Argentine : colosse chez l’autre, fébrile chez elle

Large vainqueur du Paraguay mardi soir, l’Argentine va aborder la finale de la Copa America dans la peau du favori. Retour en détails sur son animation et ses performances depuis le début de la compétition.

Equipe-type : une XI installé

Depuis le match nul concédé face au Paraguay lors du match d’ouverture, Tata Martino a arrêté son onze-type. Comme d’habitude en 4-3-3 : Romero dans les buts, Javier Mascherano devant une défense Otamendi-Garay, Zabaleta et Rojo sur les côtés, Biglia et Pastore dans l’entrejeu, Messi sur l’aile droite dans un rôle similaire à celui tenu à Barcelone, Di Maria en ailier gauche et Aguero en pointe.

Victime principale de la contre-performance face au Paraguay, Banega a été sacrifié par Martino au profit de Javier Pastore. Coincé entre le Valencien et Messi lors de cette première sortie, le Parisien était passé à côté de son sujet. La sortie de Banega lui a offert plus d’espaces dans le coeur du jeu ; depuis, il partage la mène avec le quadruple Ballon d’Or, avec beaucoup plus de réussite sur le plan individuel.

La relance : alimenter Pastore et Messi 

Pour ressortir le ballon, l’Argentine s’appuie sur le surnombre de sa ligne arrière afin de ressortir court la plupart du temps. Face à un seul attaquant, Garay et Otamendi suffisent, avec une préférence évidente pour les relances du joueur de Valence. Lorsque l’adversaire oppose une première ligne de deux joueurs, Mascherano décroche entre ses défenseurs afin d’en libérer un qui doit alors la contourner (par une passe ou un dépassement de fonction).

Sur les côtés et dans l’axe, Zabaleta, Rojo et Biglia ont des rôles secondaires. Ils sont là pour offrir, si nécessaire, des appuis aux trois « rampes de lancement » afin d’accélérer la circulation du ballon. L’objectif principal est de mettre Pastore et Messi dans les meilleures dispositions pour animer la suite de l’action dans le camp adverse. L’équipe s’appuie quand même par séquence sur du jeu long, lorsque Mascherano ou Otamendi ont assez d’espaces et de solutions (profondeur pour Aguero, transversales vers Di Maria etc.).

argentine-construction

L’Argentine à la relance : les trois axiaux pour donner le premier ballon, Zabaleta, Biglia et Rojo pour des relais courts, Pastore et Messi en destinataires recherchés.

Dans le dernier tiers : créativité et pressing 

Une fois servis, Pastore et surtout Messi peuvent attirer sur eux un ou deux adversaires, entraînant le recul de l’ensemble du bloc défensif. C’est alors tout le XI argentin qui monte d’un cran et s’installe dans le camp adverse. Le jeu s’organise autour des deux meneurs, qui n’hésitent pas à combiner ensemble. Même si les rôles des joueurs les entourant peuvent varier, les tâches sont généralement réparties comme ceci :

– Dans l’axe, Aguero reste dans son rôle d’attaquant de pointe : il ne quitte que très rarement la zone des défenseurs centraux, offre une solution pour relayer les percées de ses meneurs (une-deux, combinaisons dans les petits espaces) et est présent à la finition dans la surface (coupe souvent au premier poteau, comme face à l’Uruguay).

– Biglia est plus en retrait. Il est là pour proposer des relais courts à ses meneurs et faire vivre le ballon. Dès qu’il parvient à jouer vers l’avant toutefois (ce qui arrive rarement), par une course ou par une passe, il peut mettre à mal la défense adverse qui est focalisée sur Messi et Pastore (lire : Argentine 6-1 Paraguay : l’analyse du but de Pastore (27e)).

