à la place de Cueva afin de remanier la défense. Désormais, la Blanquirroja ne peut plus grand chose pour stopper les Chiliens au niveau de la ligne médiane. Elle doit s’attacher à tenir le choc dans ses 30 derniers mètres.

Maîtres du ballon, les Chiliens se retrouvent face à un véritable mur de six joueurs, protégé par le duo Lobaton-Ballon. Les deux milieux tentent de bloquer au mieux les créateurs chiliens évoluant dans l’axe, les ailiers ferment les couloirs tandis que les défenseurs doivent se montrer intraitables dans les duels pour repousser les relais chiliens.

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Un cas extrême pour illustrer la ligne de six péruvienne et la tâche quasi-impossible de Lobaton-Ballon pour bloquer les lancements de jeu chiliens.

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Schématiquement, l’organisation du Pérou : Lobaton et Ballon à deux contre trois milieux chiliens (2 à l’écran). Les ailiers en un-contre-un face aux latéraux. Dans l’axe, les défenseurs au contact des attaquants pour prévenir tout relais après la première passe (qui arrivera forcément à un moment donné en raison de l’inferiorité numérique au niveau de Lobaton-Ballon).

Le Chili accentue la pression mais le Pérou ne rompt pas. Il s’en remet quand même à la maladresse de Valdivia et de Vargas, qui ne parviennent pas à conclure des mouvements bien amenés dans le dernier tiers adverse (27e, 33e).

La sélection de Gareca réussit même l’exploit de rester dangereuse grâce à l’énorme travail de Guerrero aux avants-postes et aux sorties en puissance de Farfan. L’équipe obtient plusieurs coups de pied arrêtés intéressants, qu’elle ne parvient pas à faire fructifier, avant une énorme occasion en contre-attaque qui voit Farfan buter sur Bravo après un service de Guerrero (38e).

De son côté, le Chili commence à alterner jeu placé et jeu direct. Puisque la défense à 6 du Pérou tient le coup, la Roja tente de remonter plus vite le terrain afin d’attaquer une arrière-garde pas encore au complet. De chaque côté du terrain, Isla et Albornoz se joignent aux appels en profondeur des attaquants afin de devancer le repli de leurs adversaires directs.

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Diaz n’étant plus attaqué, il peut désormais jouer plus vite vers l’avant et alerter ses duos sur les ailes (Isla-Vidal ; Sanchez-Albornoz) avant que Carrillo et Farfan n’aient le temps de se replier.

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L’ouverture du score vient sur un ballon de ce type, joué par Diaz dans le dos de Guerrero, exceptionnellement en position de milieu droit sur cette action. Le temps de revenir, l’attaquant est pris par le dribble intérieur de Sanchez, qui tente sa chance (poteau, et Vargas suit pour le 1-0, 42e).

Sampaoli veut le 2-0 : 

Certainement pas rassuré les occasions concédés, Jorge Sampaoli décide d’aller chercher le 2-0 dès le début de la 2e mi-temps avec les entrées de Pizarro et Mena à la place de Diaz et Albornoz. Soit autant de transversales et ouvertures et plus de qualité dans la dernière passe dans les petits périmètres pour le premier, et un apport offensif plus important côté gauche pour le second (46e).

Les premières minutes de la 2e mi-temps voient le milieu de la Fiorentina réciter ses gammes. En l’espace de quelques secondes, il réalise deux ouvertures vers Isla et Mena sur les ailes. Et dans la foulée, il offre un ballon de 2-0 à Edu Vargas que celui-ci transforme (49e). Pari gagné pour Sampaoli, le Chili en finale ? Non, car l’arbitre-assistant a levé son drapeau.

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Pizarro à la passe face à l’organisation péruvienne (3 contre 2 au milieu -Vidal décroche sur cette phase -, 1 contre 1 dans les couloirs…).

Et les ennuis ne font que commencer puisque les Chiliens traversent une période difficile dans les minutes qui suivent. Guerrero traverse sa plus belle période du match avec 6(/24) passes en 10 minutes de jeu (51-60e). Le Chili est mis sur le reculoir et le Pérou développe de belles phases, allant de la gauche pour finir à droite avec les montées d’Advincula.

Guerrero au coeur des débats :

Mais c’est bien une contre-attaque qui va permettre aux hommes de Gareca de revenir dans la partie. Là encore, Guerrero est au départ de celle-ci. D’une remise parfaite, il lance Advincula qui dépose Mena et centre vers le but. Medel devance Carrillo, mais met la balle au fond de ses filets (1-1, 60e).

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Au départ de l’action, Mena s’intéresse à Guerrero (deux-contre-un avec Rojas) avant de réagir au démarrage d’Advincula. Une hésitation qui lui coûte cher puisqu’il a laissé partir le latéral droit péruvien.

Malheureusement pour eux, les Péruviens ne vont pas avoir l’occasion de croire longtemps en l’exploit. Quatre minutes plus tard, sur une situation similaire, Guerrero perd un ballon sous la pression de Medel et Valdivia. Le ballon revient dans les pieds de Vargas qui décoche une frappe lointaine et surprend le portier péruvien (2-1, 64e).

Le Pérou ne s’en remettra pas. Gareca tente le tout pour le tout à l’entrée du dernier quart d’heure en faisant entre Pizarro et Yotun à la place de Lobaton et Carrillo. La formation passe en 4-3-1-1 avec Pizarro en soutien de Guerrero mais ne maîtrise plus grand chose sur le plan défensif. Les deux équipes se créent des situations dans le final – plus franches pour le Chili – mais le score ne bouge plus.

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L’organisation finale du Pérou face au Chili : un 4-3-1-1 avec le seul Ballon dans le coeur du jeu pour s’opposer aux créateurs adverses.

Conclusion : 

Les matchs se suivent et se ressemblent pour le Chili, toujours séduisant dans le jeu (sans doute plus face au Pérou que face à l’Uruguay) mais dont la tâche a été facilitée par la supériorité numérique.

Individuellement, Edu Vargas a brillé sur son doublé et Valdivia s’est montré très intelligent dans ses déplacements pour exploiter les espaces concédés par Lobaton et Ballon. A défaut de pouvoir s’appuyer sur ses vedettes (Vidal, Sanchez en-deça), le Chili s’en est remis à ses « seconds couteaux » pour rallier la finale.

Côté péruvien, les promesses tactiques du début de match ont volé en éclats après l’expulsion de Zambrano, mais la Blanquirroja a livré une énorme performance défensive pour résister à l’armada de Sampaoli.

Souvent mis à découvert par la circulation de balle chilienne, ceux qui devaient défendre ont tous répondu présents et Guerrero a failli les récompenser par son énorme travail aux avants-postes. Une sélection qui sera à suivre lors de la prochaine édition de la Copa America dans un an avant les éliminatoires pour la prochaine Coupe du Monde.

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