Chelsea 1-0 Barcelone, l’analyse tactique

« Si c’était la possession du ballon qui comptait, on gagnerait tous les matches. Mais l’objectif, c’est de mettre des buts… » Encore une fois, Pep Guardiola a tout compris après une demi-finale où Barcelone a cruellement pêché à la finition. Face à eux, les Blues ont été récompensés de leur énorme solidarité défensive par un but de Drogba en fin de première mi-temps. Ils iront à Barcelone en tant que virtuels qualifiés.

Les compositions :

Pas grand chose à signaler concernant le onze de départ des Blues. Roberto Di Matteo doit juste composer avec le forfait de David Luiz, blessé. Cahill profite de cette absence pour se retrouver aux côtés de Terry. Devant, Drogba est préféré à Torres et va passer sa soirée en compagnie des défenseurs catalans : Cech (1) – Ivanovic (2), Cahill (24), Terry (26), Cole (3) – Mikel (12), Meireles (16), Lampard (8), Ramires (7), Mata (10) – Drogba (11).

Du côté de Barcelone, Pep Guardiola doit aussi composer avec des absences en défense. Outre celle de longue date de Abidal, Piqué a dû lui aussi déclarer forfait. Puyol est du coup appelé à former la charnière centrale avec Mascherano. Adriano se retrouve à gauche. Devant, c’est du classique : Valdes (1) – Alves (2), Puyol (5), Mascherano (14), Adriano (21) – Busquets (16), Xavi (6), Iniesta (8), Sanchez (9) – Fabregas (4), Messi (10).

Chelsea et sa ligne de cinq :

Au coup d’envoi, le public de Stamford Bridge découvre un Barça organisé en 4-4-2. Devant les quatre défenseurs, Xavi et Busquets jouent les plaques tournantes, comme d’habitude. Sur les côtés, Iniesta (à gauche) et Sanchez (à droite) offrent des appuis afin d’étirer le milieu de Chelsea. Une fois atteints, les deux hommes voient ensuite Messi (côté Sanchez) et Fabregas (côté Iniesta) venir à eux pour combiner entre les deux lignes londoniennes. Ils sont ensuite rejoints par les latéraux, avec lesquels ils peuvent former des triangles pour progresser dans le camp adverse. Dans l’axe, Xavi suit lui aussi les actions. Busquets, Mascherano et Puyol restent en couverture.

Mais ce premier système de jeu ne fonctionne pas très longtemps car en face, les Blues opposent un 4-5-1 parfaitement en place dans leur moitié de terrain. Plutôt que de proposer un 4-1-4-1 (comme a pu le faire le Real par exemple, qui utilisait le défensif placé entre les lignes pour suivre les déplacements de Messi), Di Matteo compte sur son premier rideau de cinq joueurs -et surtout sur ses trois milieux axiaux- pour rendre plus compliquées les passes vers l’avant de Xavi et Busquets, celles qui sont capables d’éliminer en un dixième de seconde près de la moitié du bloc-équipe adverse. A trois (Mikel, Lampard, Meireles) contre deux (Xavi, Busquets), le milieu des Blues oblige son homologue espagnol à passer par les côtés, pour se retrouver dans des zones où il est plus facile à enfermer.

Comme toujours dans ces cas-là, la clé qui doit débloquer la rencontre est d’abord détenu par Messi. Face à un 4-1-4-1, il suffit à l’Argentin de décrocher à hauteur de ses milieux de terrain pour créer le surnombre (trois contre deux dans l’axe), vu qu’il arrive le plus souvent avant son garde du corps (la sentinelle, placée entre les lignes). Mais avec trois milieux alignés entre lui et ses milieux, lorsqu’il décroche, Messi se retrouve immédiatement pris par le milieu restant. Une situation nouvelle qui a le don de ne pas obliger Terry ou Cahill à sortir pour suivre Messi partout sur le terrain, comme avait pu le faire Ricardo Carvalho avec le Real ou, plus récemment, Victor Ruiz avec Valence.

Sur les côtés, le marquage reste le même avec des deux contre deux classiques : Ramires est placé côté gauche pour contenir Alves, Cole est au duel avec Sanchez ; à droite, Ivanovic et Mata se retrouvent face à Adriano et Iniesta. Le héros de la demi-finale de 2009 est d’ailleurs le premier à faire une différence dans ce match. A l’inverse du Real mardi, qui avait décidé de faire des individuelles sur Ribéry et Robben, Chelsea souhaite conserver sa ligne de quatre joueurs derrière. Par conséquent, Ivanovic ne suit pas Iniesta lorsque celui-ci dézone pour apporter une solution supplémentaire dans l’axe. Et sur l’un de ses premiers déplacements à l’intérieur, il envoie Sanchez au but pour la première occasion de la partie (le Chilien trouve la barre, 9ème). Les minutes passent et les Catalans multiplient les tentatives pour déstabiliser le milieu des Blues. Iniesta rentre à l’intérieur, Messi et Fabregas décrochent en même temps, laissant à Sanchez le soin de rester devant. Tout cela dans un seul but : arriver lancé sur la défense des Blues, car dans le cas contraire, ils sont obligés de passer par les côtés et se retrouvent dominés par la présence dans les airs de Terry et Cahill.

Mais Chelsea continue de résister dans l’entrejeu. En fin de première mi-temps, Drogba participe lui aussi à l’effort défensif au milieu de terrain (jusque-là, il ne faisait que se replier une fois Chelsea acculé dans ses 30 mètres) : l’Ivoirien comble les brèches laissées par ses partenaires, partis marquer les Catalans qui dézonent pour densifier l’entrejeu (Fabregas et/ou Iniesta). En plus de défendre avec les autres, Drogba est évidemment la cible privilégiée des Blues, qui l’envoient au combat sitôt qu’ils récupèrent le ballon, afin d’éviter le pressing habituel adverse. Ramires et Mata sont ses premiers soutiens. Peu avant la mi-temps, Lampard lance le Brésilien sur l’aile gauche après avoir récupéré un ballon dans les pieds de Messi (toujours ce marquage serré grâce aux trois joueurs dans la même zone). La défense de Barcelone est battue et Drogba reprend l’offrande de Ramires au second poteau (45ème). Le hold-up parfait, mais il y a encore une mi-temps à tenir.

Solidarité en progrès :

La deuxième mi-temps voit le Barça revenir sans bouleverser sa configuration d’origine. Seule différence notable, Iniesta quitte désormais beaucoup plus souvent son aile gauche et remplace Messi en tant que troisième homme, aux côtés de Xavi et Busquets. Adriano compense en montant sur l’aile gauche pour occuper Mata. Tantôt entre les lignes, tantôt aux côtés de leurs trois rampes de lancement, Messi et Fabregas multiplient les mouvements à l’intérieur du jeu. Seul le côté droit reste équilibré avec la présence de Sanchez et Alves. Devant sa défense, Chelsea se met alors à défendre sur deux lignes (de deux ou trois joueurs chacune selon les situations). Drogba se joint alors au travail défensif pour grossir le premier rideau. Sauf exploit individuel ou coups de pied arrêtés, Chelsea ne sortira plus de sa moitié de terrain.

Barcelone lance ses dernières forces dans la bataille mais Chelsea résiste en se recroquevillant dans ses 40 mètres. Xavi, Busquets ou Iniesta réussissent désormais à lancer des actions depuis le milieu de terrain mais les espaces sont tellement resserrés dans les 25 derniers mètres que Messi ou Fabregas ne parviennent pas à se lancer ou à combiner avec les partenaires venus à leur hauteur. Excepté une énorme occasion pour Sanchez, le Barça voit la majorité de ses tirs contrés par des défenseurs londoniens très solides dans leur surface. En faisant entrer Pedro puis Cuenca, Guardiola renforce sa présence sur les extérieurs pour mieux utiliser la largeur : sans succès, ce changement tactique est peut-être intervenu trop tard (87ème pour le passage à deux véritables ailiers avec l’entrée de Cuenca). Les seuls centres qui sont arrivés dans la surface des Blues ont été réalisés sans créer le décalage au préalable ce qui ne les a pas rendus très dangereux pour la charnière Terry-Cahill.

Conclusion :

Après quelques frayeurs (arrêts de Cech, tir de Pedro sur le poteau, raté de Busquets dans la foulée), les Blues tiennent finalement leur exploit. Grâce à la maladresse de leurs adversaires certes, mais aussi grâce à leur plan de jeu initial qui a limité l’influence de Messi sur la rencontre et leur a permis de réaliser une première mi-temps quasi-parfaite pour eux. Derrière, ils ont su montrer une solidarité et une abnégation sans faille pour résister. S’il est difficile de les imaginer réaliser un deuxième exploit au Nou Camp dans une semaine, Drogba, Lampard et les autres préservent le suspense après 90 minutes de jeu face au Barça. Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde…

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6 réponses

  1. xaviesta68 dit :

    Di Matteo s’est tout simplement inspiré du match inter-barça en demi finale retour de 2010.
    et le barça prouve encore une fois qu’il a besoin d’un buteur classique comme tête de lance, capable de concrétiser les occasions de buts réaliser durant ce match, et tout les autres matchs de ce genre.
    avant, ce fut le rôle jouer par etoo. peu être que la saison prochaine van persie sera le ramplacer « si on croit les rumeurs de la presse sur son prochain départ vers Barcelone ».

  2. Ludo dit :

    Excellent. J’aime beaucoup la référence à Cheminade. Sinon cela va t-il donner des idées à Mourinho pour Samedi ?

  3. Belle analyse, et des schémas très simples, Chelsea reste solide malgrè les soucis d’entraîneur qu’ils connaissent !

  4. Jack-Mess dit :

    Très belle analyse. Je pense qu’il serait aussi intéressant de voir ce que tu aurais fait à la place de Guardiola Florent.

    Personnellement je pense qu’il s’est trompé hier. Non pas sur la compo qui était la (sinon l’une des) meilleure(s) (j’aurai préféré que Fàbregas soit remplaçant mais bon) mais plutôt dans sa réaction face au problème posé par Chelsea. En première période, on a clairement vu dès les premières minutes quel était le plan de Chelsea : défendre bas, en nombre dans l’axe et sans se jeter sur le porteur. Toutefois, nous avons par deux fois (3 si on compte avec l’occasion de Sanchez sur la barre) réussit à prendre leur défense de vitesse en jouant dans la profondeur. Les deux fois, Xavi lançait Fàbregas en profondeur par dessus les centraux de Chelsea parce que nous n’étions pas encore entré dans leur moitié de terrain et donc que le 4-5-1 n’était pas en place.

    Dès lors, je pense que Guardiola aurait dû demander aux joueurs d’arriver moins vite dans la moitié de terrain londonienne et les aspirer dans notre moitié de terrain pour ensuite lancer Sanchez (plus vif et rapide que Cesc) en profondeur. Reculer pour mieux attaquer.

    En dehors de ça, je trouve que son idée de faire rentrer Pedro pour Alexis plutôt mauvaise dans le sens où 10 minute plus tard, il sort l’ancien Gunner pour un autre milieu de terrain. Il aurait fallu sortir Cesc pour Pedro et replacer Iniesta dans l’axe avant de faire entrer Thiago (avec comme projet de laisser le côté droit à Alves et de rajouter de l’animation et du mouvement au milieu) ou Cuenca (pour élargir le jeu).

  5. Dans mes notes, il y avait en effet les tentatives de profondeur de Xavi à Fabregas. Néanmoins, je pense que c’est arrivé à des moments où Chelsea était sorti parce qu’ils venaient de tenir le ballon dans le camp adverse le temps de quelques secondes. Quand le Barça tenait le ballon, les Blues se repliaient vraiment dans leur camp pour attendre.

    Personnellement, je pense qu’il n’a manqué à Barcelone que plus de relais dans les 30 derniers mètres pour faire la différence en fin de partie. Comprendre quand Iniesta est revenu bosser dans l’axe, il y avait Messi et Fabregas au coeur du bloc londonien et le seul Sanchez à droite. Mettre un offensif pour occuper le flanc gauche n’aurait pas été de trop.

    C’est pour cela que je pense qu’il démarrera le retour peut-être sans Fabregas et avec deux véritables ailiers qui vont rester et tenter de se faire oublier sur les ailes. A la construction, on aura de nouveau le trio Xavi, Busquets, Iniesta avec les décrochages de Messi.

  6. aziz dit :

    Le Barça a perdu car il n’a plus de fraicheur physique. Le mano à a mano avec le Réal dans le championnat les a épuisé. C’est injuste mais quand on court plusieurs lièvres à la fois on risque de n’attraper aucun.Ce samedi, le Barça et le Réal vont s’entretuer pour la plus grande gloire de Chelsea et le Bayern.
    Trop triste mais la vie continue…

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