Brésil 0-1 Colombie, l’analyse tactique

Poussif face au Pérou, le Brésil s’en était remis à Neymar pour s’en tirer avec les trois points dans les dernières secondes (2-1). Cette fois, face à une Colombie en danger après sa défaite face au Venezuela (0-1), l’attaquant du Barça n’a pas suffi. Expulsé après le coup de sifflet final, il s’est heurté pendant 90 minutes à un bloc colombien très solide, porté par un Carlos Sanchez impressionnant à la récupération.

Les compositions : 

Côté Brésil, Dunga décide de changer deux joueurs par rapport à l’équipe venue à bout du Pérou dimanche soir. Coupable sur le but de Guerrero, David Luiz cède sa place en défense centrale à son collègue parisien Thiago Silva. Aux avants-postes, Tardelli est lui remplacé par Firmino, qui avait réalisé de bonnes performances en amical face à la France et au Chili au printemps dernier.

Un seul changement à signaler côté colombien au coup d’envoi : transparent face au Venezuela, Carlos Bacca sort du onze de départ au profit de Teofilo Gutierrez, l’attaquant de River Plate. D’un côté comme de l’autre, les systèmes de jeu ne changent pas : les deux équipes se présentent en 4-4-2 sur la pelouse.

La Colombie et la relance brésilienne :

S’ils laissent la possession aux Brésiliens, les Colombiens n’en sont pas moins ambitieux dans leur mise en place tactique. En première ligne, Falcao et Gutierrez occupent des rôles classiques, chargés de couper la transition dans l’axe entre les défenseurs centraux et les milieux de terrain (Elias-Fernandinho).

Le point-clé de l’organisation des Cafeteros tient dans le comportement de James et Cuadrado sur les côtés : les deux hommes vont chercher très haut leurs adversaires directs (Daniel Alves et Filipe Luis) afin de leur laisser un minimum d’espaces pour s’exprimer. Leur position avancée réduit les solutions pour les relanceurs, facilitant le travail des joueurs à vocation défensive dans les duels.

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Si Miranda et Thiago Silva sont rarement attaqués, les Colombiens veulent bloquer les quatre solutions courtes qui s’offrent à eux (milieux de terrain et latéraux).

Dans les couloirs, Armero et Zuniga suivent les décrochages de Willian et Fred et peuvent les repousser jusque dans leur moitié de terrain. Dans le coeur du jeu, Valencia et Sanchez doivent composer avec les mouvements de Neymar, Elias ou Fernandinho. Ils sont supplées par Murillo ou Zapata lorsque Firmino décide lui aussi de revenir dans le coeur du jeu.

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Cuadrado bloque l’avancée de Filipe Luis, qui n’a pas d’autres solutions que de remettre le ballon à Miranda.

Dans les faits, la mise en place de la Colombie voit James défendre plus haut que Cuadrado. Le Madrilène peut en effet sortir très haut, parfois plus loin que ses attaquants, afin d’empêcher Daniel Alves de prendre de la vitesse ou pour aller bloquer une relance de Thiago Silva lorsque ses attaquants sont mis hors de position.

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Sur cette séquence, Filipe Luis pourrait mettre hors de position Falcao-Gutierrez en une seule passe à destination de Thiago Silva. Mais s’il la tente, il verra James jaillir de sa position pour aller mettre la pression sur le défenseur parisien.

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Le travail de James sur Daniel Alves est suivi de près par Valencia et Armero (face à Elias et WIllian).

Cuadrado-Sanchez et le plan anti-Neymar : 

De l’autre côté, Cuadrado laisse plus de liberté à Filipe Luis pour se concentrer sur la fermeture de son couloir. Aux côtés de Sanchez, il apporte une activité défensive bienvenue pour empêcher Neymar de s’exprimer dans cette zone (12 tacles à eux deux sur la 1ère mi-temps, 9 pour Sanchez, 3 pour Cuadrado, 20 au total sur les 90 minutes de jeu). Avec un Fred transparent sur l’aile et facilement éteint par Zuniga, la Colombie parvient ainsi à bloquer le côté fort du Brésil.

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Lorsque Sanchez est trop loin de Neymar, c’est Cuadrado qui repique pour aller au duel avec le Barcelonais.

Durant les premières minutes de jeu, le danger pour les Colombiens vient principalement des prises de balle de Willian. Le positionnement avancé de James offre de l’espace au milieu de terrain de Chelsea, qui décroche mais surtout repique au milieu de terrain et perturbe le positionnement des hommes de Pekerman.

Ses percées (« diagonales » à défaut d’être « verticales ») permettent de mettre le bloc colombien sur le reculoir et – entre autres – de libérer Neymar sur l’aile gauche. Mais là aussi, l’attaquant du Barça se heurte au bon repli de ses adversaires. Cuadrado se retrouve naturellement dans sa zone lorsqu’il tente de revenir dans l’axe et Sanchez n’est jamais très loin pour stopper sa progression.

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Malgré le marquage serré d’Armero, Willian pose des problèmes à l’entrejeu colombien en repiquant dans l’axe.

Les Colombiens gagnent toutefois à récupérer le ballon haut, et à ne pas se laisser embarquer dans les percées adverses. Les ballons gagnés dans l’entrejeu, dans les pieds de Neymar ou Firmino, sont en effet d’excellentes opportunités pour contre-attaquer. La proximité entre les milieux brésiliens et les attaquants rend en effet les pertes de balle dans ces zones très dangereuses.