– Le milieu de la Lazio doit toutefois respecter l’équilibre entre défense et attaque, puisque son latéral (Zabaleta) doit finir les actions côté droit afin de compenser les déplacements de Messi dans l’axe. A gauche, l’équilibre est assuré par Rojo, alors que Di Maria est quasiment cantonné à un rôle d’ailier sur attaque placée.

Une fois installée dans le camp adverse, l’Argentine met en place son pressing. Avec Mascherano en fer de lance dans l’axe, supplée par Rojo et Zabaleta-Biglia sur les côtés, et la paire Otamendi-Garay en couverture, l’Albiceleste a subi très peu de contre-attaque partant de loin. Quand elle joue haut dans le camp adverse, l’addition des talents individuels est telle que l’adversaire doit d’abord penser à défendre avant d’imaginer contre-attaquer.

gestion-contre

L’Argentine s’est montrée très efficace dans son repli défensif depuis le début du tournoi. Rojo et Zabaleta ont rarement été dépassés sur ces phases de jeu et Mascherano assure l’équilibre dans l’axe.

Une équipe en danger lorsqu’elle est sous pression : 

En revanche, l’Argentine peut être mise en difficulté lorsqu’elle est bloquée avant qu’elle s’installe dans la moitié de terrain de son adversaire. Lors de la demi-finale, le Paraguay s’est offert des situations intéressantes en début de partie lorsque ses milieux ont réussi à devancer Messi et Pastore (ou Biglia, lorsqu’il portait trop le ballon dans l’axe) avant qu’ils n’aient le temps de se mettre dans le sens du jeu.

contre-paraguay

Messi est devancé par la sortie de Caceres. Au départ, Mascherano avait reculé entre ses défenseurs pour libérer Demichelis côté droit (auteur de la passe). Il n’est donc plus en position au milieu de terrain pour ralentir la sortie de balle. Le Paraguay se retrouve avec un 5 contre 5 à négocier…

pastore-repli-pression

… Mais il manque cruellement de vitesse devant. A la mène sur le contre, Santa Cruz a été rattrapé par Pastore tandis que Rojo et Zabaleta sont bien revenus sur les côtés. Un repli sérieux des Argentins donc, bien que facilité par le manque de vitesse de l’attaque adverse. A surveiller face au Chili.

Menés rapidement au score, les Paraguayens ont été forcés de se montrer plus agressifs au fil des minutes. Bien leur en a pris puisque leur pressing a considérablement gêné la relance argentine. A tour de rôle, Demichelis et Otamendi se sont retrouvés en difficulté face aux sorties des Paraguayens, qui les forçaient à jouer long pour écarter le danger.

Entre l’ouverture du score de Rojo et la fin de la première mi-temps (16e => 45e), le Paraguay a tenu autant le ballon que l’Argentine (50/50), qui était pourtant largement en tête dans le premier quart d’heure (70/30) la possession du ballon (50/50). Durant cette demi-heure de jeu, les hommes de Ramon Diaz ont tiré deux fois plus au but que leurs adversaires (8 dont 2 dans la surface – contre 4 dont 1 dans la surface).

Une défense de position fébrile 

Efficace lorsqu’elle défend haut et à la perte du ballon, l’Argentine peut en revanche vite se retrouver en difficulté lorsqu’elle est dans sa moitié de terrain. En cause, une défense de position peu claire, qui semble parfois laisser place à l’improvisation. En vérité, une équipe qui réagit avant tout à la position du ballon et des adversaires, et compose avec le repli parfois défaillant de ses attaquants. Objectif : densifier côté ballon pour le récupérer, et compenser ensuite en reculant si ce dernier sort de la zone de départ.

Positionné dans le coeur du bloc argentin, Mascherano doit courir un peu partout pour combler les brèches. Lorsque le Paraguay passe par les côtés, il est à proximité pour fermer l’intérieur. Lorsque l’Uruguay joue long, il redescend en défense afin de couvrir les duels aériens disputés par Otamendi et Garay. Idem lorsque ces derniers doivent sortir afin de couvrir leurs latéraux dans les couloirs.

Mascherano va couvrir le montée de Piris alors que Biglia se replie à l’intérieur.

mascherano21

Lorsque l’adversaire joue long, Mascherano peut redescendre d’un cran afin d’épauler et couvrir ses défenseurs.

mascherano3dimaria-pastore1

Mascherano vient défendre côté gauche sur une remise en jeu. A noter aussi sur cette séquence, la position avancée de Pastore. Côté gauche, c’est Di Maria qui revient défendre et « libère » ainsi le Parisiens, qui devient un relais pour contre-attaquer…

Résultat, si son rôle est primordial pour l’équilibre de l’équipe, El Jefecito n’est que très rarement « à l’impact » pour la récupération du ballon. Dans le coeur du jeu, l’Argentine s’en remet donc à Biglia et Pastore, qui ne sont pas forcément les plus « durs » dans ce secteur de jeu. Biglia souffre souvent face à des gabarits plus imposants et Pastore n’est pas un milieu récupérateur.

but-paraguay

Le but paraguayen : une relance forcée d’Otamendi, un duel aérien perdu par Pastore et aucun Argentin sur le 2e ballon qui finit sur Barrios, seul à l’entrée de la surface.

L’équipe doit aussi composer avec le repli inégal de Messi côté droit, qui force parfois Biglia à s’excentrer pour aider Zabaleta, ouvrant ainsi des espaces à l’opposée pour l’adversaire. A gauche en revanche, l’Albiceleste peut compter sur Di Maria, toujours capable de longues courses pour revenir protéger Rojo.

Attaques rapides : joue-là comme le Barça 

argentin-sort-pressing

A l’origine du 3e but argentin, une sortie de balle réussie qui se termine par une passe de Mascherano pour Pastore. Elle élimine 7 joueurs et permet au Parisien de mener un 3 contre 3 dans le camp adverse.

Réussir à contenir l’Argentine dans son camp apparaît comme la meilleure arme pour la déstabiliser… Mais c’est aussi se mettre en danger, en offrant la possibilité à ses talents de faire parler leurs qualités sur attaque rapide. Les 3e et 4e buts face en demi-finale – ceux qui ont mis fin aux espoirs paraguayens – sont venus de ces phases-là, parfaitement emmenées par Messi et Pastore.

Aussi, si forcer la relance argentine est une chose (le Paraguay a réussi à le faire à plusieurs reprises), récupérer le ballon à la retombée en est une autre. Remporter la bataille des seconds ballons est aussi primordial que le travail sur la relance, puisque le moindre « détail » tournant en faveur de l’Argentine peut déboucher sur un ballon dangereux distillé par Messi ou Pastore (pour la vitesse d’Aguero ou Di Maria).

pastore-2eballon

Sur cette séquence, Mascherano vient « gratter » le 2e ballon et réussit à le glisser à Pastore. Très vite, le Parisien trouve la solution pour lancer Di Maria dans la profondeur.

Qu’attendre face au Chili ? 

Véritable force collective dans la moitié de terrain adverse, l’Argentine s’en remet à ses individualités – tant défensivement qu’offensivement – dans son propre camp. Cela rend le choc face au Chili d’autant plus intéressant que la Roja a l’habitude d’avoir le ballon et l’envie de le récupérer le plus rapidement possible.

En d’autres termes, si le Chili réussit à prendre possession du ballon, il a toutes les qualités pour mettre en difficulté le bloc argentin dans sa moitié de terrain. Mais la difficulté résidera justement dans la récupération du ballon, sachant que l’approche très ambitieuse des hommes de Sampaoli (pressing) les rendront sans doute vulnérables en défense.








 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Merengue dit :

    Quelques petites fautes comme « Lorsque l’Uruguay allonge… » ou « le milieu de terrain de l’adversaire adverse » ^^ Sinon très bonne analyse pour comprendre ce système argentin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *