Colombie 0-2 Pérou, l’analyse tactique

Le premier quart de finale de la Copa America a réservé une grosse surprise. Convaincant, bien que manquant de réalisme, durant la phase de poules, la Colombie a chuté face au Pérou. La recette du succès péruvien ? Beaucoup de rigueur derrière, un duo dangereux devant et un soupçon de réussite (Falcao loupant le cadre sur penalty).

Compositions :

Côté colombien, Hernan Dario Gomez peut compter sur son équipe et son schéma de jeu habituel. Yepes et Guarin jouent les patrons derrière et dans l’entrejeu ; Falcao évolue seul en pointe mais se retrouve parfois soutenu par Ramos et Moreno : Martinez (1) – Zuniga (18), Perea (14), Yepes (3), Armero (7) – Sanchez (6), Guarin (13), Aguilar (8) – Ramos (20), Moreno (17), Falcao (9).

Le Pérou évolue lui aussi en 4-3-3. Très en vue face au Chili, l’ailier droit Chiroque est de la partie. Il forme le trio offensif péruvien aux côtés de Vargas et Guerrero. A signaler aussi la présence du Niçois Raul Fernandez dans les buts : Fernandez (1) – Revoredo (13), Ramos (21), Rodriguez (2), Vilchez (4) – Balbin (5), Cruzado (10), Advincula (16) – Chiroque (18), Vargas (6), Guerrero (9).

La Colombie sans latéraux :

Pas le temps de s’observer. La Colombie envoie un premier assaut sur les buts péruviens dès la 2ème minute de jeu. Tout part de derrière avec Perea. Le Pérou évoluant très bas, les latéraux colombiens peuvent évoluer dans la moitié de terrain adverse : Zuniga est à la réception d’une passe de son défenseur et enchaîne en combinant avec Falcao et Guarin. Échaudé par cette alerte, le Pérou remonte son bloc-équipe d’une quinzaine de mètres.

Or, cette remontée de l’ensemble du bloc péruvien oblige la Colombie à ajouter des joueurs pour participer à la phase de relance. Premiers concernés par ce changement, les deux latéraux colombiens (Armero et Zuniga) évoluent à hauteur de leur partenaire de l’arrière. Un placement plus prudent qui les rend faciles à marquer puis à suivre pour les deux ailiers péruviens (Vargas face à Zuniga et Chiroque face à Armero). Autre solution pour les Cafeteros pour relancer tout en permettant à ses latéraux d’aller proposer des solutions dans le camp adverse, les décrochages des deux milieux relayeurs (Aguilar ou Guarin) sont suivis par leurs deux homologues (Cruzado et Advincula) qui les empêchent de se retourner… Et les obligent le plus souvent à libérer le ballon rapidement, vers leur latéral resté à hauteur.

Dès lors, les Colombiens tentent d’allonger leur relance pour trouver immédiatement Falcao en appui, espérant voir celui-ci libérer ensuite pour Guarin, Aguilar ou Moreno lancés face au but. Mais là aussi, les Péruviens défendent très bien entre leurs deux lignes grâce aux anticipations des deux stoppeurs (Ramos mais surtout Rodriguez) et à la présence de Balbin devant la défense pour couper les trajectoires des possibles déviations de l’attaquant de Porto.

Guarin et Moreno, électrons libres :

Pris par des Péruviens excellents en défense, la Colombie doit passer par des dézonages pour trouver des décalages. Hyperactif dans l’entrejeu, Guarin tente à plusieurs reprises d’enfoncer le couloir droit comme il a pu le faire à Porto cette saison. Ses montées permettent de créer des brèches pour Zuniga qui arrive ensuite en soutien. Positionné plus haut, Moreno travaille lui sur toute la largeur, permutant avec Ramos. Souvent, on le voit rentrer dans l’axe dans un rôle de deuxième attaquant lorsque Guarin prend le couloir droit.

Au cours de la deuxième mi-temps, les deux hommes seront encore les plus en vue côté colombien. Guarin fait à plusieurs reprises des différences individuelles mais manque de réussite dans le dernier geste (touchant la barre dans les arrêts de jeu). De son côté, Moreno est à la réception de la nouveau colombienne à la reprise : les ballons joués au-dessus de la défense péruvienne. Celle-ci resserrant au maximum les espaces pour anticiper au mieux sur les ballons au sol (voir au-dessus), elle évolue haut dans son camp et laisse donc des espaces dans son dos. Un choix dangereux lorsque devant, l’attaquant axial ne travaille pas face aux montées des défenseurs adverses. Ainsi, on verra à plusieurs reprises Yepes lancer Moreno en profondeur depuis le rond central, l’un de ses ouvertures aboutissant sur le penalty manqué par Falcao.

Vargas et Guerrero :

S’il défend bien, le Pérou attaque aussi, avec parcimonie. Ne s’embarrassant pas du ballon derrière une fois celui-ci récupéré, il compte sur Guerrero devant pour le conserver en attendant le soutien. Pris dans l’étau du trio défensif colombien, l’attaquant de Hambourg passe un début de match compliqué. Au bout de quelques minutes, il décide de s’excentrer pour deux raisons : se défaire du marquage très serré de Sanchez à la réception des ballons de relance et surtout se rapprocher de ses premiers soutiens, ses ailiers. Plus enclin à aller sur l’aile gauche, il noue une relation très productive avec Vargas.

A l’aise techniquement, le duo tient le ballon et permet au Pérou de souffler derrière avant de se mettre en ordre de marche devant. Néanmoins, les soutiens n’arrivent que de l’axe avec Cruzado (courses verticales) et Advincula (vers l’aile droite alors que Chiroque l’ailier cherche à repiquer). Les latéraux ne montent que très rarement. Et pour cause, la Colombie se crée ses meilleures opportunités dans le jeu en contre-attaque. Vargas et Guerrero seront récompensés de l’ensemble de son oeuvre à la 111ème minute de jeu en inscrivant le but du break : Guerrero à la passe et Vargas à la finition (voir plus loin). Entré à la mi-temps à la place de Advincula (averti dès la première minute), Lobaton leur offrira un soutien plus proche et plus percutant et surtout ouvrira la marque sur un tir surpuissant.

Coaching – Le coup de grâce de Markarian :

Côte colombien, Rodallega remplace Ramos à la 72ème minute. Le joueur de Wigan s’installe dans l’entrejeu et tente de jouer de sa puissance physique pour prendre de vitesse le bloc péruvien après un appui sur un attaquant placé devant lui, sans succès. Gutierrez puis Martinez entreront en jeu à la place de Aguilar et Sanchez. Sans succès, et pour cause, le Pérou de Markarian a pris le temps de s’adapter.

A la sortie de Chiroque (95ème minute), il passe d’abord en 4-4-2. Etonnant à première vue, puisqu’il semble alléger l’axe qui a été très fort jusque-là, ce changement permet surtout à Guerrero de ne plus être seul devant puisque Vargas l’épaule « officiellement » désormais. Le trois contre deux dans l’axe et les déplacements sur les ailes du duo péruvien oblige les latéraux à retenir leurs montées (surtout Zuniga) alors que la Colombie doit pousser. Du coup, ils ne sont pas en position haute pour permettre à la Colombie d’étirer le bloc péruvien : le premier rideau défensif n’en est que plus dense avec une ligne de quatre qui coulisse selon la circulation de balle adverse.

Après l’ouverture du score, la Colombie n’a plus le choix : les latéraux doivent se livrer quoiqu’il puisse se passer ensuite. Armero et Zuniga multiplient les montées. Et Markarian répond à ce nouveau facteur. Le Pérou passe en 5-3-2. Les deux latéraux doivent arrêter Zuniga et Armero dans les 25 derniers mètres. Les deux milieux de terrain excentrés doivent suivre les courses de Guarin et Rodallega. Les quatre défensifs restants doivent eux remporter les duels, surtout aériens, face aux trois attaquants colombiens. Et devant, Vargas et Guerrero doivent tenir le ballon et profiter de la moindre opportunité face au trio défensif colombien. Celle-ci arrivera à la 111ème minute de jeu et sera parfaitement convertie par Vargas.

Conclusion :

Une véritable leçon tactique de la part du « Magicien » Markarian. Du coup d’envoi jusqu’au coup de sifflet final, son équipe est restée parfaitement disciplinée et cohérente collectivement. A aucun moment, les Colombiens n’ont semblé avoir trouvé la solution pour la contrer, excepté sur des tentatives individuelles (Guarin, Moreno) ou les ballons donnés par-dessus la défense (rapidement corrigé par la reprise d’un pressing plus intense sur le porteur adverse). Si Falcao a fait une fleur à ses adversaires en manquant son penalty, les changements multiples de système au cours de la prolongation ont fini de convaincre : ce Pérou-là ne sera pas facile à jouer pour l’Uruguay.

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