Chelsea 1-2 Manchester City, l’analyse tactique

Lâchés depuis longtemps par Manchester United dans la course au titre, Manchester City et Chelsea se retrouvaient dimanche après-midi à Wembley pour se disputer le droit d’affronter Wigan en finale de la Cup. Auteurs de la meilleure entame, les Skyblues ont dominé leur sujet pendant la première heure de jeu. Ils ont ensuite résisté au réveil de Chelsea dans la dernière demi-heure.

Au coup d’envoi, deux systèmes quasi-similaires s’opposent. Chelsea et Manchester City se replient sur deux lignes de quatre joueurs en phase défensive, ne laissant que deux hommes aux avants-postes : Ba et Mata pour les Blues, Tevez et Aguero pour les Citizens. Touché aux ischios-jambiers face à Manchester United lundi dernier, Silva est le grand absent de cette demi-finale. Titulaire sur la gauche du milieu mancunien, Nasri est le joueur censé apporter le petit plus créatif à la formation de Roberto Mancini (Pantilimon – Zabaleta, Kompany, Nastasic, Clichy – Milner, Barry, Touré, Nasri – Tevez, Aguero). Du côté de Chelsea, Rafa Benitez doit composer avec le forfait de Cole, remplacé par Bertrand. Terry et Lampard débutent sur le banc de touche ; ils sont supplées par Ivanovic et Ramires (Cech – Azpilicueta, Ivanovic, David Luiz, Bertrand – Mikel, Ramires – Hazard, Mata, Oscar – Ba).

City écrase la concurrence :

City démarre très fort la rencontre en profitant des espaces offerts entre les lignes adverses. En pointe du bloc londonien, Mata et Ba sont censés bloquer l’axe et les ballons à destination de Barry et Touré. Toutefois, le milieu anglais des Skyblues trouve des espaces en s’excentrant côté gauche pour ensuite envoyer le jeu dans le camp adverse. A plusieurs reprises, il cherche Aguero dans la profondeur, parti dans le dos d’Azpilicueta sur l’aile gauche. Grâce aux mouvements de l’Argentin, et aux relais offerts par Tevez et Nasri dans le coeur du jeu, City fait reculer son adversaire et peut s’installer au milieu de terrain.

Offensivement, les Skyblues profitent de la polyvalence de Tevez et Aguero pour varier leurs approches sur les buts de Cech. Les deux Argentins savent tout faire : peser sur la défense centrale, décrocher entre les lignes pour combiner avec leurs milieux de terrain, provoquer balle au pied, s’excentrer pour ensuite attaquer les latéraux adverses…  Leurs déplacements dictent ceux de Nasri et Milner, qui quittent les couloirs en phase offensive pour les laisser aux montées de leurs latéraux. Ces derniers montent généralement à tour de rôle, tout comme Touré et Barry dans l’axe.

La liberté accordée aux quatre attaquants de City pose beaucoup de problèmes aux Blues, qui sont obligés de se recroqueviller dans leurs 40 mètres pour ne pas être dépassés par les mouvements adverses. Hazard et Oscar, positionnés sur les côtés, sont contraints de revenir dans l’axe pour aider Mikel et Ramires face aux incursions de Touré ou Barry. Du coup, Clichy et Zabaleta en profitent jusqu’à ce que Mata (voire Ba) redescende eux aussi défendre. Sans relais pour ressortir les ballons, les Blues subissent aussi lorsqu’ils récupèrent le ballon. Laissant Kompany et Nastasic en couverture face à Ba, City s’appuie sur la puissance de Touré pour couper les remontées de balle dans l’axe, tandis que Clichy et Zabaleta sont efficaces dans le même exercice dans les couloirs.

Chelsea vient de récupérer le ballon après une approche de City qui a vu Barry se joindre aux quatre attaquants. Revenu défendre, Mata se retrouve à combiner avec Ramires pour remonter le ballon. Mais face à eux, la première ligne de City est déjà en place avec Touré encadré par Clichy et Zabaleta.

Chelsea hausse l’intensité :

Il faut une bonne vingtaine de minutes de jeu pour voir Chelsea enfin rentrer dans la partie et ressortir de sa moitié de terrain. Pour City, le danger n’est jamais très loin puisque si les Blues franchissent les joueurs chargés du pressing (Touré dans l’axe notamment), le danger peut arriver très vite sur les cages de Cech. A plusieurs reprises, Touré et Barry sont obligés de faire faute sur des dribbles Ramires ou Mikel afin d’éviter qu’un contre démarre et puisse trouver ensuite les relais de Hazard ou Mata dans leur propre camp. Ce sont ces coups-francs, obtenus au milieu de terrain, qui permettent aux Blues de casser le rythme de la partie et d’enfin mettre le jeu dans la moitié de terrain de City.

Repliée, la formation de Roberto Mancini fait face avec ses deux lignes de quatre. Touré et Barry coulissent sur toute la largeur du terrain pour limiter les espaces à Hazard et Mata qui tentent d’accélérer balle au pied. Milner et Nasri suivent les mouvements de leurs milieux axiaux. Devant cette première ligne, Tevez décroche pour défendre face à la ligne Mikel-Ramires, laissant Aguero seul en pointe. Chelsea penchant à droite pour construire le jeu (autour de Hazard et Mata), des espaces se créent côté opposé. Oscar se retrouve en bonne position à plusieurs reprises mais ne parvient pas à prendre le dessus sur Zabaleta ou à lancer Bertrand dans le couloir. Les centres sont en profondeur et sont facilement renvoyés par la défense des Citizens.

A défaut d’inquiéter Pantilimon, les Blues profitent de leurs passages dans le camp de City pour mieux résister à la relance adverse. Ramires et Mikel sortent dans l’axe pour prêter main forte à Mata et Ba et c’est tout le bloc londonien qui évolue plus haut pour repousser la construction adverse dans les couloirs. Là encore, la première ligne de Chelsea résiste avec les sorties d’Oscar et Hazard sur Clichy et Zabaleta. City adopte alors une approche plus directe et recherche Aguero ou Tevez, au contact ou dans le dos de la défense londonienne. La partie est plus rythmée par les duels et certains joueurs se retrouvent moins en vue en raison de cette hausse de l’intensité (Nasri et Milner en tête).

City prend l’avantage :

Disparu de la circulation pendant quelques minutes, le Français réapparaît au meilleur des moments puisqu’il est à l’origine et à la conclusion de l’action permettant à City d’ouvrir le score. Passé à droite au départ de l’action, il décroche à hauteur de la ligne médiane pour combiner avec Touré et Barry, respectivement marqués par Mata et Mikel. Le trois contre trois tourne en faveur des Skyblues et Touré peut alors partir à l’assaut des buts de Cech, s’engouffrant dans l’espace ouvert par la sortie au pressing de Mikel.

Nasri décroche et crée une situation de trois contre trois avec Touré et Barry face à Mata, Mikel et Oscar. Dans le même temps, Zabaleta monte dans le couloir pour occuper et faire reculer Bertrand. Servi face au jeu, Touré dépose tout le monde et s'engouffre dans l'espace entre le latéral gauche adverse et Ramires, aux abords du rond central.

A défaut de conclure son temps fort du début de partie, City concrétise donc sa supériorité avant la pause. Au retour des vestiaires, les Skyblues reviennent dans les mêmes dispositions qu’au coup d’envoi et remettent une grosse pression sur la défense adverse. Ils n’ont besoin que de deux minutes pour faire le break par Aguero, sur passe décisive de Barry qui profite du positionnement avancé de Zabaleta et Milner pour ajuster un centre parfait depuis le côté droit. La finition d’Aguero est au moins aussi réussie et les Blues s’offrent un break bienvenu.

La va-tout de Benitez :

Il faut attendre une vingtaine de minutes pour voir la rencontre changer de physionomie avec l’entrée en jeu de Fernando Torres. Rafa Benitez joue le tout pour le tout en faisant sortir Mikel pour mettre l’Espagnol sur le terrain. Dans la foulée de son entrée en jeu, Torres se positionne en pointe pour aller mettre une pression supplémentaire sur la défense adverse, déjà occupée par Ba. Sur un long ballon, le deux contre deux tourne en faveur des Blues : Ba récupère le ballon dans la surface et réduit la marque.

Derrière, Chelsea doit quand même se réorganiser tactiquement pour finir la partie. Oscar redescend aux côtés de Ramires et laisse Torres occuper l’aile gauche lorsque Chelsea doit défendre. Plus solide qu’Oscar dans le jeu dos au but, il offre aux Blues un relais efficace pour ressortir les ballons de son camp en résistant au pressing de Zabaleta sur son côté. Alors que Mata et Hazard mène le jeu dans le camp adverse, il quitte ensuite son aile gauche pour aller épauler Ba dans l’axe. Chelsea se crée deux occasions en deux minutes (Mata, 70e – Ba, 71e), ce qui oblige Roberto Mancini à densifier son milieu de terrain : Tevez cède sa place à Javi Garcia. Touré monte d’un cran pour soutenir Aguero. Malgré les approches londoniennes, City résiste et Mancini assure le coup dans le money-time en faisant entrer en jeu Lescott pour faire face au kick’n rush final.

Conclusion :

Auteur de deux très belles entames de mi-temps, Manchester City décroche logiquement sa qualification. Les deux buts ont symbolisé la bonne qualité de jeu des Skyblues dimanche après-midi, portée notamment par l’excellent rendement de la paire Tevez-Aguero aux avants-postes. Condamné à subir lorsque son adversaire décidait d’accélérer, Chelsea n’a inquiété la défense adverse qu’à partir du moment où l’équilibre du bloc était secondaire par rapport au besoin de revenir au score. Il a fallu des Skyblues très peu inspirés en contre-attaque pour éviter aux Londoniens d’encaisser une défaite plus large.

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. Nimbus dit :

    Merci pour cette analyse très complète!
    Ce qui m’a étonné en début de partie, ce sont les longues balles systématiques des Blues vers l’avant, inutilisables pour Mata et laissant donc chaque fois Demba Ba se débrouiller face à la solide charnière mancunienne. Résultat : les sky Blues récupéraient sans problème et relançaient l’attaque.
    Je n’ai pas compris pourquoi les Blues ne cherchaient pas à ralentir le jeu lorsqu’ils récupéraient pendant les temps forts de leurs adversaires. Pourquoi leurs lignes restent-elles si éloignées? Peur des défenseurs centraux de remonter le terrain pour coller à leurs demis?

  2. Je découvre ce site, et je trouve tes analyses très réussies, bravo.
    Je te garde en favoris !

  3. massi dit :

    comment tu faire pour analyser les matches ???

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *