Chelsea 2-1 Manchester City, l’analyse tactique

Manchester United en rêvait, Chelsea l’a fait. En clôture de la quinzième journée de Premier League, les Blues ont infligé à Manchester City sa première défaite de la saison en championnat. Rapidement menés au score, les joueurs de André Villas Boas sont revenus aux fondamentaux du jeu britannique pour se défaire de l’emprise adverse avant de prendre le dessus en deuxième mi-temps, bien aidés par l’expulsion de Clichy peu avant l’heure de jeu.

Les compositions :

Un seul grand absent est à signaler dans le onze de départ de André Villas Boas : Lampard reste sur le banc de touche, l’entraîneur portugais lui préférant Meireles. Ce dernier compose le milieu à trois des Blues avec Ramires et le jeune ex-Barcelonais Romeu : Cech (1) – Bosingwa (17), Ivanovic (2), Terry (26), Cole (3) – Romeu (6), Ramires (7), Meireles (16) – Mata (10), Sturridge (23), Drogba (11).

Du côté du leader mancunien, c’est un onze de départ somme toute classique que propose Roberto Mancini. Nasri n’en est toujours pas, Milner lui chipant sa place une nouvelle fois sur le côté gauche. Aguero et Balotelli occupent eux le front de l’attaque : Hart (25) – Zabaleta (5), Kompany (4), Lescott (6), Clichy (22) – Barry (18), Touré (42), Milner (7), Silva (21) – Balotelli (45), Aguero (16).

City au pressing :

Parfaitement lancés par l’ouverture du score rapide de Balotelli (2e) très bien servi par Aguero, les Skyblues débutent la rencontre en s’imposant immédiatement dans l’entrejeu. Refroidis par l’ouverture du score où sa défense a été prise dans son dos, Chelsea évolue en bloc et très bas sur le terrain. Excepté Drogba et, parfois, Meireles aux avants-postes, défenseurs et milieux de terrain évoluent très resserrés dans leurs 35 derniers mètres pour limiter au maximum les espaces pour le leader de Premier League. Conséquence, une fois le ballon perdu, les Blues ont 80 bons mètres à remonter pour pouvoir porter le danger sur les cages de Hart. Et City en profite pour imposer un très gros pressing sur les relayeurs adverses.

A l’instar du Barça et de nombreuses autres équipes, Chelsea relance en s’appuyant sur trois joueurs : les stoppeurs Terry et Ivanovic et le milieu défensif Romeu. Face à ces trois hommes, City oppose Aguero et Balotelli (cercle rouge). Sur les côtés, Silva et Milner sont respectivement positionnés face à Cole et Bosingwa. Dans l’axe, Touré sort sur Meireles et Barry sur Ramires (traits rouges). Mais le véritable pressing est lancé par Touré lorsqu’il sort du premier rideau pour jaillir sur Romeu (flèche bordeaux). Dans ce cas, les deux milieux excentrés lâchent le marquage des latéraux londoniens pour se replier sur celui des deux relayeurs, Barry couvrant alors l’ensemble (traits bordeaux). Mis sous pression à plusieurs reprises, la relance de Chelsea souffre et perd quelques ballons chauds, heureusement sans conséquence. Mata est le premier des attaquants à décrocher à hauteur de ces milieux de terrain pour leur prêter main forte et offrir des solutions (flèche blanche). Au total, Ramires, Meireles et Mata ne touchent que quinze ballons sur le premier quart d’heure de jeu…

Chelsea fait surface :

Dominé dans l’entrejeu, Chelsea s’en remet aux mouvements plus coordonnées de ces attaquants pour perturber le positionnement du milieu de terrain de Manchester City. Ainsi, lorsque Mata décroche de son couloir gauche pour offrir des solutions au coeur du jeu à Meireles et Ramires, Drogba s’excentre sur l’aile gauche pour occuper de Zabaleta et l’empêcher de suivre ainsi son adversaire direct. Par ailleurs, l’Ivoirien dominant physiquement son vis-à-vis, il est à la réception de plusieurs longs ballons de relance venus de l’arrière vers cette aile gauche (en blanc ci-dessous).

Par ailleurs, les déplacements de Mata, Meireles et Ramires au coeur du jeu (en jaune) offrent à Drogba des soutiens dont ils ne bénéficiait au moment de jouer les appuis en début de partie. Il était alors facilement mis sous pression et éteint par Kompany ou plus souvent Lescott. Par ailleurs, dans son camp, Chelsea réussit à trouver la solution pour s’assurer une relance tranquille : servir un latéral pour attirer le bloc adverse d’un côté et renverser le jeu pour permettre à l’autre de chercher ensuite un appui dans le camp adverse pour avancer. Et sinon, les trois relanceurs peuvent toujours allonger pour chercher Drogba (dans l’axe et à gauche) ou Sturridge à droite. C’est ainsi que Terry alerte ce dernier après la demi-heure de jeu : après avoir déposé Clichy, il centre pour Meireles qui reprend victorieusement alors que Drogba attire Kompany au premier poteau.

Malgré la maîtrise du ballon (plus de 65% de possession de balle à dix minutes de la mi-temps), Manchester City paye là son incapacité à porter véritablement le danger sur les buts de Cech. Maintenant que Chelsea a trouvé la solution pour se défaire du pressing adverse dans son propre camp, les Citizens n’ont plus de situations dangereuses à négocier. Car les Blues ne prennent aucun risque : face à la relance adverse, ils se replient tous dans leurs 40 voire 35 derniers mètres. L’axe est densifié par la présence de trois milieux de terrain, et les couloirs sont fermés aux montées des latéraux par le repli sérieux de Mata à gauche et Sturridge à droite. Très efficace entre des lignes adverses étirées (car n’ayant pas le temps de se replier) en début de partie, Balotelli disparaît ainsi de la circulation.

Nouvelles tentatives et tournant du match :

Manchester City revient du repos avec de nouvelles idées pour tenter de forcer le verrou adverse. Le bloc de Chelsea évoluant très bas, City tente logiquement de partir de plus loin. Barry monte d’un cran pour offrir un appui au coeur du milieu à trois adverse et laisse Touré s’occuper de la relance avec Kompany et Lescott. Depuis les côtés, Silva et Milner tentent de décrocher et de se lancer vers le but adverse, espérant trouver des relais devant eux (Barry donc, mais aussi Balotelli ou Aguero). Sans succès, les distances très resserrées entre les milieux ferment les solutions dans l’axe. Néanmoins, Silva réussit à se lancer dans les 30 derniers mètres adverses après un jeu en triangle avec Aguero et Zabaleta. Sans succès ensuite en revanche (ci-dessous, en bordeaux les courses des joueurs, en noir les passes, en blanc les couvertures côté Chelsea).

Malheureusement pour les Skyblues, un évènement fait basculer la rencontre : l’expulsion de Clichy pour un deuxième carton jaune pour une faute sur Ramires (après une première faute pour Sturridge). City se retrouve alors dans la situation vécue par Chelsea jusqu’ici, basculant en 4-4-1 d’abord avant de resserrer les lignes dans l’axe pour passer en 4-3-2 à la sortie de Silva au profit de De Jong. Néanmoins, une différence subsiste : Chelsea ne prend toujours pas de risques au pressing et continue à repartir de son propre camp pour développer son jeu. Désormais, Romeu n’hésite plus à quitter son rôle de simple milieu défensif pour tenter de créer le surnombre et les latéraux prennent leurs couloirs… Utilisant intelligemment la largeur face à une équipe mancunienne concentrée dans l’axe, Chelsea prend le ballon et le terrain.

Mais City domine dans l’axe dans les 30 derniers mètres. Une fois les ballons arrivés sur les côtés, il manque à Cole et Bosingwa un soutien devant eux pour leur permettre de dédoubler. Du coup, les deux latéraux s’entêtent à envoyer des centres des 30 mètres, sans aucun danger pour Kompany, Lescott et les milieux devant eux. Il semble que l’on se dirige alors vers un score nul mais l’entrée de Lampard à la place de Meireles change la donne. Sur la pelouse pendant dix-sept minutes de jeu, le milieu anglais se positionne beaucoup plus haut que Meireles et crée deux décalages. En combinant côté gauche, il devient le troisième côté d’un triangle : sollicité par Cole, il libère Mata qui, décalé sur l’aile gauche, envoie un premier centre depuis une position idéale (malheureusement complètement manqué). Deuxième décalage de Lampard : côté droit, il libère un un-contre-un pour Sturridge face à Zabaleta (passé à gauche depuis l’expulsion de Clichy). L’Anglais revient sur son pied gauche et voit sa frappe contrée de la main par Lescott. Penalty, Lampard s’en charge et Chelsea passe devant.

Le final :

Mené au score, Roberto Mancini tente son va-tout en envoyant les gros en attaque (Dzeko entre en jeu, Touré plus haut etc…) et en arrosant de ballons la défense londonienne. Histoire d’éviter de se faire peur, André Villas Boas répond en faisant entrer Mikel pour équilibrer les forces dans les airs. Chelsea finit par emporter ce match. Complètement dominés en début de partie, les Blues sont peu à peu revenus dans le match grâce à une bonne utilisation de la largeur dans son camp pour se défaire du pressing adverse et des dézonages constats de ses attaquants. Par la suite, l’expulsion de Clichy leur a facilité la tâche… Même s’il aura fallu l’entrée en jeu de Lampard pour créer ou trouver les rares failles (deux en l’occurence) laissées par des Citizens en infériorité numérique.

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7 réponses

  1. Cox dit :

    Très belle analyse, très pertinente comme toujours.

    J’ai beaucoup aimé le changement de rôle de Mata en seconde période. Il a commencé le match sur le côté gauche, tout en revenant de temps en temps au milieu pour offrir des solutions et provoquer le surnombre. Puis en seconde mi-temps, Cole s’est montré plus offensif et Meireles s’est légèrement décallé sur la gauche pour donner de la liberté à Mata. L’espagnol a muté en electron libre autour de Drogba.

    Ce changement a perturbé la défense des Skyblues et Chelsea n’a pas assez exploité ce schéma (Mata a recollé l’aile gauche après le rouge).

  2. zedgil dit :

    Je découvre seulement ce site mais là, je suis vraiment épaté !
    Pour un fan (féru même) de tactique comme moi, je crois que je viens de trouver mon nirvana…
    Bonne continuation.

    Petite question à M. Toniutti : que pensez-vous être la meilleure tactique quand on prend un carton rouge ? et inversement quand son adversaire prend un carton rouge ?
    Merci d’avance.

  3. Tout dépend des joueurs à ta disposition. Mais j’ai beaucoup les équipes qui densifie l’axe en 4-3-2 par exemple. Pour peu que les défenseurs soient solides dans les airs (puisque ça ouvre les côtés aux latéraux adverses et donc aux centres), ça permet de conserver des chances de marquer (notamment en faisant profiter l’un des attaquants des espaces dans le dos des latéraux adverses).

  4. zedgil dit :

    Merci Professeur !

    Je joue beaucoup à Football Manager… Dans ce cas, j’ai tendance à passer en 4-4-1 (je joue le plus souvent en 4-4-2). Cela est-il possible en réalité ?

    Et, excusez-moi, ma question était en deux volets…

  5. erick dit :

    personnellement, je pense si l’équipe adverse est en infériorité elle va densifié l’axe donc il va falloir passer par les côtés, moi je pense à un 3-4-3 avec les milieux latéraux qui montent pour créer le surnombre…Après il doit y avoir pleins d’autres schémas tactiques je pense

  6. Marc dit :

    Merci beaucoup pour cette analyse. Je prépare un match, étant entraîneur d’une équipe. Donc, il vaut mieux apprendre des grands pour devenir quelqu’un.

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