Comment battre l’Allemagne ?

C’est peut-être la question que tout le monde se pose après les humiliations subies par l’Angleterre et l’Argentine. Comment battre le collectif allemand ? Ou au moins le déstabiliser, tant il a paru inébranlable sur les deux derniers tours. La Serbie avait bien trouvé une recette lors de la phase de groupes mais avait bénéficié d’un taux de fossoyage au-dessus de la moyenne des attaquants allemands. A deux jours du choc face à l’Espagne, c’est le moment de se pencher sur les recettes utilisables par Del Bosque…

Le jeu allemand :

Si vous suivez e-foot depuis le début du Mondial (et ce doit être un minimum !), vous avez déjà pu lire un premier éclaircissement sur l’animation offensive de l’Allemagne. Plus précisément, je m’étais surtout intéressé au quatuor offensif Podolski/Muller/Ozil/Klose et l’avais comparé à celui de l’équipe de France (voir l’article)… Ca faisait très mal aux Bleus bien évidemment, mais inutile de revenir dessus. Depuis deux matchs, l’Allemagne s’est surtout distingué par sa capacité à jouer en bloc sur toute la longueur du terrain.

La phase défensive :

Lorsqu’elle doit passer en phase défensive, l’équipe se recroqueville autour de son six majeur. Anciennement appelé « bloc de six » par votre serviteur, il comprend les quatre défenseurs et les deux milieux de terrain défensifs. Très resserrés dans l’axe, ils travaillent tous pour limiter les espaces et les solutions de passes dans leur dos (soit dans la profondeur). Si l’adversaire envoie ses latéraux à l’attaque, les ailiers (Muller et Podolski) se greffent et travaillent à leur tour pour bloquer les solutions dans les 30 derniers mètres. Devant,  Ozil et Klose se chargent du pressing. Il est à noter que Muller et Podolski se contente généralement de faire opposition pour bloquer les solutions de passes vers l’intérieur du terrain, ils ne pressent que très rarement lorsque l’équipe défend.

La phase de relance :

La grande force des Allemands, c’est leur capacité à exploser sitôt le ballon récupéré. Schweinsteiger, Khedira et Lahm sont des relanceurs hors pair, capables de toucher immédiatement Klose ou Ozil sur une passe longue. Derrière, c’est toute l’équipe qui en profite : Muller et Podolski sont les premiers à remonter et à prendre les intervalles pour offrir des solutions au porteur. Dans le même temps, le reste du bloc se déploie et le mouvement offensif peut se mettre en place. Dans les déplacements et les circuits de passe, il est à noter les rentrées régulières de Muller à l’intérieur pour ouvrir son couloir à Lahm ainsi que les incursions de Schweinsteiger et Khedira plein axe.

Premières conclusions :

Si l’Allemagne enflamme autant ses adversaires et le public, c’est parce qu’elle oblige ses adversaires à prendre des risques pour mieux les punir derrière. Les principales victimes sont les latéraux, pris dans leur dos par les déplacements d’Ozil en soutien de Klose. La capacité du bloc à toucher rapidement ses offensifs en fait évidemment un contre-attaquant très dangereux mais pas uniquement. Elle empêche aussi l’adversaire de mettre en place un pressing cherchant à étouffer l’Allemagne dans sa moitié de terrain.

Les adversaires :

Après ces quelques banalités sur le système allemand dont on a parlé dans tous les sens ces derniers jours, revenons brièvement sur les animations de l’Angleterre et de l’Argentine lors de leurs humiliations respectives. Vous allez voir qu’on n’y relève plusieurs similitudes qui rentrent du coup dans la catégorie des « à éviter » contre la Mannschaft. Et vous allez vite comprendre qu’il faudrait que l’Espagne change quelques-unes de ses habitudes pour avoir des chances de rivaliser collectivement (comprendre sans espérer un éclair ou une action de génie comme lors des tours précédents).

L’Angleterre :

La formation de Capello a présenté un 4-4-2 avec : un faux ailier côté gauche (Gerrard) ; Lampard et Barry dans l’axe, le second couvrant le premier ; Milner sur l’aile droite qui collaborait étroitement avec un Glen Johnson assez entreprenant. Devant, Rooney et Defoe jouaient les pointes, le premier évoluant dans une position légèrement décrochée par rapport au second. Vu la faiblesse de sa défense, l’Angleterre n’a pas pressé le milieu adverse ni essayé de s’installer dans son camp (peur d’être pris dans la profondeur).

L’Argentine :

Vous avez eu droit au fil tactique sur votre blog préféré (voir l’article). L’Argentine s’est d’abord présenté avec un milieu en losange : zéro pressing dans le camp allemand, Schweinsteiger et Khedira se sont baladés au moment de relancer. Ils ont néanmoins été mis en difficulté à deux reprises : d’abord lorsque Di Maria a tenté des débordements sur l’aile droite puis lorsque tout le bloc argentin est allé chercher l’Allemagne dans son camp en début de deuxième période…

Conclusions :

Face à l’Argentine (et face à la Serbie) au premier tour, l’Allemagne a affiché quelques faiblesses au moment de défendre sur les extérieurs. Si Messi, Gerrard, Rooney ou encore Tevez ont été très bien pris par deux voire trois Allemands lorsqu’ils repiquaient dans l’axe, la donne était différente dans les couloirs. Lorsqu’un adversaire se présente, il se retrouve le plus souvent en un-contre-un face au latéral allemand. Et tout se joue au talent et au physique. Messi est passé plusieurs fois de cette manière tout comme Di Maria. Idem pour Krasic lors de la défaite allemande contre la Serbie. Autre donnée intéressante, l’Allemagne a été ballotée dès lors qu’elle a été prise dès la relance et que l’adversaire a su quadriller la moitié de terrain adverse (comme beaucoup d’autres équipes de toute façon).

A retenir :

– A la relance : L’Allemagne lance ses mouvements offensifs de son propre en camp en cherchant rapidement ses deux offensifs (Ozil et Klose). Tout se joue ensuite sur les prises d’intervalles de Muller, Podolski puis des membres du six majeur. La phase de préparation basse profite du moindre espace laissé par l’adversaire pour accélérer le jeu.
– En phase défensive : L’Allemagne a montré sa solidité au moment de défendre sur certains des meilleurs joueurs de la planète, tous habitués ou poussés à rentrer vers l’intérieur du terrain. A l’inverse, ceux qui ont pris les extérieurs ont réussi à déstabiliser le bloc défensif allemand.
– Les adversaires : L’Argentine comme l’Angleterre a eu besoin d’un gros travail des latéraux pour animer les couloirs. Les Allemands en ont profité en envoyant Ozil travailler constamment dans leur dos lorsque ceux-ci sont montés (Otamendi et Johnson notamment). L’Espagne devra éviter de se livrer à ce niveau-là.

Quel schéma pour Del Bosque ?

Pour conclure, un petit soupçon de football-fiction : l’équipe que pourrait aligner Del Bosque s’il prenait compte de mes remarques sur le jeu allemand. Comprendre, l’équipe qui pourrait peut-être poser des problèmes tactiques au collectif de Joachim Low.

– Gêner la sortie de balle. Ça, c’est pour répondre aux relances rapides et létales du duo Schweinsteiger/Khedira vers Ozil et Klose. Aucun adversaire ne l’a encore fait puisque personne n’a affronté l’Allemagne avec deux milieux axiaux placés dans une position avancée dans l’entrejeu, soit des relayeurs dans un 4-3-3. Iniesta et Xavi pour harceler les deux Allemands ? Avec Xabi Alonso en sentinelle évidemment.

– Ne pas livrer les latéraux. C’est l’erreur qu’ont fait les deux derniers adversaires de l’Allemagne. En jouant avec des faux ailiers, l’Argentine et l’Angleterre poussait ses latéraux à prendre des risques pour profiter des décalages crées par l’omniprésence des offensifs dans l’axe. Problème, l’étau allemand se refermait sur ses derniers, les actions n’aboutissaient pas et les contres partaient dans le dos des deux hommes de couloir. Ramos et Capdevila devront se retenir, à moins que la couverture ne soit assurée (ce qui ne serait pas le cas si on imagine Xavi et Iniesta en position haute pour presser…).

Utiliser les extérieurs. Dès lors, si les latéraux ne montent pas, l’Espagne devra s’en remettre à de véritables ailiers de débordement pour animer les couloirs. On a vu la défense allemande en difficulté sur ce genre d’actions. Des gars comme Mata ou Silva à gauche et surtout Jesus Navas à droite ont les capacités pour faire valser les latéraux de la Mannschaft en un-contre-un. En couverture, les latéraux devront offrir des solutions dans le jeu court et presser avec le reste de l’équipe lorsque Xavi et Iniesta donneront le tempo.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Fab dit :

    Le beau jeu allemand n’aura pas suffit face à l’efficacité des hommes de Del Bosque…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *