Il était déjà seul dans la liste des 30 de lundi dernier ; il l’est tout autant dans celle des 24… Et le sera, normalement, aussi dans la liste des 23. Le Bordelais (pour combien de temps encore d’ailleurs ?) Yoann Gourcuff est aujourd’hui le seul membre du groupe de Raymond Domenech à pouvoir endosser l’étiquette du meneur de jeu. Au vu de ses dernières performances sous le maillot girondin et de sa forme physique actuelle, le sélectionneur risque d’être forcé de le préserver. En le faisant reculer ?
Touché aux ischios-jambiers récemment et soupçonné de s’être brouillé avec Laurent Blanc pendant les dernières semaines, Yoann Gourcuff n’a certainement pas rejoint Tignes dans les meilleures conditions (en plus d’avoir rallié la station en voiture avec ses coéquipiers bordelais quand Malouda arrivait en hélico mais ça, c’est une autre histoire). Qui plus est, le meneur bordelais rejoint un groupe dans lequel il ne serait pas forcément en odeur de sainteté, notamment auprès de ses cadres. Sans rentrer dans ce genre d’hypothèses, ni les discuter car on ne sait pas vraiment ce qu’il se passe, tenons-nous en à deux constats : cette saison, Gourcuff n’a jamais été convaincant sous le maillot bleu ; et les Bleus n’ont jamais été convaincants.
Alors faut-il y voir une relation de cause à effet ? Par nature, l’excellent meneur de jeu est intéressant car il est capable d’améliorer le rendement de ses coéquipiers. L’organisateur lambda, lui, va rendre l’équipe meilleure si celle-ci a déjà des fondations, des combinaisons ou des préceptes de jeu intéressants. Si on considère Gourcuff comme un meneur, et c’est mon cas, il faut déterminer dans quelle catégorie il peut rentrer. Le souci, c’est qu’à Bordeaux, il n’a que très rarement joué les organisateurs. Lorsque Blanc a installé son 4-5-1, c’est Fernando qui assurait la relance et la circulation du ballon, Gourcuff étant plus attiré par Chamakh et par le but que par ses partenaires. Le Brésilien out, pas étonnant que Bordeaux ait commencé à déjouer (mais on s’éloigne du sujet).
Ce qui nous intéresse ici, c’est le rendement de Gourcuff en équipe de France : proche du néant face à l’Espagne, malgré un vrai travail défensif ; pas beaucoup mieux lors de la deuxième moitié de l’année 2009. Rappelez-vous la définition du meneur lambda : il n’apporte sa valeur ajoutée à l’équipe que lorsque celle-ci tourne déjà un minimum. Aujourd’hui, Yoann Gourcuff rentre dans cette catégorie. Faute d’expérience prolongée dans ce rôle à Bordeaux, il doit encore apprendre, notamment au niveau de la gestion du ballon, qu’il a tendance à trop conserver. Dans une équipe de France qui se cherche toujours une identité en phase offensive, le jeune animateur qu’est Gourcuff est aujourd’hui inutile ou presque. Difficile de contredire cela sur ses derniers matchs en bleu.
Pourquoi ? Déjà parce qu’il ne joue pas à sa place : je l’ai dit, répété, martelé sur ce blog. Le 10 est un impact-player ou un attaquant, le 6 est un pur récupérateur et le 8 est un meneur. Au niveau international, Yoann Gourcuff n’a strictement rien de l’impact-player. Les blocs défensifs sont autrement plus denses qu’en Ligue 1 et personne de son gabarit, si ce n’est Kaka, ne peut s’en sortir en soutien d’un ou de deux attaquants. Par ailleurs, les Bleus ont déjà assez de dribbleurs et d’attaquants avec les profils de Ribéry, Valbuena, Henry, Anelka, Cissé etc… Pourquoi diable s’entêter à pousser Gourcuff dans cette rotation là alors que Domenech manque d’un relanceur derrière ? Lassana Diarra a bien dépanné pendant quelques temps mais là, fini de rire.
Faire reculer Gourcuff, ou au moins tester cette solution pendant la préparation, aurait plusieurs avantages pour Raymond Domenech et son groupe. D’abord éclaircir les rôles du quatuor de devant et, en bonus, éloigner le Breton des influences de Henry et Anelka, les cadres qui ne l’apprécieraient pas. Ensuite, soulager ce même Breton du marquage adverse en le plaçant devant la plupart des blocs que les Bleus affronteront (et pas entre les deux lignes). Comme évoqué en préambule, Gourcuff est le seul joueur à avoir ce profil d’organisateur capable de rendre meilleurs ses partenaires. Domenech avait bien la solution Nasri en magasin mais il a décidé de se passer des services du Gunner pour des raisons qui ne nous intéressent pas ici..
Peut-être que le sélectionneur estime aussi qu’il n’a pas besoin de doubler ce poste… Et qu’il ne considérerait donc plus Gourcuff comme un titulaire à part entière. Se passer du fils de est en effet possible. Imaginez un 4-4-2 avec une association Diarra ou Toulalan / Diaby dans l’axe avec des milieux endurants et travailleurs (Malouda, Govou) sur les côtés. Si les automatismes se créent rapidement entre les joueurs de couloir et les attaquants, le collectif peut prendre et se passer d’un meneur de jeu qui peine aujourd’hui à franchir le palier international. Et ce qui aurait pu surprendre tout le monde après l’année 2009 de l’intéressé n’étonnera plus personne à moins d’un mois de la Coupe du Monde. Comme quoi, les choses vont vite. Très vite.




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Même lorsqu’il était au sommet de sa forme à Bordeaux, j’avais souligné le fait qu’il n’évoluait pas forcément comme un meneur de jeu à Bordeaux. Le meneur est censé fluidifier le jeu à la construction, à Bordeaux, c’était plus un mec comme Fernando qui s’en chargeait. Gourcuff comme tu le dis, était plus attiré par le but ; sa relation privilégiée avec Chamakh en était la preuve. J’entends parfaitement ta définition du 10 meneur, le hic c’est que pour moi ce poste est révolu dans le football moderne.
J’imagine plus le 8 meneur et le 10 impact player si tu préfères. Gourcuff, au plus haut de sa forme, a su allier les deux avec Bordeaux en L1. Mais au niveau européen déjà, lors de la bonne campagne des Bordelais, c’est clairement Fernando qui officiait au milieu et Yoann qui jouait le rôle de deuxième attaquant avec Chamakh. Bref, à Bordeaux, je le vois plus comme s’en sortant dans cette position avancée grâce à ses qualités techniques au-dessus de la moyenne de la L1.
Pour ce qui est de l’équipe de France, le contexte est de toute façon complètement différent. Les trois de devant lui marchent sur les pieds quand il joue 10 et les deux de derrière peinent à remonter les ballons. A partir de là, pourquoi le laisser aussi haut s’il y est inutile. Le faire reculer le libèrera de la pression, et de toute façon en mouvement, il pourra toujours venir s’intercaler entre les deux lignes. Qui plus est, il aura encore plus de chance de se retrouver face au jeu dans cette configuration.
Par ailleurs, je te renvoie à cet ancien article sur le sujet : http://www.e-foot.eu/after-16-novembre-partie-1-1109/. J’évoque à la fin un trident Gourcuff/Diaby devant une sentinelle. Quelle ne fut pas ma surprise aujourd’hui de découvrir que c’était le schéma actuellement testé par le sélectionneur :PReply – Quote
Je suis pas du tout convaincu.A Bordeaux le jeu offensif est mené par Gourcuff et il décroche fréquement pour des jeu en remise, Fernando est un relayeur qui d’ailleurs pour moi ne fluidifie pas grand chose, et qui ne construit pas de l’offensif.Tu vois très souvent Gourcuff mettre Trémoulinas/ Chalmé sur orbite et venir donné le tempo au 20 m avec des jeu en remise et des décalages.L’attirance vers le but en plus.
Je pense que l’on trouve ce poste désuet car peu de joueur corresponde à ce profil.