A plusieurs reprises, les Cafeteros se retrouvent dans des situations favorables où une seule passe peut éliminer les milieux brésiliens. Malheureusement pour eux, ils manquent ensuite de justesse dans leurs enchaînements pour pouvoir réellement en profiter. Le manque d’explosivité de Falcao aux avants-postes est un vrai problème sur ces séquences.

Les balles perdues par les Brésiliens en première mi-temps et le

Les balles perdues par les Brésiliens en première mi-temps. Au total, Neymar perdra 9 ballons dans le match ; il n’en avait perdu que 2 face au Pérou.

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Lorsque la Colombie récupère la balle dans son premier quart de terrain, elle a de très bons coups à jouer en contre-attaque.

Teofilo Gutierrez pour « suppléer » Falcao : 

Ce manque de justesse des Colombiens dans les transitions offensives aurait pu leur coûter très cher. Car avec le ballon, ils ne montrent pas grand chose en première mi-temps. Comme face au Venezuela, la relance peut même vite être mise en difficulté : Murillo, Zapata, Valencia et Sanchez ne sont pas les joueurs les plus créatifs de la sélection et cela se voit.

Un joueur va toutefois permettre de les soulager : Teofilo Gutierrez. Remplaçant de Bacca, l’attaquant de River Plate reprend le rôle laissé vacant par le fantôme de Falcao : alors que James et Cuadrado sont ciblés par les Brésiliens, il se positionne intelligemment dans les espaces et est ainsi disponible un point d’appui efficace pour les relances des joueurs à vocation défensive.

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Gutierrez face au Brésil, c’est 30 passes en 90 minutes. A eux deux, Falcao et Bacca ont eu le même volume (respectivement 18 et 12). A noter que Gutierrez est sorti à la 76e minute, et a réalisé 24 de ses 30 passes sur la première mi-temps seulement.

Ses remises sur James ou Cuadrado déclenchent le repli brésilien, ce qui ouvre le terrain aux Colombiens. Armero et Zuniga apportent de la largeur tandis que James et Cuadrado se chargent d’apporter la percussion et la créativité nécessaire pour mener le jeu. A défaut d’attaques rondement menées, les Cafeteros s’installent ainsi dans le camp brésilien, obtenant des coups de pied arrêtés jusqu’à l’ouverture du score signée Murillo (35e).

Deuxième mi-temps : 

Mené au score à la mi-temps, le Brésil a manqué de tout offensivement. Seul un éclair de Daniel Alves en fin de mi-temps offre une balle d’égalisation à Neymar (44e) mais ce dernier bute sur Ospina. Bloquée au moment de relancer, la Seleçao a surtout besoin d’ajouter plus de profondeur à son jeu. Car lorsqu’elle repousse la Colombie dans sa moitié de terrain, celle-ci a du mal à en ressortir (transition plus difficile).

C’est certainement avec cet objectif en tête que Dunga revoit ses plans à la pause et ajuste son équipe. Premier élément important, Neymar sort de la zone axiale où il n’a pas réussi à exister en première mi-temps et évolue désormais en pointe. Remplaçant Fred sur l’aile gauche, Coutinho entre en jeu pour compenser le changement de registre de son capitaine et apporter de la créativité au milieu de terrain.

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Désormais en pointe, Neymar décroche de plus loin pour revenir dans l’entrejeu tandis que Firmino démarre de cette zone. Résultat, l’un fait sortir Zapata quand l’autre embarque Sanchez. De son côté, la Colombie ne change pas son plan de jeu : Zuniga continue de suivre son adversaire direct (Coutinho), tandis que les déplacements de Sanchez dans sa défense sont compensés par Valencia.

Surprise en début de première mi-temps par un démarrage de Neymar (48e), la Colombie s’adapte rapidement à son adversaire. Exceptée une énorme frayeur causée par une mauvaise remise de Murillo (tir de Firmino, 57e), la sélection de Pekerman accepte la domination brésilienne et défend son avantage. Elle répond par les accélérations de ses vedettes, Cuadrado (50e) ou James (88e).

Un danger la guette toutefois pendant quelques minutes : Sanchez est obligé de défendre plus bas et Valencia doit compenser son absence au milieu de terrain. Résultat, le bloc entier se recroqueville sur un côté et laisse de grands espaces à Daniel Alves à l’opposée. A plusieurs reprises, le latéral droit du Barça se retrouve complètement seul. L’entrée en jeu d’Ibarbo (69e) met fin à cette situation dangereuse, qui aurait pu voir le Brésil revenir au score sur une action similaire à celle qui lui avait offert la victoire face au Pérou.

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Alors que Falcao reste seul en pointe, neuf Colombiens défendent côté gauche. Daniel Alves se retrouve seul à droite.

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L’entrée en jeu d’Ibarbo permet de mieux couvrir la largeur et ainsi de bloquer le danger Daniel Alves.

L’entrée en jeu de Tardelli à la place d’Elias (76e) achèvera ensuite la désorganisation de l’animation brésilienne. Firmino aura la dernière balle d’égalisation brésilienne de la partie (78e), annonçant dix dernières minutes sans grande pression pour Ospina. La Colombie emporte un succès sur la plus petite des marges mais ô combien mérité. De son côté, le Brésil pourrait se retrouver en grand danger en fonction du résultat entre le Pérou et le Venezuela ce soir.

 

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1 réponse

  1. Très bon jeu défensif que le Brésil semble n’avoir pas anticipé. Le jeu offert par l’équipe brésilienne n’est plus un travail d’équipe mais plus « à qui marquera de buts » d’où le résultat. Une remise en question s’impose.

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