Chili 1-0 Uruguay, l’analyse tactique

Non sans mal, le Chili est venu à bout de l’Uruguay pour décrocher sa place dans le dernier carré de « sa » Copa America. Portée par un Valdivia des grands soirs, la Roja a largement dominé la rencontre… mais a quand même dû attendre les dernières minutes et un Uruguay réduit à 10 pour concrétiser sa mainmise sur le match au tableau d’affichage.

Les compositions : 

Aucune surprise au coup d’envoi, les deux équipes sont dans la continuité de leurs phases de poules respectives. Le Chili débute avec 4-4-2 en losange. Valdivia est en position très avancée, encadré par Sanchez et Edu Vargas.

Côté uruguayen, Oscar Tabarez reconduit le 4-4-2 vu contre le Paraguay. Quelques noms changent toutefois : Rolan se retrouve en pointe aux côtés de Cavani, laissant Rodriguez et Sanchez sur les ailes. Derrière, Fucile remplace Alvaro Pereira à gauche de la défense.

L’Uruguay et le besoin de transition :

Sans surprise, la possession de balle revient au Chili dès le coup d’envoi. L’Uruguay positionne sa première ligne au niveau de Diaz, premier relais de Medel et Jara. Le milieu de Hambourg est encadré par Cavani et Rolan.

Le deuxième rideau de la Celeste se situe au-delà de la ligne médiane. Dans le coeur du jeu, Arevalo Rios et Gonzales suivent les déplacements de Vidal et Aranguiz jusqu’à la ligne médiane. Objectif : récupérer le ballon « à l’impact » pour ensuite chercher Cavani et Rolan dans l’espace. Même chose – à un degré moindre – pour Sanchez et Rodriguez face à Mena et Isla.

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D’entrée de jeu, l’Uruguay laisse la balle à son adversaire. Cavani et Rolan orientent la relance vers les côtés, les milieux mettent la pression.

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Si la balle est récupéré par Gonzales, le contre peut partir rapidement (Cavani et Rolan en attendant Sanchez ou Rodriguez sur les ailes).

Très bien rentré dans son match, l’Uruguay s’autorise même des séquences de pressing bien plus haut dans la moitié de terrain chilienne. Dans ce cas, Cavani et Rolan vont chercher Jara et Medel tandis que l’un des milieux de terrain se retrouve dans la zone de Diaz. Objectif : forcer la relance longue de Bravo pour rester ensuite dans le camp chilien.

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L’Uruguay était par moments très présent dans le camp adverse. Une tactique risquée mais payante, tant que le porteur n’avait pas le temps de lever la tête pour trouver le joueur libre (cf. dans le rond central). 

Le problème pour la Celeste, c’est que le Chili trouve vite des solutions pour la forcer à relâcher la pression dans l’entrejeu. Privé de ces ballons de récupération au niveau de la ligne médiane, l’Uruguay perd sans doute ses plus belles chances d’aller inquiéter Bravo.

Car lorsqu’elle doit repartir de plus bas, la formation de Tabarez se heurte aux limites techniques (Cavani) et physiques (Rolan) de ses attaquants. Excepté le Bordelais en tout début de match (1e), les deux joueurs ralentissent (au mieux) les sorties de balle, permettant aux Chiliens de se replacer et de relancer leur pressing.

Et comme les milieux de terrain manquent aussi de qualité pour les lancer de plus loin (cf. captures ci-dessous), le Chili se retrouve dans une situation plutôt confortable défensivement dès lors qu’il parvient à faire reculer l’Uruguay dans sa moitié de terrain.

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Arevalo vient d’intercepter une mauvaise passe de Medel à 25m de ses buts. Devant lui, Cavani et Rolan attaquent la profondeur pour étirer la couverture chilienne (Diaz, Jara).

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Au lieu de chercher l’un de ses attaquants, Arevalo choisit la passe latérale vers Sanchez. Une transmission qui permet au Chili d’assurer le repli (4 contre 2 face à Cavani et Rolan), alors que Valdivia va mettre la pression sur le joueur de River Plate.

Excepté les rares contres qu’il a à jouer, l’Uruguay ne procède que par des longs ballons de sa défense vers les 30 mètres chiliens. Objectif : viser les attaquants et/ou disputer les 2èmes ballons en espérant obtenir une phase arrêté (touche, coup-franc, corner) qui verra les défenseurs monter aux avants-postes (Godin ou Gimenez) pour apporter de la taille.

Le Chili met du rythme : 

Pour la Roja, le premier objectif est donc de déjouer la mise en place uruguayenne face à sa relance. La clé : mettre beaucoup de rythme dans les transmissions basses. Avec des défenseurs et des milieux joueurs, les solutions se présentent assez rapidement.

Vidal et Aranguiz décrochent afin de sortir de la zone-press adverse et offrir des relais supplémentaires à Diaz, Medel ou Jara pour dépasser la ligne Cavani-Rolan. Le défenseur de Mayence est d’ailleurs très à son avantage. Dès qu’il le peut, il porte le ballon dans la moitié de terrain adverse afin de servir ses attaquants (Valdivia, Sanchez ou Vargas, voire Mena dans le couloir).

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Dès qu’il a de l’espace, Jara profite de la couverture assurée par Diaz pour franchir le premier rideau uruguayen.

Une fois l’Uruguay mis sur le reculoir, l’homme-clé se nomme Valdivia. De par sa position, il est celui qui peut profiter des espaces dans le dos de Gonzales et Arevalo Rios, lorsque ces derniers sont concentrés sur le pressing de Vidal et/ou Aranguiz. En début de partie, c’est tout le circuit de relance du Chili qui passe par lui (26 passes dans le dernier tiers sur 120 en 1ère mi-temps, 51 au total sur les 278 du Chili).

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Valdivia devient un danger pour Arevalo Rios et Gonzales lorsque ces derniers sont aspirés par leurs adversaires directs et en retard au pressing.

Attaque-défense :

Lorsqu’il doit laisser venir son adversaire, l’Uruguay resserre son bloc dans l’axe et laisse des espaces sur la largeur. Sur les côtés, les latéraux sont très agressifs lors desprises de balle de Sanchez ou Edu Vargas ; ils et sont couverts par Rodriguez et Sanchez qui couvrent les montées de Isla et Mena. Dans l’axe, Gonzales et Arevalo protègent le coeur du jeu en attendant que Cavani et Rolan viennent mettre une pression supplémentaire autour du porteur.

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L’Uruguay oriente son adversaire sur les côtés où il tente ensuite de l’enfermer.

Comme dans son camp, le Chili a besoin de faire vivre le ballon le plus longtemps possible pour trouver des solutions dans les 30 derniers mètres adverses. Rester trop longtemps du même côté, c’est prendre le risque d’être enfermé par le bloc uruguayen. Alexis Sanchez en fera l’expérience tout au long de la partie, en laissant filer 11 ballons (un record dans le match).

Faire circuler le ballon, exploiter la largeur et surtout faire preuve de patience, telles étaient les trois principes qui devaient mener les Chiliens vers le but de Muslera. En début de partie, la connexion Valdivia-Isla est la plus prolifique. Le meneur trouve les espaces côté droit pour lancer son latéral dans la profondeur (7 centres pour le Chili en 1ère MT, tous venus de la droite).

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Valdivia trouve des espaces sur les côtés pour lancer ses latéraux.

 

Après la pause, l’Uruguay reste très bas dans sa moitié de terrain et ne sort que sur les dégagements de Muslera. Résultat, des temps de jeu plus longs pour le Chili, qui a besoin d’être beaucoup plus patient au moment de construire si il ne trouve pas immédiatement le décalage. Le ballon circule beaucoup plus d’une aile à l’autre (via Aranguiz et Diaz, Medel ou Jara), permettant à Mena de se signaler enfin par quelques centres.

L’extra-pass pour trouver la faille : 

L’expulsion de Cavani (63e) accentue le côté contre-la-montre de cette deuxième mi-temps : à gauche, la Roja doit trouver la faille ; à droite, l’Uruguay donne tout pour tenir le score en attendant les tirs au but qui interviennent au bout de 90 minutes de jeu (pas de prolongations).

Une situation compliquée pour les Chiliens, qui doivent absolument marquer mais ont aussi besoin de prendre leur temps pour trouver les meilleures positions de tir possibles face à une défense aussi regroupée. Et cela ne va pas en s’arrangeant alors que le dernier quart d’heure approche.

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La 2e mi-temps débute à peine, mais l’Uruguay annonce ses intentions avec un bloc beaucoup plus resserré autour de sa surface. 

 

 

A 20 minutes de la fin, le coach argentin veut forcer la décision en faisant entrer Matias Fernandez et Pinilla en lieu et place de Diaz et Vargas. En bref, plus de qualité technique dans les petits espaces et enfin une présence aérienne dans la surface uruguayenne pour profiter des centres qui continuent de pleuvoir.

Mais c’est une « extra-pass » qui a finalement permis aux Chiliens de prendre l’avantage (81e). Suite à un dégagement du poing de Muslera, Valdivia à l’entrée de la surface préfère servir Isla plutôt que de tenter sa chance. Une décision altruiste mais logique alors que deux joueurs sortent sur lui. Un choix décisif – qui tranche avec d’autres tentatives de Sanchez ou Vidal (voir ci-dessous).

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Sur cette action, Vidal repique sur son pied gauche. Trois Uruguayens sont sur sa route mais il tente quand même sa chance (et verra son tir renvoyé par un Muslera sur ses appuis). Valdivia semblait pourtant en bien meilleure position. 

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Seul à l’entrée de la surface, Valdivia voit deux joueurs sortir sur lui pour bloquer sa frappe. Le nouveau meneur d’Al-Wahda choisit de décaler Isla, qui marquera dans un but (presque) vide.

 

Conclusion : 

Face à une Celeste réduite à 10, le Chili a fait le plus dur en ouvrant le score. Il a conservé l’avantage dans les dernières minutes pour valider une qualification logique. Excepté à l’issue d’une séance de tirs au but, il était de toute façon difficile d’imaginer une qualification de l’Uruguay une fois passé le premier quart d’heure (sauf malentendu sur une frappe de Sanchez, qui a fait trembler Bravo à deux reprises).

 

Sans Suarez, le jeu d’attaque de l’Uruguay dépend trop de la hauteur de sa ligne de récupération (en plus des phases arrêtées évidemment). La Celeste ayant dû jouer plus bas face au Chili que face à l’Argentine, elle a de facto été beaucoup moins menaçante et n’a pu s’en remettre qu’à ses qualités défensives pour passer. Insuffisant cette fois.

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