Chelsea 2-2 Juventus, l’analyse tactique

Trois saisons après, la Juventus Turin a fait son grand retour en Ligue des Champions mercredi soir. Pour un come-back, elle ne pouvait pas espérer plus prestigieux qu’un déplacement chez le champion d’Europe en titre. Sur la lancée de ses 42 matchs sans défaite en championnat, la Vieille Dame a réalisé une belle prestation collective, conservant son système et ses préceptes de jeu malgré la pression et les buts adverses. A raison, puisqu’elle a semblé finir au-dessus collectivement.

Opposition et pressing des Blues :

Pour son retour dans la cour des grands, la Juve s’est présentée à Stamford Bridge dans le schéma de jeu qui a fait sa spécificité la saison dernière : le 3-5-2. Tous les cadres étaient présents, en défense, dans l’entrejeu et dans les couloirs. Devant, Antonio Conte avait décidé de faire confiance à Giovinco pour évoluer aux côtés de Vucinic. Chelsea a répondu à ce système de jeu par son 4-2-3-1, organisation classique du Chelsea 2012/2013. Toutefois, un changement de taille était à signaler au coup d’envoi : l’absence de Mata dans le onze de départ, remplacé par Oscar. Ce changement, a priori poste pour poste, a envoyé Hazard sur l’aile gauche, laissant le rôle en soutien de Torres à son coéquipier brésilien. Un choix loin d’être anodin puisque ce dernier, futur homme du match, a eu une très grande importance avec et sans ballon.

D’entrée de jeu, les joueurs de Roberto Di Matteo ont décidé d’effectuer un pressing intense sur le milieu de terrain adverse. Calqué sur l’entrejeu turinois, le trio londonien dans l’axe a mis la pression sur son homologue : Oscar était au marquage individuel sur Pirlo tandis que Lampard et Mikel s’opposaient respectivement à Marchisio et Vidal. Sur les côtés, Hazard et Ramires se positionnaient eux sur les lignes de passes à destination des latéraux, afin d’empêcher les milieux turinois d’écarter. Dans les couloirs justement, Cole et Ivanovic sortaient aussi au pressing, sur Lichtsteiner et Asamoah lorsque ceux-ci touchaient le ballon en étant arrêtés. Pour finir, l’arrière-garde des Blues se partagaient le marquage de Giovinco et Vucinic. Le pressing de leurs partenaires forçant des relances rapides de la Juve, ils étaient la plupart du temps dominateurs à la retombée de longs ballons.

La Juve subit, Pirlo vs Oscar :

Offensivement, les Londoniens ont débuté la partie en utilisant en majorité les ailes (et surtout la droite). L’explication était assez simple à trouver : opposés à Hazard et Ramires, les deux joueurs de couloir turinois ont évolué très bas sitôt le ballon perdu, formant un 5-3-2 évident en phase défensive. La plupart du temps, les Blues bénéficiaient donc de la liberté de leurs latéraux pour lancer les actions dans les 30 derniers mètres. En ajoutant le double pivot Mikel-Lampard, un quatre contre trois se formait en leur faveur face à la première ligne défensive turinoise (Marchisio, Pirlo, Vidal). Le quatuor n’avait alors plus qu’à faire courir le ballon d’une aile à l’autre, jusqu’à créer le décalage et forcer la sortie d’un latéral adverse. Il pouvait alors lancer Ramires ou Hazard pour un un-contre-un sur l’aile. Parfois, Torres permettait d’accélérer la création du décalage en s’excentrant pour participer aux actions, lui qui était dominé dans l’axe par le surnombre des défenseurs turinois. Néanmoins, il manquait du coup une présence dans la surface à la finition. Exemple de l’utilisation intelligente du surnombre (4 contre 3), Ashley Cole s’est retrouvé plein axe et à la passe sur le second but d’Oscar… Lichtsteiner était d’ailleurs sorti à sa rencontre, laissant Hazard sur l’aile gauche avec Barzagli.

L’utilisation de la largeur côté Chelsea : alors que les trois milieux turinois sont concentrés sur l’axe (et désorganisés sur cette action, à cause d’un décrochage de Oscar), Chelsea utilise au maximum la largeur du terrain avant de chercher ses joueurs de percussion. Ici, le ballon vient de la gauche (en bleu) et va vers Ivanovic à droite, le jeu demandant ensuite au Serbe d’avancer jusqu’à ce qu’un adversaire sorte sur lui et ouvre un espace.

A la demi-heure de jeu, les Blues ont changé de comportement en adoptant un système plus vertical grâce aux pénétrations dans l’axe de Hazard. Le Belge évoluait alors en soutien de Torres, ouvrant le couloir gauche à Cole si besoin mais surtout permettant à Oscar et Lampard de se déplacer dans la profondeur, l’un pour décrocher, l’autre pour prendre l’espace et se projeter vers l’avant. Face à une Juve temporairement réduite à 10, Chelsea a ouvert le score grâce à une frappe déviée d’Oscar, justement servi par une passe vers l’intérieur de Hazard. Le second but ne doit lui qu’au seul talent du Brésilien, auteur d’un enchaînement somptueux. Sur cette action, son grand pont sur Pirlo a symbolisé sa prestation, lui qui a réussi à éteindre le maître à jouer de la Juve pendant une bonne partie de la rencontre. Il est d’ailleurs à noter que Oscar ne s’est que très peu projeté dans la surface, afin de ne jamais trop s’éloigner de son adversaire direct, au cas où il réussisse à lancer un contre rapidement. Ce rôle a aussi expliqué le changement de comportement de Hazard, plus attiré vers l’axe et la surface, à partir de la demi-heure de jeu afin de compenser la prudence relative de son coéquipier.

La réponse turinoise :

Malgré le 2-0, la Juve était réussi à entrer dans son match. La saison dernière, elle avait déjà montré qu’elle possédait une parade face à ce genre d’équipes. Avec Chiellini, Bonucci et Barzagli, la Vieille Dame peut compter sur trois défenseurs capables de réaliser la première passe vers l’avant lorsque Pirlo est indisponible. C’est exactement comme cela qu’elle a lancé ses premiers mouvements dans le camp adverse hier soir. Suivi à la trace par Oscar, Pirlo se déplaçait de manière à laisser un intervalle dans lequel pouvait s’engouffrer un défenseur balle au pied. Tous les Blues restant sur leurs positions, ce dernier pouvait remonter le terrain jusqu’aux abords de la ligne médiane. Le plus souvent, il cherchait ensuite l’un de ses deux attaquants en appui et au sol. Ces derniers venaient proposer des solutions dans les intervalles et entre les deux lignes défensives des Blues.

La montée d’un défenseur turinois : passé l’obstacle Torres, Barzagli n’est plus attaqué et peut chercher l’intervalle (en jaune) dans lequel s’engouffre Vucinic. A l’opposé de l’action, Marchisio (en blanc) se prépare déjà à suivre l’action en plongeant dans l’axe pour compenser le déplacement de son attaquant.

Cette connexion faite, les joueurs de transition (Marchisio, Vidal dans l’axe, Asamoah et Lichtsteiner sur les côtés) se lançaient vers les buts de Cech. En début de partie, le jeu des Turinois a surtout penché à droite avec les incursions de Lichtsteiner, servi par Giovinco ou Vucinic. Marchisio compensait le décrochage de son attaquant en occupant l’espace. Vidal puis Pirlo arrivaient ensuite en soutien pour conserver le ballon dans le camp adverse. La plupart du temps, ce circuit via Lichtsteiner aboutissait toutefois à une attaque rapide et un centre du Suisse dans la surface londonienne, trop rarement dangereux pour la charnière Terry-David Luiz. En revanche, après l’ouverture du score londonienne, les Turinois ont beaucoup plus utilisé l’aile gauche. Au coeur du jeu, Vucinic redescendait entre la paire Mikel-Lampard afin d’orienter le jeu dos au but. Parfois, il pouvait même se retourner, les mettant alors sur le reculoir. La plupart du temps, il a joué vers Asamoah, libéré sur l’aile entre Ivanovic (qui se repliait à hauteur de la défense sitôt la ligne médiane franchie par la Juve) et Ramires (pas encore replié).

La relation Vucinic-Asamoah : alors que Pirlo et Vidal sont sur la même ligne (en orange), Marchisio (en vert) compense le décrochage de Vucinic (en jaune). Mikel et Lampard étant positionnés assez haut, Ramires rentre à l’intérieur pour bloquer la profondeur. Dans le couloir gauche, Asamoah se retrouve du coup sans adversaire direct et est un relais évident pour progresser dans le camp adverse.

Ne jouant pas le un-contre-un, le Ghanéen préférait le plus souvent solliciter un appui dans l’axe, avec Marchisio devant lui ou Pirlo qui venait en soutien. A la droite de celui-ci, Vidal évoluait lui en tant que piston : tantôt à hauteur de Pirlo pour renverser le jeu vers Lichtsteiner, tantôt en projection vers les buts de Cech. Sa réduction du score a pris son origine dans un ballon ressorti de l’aile gauche par Asamoah (malgré un deux-contre-un en sa défaveur). En soutien, Marchisio a trouvé Vidal au coeur du jeu et le Chilien s’est chargé de finir le travail d’une belle frappe à ras de terre. Intervenu quelques minutes après le second but d’Oscar, ce but a puni un certain relâchement des Blues, qui ont manqué d’agressivité sur l’ensemble de l’action (deux-contre-un perdu au départ, puis manque d’agressivité sur Vidal pourtant au coeur de la défense -Mikel et Lampard hors de position, Hazard n’a pas su compenser-).

