Bayern Munich 3-0 Bayer Leverkusen : « reculer pour mieux sauter »

Samedi dernier, le Bayern Munich passait son premier test de la saison face à l’un de ses plus sérieux rivaux en Allemagne, le Bayer Leverkusen. Au printemps dernier, la formation de Roger Schmidt avait profité d’un Bayern diminué pour s’offrir un succès de prestige (2-0). Devant son public, le champion d’Allemagne a pris sa revanche (3-0). Au-delà du résultat, c’est bien le plan de jeu des Bavarois qui est à saluer. Face à une équipe au pressing redouté, ils ont su s’en sortir grâce à leur qualité technique et à beaucoup de disponibilité.

Sortir du pressing : une affaire de techniciens 

La saison dernière, le Bayer de Roger Schmidt avait surpris beaucoup de monde par son pressing tout terrain et sa capacité à pousser l’adversaire à la faute. Face à Leverkusen, nombreuses sont les équipes à avoir réalisé leurs pires performances en terme de pourcentage de passes réussies.

Sur la scène européenne, le huitième de finale face à l’Atletico Madrid avait été le théâtre d’une double confrontation intense, où le moindre ballon porté par les Espagnols avait été sanctionné par le retour de deux, trois voire quatre joueurs. Face à une équipe de possession comme le Bayern, l’opposition promettait beaucoup, sur le terrain et sur le plan tactique. 

Boateng suspendu et Benatia blessé, Pep Guardiola a dû repenser sa défense pour préparer ce match. Présent dans les 18, Dante (parti depuis à Wolfsburg) était le seul défenseur central de formation. Sur le départ, et en difficulté lorsqu’il est sous pression, l’ancien Lillois est toutefois resté sur le banc.

Guardiola a en effet préféré former une défense à trois composée de Lahm, Alaba et Bernat. Trois latéraux donc, mais surtout trois joueurs ayant les qualités techniques pour déjouer la pression adverse. Les trois hommes étaient épaulés par Xabi Alonso, toujours dans son rôle de « compensateur », alternant sorties au pressing et replis au sein de l’arrière-garde.

Bayer Leverkusen : un pressing pas tout terrain 

Avant de développer sur le Bayern, un petit rappel sur son adversaire du week-end et son état physique. Le Bayer Leverkusen avait en effet joué son barrage retour de Ligue des Champions dans la semaine : un match remporté et une qualification acquise face à la Lazio, qui ont laissé quelques traces sur les organismes. Dès les premières minutes de jeu d’ailleurs, le Bayer n’a pas foncé au pressing tête baissée.

Les joueurs de Roger Schmidt n’ont toutefois pas renié leurs principes de jeu en maintenant une première ligne très haute sur le terrain. Kiessling et Calhanoglu encadraient Xabi Alonso dans le coeur du jeu, laissant Alaba en possession du ballon au départ de l’action. Les deux « attaquants » se positionnaient dans l’axe, juste à la sortie du tiers défensif du Bayern.

Derrière eux, Bender et Kramer se retrouvaient à deux-contre-deux face à Thiago et Vidal. Même chose pour les défenseurs face au quatuor offensif bavarois (Wendell-Robben ; Tah et Papadopoulos – Lewandowski et Muller ; Hilbert-Douglas Costa).

Positionnés à hauteur d’Alaba dans les couloirs, Lahm et Bernat avaient plus de champ. L’objectif du Bayer était justement de laisser de l’espace afin d’encourager Alaba à jouer vers l’un ou l’autre. En réponse, Mehmedi ou Bellarabi déclenchaient le pressing et tout le bloc du Bayer se mettait alors en mouvement pour l’accompagner.

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Début de partie : Alaba n’est pas attaqué. Les joueurs du Bayer attendent sa passe pour déclencher le pressing.

Bayern Munich : « faire courir le ballon »

Cela a déjà été évoqué plus haut en citant l’exemple de l’Atletico : porter le ballon n’est pas une solution pour se défaire du pressing de Leverkusen. Une fois que ces derniers déclenchent le pressing, le temps de décision se réduit très rapidement. Quelques dixièmes d’hésitation suffisent à mettre le porteur du ballon dans une situation délicate.

Pour les Bavarois, il s’agissait donc de profiter des 30 mètres « de répit » offerts par le Bayer (voir ci-dessus) pour mettre en place la remontée du ballon. A partir du moment où la première passe partait et que le pressing était déclenché, les joueurs de Guardiola devaient répondre aux courses du Bayer par le même genre d’efforts afin d’exploiter les espaces laissés par les joueurs sortis au pressing.

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Alaba joue vers Lahm (et pas Bernat). Réaction : Mehmedi déclenche le pressing.

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Lahm (et pas Bernat) trouve Vidal côté droit, qui s’est déplacé dans le dos de Mehmedi en sortant de la zone de Kramer, son adversaire direct.

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Au tour de Kramer de sortir sur Vidal… et de Muller de décrocher et dézoner pour offrir une solution dans le dos de ce dernier.

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En avance sur Bender, Muller oblige Wendell à se livrer pour stopper son avancée. Il y parvient sur cette séquence, alors que l’attaquant du Bayern cherchait à lancer Robben sur l’aile. Le Néerlandais se serait retrouvé en un-contre-un face à Papadopoulos, l’un des stoppeurs de Leverkusen.

Mais le Bayern n’exploitait pas l’espace qu’en avançant vers les buts de Leno. Son jeu de passes s’appliquait aussi dans l’autre sens : lorsque la progression devenait impossible dans la moitié de terrain de Leverkusen et que le Bayer s’apprêtait à remonter son bloc afin de déclencher de nouveau son pressing.

L’idée restait la même : faire en sorte que le porteur ait toujours une solution, afin que le ballon puisse toujours circuler. Sauf que dans ce cas, les Bavarois revenaient dans leur moitié de terrain. Il s’agissait de redescendre assez loin pour sortir des zones pressées par les adversaires. Une fois tirés d’affaire, les défenseurs ré-enclenchaient « la première » et lançaient un nouveau temps de jeu vers l’avant.

Si le Bayer maintenait la pression jusqu’au bout, Manuel Neuer était la solution de secours. Toujours excellent jeu au pied, le portier allemand travaillait comme un 11e joueur dans sa surface. Il n’a été contraint de jouer long qu’à 4 reprises sur l’ensemble de la partie, réalisant un sans-faute dans la distribution du jeu dans sa moitié de terrain (26/26).

Manuel Neuer avec le ballon : un quasi sans-faute.

Manuel Neuer avec le ballon : un sans-faute dans sa moitié de terrain et une difficulté de plus pour l’équipe qui tenterait un pressing « tout-terrain ».

Si elle ne redescend pas jusqu’à Neuer, la séquence ci-dessous illustre bien l’importance de la passe en retrait dans le jeu du Bayern. Alors que Leverkusen remonte son bloc suite à un coup de pied arrêté, les Bavarois ne s’affolent pas et exploitent l’espace dans leur dos afin de s’éloigner des adversaires jusqu’à être en mesure de créer le décalage. 

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Le Bayer vient de dégager un coup de pied arrêté. Son bloc est en train de remonter alors qu’Alaba récupère le ballon.

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Servi dos au but, Thiago se retrouve sous la pression de deux joueurs (Bender et Bellarabi). Bernat et Alaba reculent.

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Bernat est servi et Alaba (hors-champ) offre déjà une solution pour repartir dans l’axe.

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Kiessling sort sur Alaba et Calhanoglu est dans la zone de Xabi Alonso. Du coup, Lahm recule à son tour pour accroître l’espace le séparant de Mehmedi. C’est à lui que va revenir le ballon.

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Dès qu’Alaba lâche la balle, il recule de nouveau pour offrir une nouvelle solution. Même comportement pour Xabi Alonso.

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Pendant ce temps, Mehmedi est encore loin de Lahm, ce qui contraint Calhanoglu à jouer la sécurité en coulissant côté ballon pour bloquer la ligne de passe Vidal-Lahm. Conséquence, Kiessling se retrouve seul entre Xabi Alonso et Alaba.

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En deux passes rapides, la balle revient dans les pieds de l’Autrichien.

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Kiessling est battu, le décalage est fait : le Bayer se replie et Alaba attaque l’espace.

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Il a le temps d’ajuster une transversale à destination de Robben.

Avancer ou reculer, les Bavarois avaient le choix tant qu’ils ne restaient pas dans la même zone, sous peine de prendre la pression du Bayer. Evidemment, il était plus facile de faire tourner la balle près des buts de Neuer. Le principe de jeu s’est reflété sur les statistiques puisque sur la première mi-temps, les Bavarois ont fait plus de 40% de leurs passes dans leur tiers défensif (43% – 33% au milieu – 16% dans le tiers du Bayer) !

La donne a évidemment changé au fil de la deuxième mi-temps. Leverkusen a souffert physiquement et, les minutes passant, le bloc remontait beaucoup moins vite et moins haut. Conséquence, une équipe du Bayern qui n’avait plus à redescendre aussi bas que durant le premier acte pour repartir de l’avant… et une distribution des passes plus « classique » : 20% dans le tiers défensif, 52% au milieu de terrain, 28% dans le tiers offensif.

La distribution des passes du Bayern sur les deux mi-temps. A volume similaire, on voit bien que les Bavarois ont été moins contraints de reculer

La distribution des passes du Bayern sur les deux mi-temps. A volume similaire, on voit bien que les Bavarois ont été moins contraints de reculer après la pause (moins de passes à destination de Neuer dans la surface de réparation. 

Xabi Alonso – Alaba : l’art du raccourci 

Tout au long de la partie, le Bayern a utilisé l’un des classiques du football : fixer d’un côté pour renverser de l’autre et balader le bloc adverse. Dans son tiers défensif, cela donnait : une passe d’Alaba vers Bernat pour déclencher le pressing de Bellarabi, le retour sur Alaba ou Neuer, et une transmission vers Lahm qui avait plus de temps et de champ pour jouer vers l’avant.

Ces gauche-droite (et droite-gauche) répétés ont fait courir les joueurs de Leverkusen. Mais ils les ont parfois fait rentrer dans une certaine « routine » défensive. A un tel point que les milieux anticipaient parfois ces passes redondantes, se préparant à coulisser vers le côté opposé un peu trop tôt.

C’est notamment dans ces moments-là que Alaba et Xabi Alonso ont fait le plus mal. Dès qu’ils avaient un peu d’espace, ils ont cherché des solutions plus directes que le contournement classique du bloc adverse. Transversales ou ouvertures sur Robben ou Douglas Costa, passes-laser transperçant le milieu adverse pour trouver Lewandowski ou Muller, les deux ont livré un récital (particulièrement dans la 2ème moitié de la première mi-temps).

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Les passes vers l’avant de Xabi Alonso et David Alaba dans ce match : l’Espagnol varie les plaisirs (transversales, passes-laser), s’appuyant parfois sur Vidal pour trouver le bon angle de passe vers l’avant, tandis qu’Alaba brosse souvent ses relances côté gauche pour Douglas Costa. 

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Alaba vient de récupérer une passe de Lahm. Xabi Alonso propose à l’Autrichien de coulisser. Kiessling, Bender et Bellarabi sont prêts… mais le défenseur trouve une passe plein axe pour Muller, qui recherchera ensuite Robben en pivot.

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Alaba reçoit un ballon de Bernat. Calhanoglu et Kiessling se rapprochent du porteur. Au lieu de rester en position (sur la même ligne), Xabi Alonso recule d’une « ligne » pour faciliter la passe de son partenaire.

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En plus de faciliter la tâche d’Alaba, Xabi Alonso s’offre aussi plus de temps et d’espace pour « prendre l’information ». Il a le temps de voir le déplacement de Muller dans le dos des milieux du Bayer et d’ajuster une passe qui élimine 6 joueurs d’un coup.

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A l’origine du premier but du Bayern, Xabi Alonso prend l’information sur la position de Douglas Costa 2 secondes avant de recevoir le ballon de Lahm. Il profite ensuite de l’espace qui lui est concédé par Calhanoglu et Kiessling pour ajuster sa transversale et lancer l’ailier brésilien.

Douglas Costa et Robben pour ne pas ralentir

Retour au point de départ pour un dernier rappel : Leverkusen ne permet pas à l’adversaire de temporiser lorsqu’il remonte le terrain. Difficile notamment pour un pivot d’exister seul aux avants-postes en attendant le soutien de ses partenaires. Pour le Bayern donc, inutile de s’appuyer trop longtemps sur Lewandowski ou Muller : le jeu de passes avait un seul et unique objectif mettre Robben ou Douglas Costa sur orbite.

Et cela s’est ressenti sur toutes les lignes. Lewandowski et Muller d’abord ont multiplié les décrochages et toujours recherché les remises en une touche de balle, soit vers leurs ailiers, soit vers Thiago ou Vidal. Les deux « latins » faisaient office de relais dans le coeur du jeu, soit pour les relances courtes, soit pour les remises de leurs attaquants.

Signe de leur importance dans l’animation bavaroise, Robben et Douglas Costa ont pesé plus de la moitié des dribbles de toute l’équipe (25/39 au total : avec un 6/13 pour Douglas Costa et un 7/12 pour Robben). Charge à eux de maintenir ou d’accroître balle au pied le temps d’avance offert par les passes de leurs partenaires.

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Conclusion : 

Certes, comme au printemps dernier, l’une des deux équipes n’était pas au meilleur de sa forme. Mais le Bayern a justement su profiter de cette supériorité physique en conservant le ballon afin de faire courir son adversaire. Le collectif bavarois n’a pas hésité à s’étendre sur tout le terrain pour garantir de longues phases de possession et fatiguer les joueurs de Leverkusen.

Par ailleurs, on retiendra aussi la bonne prestation défensive des Bavarois (pas évoquée dans ces lignes). Pas encore rompu aux habitudes bavaroises en terme de jeu d’attaque, Vidal a été au charbon en grattant pas moins de 9 ballons dans sa moitié de terrain. Une activité précieuse lorsqu’il fallait notamment compenser le repli de Xabi Alonso au sein de la défense.

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