De plus j’ai nettement l’impression dans tes dires que si la triplette de devant ne fonctionne pas, cela est en partie du à son positionnement.Pourtant cela fait 3 matchs seulement que cette mésentente est vraiment flagrante.L’entente Ribéry Anelka l’est tout autant.D’ailleurs on a pas du tout brillé lors de ses absences avec d’autre dispositif, avec notamment des 4-4-2 complètement désorganisé. J’avais lu ton article tu étais un des 1ers à lancer cette idée.Le 4-3-3 me plait surtout dans le fait que Diaby soit au milieu et pas à la hauteur de Toulalan, mais je pense que ce dispositif s’hybridera et que Gourcuff sera aimanté à hauteur d’un 10 axial de 4 2 3 1 ou qu’alors il va se cramer sur la défensive vu les faux ailiers.Et comme de toute façon si on a pas d’ailier de débordement on est mort.Il faut être clair, Anelka n’est pas un joueur de pointe ni un ailier, Henry n’est pas un ailier, on peut descendre Gourcuff ça ne changera rien pour moi, mais essayons car vous êtes nombreux à penser cela et donc j’ai de grande chances de me tromper…Reply – Quote
Twitter: flotoniutti
« Je pense que l’on trouve ce poste désuet car peu de joueur corresponde à ce profil. »
C’est justement là où l’on n’est pas d’accord. Le meneur en position avancée, je trouve ce poste dépassé en effet, de part l’absence de mecs capables d’assurer à ce niveau et le resserrage des blocs derrière. Aujourd’hui, l’ancien 10 est un 8 ; qui se transforme en numéro 10 lorsque le jeu est en mouvement. Je te donne deux exemples, qui fonctionnent dans un 4-3-3 : Xavi à Barcelone n’est jamais aussi dangereux que lorsqu’il lance l’action au milieu, la suit, et vient offrir la dernière passe dans les 30 derniers mètres. Idem pour Lucho à l’OM. Gourcuff, c’est là qu’il fera carrière et qu’il offrira ces meilleurs matchs vu ce qu’il a démontré sur ces deux années.Reply – Quote
Xavi est un métronome hors pair, mais il n’a en rien les qualités d’ un véritable 10.Lucho s’en rapprocherai plus mais la différence entre les 3 hommes est la capacité et la technicité d’un Gourcuff à pouvoir croquer aux abords de la surface, et à pouvoir être décisif en solo, que n’ont pas les deux autres (surtout pas Xavi)
Pour en revenir à l’EDF, Xavi que ce soit en Roja ou au Barça dispose bien entendu du dispositif que tu affectionne, 8 + impact player, mais également d’une pointe avancé de tueur comme Etoo/Ibra au Barça ou Villa/Torres en Roja.En EDF soyons clair et je pense que c’est pas discutable, il n’y a aucune pointe de cette qualité dans le team français, et l’impact player Ribéry manque pour moi d’une qualité de finition de standing, très loin très loin d’un Messi, d’un C.Ronaldo, d’un Robben, d’un Silva …Alors pourquoi reculer un mec comme Gourcuff qui peut apporter une cartouche offensive non négligeable ? juste parce qu’il est sois disant pas en forme? C’est avant tout psychologique et avec la préparation il va arriver comme une bombe !
D’ailleurs je viens de lire un article sur goal.com international qui disait que Capello teste bien Gerrard (oui Gerrard) derrière Rooney dans un 4-5-1 : https://www.goal.com/en/news/article?contentId=1937758
Sneijder ou Van der Vaart joue aussi ce rôle chez les Oranje.Et c’est bien un poste de véritable 10.
Alors je ne pense pas que ce poste soit révolu, Gourcuff est encore jeune mais il doit faire ses dents dès cette coupe du monde.C’est un peu comme mettre Toulalan et Abidal en def centrale, ça je comprends encore moins…Reply – Quote
Twitter: flotoniutti
Gerrard, c’est comme Gourcuff avec Bordeaux, comme Lampard avec Chelsea à une époque : les mecs jouent 10 pour leur capacité à finir l’action. Comme tu le dis, à ne pas croquer, à être décisif en solo. A l’arrivée, on est pas en désaccord je crois. Tu ne les mets pas en 10 pour leur capacité à organiser le jeu ; ils jouent devant car ils sont au-dessus du lot et peuvent être décisif. Le problème, c’est qu’en équipe de France, on a déjà trop de mecs devant. Et on a personne pour remonter le ballon depuis derrière. En plus du fait que je ne considère pas Gourcuff comme ayant le niveau requis pour ce poste à l’international, le fait de n’avoir aucun organisateur dans une position plus reculée me pousse volontiers à le faire jouer 10.
Si Gerrard joue derrière Rooney, c’est aussi parce que Capello a le luxe d’avoir Lampard comme rampe de lancement aux côtés de Barry derrière lui. Les Pays-Bas, en plus d’avoir une philosophie de jeu qui fait qu’ils passent beaucoup par les côtés ont un mec comme Van Bommel capable de jouer vers l’avant. Ici, quand je dis jouer vers l’avant, je ne parle pas de projection, dribbles comme pourrait le faire Diaby. A cet endroit-là du terrain, c’est beaucoup trop dangereux. Je parle d’avancer par une passe, une ouverture. D’où le caractère indispensable d’un mec comme Gourcuff, qui est le seul à avoir ce profil dans les 23 qui restent.
Pour Toulalan et Abidal, même si on va éviter le HS. Le premier, je ne comprends pas non plus. Le second a été formé à ce poste. Après, on est décimé dans ce secteur aussi…Reply – Quote
Oui je pense que nos visions du 10 et du 8 ont beaucoup de points communs, c’est juste une différence d’approche tactique, mais également de compétence de joueur car oui je met un 10 dans sa capacité à organisé du jeu offensif (quand on en a un vrai).Xavi, Gerrard,Pirlo (un des meilleurs créateurs de jeu, une légende pour moi) sont des meneurs de jeu qui joue bas, avec une grosse partie de ratissage défensif aussi.Flamini a un peu ce type de profil (toute proportion gardé).Mais c’est un style de jeu différent, Xavi par exemple joue beaucoup plus long.Il va construire une action, offrir de la disponibilité bas, puis porter le bébé.Mais il est rarement dans la zone de vérité pour finir(même si ca arrive), il joue souvent long car il est loin.Pirlo pareil.Maintenant comme tu le disais très justement, il faut les cartouches offensives, en roja quand tu as du silva/iniesta même navas sur les cotés avec un choix de pointe comme Villa/Torrès cela fonctionne idéalement bien.Il n’y a pas de joueur de ce calibre en EDF en pointe, ni même sur les ailes alors que pour moi on a un vrai meneur en 10 (et pas un 9et demi).
Gourcuff pour moi n’est pas ce genre de meneur bas, mais un meneur haut, qui vient décrocher (flagrant à Bordeaux sur tous les matchs), qui offre de la disponibilité aux 25 -20m, des ouvertures, de la percussion parfois, et la passe qui fait mal, avec cet potentialité de finir l’action et de rayonner car il est très complet.Il me fait beaucoup pensé à Zidane en ce sens.
Là où je te rejoins pas c’est sur ça : « Le problème, c’est qu’en équipe de France, on a déjà trop de mecs devant ». Pour moi devant à part Ribéry et Malouda on a plus grand chose, et même je considère plus malouda comme ailier polyvalent qu’un attaquant de couloir.Voila pourquoi je préfère faire jouer Gourcuff haut, et profiter de son attirance naturel vers le but.Quitte à le faire descendre d’un cran je préferais le 4-4-2 en losange avec ribéry en 9 et demi (faux 10).Gourcuff serait un peu plus bas. Ribéry tournerait autour du meneur mais j’ai lu que tu n’es pas fan.Je pense que je vais écrire un article sur ça.Reply – Quote
Twitter: flotoniutti
Ben c’est le 4-3-2-1 avec ZZ et Djorkaeff ça. C’est pas dégueulasse hein ^^ Tant que Gourcuff ne se retrouve pas potentiellement seul entre deux lignes, ça me va. Avec Ribéry, ça me va.Reply – Quote