Deuxième mi-temps : la Juve prend la main

Le constat peut d’ailleurs être le même sur le dernier but de la partie, inscrit par Quagliarella qui a été servi sur un plateau par un Marchisio une nouvelle fois non-attaqué. Même s’il est arrivé tard, ce but égalisateur est venu récompenser l’excellente deuxième mi-temps des Turinois, revenus beaucoup plus forts que leurs adversaires. En cause, le trio Marchisio-Pirlo-Vidal positionné plus haut dans l’entrejeu, qui est venu perturber l’utilisation de la largeur des Londoniens. Alors qu’Ivanovic et Cole étaient sans adversaires directs durant le premier acte, ils ont vu venir Marchisio et Vidal au pressing. Dans l’axe, les deux autres milieux turinois sortaient à hauteur de leur partenaire afin de prendre la paire Mikel-Lampard, brisant ainsi le circuit de passes habituel des Blues d’un couloir vers l’autre. Leurs coéquipiers étant forcés de sauter des relais pour renverser le jeu, les Blues à la retombée des ballons se retrouvaient mis sous pression par le gardien du couloir (Asamoah ou Lichtsteiner), ce dernier étant couvert par l’un des trois défenseurs centraux (au marquage de l’ailier, Hazard ou Ramires).

Le pressing turinois : décroché en début de partie, Pirlo s’est mis à hauteur de Marchisio et Vidal sur ces phases de jeu. Ici, l’objectif est de mettre la pression sur Mikel en bloquant les solutions au sol, plus faciles à négocier pour ces partenaires. Excepté la passe en retrait à David Luiz (derrière lui), toute autre passe au sol peut être dangereuse. Et s’il décide d’orienter le jeu vers le couloir gauche, le fait de sauter un relais rendra le jeu plus facile à lire pour Lichtsteiner (hors-champ), qui pourra anticiper et sortir au pressing sur fCole.

Offensivement, les Turinois ont insisté sur l’aile gauche grâce aux prises de profondeur de Giovinco, qui ajoutait une solution supplémentaire à celles offertes à Asamoah jusqu’ici. Au coeur du jeu, Vucinic a continué de peser sur les premières passes, permettant ensuite d’écarter le jeu. Tous ces facteurs ont fait que la Juve a largement dominé la deuxième mi-temps, contraignant son adversaire à ne s’exprimer qu’en contres. Les deux latéraux turinois évoluant dans le camp adverse, les Blues ont cherché Hazard (à gauche), Torres ou Ramires (à droite) en profondeur dans leur dos, et à la lutte avec Barzagli et Chiellini. L’entrée de Mata à la place d’un Oscar fatigué a offert un relais intéressant des Blues sur ces phases de jeu, l’Espagnol étant à l’origine avec Hazard de l’action la plus dangereuse des locaux durant le second acte. Côté coaching, les remplacements n’ont que peu impacté sur l’affrontement tactique : la Juve a fait du poste pour poste et l’entrée de Bertrand chez les Blues n’a fait qu’envoyer Hazard sur l’aile droite.

Conclusion :

Après un Real-City d’enfer, le deuxième choc de la C1 n’a pas déçu. Des deux côtés, la pression était telle dans l’entrejeu que les deux milieux de terrain ont eu beaucoup de déchets dès qu’ils tentaient de baisser le rythme : une situation qui a obligé les deux formations à se projeter rapidement pour atteindre les 40 mètres adverses et qui a rendu le match plaisant. Chelsea a très bien débuté, usant d’un fort pressing et se découvrant un joueur aussi talentueux qu’appliqué tactiquement avec Oscar (Hazard aurait-il aussi bien tenu Pirlo ?). Malgré le score en sa défaveur, la Juve ne s’est jamais affolée et a pris le dessus collectivement au retour des vestiaires grâce à une première ligne plus agressive et soutenue par ses latéraux. Un retour plus que réussi donc pour la Vieille Dame, qui aurait pu enlever les trois points à quelques centimètres près en toute fin de partie, sur une tentative de Quagliarella.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Eve dit :

    Thorbinouche que les gens ont eu thord de pas aller se thordre e0 voir ce thord byauox. Histoire insense9e s’il en est une. Pas croyable pour un seul instant, ok le gars est bienmuscle9 et thorride, mais pour le reste ce n’est pas thorrible et plutf4t thordu.

  1. 2 octobre 2012

    […] libres au moment de remonter le ballon dans la moitié de terrain adverse. Récemment, la Juventus avait usé de ce système, et de la relation Vucinic-latéraux, pour lancer ces mouvements et s’installer dans la moitié […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *