Brésil : du manque de créativité aux problèmes défensifs

Comme en 2011, le Brésil est sorti de la Copa America par la petite porte, éliminé en quart de finale par le Paraguay à l’issue de la séance de tirs au but. La Seleçao avait pourtant fait le plus dur en ouvrant le score au quart d’heure de jeu, mais à aucun moment elle n’a affiché la maîtrise normalement attendue chez un outsider à la victoire finale… comme depuis le début du tournoi.

Les compositions : 

Pour ce match, Dunga avait décidé de reconduire l’équipe qui était venu à bout du Venezuela. Toujours pas de Neymar donc, mais un trio composé de Willian, Coutinho et Robinho pour soutenir Firmino en pointe. Côté paraguayen, Ramon Diaz ne changeait pas de dispositif (4-4-2) mais devait composer avec l’absence d’Ortigoza, remplacé par Aranda dans l’entrejeu.

Une transition difficile : 

Comme face à la Colombie, le Brésil s’est heurté à une formation paraguayenne en place au milieu de terrain. Thiago Silva et Miranda n’étaient pas attaqués, mais les 4 solutions courtes (Filipe Luis, Fernandinho, Elias, Daniel Alves) qui se présentaient à eux étaient prises par les attaquants (Valdez, Santa Cruz) et les ailiers paraguayens (Martinez, Benitez).

Or ce Brésil souffre de son incapacité à varier les circuits de relance pour trouver des solutions face à un tel adversaire. Fernandinho ne décroche quasiment jamais entre ses centraux, qui ne peuvent pas occuper la largeur pour « contourner » la première ligne adverse. Résultat, les premières passes sont rarement verticales et le jeu s’oriente vers les latéraux. Cela facilite la tâche de l’adversaire qui n’a plus qu’à défendre sur un demi-terrain.

Comme la Colombie, le Paraguay a attendu ces passes vers les couloirs pour déclencher son pressing. Derlis Gonzales et Edgar Martinez sortaient sur Filipe Luis et Daniel Alves. Derrière eux, Piris et Bruno Valdez suivaient aussi de très près Willian et Robinho, même lorsque ces derniers tentaient d’offrir des solutions vers l’intérieur du terrain.

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Première approche du Brésil : Daniel Alves et Willian sont pris par Benitez et Piris.

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Les Brésiliens renversent côté opposé, les attaquants paraguayens restent en place mais les milieux de terrain remontent.

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Le pressing de Gonzales sur Filipe Luis fonctionne : le latéral rejoue sur son défenseur qui se retrouve sous la pression de Valdez et n’a pas d’autre choix que d’allonger vers ses attaquants.

Les rares mouvements brésiliens venant de l’arrière sont ainsi venus d’approximations adverses. Côté gauche en début de partie, Filipe Luis a profité des sorties peu contrôlées de Derlis Gonzales (qui arrivait trop vite sur lui) pour l’éliminer, et s’ouvrir ainsi de l’espace afin de trouver ses attaquants (voir la position de Robinho dans la capture ci-dessus).

Au-delà de ce cas précis, qui voyait un joueur faire une différence en un-contre-un pour se défaire du pressing adverse, difficile pour le 4-2-3-1 de Dunga de trouver des solutions « structurelles » face à des adversaires bien organisés. On en revient au manque de variété et de circuits dans l’animation offensive. Sauf permutations des ailiers, l’équipe change trop rarement de forme et ne surprend jamais son adversaire.

En cela, le Brésil est aujourd’hui très loin de l’Argentine ou du Chili, qui profitent de la polyvalence de leurs milieux et attaquants pour varier les circuits et poser différents problèmes. L’absence d’Oscar, qui avait affiché sa complémentarité avec Neymar durant la préparation (lire : France 1-3 Brésil, l’analyse tactique) a pesé dans ce secteur, même si un seul joueur n’aurait sans doute pas suffi à inverser ce constat (d’autant plus que les adversaires étaient beaucoup plus agressifs lors de cette Copa…).

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Vu sur Whoscored : les joueurs qui réalisent le plus de passes/match. Tous les joueurs évoluent dans l’axe, sauf Daniel Alves et Filipe Luis. Le Brésil utilise beaucoup ses latéraux, mais c’est généralement pour relancer…

Lancer l’attaque à partir des latéraux, c’est aussi réduire les espaces pour les joueurs à vocation offensive. Les adversaires du Brésil ont toujours mis beaucoup de pression sur ces derniers. Willian et Robinho ont ainsi été suivis de très près par Piris et Bruno Valdez dimanche soir. Même chose dans l’axe pour Coutinho, Firmino et Neymar face à la Colombie, coincés entre la défense et le milieu adverse (le défenseur les repousse, le milieu ratisse…).

Peu de long temps de jeu : 

Le Brésil se retrouve à jouer dans des petits espaces très tôt dans sa construction. Par séquences, certains joueurs se sont montrés à leur avantage malgré tout, comme Willian ou Robinho (sans oublier Neymar avant sa suspension). Car sortir d’un espace réduit, c’est presque la garantie d’une situation favorable à l’opposée. C’est d’ailleurs l’histoire du but brésilien face au Paraguay, avec un ballon sorti du côté gauche par Robinho qui a fini sur Daniel Alves à droite. Même chose pour le premier but du Brésil face au Pérou.

Mais le plus souvent, les Brésiliens ne parviennent pas à sortir de ces zones. Les balles perdues offrent des situations de contres intéressantes à leurs adversaires. Agressifs, le Paraguay et la Colombie n’ont pas non plus hésité à faire des fautes afin de stopper la circulation de balle et ainsi avoir le temps de se repositionner.

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En orange, les fautes du Paraguay et de la Colombie face au Brésil. En bleu, les tacles. Deux éléments à distinguer : les fautes se font loin des buts, ce qui confirme que le Brésil ne parvient pas à s’installer ou à déstabiliser l’adversaire dans le dernier tiers… et la plupart des actions défensives ont lieu face au flanc gauche de l’attaque brésilienne (côté préférentiel de Neymar contre la Colombie).

A l’inverse de l’Argentine et du Chili, qui ont de multiples solutions pour faire reculer leurs adversaires, le Brésil ne parvient pas à s’installer dans la moitié de terrain adverse. Et il ne peut même pas s’appuyer sur une solution aérienne (à la manière de la Belgique avec Fellaini) pour masquer ses limites. Bilan, plus de 58% de moyenne en terme de possession de balle mais à peine un ballon sur 4 joué dans le dernier tiers adverses. Un bel exemple de « possession stérile ».

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Un bloc trop bas…

Ne pas réussir à remonter le ballon, c’est aussi se compliquer la tâche pour le récupérer. Lorsque Neymar, Robinho ou Willian perdent un ballon au niveau du rond central, les milieux chargés de la couverture sont beaucoup plus vite mis en difficulté. Le « pressing à la perte » est beaucoup plus difficile à appliquer et moins systématique.

Cela se ressent d’ailleurs dans le calcul du PPDA(+40m) du Brésil : à l’issue du premier tour, la sélection de Dunga ne pointait qu’au 7ème rang des équipes les plus actives défensivement au-delà de leurs 40 mètres (lire : Copa America : le 1er tour revu par le pressing). Les Auriverdes n’ont pas changé leurs habitudes face au Paraguay, approchant les 14.5 de moyenne (soit le double du Chili face à l’Uruguay) à l’issue des 90 minutes.

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La lecture par quart d’heure n’est d’ailleurs pas inintéressante. Jusqu’au but de Robinho (15e), le Brésil tient le ballon mais peine à s’installer dans la moitié de terrain paraguayenne (et donc à récupérer haut). Avec l’avantage au tableau d’affichage, la Seleçao maintient un PPDA quasi-constant : l’équipe fait le choix d’attendre dans l’entrejeu en s’appuyant sur le manque de créativité de la relance de son adversaire. Celui-ci parvient tout de même à revenir (1-1, Derlis Gonzales 72e). Le Brésil se réveille et remet la pression mais ne parvient pas à éviter les tirs au but.

Au-delà du travail à la perte du ballon, les Brésiliens se sont aussi montrés beaucoup trop passifs face à la relance adverse. Accepter de laisser la possession par séquences à son adversaire n’est pas forcément un point faible, surtout lorsque l’on croise la route d’équipes peu créatives au milieu de terrain (Colombie, Paraguay). Mais dans ce cas précis, il faut aussi être armé pour prendre l’ascendant dans les duels lorsque ces dernières jouent directs.

Face à la Colombie et au Paraguay, les Brésiliens se sont heurtés au même problème : un ou deux attaquants capables de se rendre disponibles dans les intervalles (Teofilo Gutierrez, Valdez) ou de prendre l’avantage dans les airs (Roque Santa Cruz) pour servir de point d’appui. La paire Elias-Fernandinho était ensuite en grande difficulté face à l’impact adverse sur les deuxièmes ballons (Sanchez, Valencia – Caceres, Aranda).

… et facilement sous pression : 

A l’instar des Colombiens, les Paraguayens enchaînaient ensuite sur les côtés avec Derlis Gonzales et Edgar Benitez, parfois soutenus par les montées de Bruno Valdez et Piris. Le milieu gauche (Benitez) a vite pris l’ascendant sur Daniel Alves, l’éliminant à plusieurs reprises. Bilan, de nombreux centres pour les Guarani, qui ont maintenu la défense brésilienne sous pression (49 dégagements ! 32 contre la Colombie) à défaut d’être réellement dangereux (créativité limitée)… jusqu’à la main de Thiago Silva qui leur a offert le penalty de l’égalisation (72e).

Autre point important : qui dit dégagement, dit aussi difficulté pour ressortir le ballon. Une fois mené au score, le Paraguay a abattu un énorme travail à la perte pour se prévenir des contres brésiliens. Aranda et Caceres étaient sur les deuxièmes ballons tandis que les défenseurs ne lâchaient pas leurs adversaires. Une agressivité à haut risque, mais bienvenue au final puisque la Seleçao n’a quasiment eu aucun contre à jouer malgré des espaces évidents à exploiter.

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Mené au score comme face à l’Argentine, le Paraguay a parfois joué « sans filet », laissant sa défense à 4 contre 4. Mais cette fois, son adversaire n’a pas su en profiter : l’Argentine avait eu des occasions de tuer la rencontre sur attaque rapide (11 tirs en 2e mi-temps, 5 dans une zone dangereuse), le Brésil non (5 tirs en 2e mi-temps, aucun dans une zone dangereuse pour Villar).

Conclusion : 

S’il n’avait pas pris 4 matchs après son expulsion face à la Colombie, Neymar aurait peut-être pu cacher la misère du football pratiqué par la Seleçao (au moins jusqu’à la demi-finale face à l’Argentine). Carlos Sanchez et Cuadrado en ont décidé autrement et le Brésil a souffert de la suspension de sa star comme l’Uruguay avec Luis Suarez. Mais les problèmes de la sélection sont beaucoup plus profonds.

Offensivement, la mécanique du 4-2-3-1 mis en place par Dunga est beaucoup trop « simple » (simpliste ?) pour le football actuel et donc facile à déchiffrer pour l’adversaire. Privilégier Filipe Luis au détriment de Marcelo est aussi devenu un problème à partir du moment où les latéraux avaient pour rôle d’apporter la créativité qui ne vient pas de l’axe, faute de mouvement.

Le manque de profils créatifs dans l’entrejeu est un souci, mais il n’est pas exclusif au Brésil puisque la Colombie, l’Uruguay et même le Paraguay sont aussi limités dans cette zone de jeu. On en vient aux difficultés rencontrées par la Seleçao au moment de varier celui-ci. Jouer direct ne paye pas, faute de points d’appui aux avants-postes et de densité physique pour jouer les seconds ballons face à des adversaires armés dans ce domaine (projet de la Colombie, de l’Uruguay, du Paraguay…).

Même lorsqu’il se reposait sur sa défense, le Brésil n’a pas donné l’impression de maîtriser quoi que ce soit. Beaucoup de dégagements -avec 28 dégagements de moyenne, le Brésil est juste derrière la Bolivie dans ce classement (28.3, dont une pointe à 60 contre l’Equateur) – et donc peu de ballons propices à des contres permettant d’utiliser les qualités techniques de Willian, Coutinho, Robinho et consorts (d’autant que la guerre des seconds ballons ne tournait pas à leur avantage).

 

 

 

 

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4 réponses

  1. Sami dit :

    Article très intéressant, comme d’habitude !

    La défense à 3 n’aurait-elle pas pu être une solution intéressante pour le Brésil, pour les libérer les latéraux et profiter au mieux de leur activité et de leur créativité (qui aurait été certainement encore plus grande avec Marcelo à la place de Filipe Luis) ? D’autant que cela aurait permis à leur défenseurs centraux, plutôt à l’aise balle au pied, notamment si l’on imagine la titularisation de Marquinhos, de franchir le premier rideau adverse ou de le contourner plus facilement avec toujours un joueur en couverture. Peut-être cela aurait-il pu aussi influencer la hauteur du bloc, si les latéraux avaient eu la liberté de chercher leurs adversaires plus haut, car mieux couvert derrière. Mais je suis moins sûr pour ce dernier point, surtout si la hauteur du bloc résulte de consigne de Dunga.

  2. Au-delà de la défense à trois, la présence de David Luiz au milieu aurait pu apporter des solutions. Ca aurait permis de passer à trois derrière par séquence (relance), et surtout d’apporter la densité physique qui manquait à Elias-Fernandinho. A défaut d’apporter plus de créativité, utiliser DL au milieu aurait peut-être pu régler les autres problèmes (deuxième ballon, nettoyage devant la défense pour casser le jeu direct adverse etc…). Ca n’aurait pas été plus brillant, mais forcément plus cohérent.

  3. Sami dit :

    J’ai un peu de mal avec David Luiz au milieu, mais c’est vrai que ça aurait été plus cohérent. Du coup, dans le même ordre d’idée, l’absence de Luis Gustavo a sûrement pesé lourd.

  4. Cracked dit :

    PPDA = Patrick Poivre d’Arvor ?

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