Colombie 2-0 Uruguay, l’analyse tactique

Après un Brésil-Chili épuisant pour les nerfs, la Colombie s’est offert un huitième de finale plus tranquille, face à un Uruguay diminué par l’absence de Luis Suarez. En contrôle pendant la majeure partie de la rencontre, les Cafeteros ont construit leur succès en tournant autour des milieux de la Celeste sans jamais être inquiétés par leur pressing.

Les compositions : 

Après avoir fait de Jackson Martinez un joker lors des deux premiers matchs de son équipe, José Pekerman décide de reconduire la formation qui avait dominé le Japon lors de la 3ème journée : l’attaquant du FC Porto se retrouve donc dans le onze de départ aux côtés de Teofilo Gutierrez. Dans l’entrejeu, Aguilar et Sanchez font leur retour, tout comme James au repos lors du match précédent.

Côté uruguayen, la charge de remplacer Luis Suarez revient à Diego Forlan. Le Ballon d’Or du Mondial 2010 se retrouve seul en pointe et déchargé d’une majeure partie du travail défensif, soutenu par un Cavani qui doit lui se démultiplier pour revenir aider ses milieux de terrain. Tactiquement, l’Uruguay débute la rencontre comme il avait terminé celle face à l’Italie, en 3-5-2 avec Maxi et Alvaro Pereira sur les côtés.

L’Uruguay, toujours pressant sur les côtés 

Dos au mur après sa défaite face au Costa Rica, l’Uruguay s’était bien repris face à l’Angleterre. La Celeste avait notamment su bloquer les couloirs grâce au pressing des paires formées par les milieux excentrés et les latéraux (Gonzales-Caceres à droite – Rodriguez-Alvaro Pereira à gauche). Un travail toujours complété par la présence de Cavani et Lodeiro dans l’axe pour bloquer les sorties de balle vers les milieux anglais.

Les premières minutes de jeu face à la Colombie révèlent la même formule défensive. En première ligne, Forlan et Cavani bloquent Aguilar et Sanchez, forçant Yepes et Zapata à écarter le jeu. Le deuxième rideau formé par les trois milieux de terrain coulisse alors vers le couloir choisi : l’Uruguayen le plus proche (Gonzales, Rodriguez) sort au pressing sur le nouveau porteur de balle (Armero-Zuniga), le latéral serre le marquage sur son ailier (Alvaro Pereira vs Cuadrado). Dans l’axe, les milieux bloquent l’intérieur du terrain et réagissent en cas de décrochage.

L'Uruguay au pressing : Forlan et Cavani bloquent les milieux adverses. Le jeu passe côté droit pour la Colombie, Zuniga est pris par Rodriguez mais reçoit l'aide de James qui décroche... mais est chassé par Arevalo Rios.

L’Uruguay au pressing : Forlan et Cavani bloquent les milieux adverses. Le jeu passe côté droit pour la Colombie, Zuniga est pris par Rodriguez mais reçoit l’aide de James qui décroche… mais est chassé par Arevalo Rios.

Les solutions colombiennes :  

Plusieurs solutions pour la Colombie face à cette mise en place. La première vient de ses individualités sur les côtés. A plusieurs reprises en début de partie, Zuniga profite du temps nécessaire à Rodriguez pour venir jusqu’à lui pour se mettre dans le sens du jeu, accélérer et l’éliminer. Le décalage est alors crée dans la défense adverse et la disponibilité de ses attaquants permet de poursuivre l’action dans le dernier tiers du terrain.

Très efficace dans ses décrochages, Cuadrado est la deuxième solution « dribbling » pour la Colombie. A droite en début de partie, le milieu de la Fiorentina passe à gauche au bout de quelques minutes. Permutant avec Armero, qui occupe l’aile et fixe Maxi Pereira, lorsque la Colombie a le ballon, il récupère les relances de ses défenseurs et fait des différences face aux milieux adverses.

Troisième et dernier homme-clé dans l’entrejeu colombien, James Rodriguez pose des problèmes à la Celeste par ses déplacements et sa capacité à se positionner dans les intervalles. Chassé par Arevalo Rios lorsqu’il évolue dans le coeur du jeu, le Monégasque s’intercale dans les couloirs pour trouver des espaces et crée le surnombre en faveur de ses partenaires.

La Colombie peut aussi jouer direct, dans le dos des latéraux uruguayens qui défendent en avançant. Aux avants-postes, Gutierrez et Martinez font les courses vers les ailes et doivent disputer les duels avec Gimenez et Caceres. Si les défenseurs uruguayens restent solides dans ce registre, cela permet tout de même à la Colombie de gagner du terrain.

A défaut de jouer court, la Colombie peut jouer dans le dos des latéraux adverses. Ici, Gutierrez fait l'appel dans le dos d'Alvaro Pereira. Suivi par Caceres, il reçoit rapidement l'aide de James, qui devant le repli du latéral adverse.

A défaut de jouer court, la Colombie peut jouer dans le dos des latéraux adverses. Ici, Gutierrez fait l’appel dans le dos d’Alvaro Pereira. Suivi par Caceres, il reçoit rapidement l’aide de James, qui devance le repli de son adversaire direct. 

La Colombie en contrôle : 

Or en s’installant dans le camp adverse, la Colombie fait le plus dur. Car comme face à l’Angleterre, le système de jeu de l’Uruguay se transforme en phase défensive et Cavani se retrouve seul devant ses deux lignes (5 joueurs puis 3). Dans cette position, la Celeste « blinde -normalement- l’axe » et force son adversaire à passer de nouveau par les côtés, zone où elle pourra ensuite déclencher un nouveau pressing pour le faire reculer.

Mais au lieu de tomber dans ce piège (de passer par les ailes), la Colombie multiplie les solutions dans l’axe autour de la paire Aguilar-Sanchez. James décroche, Cuadrado travaille à l’intérieur et les couloirs sont laissés aux deux latéraux, Zuniga et Armero. Les milieux uruguayens sont spectateurs face à la conservation de balle adverse. Les prises de balle de Cuadrado nécessite souvent deux joueurs pour le stopper, ce qui libère des espaces autour de lui pour les autres milieux colombiens.

Le but somptueux de James Rodriguez (28e) est d’ailleurs venu sanctionner l’attentisme uruguayen dans l’axe. Si c’est une tête de Aguilar qui lui permet de réaliser son enchaînement, cette finition découle d’une longue phase de conservation du ballon dans l’axe. A aucun moment l’Uruguay n’est parvenu à faire reculer assez son adversaire pour être en mesure de remonter son bloc.

Au tout départ de l'action, James est déjà là.

Au tout départ de l’action, James est déjà là. Il récupère une relance de Zapata et voit logiquement Rodriguez venir dans sa zone pour bloquer son avancée alors qu’Alvaro Pereira est en train de se replacer. Le milieu à 3 de l’Uruguay coulisse côté gauche. Cuadrado en profite pour décrocher et se rendre disponible de l’autre côté du terrain (mais dans l’axe, puisque Armero occupe le couloir).

Le renversement de jeu force le milieu uruguayen à coulisser de nouveau.

Le renversement de jeu force le milieu uruguayen à coulisser de nouveau. Gonzales se retrouve à Cuadrado. La qualité de dribbles de ce dernier pousse Cavani à redescendre afin de couvrir son partenaire. L’Uruguay abandonne totalement les milieux adverses : Sanchez, Aguilar et même Zuniga à droite sont des solutions faciles pour le milieu de la Fiorentina.

Après une longue phase de conservation qui voit la Colombie ne jamais aller dans les couloirs

Après une longue phase de conservation qui voit la Colombie ne jamais aller dans les couloirs (Yepes, Cuadrado, James, Aguilar toucheront le ballon dans l’axe), Aguilar se retrouve en bonne position pour servir James ou Jackson Martinez. Seul joueur capable de faire « remonter » l’Uruguay dans cette zone, Arevalo Rios est en retard sur sa sortie. Plus personne ne couvre James qui récupère le ballon quelques secondes plus tard pour l’envoyer sous la barre de Muslera.

Solidarité défensive et coup de grâce :

Défensivement, les Colombiens maîtrisent aussi les débats. Face au 3-5-2 de leurs adversaires, les Cafeteros décident d’attendre dans leur moitié de terrain. Cuadrado et James aident à la fermeture des couloirs tandis que Gutierrez et Martinez restent en première ligne. L’Uruguay ne parvient à se montrer dangereux, sauf lorsque Forlan décroche sans être suivi pour se retrouver en position de meneur. Mais les courses en profondeur de ses partenaires sont bien couvertes et il manque de justesse pour les trouver.

Après la pause, les hommes de Pekerman reprennent la partie sur les mêmes bases. Le second but arrive très vite suite à une belle action collective. Cette fois, le jeu part d’un couloir (à droite) alors que la Celeste est au pressing : Cuadrado trouve Gutierrez, qui s’est défait de Caceres pour demander le ballon entre les lignes adverses. Le jeu passe ensuite par Martinez, qui décale Armero côté gauche. Le centre de ce dernier trouve Cuadrado, qui remet plein axe sur James (50e).

Gutierrez décroche et

L’Uruguay est déjà en difficulté dès le début de l’action, Cuadrado ne parvenant pas à bloquer Alvaro Pereira. Caceres anticipe le une-deux entre Cuadrado et Gutierrez et ne serre pas le marquage sur l’attaquant qui a le temps de se retourner. 

Arevalo Rios arrive trop tard pour fermer la porte à l'attaquant colombien qui trouve Jackson Martinez en pivot dans l'axe.

Arevalo Rios arrive trop tard pour fermer la porte à l’attaquant colombien qui trouve Jackson Martinez en pivot dans l’axe. Lui aussi est en avance sur son défenseur, et peut envoyer le jeu côté gauche sur Armero. Le latéral se retrouve sans adversaire direct, Maxi Pereira étant obligé de suivre la course de James Rodriguez vers le but de Muslera. 

Coaching : 

Sereine, la Colombie gère ensuite son avantage face à une Celeste qui se renforce offensivement. Stuani remplace Forlan (53e) et Ramirez s’installe en pointe du nouveau 4-4-2 en losange en prenant numériquement la place d’Alvaro Pereira. L’entrée d’Abel Hernandez (67e) ajoute une nouvelle solution devant pour l’Uruguay qui se retrouve dans un véritable 4-3-3 avec un trio Hernandez-Stuani-Cavani chargé de peser sur la défense adverse. Mais Pekerman réagit dans la minute avec la sortie de Gutierrez au profit de Mejia (68e).

Le nouvel entrant s’installe dans l’entrejeu aux côtés d’Aguilar, et permet à Sanchez de descendre d’un cran afin de soutenir ses défenseurs face aux trois attaquants adverses. L’Uruguay met  logiquement le pied sur le ballon pour la première fois du match, mais peine à créer des décalages dans la défense adverse. Seul un ballon mal dégagé permet à Maxi Pereira d’inquiéter Ospina de près (79e). Les autres tentatives viendront de tirs à mi-distance ou de coups de pied arrêtés repoussés par le portier de l’OGC Nice.

La Colombie réagit à la présence de trois attaquants en faisant reculer Sanchez d'un cran.

La Colombie réagit à la présence de trois attaquants en faisant reculer Sanchez d’un cran. L’équipe accepte de subir mais conserve l’avantage du nombre dans le dernier tiers du terrain. 

Conclusion : 

Une victoire très solide de la Colombie, qui confirme son statut d’outsider dans ce tableau final. Elle a su éviter le piège tendu par l’Uruguay en installant son jeu dans l’axe en début de partie, limitant dès lors les pertes de balle dangereuses et les munitions offertes en contre-attaque. Cuadrado a fait peser une menace constante sur le milieu de terrain adverse, forçant Cavani à défendre plus bas qu’à l’accoutumée. De son côté, James a plané sur la rencontre, facilitant le franchissement de la ligne médiane et se montrant brillant dans le dernier tiers du terrain.

En quart de finale vendredi, les Cafeteros auront dnc l’avantage d’avoir traversé 90 minutes plutôt tranquilles face à une Celeste en manque d’inspiration, alors que le Brésil vient de vivre un match à très haute intensité qui risque de laisser des traces. Attention toutefois aux fautes concédées, assez nombreuses lorsque l’équipe a décidé de défendre bas dans son camp. Des munitions qu’il faudrait limiter au maximum face à un Brésil efficace sur phase arrêtée depuis le début du tournoi.

 

 

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2 réponses

  1. staive dit :

    C’est pas le ballon d’or c’est soulier d’or pour Forlan :)

  2. tokar_fini dit :

    cette équipe ne sera pas facile à manoeuvrer pour le brésil non seulement elle produit un jeu captivant mais elle est aussi solide derrière avec une défense appliquée et un excellent gardien je les vois bien posé d’énormes soucis à de sbrésiliens pas en accord au niveau de leu jeu

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