Chelsea 3-2 Shakhtar Donetsk, l’analyse tactique

Au bon souvenir de la saison dernière, Chelsea est allé chercher un succès très important, sur sa pelouse et contre le cours du jeu, face au Shakhtar Donetsk. Menés deux fois au score sur des approximations de Pyatov, les Ukrainiens ont à chaque fois su revenir en dominant Chelsea dans la majorité des compartiments du jeu. Une baisse de forme après l’heure de jeu a ensuite eu raison de leurs ambitions offensives, avant que le match ne se joue sur un coup de dé dans les arrêts de jeu.

Pressing contre pressing :

Au coup d’envoi, aucune surprise n’était à signaler des deux côtés du terrain. Chelsea et le Shakhtar s’avançaient sur la pelouse de Stamford Bridge dans le même schéma de jeu, en 4-2-3-1. Comme souvent dans ce cas, les joueurs positionnés derrière les attaquants travaillaient au pressing face aux milieux axiaux adverses. Côté Shakhtar, Mkhitaryan s’est souvent retrouvé face à Mikel. Derrière lui, Fernandinho et Hübschman adoptaient un comportement défensif plutôt pragmatique, sortant ensemble au pressing lorsqu’un créateur des Blues (Mata ou Oscar qui ont souvent échangé leurs positions d’axial et d’ailier droit) décrochait dans l’entrejeu. Le bon pressing des deux milieux du Shakhtar a obligé Ramires à limiter ses ambitions offensives alors que les premiers mouvements de Chelsea l’envoyaient entre les lignes adverses lorsque ses partenaires décrochaient.

Devant son public, Chelsea avait décidé d’aller chercher très haut son adversaire pour l’empêcher de ressortir proprement. Mata (ou Oscar) et Torres pressaient Rakitskiy ou Kucher, qui héritaient du premier ballon de leur gardien de but. A tour de rôle, Ramires et Mikel suivaient le mouvement en sortant de leur moitié de terrain pour mettre la pression sur Fernandinho ou Hübschman, qui redescendaient pour aider leurs défenseurs. Le premier but est directement issu d’un très bon pressing de la part des Blues. Au marquage d’un défenseur, Torres a poussé son travail jusque sur Pyatov, le contrant pour finalement voir le ballon finir au fond des filets avec un peu de réussite.

Le premier but de Chelsea – un pressing bien ordonné : Mata sur Rakitskiy, Oscar sur Rat côté gauche, Torres entre les deux défenseurs centraux pour empêcher la transmission latérale et Ramires sorti sur Hubschman, la solution la plus « simple » pour le porteur de balle. Torres s’apprête ici à poursuivre son action sur Pyatov pour finalement contrer le portier ukrainien.

Le Shakhtar maître de son sujet :

Sitôt le but marqué, les Blues ont fait une première erreur : reculer. Les hommes de Roberto Di Matteo ont en effet abandonné leur pressing haut, laissant le seul Torres (parfois aidé par son soutien axial) gêner les relances adverses. Chelsea repliait son bloc-équipe dans son camp, renvoyant son n°10 habituel aux côtés de Ramires afin de permettre à Mikel de suivre Mkhitaryan qui cherchait les espaces entre les lignes. La sanction n’a pas manqué de suivre : n’étant plus gêné pour ressortir les ballons, le Shakhtar a pu déployer son bloc dans le camp londonien et développer son superbe jeu offensif.

Sans innover, les Ukrainiens ont fait les déplacements nécessaires pour mettre à mal l’organisation défensive adverse. La relance s’est opérée autour de quatre hommes (les deux défenseurs centraux et les deux milieux axiaux). Parmi ces derniers, Hubschman restait en couverture tandis que Fernandinho prenait des risques et se projetait dans les 30 derniers mètres adverses. La couverture étant assurée par trois joueurs, les latéraux se déployaient dans les couloirs (Srna à droite, Rat à gauche), libérant ainsi Willian et Alex Teixeira de leurs rôles d’ailiers. Le premier a apporté le surnombre dans l’entrejeu, en occupant la zone de Mikel et Ramires pour travailler avec Fernandinho et Hubschman.

L’apport de Willian dans l’entrejeu : l’ailier gauche du Shakhtar n’a pas hésité à décrocher très bas pour créer le surnombre face à la première ligne des Blues et lancer les mouvements avec Fernandinho et Hubschman. La capacité des deux Brésiliens à se projeter ensuite dans les intervalles, et les relais axiaux de Mkhitaryan ou Luiz Adriano, permettaient ensuite au Shakhtar de faire tourner le ballon dans la zone de Mikel et Ramires.

Depuis son aile droite, Alex Teixeira était lui un véritable deuxième point de fixation, utilisé en complément de l’attaquant de pointe  (Luiz Adriano). Les deux hommes étaient les cibles des relances longues (dans les airs comme au sol) du Shakhtar. L’avant-centre sortait parfois gagnant de ses duels avec David Luiz et Cahill, offrant des seconds ballons intéressants à jouer pour Mkhitaryan, Willian ou Fernandinho qui suivaient dans l’axe. Alex Teixeira était lui le plus souvent alerté au sol : si Bertrand le lui permettait, il se retournait et tentait de percuter sur l’aile ; dans le cas contraire, il se contentait d’attirer à lui le latéral gauche des Blues en se déplaçant vers l’intérieur du terrain, libérant ainsi le couloir pour les incursions de son latéral, Srna.

Les deux buts du Shakhtar ont été la conséquence de ce travail de l’ombre d’Alex Teixeira et du recul de Chelsea. Sur les deux réalisations conclues par Willian, les Blues ont d’abord payé les quelques mètres de liberté laissés à Fernandinho dans leurs 30 derniers mètres. A chaque fois, le mouvement a été le même : le n°7 de Donetsk en a profité pour décaler Srna qui plongeait dans le dos de Hazard, exploitant ainsi l’espace laissé libre par Bertrand, occupé à suivre Alex Teixeira à l’intérieur vers la charnière David Luiz-Cahill. Parti de l’entrejeu où il se déplaçait sur les phases offensives, Willian a profité de l’absence d’adversaire direct (Ivanovic sur le papier) dans l’axe pour reprendre les centres de Srna et ramener à chaque fois le Shakhtar dans le match.

Un action dangereuse du Shakhtar : les quatre lignes de Chelsea sont faciles à distinguer (en blanc), tout comme le marquage de Bertrand à l’intérieur face à Alex Teixeira (en rouge). En possession du ballon, Willian conserve la possibilité de libérer le ballon à Hubschman et/ou Fernandinho (en jaune). Entre les lignes, Mkhitaryan (en noir) est une solution possible pour rentrer dans la zone de vérité, mais Srna est aussi complètement oublié par Hazard (en orange). En l’alertant directement, Fernandinho permet à Mkhitaryan de rentrer dans la surface de réparation pour apporter une solution supplémentaire à celles offertes par Luiz Adriano, Willian et Alex Teixeira.

Chelsea limité mais finalement vainqueur :

Face à la domination ukrainienne, les champions d’Europe en titre n’avaient pas beaucoup d’armes à faire valoir. Seules possibilités, les ballons gagnés dans l’axe dans leurs 30 mètres pouvaient être bonifiés s’ils ressortaient rapidement sur les ailes, via Mata, Oscar (à droite) ou Hazard (à gauche). Bloqués par le pressing adverse sur attaque placée, les Blues ont porté le danger dans les 30 derniers mètres grâce aux courses de leurs attaquants excentrés, qui cherchaient ensuite la profondeur avec Torres ou le soutien d’un joueur venu de l’arrière (Mikel, Ramires ou Bertrand). Si le jeu venait à ralentir, Chelsea cherchait avant tout à créer le surnombre face à Fernandinho et Hubschman afin d’assurer la possession de balle autour de la paire Oscar-Mata, chargée de la construction. Dans ces conditions, Ivanovic offrait un appui côté droit et permettait d’approcher les buts de Pyatov par ses centres en profondeur. Côté gauche, Hazard apportait lui plus de percussion et pouvait combiner avec Torres ou Ramires.

Malgré ces options limitées dans le camp ukrainien, Chelsea a profité d’une nouvelle erreur du gardien de but Pyatov pour repasser devant au tableau d’affichage, quelques minutes avant la mi-temps. Sur une passe en profondeur manquée de Hazard vers Torres, le portier du Shakhtar est sorti au devant de l’attaquant espagnol pour repousser le ballon de la tête… Directement dans les pieds de Oscar qui ne s’est pas fait prier pour l’ajuster des 40 mètres. A la mi-temps, le score de 2-1 est presque miraculeux pour les Blues, dominés pendant la majeure partie du premier acte. La reprise est allé dans le même sens. Chelsea a de nouveau reculé, permettant au Shakhtar de redévelopper son jeu et d’enfoncer le flanc droit des Blues une deuxième fois par le même triangle Fernandinho-Srna-Willian.

Il a fallu attendre l’heure de jeu pour voir Chelsea revenir dans la partie, grâce justement à une meilleure fermeture de ce côté du terrain. Au lieu de rester à hauteur de ses milieux, Hazard s’est concentré sur le marquage de Srna et a cherché à conserver le Croate dans son champ de vision. Un choix qui l’a poussé à évoluer plus bas en phase défensive mais qui a permis aux Blues de mieux bloquer le couloir. Dans le même temps, le Shakhtar a aussi payé une partie des efforts effectués depuis le début de la partie : Fernandinho et Hubschman n’étaient plus en mesure de continuer leur pressing sur les milieux adverses et le duo Mata-Oscar en a profité pour prêter main forte à Ramires et Mikel. Les ballons ressortaient plus facilement côté Blues et le Shakhtar devait reculer pour contrôler des offensives adverses désormais capables de démarrer.

Bien en place en défense, les Ukrainiens ont eu plus de difficultés pour approcher les buts de Cech en raison d’une récupération plus basse. Alors que Chelsea posait enfin sa patte sur le jeu, le rythme de la rencontre baissait et celle-ci semblait se diriger vers un match nul. Les remplacements opérés des deux côtés (Ilsinho pour Alex Teixeira, Victor Moses pour Oscar et Sturridge pour Torres) n’ont pas eu de grands effets jusque dans les arrêts de jeu. Dans un dernier sursaut, le Shakhtar s’est crée plusieurs opportunités grâce notamment à la fraîcheur d’Ilsinho, dont les courses depuis l’aile droite ont perturbé la défense des Blues. Finalement, c’est dans l’escarcelle de Chelsea que le match est tombé sur un corner repris victorieusement par Victor Moses à la dernière seconde. Une seule certitude au final : s’ils existent, les dieux du football sont toujours avec les Blues.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

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2 réponses

  1. Editeur dit :

    nan mais t’as piqué notre Stagiaire autiste pour tes palettes ?

  2. Nicholas dit :

    C’est vrai qu’ils se débrouillent super bien, ils ont failli obtenir le nul grâce au doublé de Willian !!
    Si seulement Moses n’avait pas marqué à la fin.. Vive l’Ukraine qui nous a offert du très beau jeu la semaine dernière.

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