Comment battre le Bayern : le plan de M’Gladbach (3-1)

Samedi, le Bayern Munich a enregistré sa première défaite de la saison en Bundesliga sur la pelouse du Borussia Mönchengladbach. Remplaçant de Lucien Favre sur le banc de touche des Fohlen, André Schubert a mis en place une équipe qui a empêché les Bavarois de développer leur jeu habituel. Analyse détaillée de son plan de jeu.

Les compos : 

Pep Guardiola n’ayant pas à changer un système qui gagne, le Bayern a commencé ce match dans son organisation habituelle en 4-1-4-1. Le technicien catalan devait toutefois faire face à plusieurs absences : Alaba, Thiago, Robben et Douglas Costa manquaient à l’appel et n’étaient pas dans le groupe. Dans l’entrejeu, Xabi Alonso était épaulé par Vidal et Javi Martinez, derrière un trio composé de Lewandowski, Muller et Coman.

Dans l’autre camp, André Schubert avait lui décidé de sacrifier son 4-4-2 pour renforcer son arrière-garde avec un troisième homme dans l’axe. M’Gladbach a débuté la partie en 3-5-2 avec Korb et Wendt sur les côtés. En couverture, Christiansen était supplée par Nordtveit et Elvedi. Dans l’entrejeu, Xhaka et Dahoud étaient rejoints par Johnson, habituellement excentré. Devant, Raffael était associé à Stindl.

M'Gladbach vs Bayern - Football tactics and formations

Contrer le Bayern selon Schubert : 1/ ne pas laisser de surnombre à l’arrière   

C’est l’un des principes de base du football de Pep Guardiola. Ses équipes s’appuient toujours sur la création d’un surnombre à l’arrière afin de relancer par des circuits courts.

Avec son 3-5-2, André Schubert a construit son équipe pour aller chercher cette relance du Bayern très haut. Lorsque Manuel Neuer était en possession du ballon, toutes les solutions qui s’offraient à lui dans son camp étaient prises. Boateng et Benatia étaient accompagnés par Stindl et Raffael. Xabi Alonso et Vidal étaient suivis dans leurs décrochages par Dahoud et Johnson. Même les latéraux, qui permettent habituellement à Neuer de ressortir côté dans cette situation où l’axe est quadrillé, se retrouvaient sous la pression de Wendt et Korb.

Bref, c’est un marquage individuel total que pratiquait M’Gladbach sur ces séquences, laissant Xhaka et les trois défenseurs en un-contre-un avec Javi Martinez, Müller, Coman et Lewandowski. Objectif évident, forcer Neuer à jouer long et compter sur la présence dans les airs de Christiansen pour prendre le dessus. Un pari réussi puisque le défenseur est sorti de ce match avec 8 duels aériens remportés dont cinq aux abords de la ligne médiane.

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Lorsque le Bayern veut repartir court de sa surface, M’Gladbach répond en empêchant la création du surnombre.

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Résultat, des un-contre-un sur tout le terrain qui forcent Manuel Neuer à dégager vers la ligne médiane.

Contrer le Bayern selon Schubert : 2/ des défenseurs au contact, un n°6 pour garder l’équilibre

Renvoyer les relances de Neuer grâce au jeu de tête de Christiansen était une chose, encore fallait-il ensuite disputer la bataille pour les deuxièmes ballons… et avoir une parade au cas où celle-ci tourne à l’avantage des Bavarois.

En l’occurrence, les Fohlen se sont appuyés sur le repli de Xhaka pour combler les espaces au sein de la défense. A la manière de Xabi Alonso au Bayern (justement !) ou Daniele De Rossi avec la Roma ou l’Italie (Euro 2012), le Suisse redescendait en défense lorsque le Bayern parvenait à ressortir un ballon au-delà de la ligne médiane. Il renforçait ainsi l’arrière-garde en attendant le repli du reste de l’équipe.

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Le Bayern vient de sortir le ballon du rond central. Xhaka redescend pour combler l’espace entre Christiansen et Nordtveit.

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En quelques secondes, M’Gladbach a reconstruit sa ligne défensive et peut mieux appréhender l’attaque bavaroise.

Ce travail de compensation de Xhaka a aussi permis aux deux stoppeurs excentrés (Elvedi et Nordtveit) de se concentrer sur les duels à disputer avec Coman et Müller. Souvent collés à la ligne de touche, les deux ailiers du Bayern ont eu moins d’espaces que d’habitude pour s’exprimer en raison du marquage très serré de leurs deux adversaires directs.

Contrer le Bayern selon Schubert : 3/ des latéraux hyperactifs pour aider les milieux

Effet domino oblige, les latéraux de M’Gladbach ont eux aussi profité de la couverture assurée par Xhaka et le travail du duo Elvedi-Nordtveit sur Coman et Müller. Cela leur a permis d’aller chercher plus haut leurs adversaires. Et au-delà de leur travail dans la moitié de terrain du Bayern, Korb et Wendt ont ainsi pu maintenir la pression sur Rafinha et Lahm dans leur propre camp.

Leur activité, couplée à celle des axiaux (Dahoud, Johnson, Stindl, Raffael), a ainsi empêché le Bayern d’installer son 2-3-5, système qui lui permet normalement de poser le jeu dans la moitié de terrain adverse (lire : Bayern Munich 5-1 Arsenal : la meilleure attaque d’Europe ? et Bayern Munich 4-0 Cologne : l’attaque placée par Pep Guardiola).

Wendt et Korb ont aussi permis de bloquer les mouvements sur les ailes partant de Rafinha ou Lahm, notamment ceux initiés par ce dernier lorsqu’il sollicite les relais de Muller ou Lewandowski. L’un d’entre eux a tout de même été à l’origine du premier tir cadré du Bayern dans ce match (Lewandowski, 18e).

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Avec Elvedi et Dahoud au contact de Coman et Javi Martinez, Korb peut sortir au pressing sur Rafinha. Il est en plus accompagné par Stindl. A noter la présence de Xhaka dans l’axe, sans adversaire direct et donc prêt à combler un espace.

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Le système de M’Gladbach face au 2-3-5 du Bayern. Xhaka est revenu en défense en réponse aux positions plus avancées de Vidal et Javi Martinez. Korb et Wendt restent eux au milieu de terrain afin de maintenir et/ou sortir sur les latéraux bavarois. Devant, Raffael et Stindl encadrent Xabi Alonso et se tiennent prêts à ressortir sur Boateng et Benatia si nécessaire.

Contrer le Bayern selon Schubert : 4/ ressortir court, puis jouer dans le dos de la défense

Bien défendre était une chose, mais M’gladbach avait aussi un plan pour prendre à défaut l’arrière-garde du Bayern. Cela passait des relances courtes à partir de Sommer afin de faire sortir les Bavarois. Pour cela, le portier suisse s’appuyait sur ses trois défenseurs et les décrochages de Xhaka qui offrait une 4ème solution dans l’axe.

Le jeu était forcément dangereux puisque l’équipe se retrouvait sous la pression adverse… Mais les possibilités qui s’offraient à elle une fois ce premier pressing effacé valaient largement la prise de risques. Avec les montées de Korb et Wendt sur les ailes, en plus des projections de Dahoud ou Johnson pour soutenir Raffael et Stindl, Gladbach cherchait à jouer rapidement dans le dos de la défense, forcément haute pour soutenir le pressing du reste de l’équipe.

En clair, pour Schubert et ses hommes, il s’agissait de faire sortir le Bayern en enchaînant quelques passes courtes, ou l’attirer ainsi dans une zone, avant d’allonger et de chercher la profondeur pour trouver les espaces.

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La première relance courte vers Xhaka fait sortir le Bayern.

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Si l’équipe parvient à enchaîner les passes sous la pression, plusieurs joueurs sont prêts à attaquer la profondeur.

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L’apport de Korb et Wendt sur les ailes est primordial pour offrir des solutions sur toute la largeur du terrain.

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Le 3e but de M’gladbach vient à la suite de plusieurs passes enchaînées dans un petit périmètre aux abords de la ligne médiane. Lancé par Korb, Johnson plonge dans le dos de Vidal et ne sera pas rattrapé.

Le Bayern, dépassé par la mobilité des Fohlen

Passés cette mise en place tactique et les rôles-clés de chacun (les trois défenseurs pour les duels, Korb et Wendt pour l’activité, Xhaka pour l’équilibre de l’ensemble), ce plan de jeu d’André Schubert a fonctionné car son équipe a été beaucoup plus mobile que le Bayern.

Jusque-là, lorsqu’il était pressé de cette manière, ce dernier s’en était toujours sorti (lire : Bayern Munich 3-0 Bayer Leverkusen, l’analyse tactique) : soit grâce à un jeu de transition efficace, soit grâce au talent de ses individualités pour remporter des duels et ainsi créer le décalage face à un marquage tout terrain. Avec Vidal et Javi Martinez dans l’entrejeu devant Xabi Alonso, les Bavarois ont manqué de mobilité dans cette zone pour prendre de vitesse le repli adverse. Dahoud, Johnson, Korb et Wendt ont quasiment toujours eu un temps d’avance dans ce secteur.

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Christiansen gagne son duel à la retombée d’un dégagement de Neuer. Sur le deuxième ballon, Dahoud et Korb sont en avance sur Javi Martinez et les milieux bavarois.

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Sur le premier but, c’est un 6 contre 6 qui tourne à l’avantage du Borussia au milieu de terrain.

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A la fin de l’action, les joueurs d’André Schubert sont même en supériorité numérique dans la surface bavaroise.

A ce niveau, les absences de Thiago et Alaba (deux gros volumes de courses) ont pesé lourd (lire : Volume de jeu : Thiago et les autres ?). Peut-être même plus que celles de Douglas Costa et Robben pour prendre le dessus dans les un-contre-un. Avec 8 dribbles, Coman a été trop seul dans ce registre… d’autant plus qu’il n’en a réussi que 2 (au total pour le Bayern : 8 dribbles réussis sur 19 tentés, contre 13/23 en moyenne).

Avec un deuxième « dribbleur » sur la pelouse, qui aurait en plus permis de libérer Muller de l’aile droite, le Bayern aurait certainement eu d’autres options pour mettre à mal la défense adverse. L’entrée de Ribéry en fin de match leur a d’ailleurs permis de sauver l’honneur (81e).

Un peu de réussite en début de match : 

Si le Borussia Mönchengladbach est sorti vainqueur de ce duel, le match aurait pu se développer selon un tout autre scénario si l’on s’arrête sur les chiffres de la première demi-heure. Les Fohlen sont certes bien rentrés dans le match défensivement, mais ils ont eu beaucoup de mal à exister offensivement durant cette période.

Le pressing du Bayern était plutôt efficace, offrant des ballons d’attaques rapides et permettant au bloc de rester haut afin de ramener le ballon dans les 30 derniers mètres. L’équipe de Guardiola aurait même pu ouvrir le score à plusieurs reprises, notamment sur une double occasion qui a fini sur le poteau de Sommer (Javi Martinez puis Coman, 25e).

C’est en élevant son niveau de jeu avec le ballon que le Borussia a équilibré les débats. Entre la 29ème et la 69ème minute, la possession a ainsi frôlé le 50/50, restant légèrement en faveur des visiteurs. En conservant le même degré d’intensité mais en haussant leur niveau technique, les joueurs de M’gladbach ont pris le dessus sur leurs adversaires, multipliant les tentatives (11 tirs !) et limitant celles de leurs adversaires (3 tirs).

Après avoir ouvert le score, les Fohlen ont aussi profité d’une équipe du Bayern beaucoup moins patiente afin de frapper en contre-attaque (lire : Arsenal 2-0 Bayern Munich, l’analyse tactique). A 0-1, les Bavarois ont joué plus direct qu’à l’accoutumée, exacerbant dès lors les problèmes de mobilité dont ils souffraient depuis le début de partie. Plutôt que de reculer, M’Gladbach a osé maintenir son plan de jeu initial, faisant en plus preuve de réalisme pour marquer deux autres buts (64e, 68e).

A 3-0, ils ont ensuite laissé la possession de balle à leurs adversaires, se concentrant sur la phase défensive. Preuve de ce recul, sur les 35 ballons renvoyés dans ce match, la défense de M’gladbach en a réalisé 19 dans les 20 dernières minutes.

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Les trois grandes périodes de cette rencontre et leurs chiffres-clés.

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6 réponses

  1. Même si M’Gladbach a mis en place une tactique, je pense surtout que c’est le Bayern qui n’a pas été à son niveau.

  2. HyghlyXO dit :

    @pronostic ligue 1 je pense la même chose.. avec beaucoup d’absent notamment.

  3. Ce n’est pas comme si ce n’était pas évoqué dans l’article.

  4. freddy dit :

    https://vimeo.com/123021864 Printemps-Été-Automne-Hiver, Borussia aka le scalpeur du Bayern :)

  5. Marcelo B dit :

    Merci encore une fois pour ces éclairages. Cette analyse pourrait-elle être envoyée à Christophe Galtier quand il joue contre le PSG à 5 derrière mais en 5-3-2 et non pas en 3-5-2, histoire que l’ASSE s’offre moins en proie facile face à un PSG qui n’en a pas besoin?

  1. 23 février 2017

    […] the classic pyramid that has been inverted and re-inverted over time (sparingly used by Pep at Bayern Munich and […]

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