L’Italie prise Aztec : prévenez Domenech

Malgré le petit succès de Portugal-Cameroun (voir l’article), j’ai décidé de ne pas me débiner et de continuer à vous proposer des analyses plus ou moins approfondies de quelques-unes des 32 équipes qui se battront pour la Coupe du Monde à partir de vendredi prochain. Ce jeudi, l’Italie affrontait le Mexique en match amical : une belle affiche qui a très vite tourné en faveur des Mexicains. Tellement que j’ai décidé de ne m’occuper que du futur adversaire des Bleus. L’Italie en mode préparation n’a de toute façon rien à voir avec celle en compétition. Enfin, je l’espère pour eux…

Préambule : Capello avait prévenu

Il y a plusieurs semaines maintenant, Javier Aguirre en avait étonné plus d’un lorsqu’il avait présenté le programme de la préparation mexicaine en vue de la Coupe du Monde. Avec 12 matchs amicaux disputés depuis le mois de janvier, c’est un véritable marathon qu’il a proposé à ses joueurs.Les 23 rescapés l’ont terminé en disputant huit matchs en moins d’un mois. Avant leur dernier match face à l’Italie, les Mexicains s’étaient inclinés face à l’Angleterre et les Pays-Bas à 48 heures d’intervalle. Si peu d’enseignements ont pu être tirés de la rencontre face aux Oranjes, ils sont sortis de Wembley en ayant fait très forte impression à Fabio Capello.

« Ils touchent beaucoup le ballon, mettent énormément de mouvement. Au milieu, aucune équipe ne nous a autant fait souffrir pendant les qualifications », reconnaît Fabio Capello. Pour le sélectionneur de l’Angleterre, « le pressing est primordial » contre le Mexique. Il faut absolument réduire au silence le capitaine Gerardo Torrado, passage obligé du jeu d' »El Tri ». (extrait du site de la FIFA)

Au coup d’envoi : le 4-3-3 classique

La présentation du onze mexicain ne surprend personne. C’est le 4-3-3 annoncé par tous les médias ; et ça fait un point commun avec l’équipe de France. Au cours des premières minutes, l’agressivité au milieu de terrain de la Tri fait très rapidement pencher la possession de balle en sa faveur. Le 4-2-3-1 italien fait la part belle aux remontées de balle par les côtés et ça les Mexicains le savent. Torrado et Juarez s’opposent à De Rossi et Pirlo pour couper la relation avec les deux offensifs axiaux (Marchisio et Gilardino).

Ne reste alors que les côtés et les remontées de balle assurées par les latéraux. Là, c’est tout le bloc mexicain qui se met au travail pour enfermer les Italiens dans des petits périmètres. Les ailiers ralentissent les latéraux, les trois du milieu coulissent et la défense suit. Le but ici est évidemment d’empêcher une passe dans l’axe voire une renversement de jeu qui mettrait à mal tout le bloc. Mis à part sur de trop rares combinaisons en une touche réussies côté italien, la recette fonctionne et voilà le Mexique maître de la balle à 40 mètres de ses propres buts.

Avec le ballon : TRANS-FORMATION !

Avis à un certain Raymond D. actuellement sur l’île de la Réunion : les lignes qui suivent pourraient t’inspirer. Une fois le ballon récupéré, les Mexicains changent complètement de configuration. Du 4-3-3 à la mode du moment, ils passent à un 3-2-4-1 qui fait extrêmement mal à l’adversaire. Pour expliquer simplement les déplacements : Marquez redescend à hauteur de sa défense centrale. Les latéraux montent eux à hauteur des deux ailiers qui repiquent dans l’axe. Du coup, ça ressemble à ça.

Dans l’animation, les mouvements sont extrêmement simples. Les trois de derrière ont le ballon et le font tourner jusqu’à ce qu’un coéquipier à l’avant se démarque. Ca peut être Marquez qui alerte un des deux latéraux ou Osorio qui sert Torrado ou Juarez au sol. Quelque soit le joueur servi, il élimine obligatoirement la première ligne défensive adverse (soit quatre joueurs). Derrière, les Mexicains se retrouvent dans une situation qu’ils adorent : de l’égalité, voire de la supériorité numérique, dans des espaces réduits. Un régal pour eux et pour nos yeux.

Cette animation-là, Domenech en rêve certainement vu ce qu’il demande à Evra et Sagna sur nos phases de préparation. Les deux pensionnaires de Premier League se retrouvent très souvent en position d’ailier, les ailiers repiquant dans l’axe, lorsque le ballon tourne entre les trois défensifs. Malheureusement pour les Bleus, aucun des trois de derrière n’a les qualités techniques de Marquez ou Osorio. Résultat, alors que le surnombre pourrait être fait dès la première passe comme chez les Aztecs, c’est à un milieu relayeur (Gourcuff/Malouda) de redescendre pour assurer la relance.

Ballon perdu : Repli !

La condition indispensable pour développer une telle organisation est d’avoir trois défensifs qui savent jouer au ballon. La première ligne adverse doit absolument être franchie sous peine de se retrouver très rapidement dans une situation de quatre contre trois en faveur de l’adversaire. Au mieux, l’action doit déboucher sur un arrêt de jeu, au pire sur une faute, le compromis étant un bloc qui parvient à ralentir la sortie de balle adverse. Et ça, bien évidemment, ça s’organise.

Le replacement se fait sur trois phases qui vont se développer en même temps (ou presque). La première, c’est le pressing de l’adversaire qui vient de récupérer la balle. Les latéraux-ailiers, Hernandez et Juarez, le chien fou du milieu de terrain s’y collent et gênent la relance rapide. Dans le même temps, au cas où l’adversaire ressorte par les côtés, les ailiers (Vela et Giovani) reprennent leurs couloirs pour bloquer les montées des latéraux. Derrière, Rodriguez et Osorio s’écartent, laissant à Torrado et Marquez le soin de couvrir l’axe de la défense.

Face à l’Italie, cette organisation a offert assez de temps aux latéraux mexicains pour se replacer après chaque offensive. Là aussi, le schéma peut être transposable à l’équipe de France si l’on est un tant soit peu imaginatif. Maintenant, est-ce que les plus réalistes se convaincront qu’une telle option est possible ? Difficile de le savoir. En tout les cas, la Tri de Javier Aguirre nous a prouvé une chose sur ce match : un système de jeu se met en place sur du long terme. Est-ce que les Bleus sont assez forts pour le faire en trois matchs ?

Comment contrer ?

L’Italie l’a fait par instants : en se tenant plus haut sur le terrain, le bloc opposé à la phase de construction mexicaine peut gêner la relance des trois défenseurs. Voilà une bonne nouvelle pour les Français dont le nouveau système permet d’aller récupérer des ballons plus haut que le précédent. Toutefois, attention : la patte de Marquez peut tout à fait trouver Vela, Hernandez ou Giovani dans la profondeur… Et si votre défense ne suit pas le pressing pour couvrir ses arrières, les espaces se multiplieront dans l’entrejeu (c’est ce qui est arrivé aux Italiens en deuxième période). Et le vieux Blanco a encore de bons restes pour les exploiter.

Enfin, si vous ne trouvez pas la solution, vous pourrez toujours vous en remettre au manque de réalisme des attaquants mexicains et à la faiblesse générale de l’équipe sur les coups de pied arrêtés.

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3 réponses

  1. dodochamalow dit :

    Excellent article mec. :chinois:

  2. Ardechataigne dit :

    Un point où j’aimerais revenir. Si Salcido a été très bon sur son côté gauche tant offensivement que défensivement, Paul Aguilar m’inquiète un peu. On l’a peu vu déborder et ce à cause d’Efrain Juárez, qui joue en club latéral droit, et qui à tendance à bloquer le couloir voire à le prendre lui-même. En résumé, pour contrer cette équipe, il faudra beaucoup de qualités techniques aux francais. Jouer vite et prendre le Mexique à son propre jeu, comme l’on très bien fait les hollandais, et surtout mettre la pression sur Torrado, qui a fait quelques superbes boulettes avec Cruz Azul cette année. Biaiseux le Domenech qui essaye de nous la faire à l’envers avec un 4-3-3 marketing qui ressemble plus à un 4-5-1 style catenaccio bloquage d’ailes et personne qui joue entre les lignes. Finalement, la France et le Mexique se ressemblent, le manque d’efficacité offensive les perdra. Allez si on jouait au pronostic! Pourquoi pas un soporifique 0-0.

  3. Jericho dit :

    Continue mec, super boulot!
    J’adore tes analyse…

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