Brésil 3-0 France, l’analyse tactique

Didier Deschamps n’a pas repris les mêmes, mais ces Bleus ont recommencé. Aussi peu inspirés qu’impliqués, les Français ont été dominés par une équipe du Brésil qui, à défaut d’être brillante, a au moins fait les efforts nécessaires pour être cohérente sur le plan tactique.

Après le 4-2-3-1 face à l’Uruguay (lire : Uruguay 1-0 France, l’analyse tactique et Sur la supériorité collective uruguayenne), Didier Deschamps avait décidé de tester son second système de jeu face au Brésil. Au coup d’envoi, les Bleus s’avançaient en 4-3-3, non sans quelques « nouvelles » têtes dans le onze de départ. Mathieu démarrait sur le flanc gauche de la défense, Guilavogui devant celle-ci et Payet conservait son statut de titulaire après quelques phases intéressantes mercredi dernier (Lloris – Debuchy, Rami, Sakho, Mathieu – Guilavogui, Cabaye, Matuidi – Valbuena, Benzema, Payet).

Le pressing comme élément-clé :

En face, Luiz Felipe Scolari poursuivait lui son opération de construction en reconduisant le 4-2-3-1 utilisé depuis sa prise de fonction (Julio César – Daniel Alves, Thiago Silva, David Luiz, Marcelo – Paulinho, Luiz Gustavo – Oscar, Neymar, Hulk – Fred). De part l’opposition des deux schémas tactiques, il était évident que le pressing aurait une grande incidence sur la physionomie de la rencontre. Les deux systèmes étant calqués l’un sur l’autre, l’équipe qui allait prendre le plus d’initiative dans ce domaine allait forcément mettre la main sur le ballon si ce n’est pas sur le match. Et c’est ce que le Brésil a fait d’entrée de jeu, imposant une forte pression sur la relance française. Neymar et Fred, associés en attaque au coup d’envoi, ont même poussé leur travail jusqu’à Lloris, le mettant en difficulté dès les premières secondes de la partie. De quoi annoncer la couleur.

Sans ballon, le projet de jeu brésilien visait à presser la relance française avec ses attaquants, tout en comptant sur le soutien de Paulinho dans l’entrejeu pour jaillir sur les solutions courtes dans l’axe. En mettant ainsi la pression sur les milieux français (Cabaye et Matuidi en tête), les Auriverdes facilitaient la tâche des joueurs restés en couverture. Valbuena et Payet, chargés de mener les contres, étaient serrés de près par Marcelo, Daniel Alves ou Luiz Gustavo selon leurs positions sur le terrain. Derrière, Thiago Silva et David Luiz récupéraient les miettes, que ce soit à la retombée des longs ballons de relance adverses ou en deuxième rideau après un duel perdu par un partenaire. La présence de Luiz Gustavo et sa capacité à glisser en défense centrale permettait aux deux stoppeurs de s’excentrer pour aller couvrir leurs latéraux en cas de besoin.

Le Brésil au pressing : les quatre attaquants autour de la relance française, avec notamment Oscar sur Guilavogui (voir par ailleurs). Derrière, Paulinho couvre les solutions courtes tandis que Luiz Gustavo évolue devant la défense, à hauteur des latéraux au marquage de Valbuena et Payet.

Le Brésil au pressing : les quatre attaquants autour de la relance française, avec notamment Oscar sur Guilavogui (voir par ailleurs). Derrière, Paulinho couvre les solutions courtes tandis que Luiz Gustavo évolue devant la défense, à hauteur des latéraux au marquage de Valbuena et Payet.

Rapidement maîtres du ballon, les Brésiliens ont néanmoins eu besoin d’un ajustement en cours de première mi-temps pour réellement prendre l’ascendant sur les Bleus. En début de partie, Neymar et Fred sortaient au pressing sur Rami et Sakho, mais oubliaient de revenir défendre sur Guilavogui lorsque les Français les dépassaient (en passant par Mathieu ou Debuchy sur les côtés). Dès lors, le Stéphanois créait un surnombre au milieu de terrain (3 contre 2 avec Cabaye et Matuidi contre Luiz Gustavo et Paulinho). Et les décalages dans le bloc brésilien suivaient : Payet en a le plus profité, Daniel Alves (son garde du corps) se retrouvant pris entre la nécessité de le suivre de près et de fermer le couloir face aux montées de Mathieu. Valbuena, Matuidi et Benzema venaient ensuite offrir des solutions, mais sans grande réussite. Dans l’axe, le bon repli de Paulinho et la présence de Thiago Silva et David Luiz réduisaient les assauts français à néant. Pour régler le problème Guilavogui, Scolari a positionné Oscar dans l’axe, le joueur de Chelsea faisant l’effort de revenir aider ses milieux lorsque la France sortait « proprement » de ses 30 mètres.

Oscar, maître à jouer :

A l’inverse des Brésiliens, les Français n’ont pas cherché à presser la relance adverse. Comme face à l’Uruguay, les Bleus se repliaient à hauteur de la ligne médiane sitôt le ballon perdu. Benzema restait seul devant et Guilavogui évoluait entre deux lignes de quatre,qui coulissaient sur toute la largeur du terrain. Les Français cherchaient avant tout à empêcher le Brésil de trouver ses attaquants. Dans l’axe, la tactique a plutôt bien fonctionné : Fred n’a eu aucun poids sur l’animation offensive, et Paulinho a subi la majeure partie du temps la présence de Matuidi ou Cabaye.

En revanche, l’absence de pression sur la relance brésilienne a offert une palette de solutions supplémentaires pour Thiago Silva, David Luiz et Luiz Gustavo, qui étaient les trois « premiers passeurs ». En utilisant les relais de Marcelo et Daniel Alves sur les côtés, ils pouvaient attirer le bloc français d’un côté du terrain, avant de renverser le jeu côté opposé (via Thiago Silva ou David Luiz) afin d’offrir un un-contre-un à jouer à Neymar ou Hulk sur les ailes et dans le sens du but. Deuxième solution, envoyer le jeu dans les couloirs afin de permettre aux latéraux de lancer leurs ailiers. Tout se jouait ensuite dans les duels où Neymar et Hulk s’en sont sortis différemment : en première mi-temps, le néo-Barcelonais a souffert face à Debuchy alors que son compatriote a fait très mal à Mathieu avec ses accélérations.

La relance brésilienne face à l'organisation française : David Luiz, Thiago Silva et Luiz Gustavo à la première passe. Deux solutions : les duos latéral-ailier sur les côtés ou le renversement de jeu (Thiago Silva pour Neymar, David Luiz pour Hulk).

La relance brésilienne face à l’organisation française : David Luiz, Thiago Silva et Luiz Gustavo à la première passe. Deux solutions : les duos latéral-ailier sur les côtés ou le renversement de jeu (Thiago Silva pour Neymar, David Luiz pour Hulk).

Mais la véritable montée en puissance du Brésil est allé de pair avec celle de Oscar. Au-delà de son apport défensif sur Guilavogui, le jeune milieu de Chelsea a pris les choses en main après avoir été repositionné dans l’axe. Il a énormément facilité le jeu brésilien, en assurant la transition au sol entre les « premiers passeurs » et ses ailiers. En s’intercalant entre la relance et Neymar ou Hulk, il permettait aux latéraux d’offrir des courses supplémentaires devant, et donc de libérer les joueurs normalement chargés d’occuper le couloir. Un exemple : lorsque Oscar s’intercalait entre Marcelo et Neymar sur l’aile gauche, Hulk repiquait de la droite vers l’axe pour rejoindre Fred, Daniel Alves montant lui pour occuper le couloir. Véritable patron de l’animation auriverde, Oscar a été récompensé de ses efforts en ouvrant le score (54e) avant de céder sa place à Fernando une dizaine de minutes plus tard (65e). Dans le même temps, Lucas Moura a remplacé Hulk.

Sur l'apport d'Oscar dans l'entrejeu : aucun milieu adverse ne suit ses décrochages, il se retrouve libre de remonter le ballon. Ici, Marcelo en profite pour se porter aux avants-postes tandis que Neymar repique dans l'axe pour proposer une solution supplémentaire.

Sur l’apport d’Oscar dans l’entrejeu : aucun milieu adverse ne suit ses décrochages, il se retrouve libre de remonter le ballon. Ici, Marcelo en profite pour se porter aux avants-postes tandis que Neymar repique dans l’axe pour proposer une solution supplémentaire.

Une demi-heure qui a fait mal :

Après ce double changement, le Brésil est passé en 4-1-4-1 avec Fernando derrière la paire Luiz Gustavo-Paulinho dans l’axe. Avec un joueur supplémentaire dans l’entrejeu, la Seleçao a verrouillé la possession de balle, d’autant plus que les Français ne se montraient pas plus entreprenants après l’ouverture du score. Les changements de Didier Deschamps (Grenier, Lacazette et Giroud pour Matuidi, Valbuena et Benzema) n’y ont rien changé. C’est même le Brésil qui a continué sa démonstration, notamment grâce à l’apport de Marcelo sur l’aile gauche. Le latéral du Real Madrid a en effet fait beaucoup de mal à la défense française en accompagnant Neymar sur son aile. Au lieu de le lancer comme en première mi-temps, il lui offrait désormais des solutions pour lâcher rapidement son ballon et éviter le duel avec Debuchy. Après un second but inscrit en contre-attaque (Hernanes, 84e), c’est d’ailleurs une percée de Marcelo qui a permis aux Brésiliens de clôturer la marque dans les arrêts de jeu (Lucas Moura, pen, 90e+3).

Conclusion :

Les Bleus n’ont tout simplement pas fait le poids face à leurs adversaires du soir. Unidimensionnels dans leur approche tactique (contre-attaque et transition rapide passant par Payet ou Valbuena), ils ne pouvaient de toute façon pas peser bien lourds à partir du moment où les défenseurs brésiliens répondaient présents dans les duels. En contrôle derrière, la Seleçao a juste dû se montrer patiente pour pouvoir faire la différence au tableau d’affichage.

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2 réponses

  1. Alex dit :

    C’est la que nous voyons les limites de Dede: face a un coach comme Scolari il ne fait pas le poids…

  2. Hotel Brest dit :

    Oui enfin au-delà des capacités de Deschamps, ce sont les capacités de l’équipe qui posent problème… On manque de talent, clairement. Pas d’avant-centre, pas de dynamiteur (à part Ribéry peut-etre ?). Deschamps sans joueurs de talent dans son équipe, on a vu ce que ça pouvait donner à l’OM.

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