Brésil 2-2 Paraguay, l’analyse tactique

Décidément, les favoris sont à la peine dans cette Copa America. Après l’Argentine, accrochée par la Bolivie puis la Colombie, le Brésil a concédé son second nul en autant de rencontres face au Paraguay. Le plus grave, c’est que la formation de Mano Menezes s’en sort presque miraculeusement après une deuxième mi-temps catastrophique. Analyse.

Les compositions :

La première sortie du Brésil dans cette Copa America (face au Venezuela, 0-0) a fait une victime : Robinho cède sort du onze de départ au profit de Jadson. Le milieu du Shakhtar Donetsk s’installe dans le trio évoluant en soutien de Pato, seul devant : Julio César (1) – Daniel Alves (2), Lucio (3), Thiago Silva (4), André Santos (6) – Lucas (5), Ramires (8) – Jadson (20), Ganso (10), Neymar (11) – Pato (9).

Côté paraguayen, le sélectionneur Gerardo Martino fait deux changements par rapport au onze de départ qui est resté muet face à l’Equateur lors du premier match (0-0). Alcaraz remplace Piris en défense centrale et Vera succède à Barreto dans l’entrejeu : Villar (1) – Veron (2), Da Silva (14), Alcaraz (5), Torres (17) – Vera (13), Ortigoza (20), Riveros (16) – Estigarribia (21), Santa Cruz (9), Barrios (19).

Premier acte – Le Brésil prend la main :

Poussé par tout le public de Cordoba (ou presque), le Paraguay débute bien la partie. Le trio de l’entrejeu (Vera – Ortigoza – Riveros) étouffe son homologue brésilien (Ganso – Ramires – Lucas) et Estigarribia enflamme Daniel Alves dans son couloir sur son aile gauche. Néanmoins, les minutes défilant, la relance brésilienne va aller en s’améliorant et le Paraguay va reculer.

L’animation Menezes.
Le sélectionneur brésilien n’invente rien. Pour s’animer, son 4-2-3-1 reprend quelques classiques du football actuel. Devant, Pato évolue sur tout le front de l’attaque. Depuis les ailes, Neymar et Jadson sont libres de rentrer dans l’axe, avec ou sans le ballon. Aux latéraux ensuite de prendre le couloir pour créer des décalages sur les extérieurs. Au coeur du jeu, Ganso joue le rôle du catalyseur : ses remises en une ou deux touches de balle sont là pour faire accélérer le jeu brésilien dans les derniers mètres. Derrière lui, Ramires est là pour tenter de percuter le premier rideau adverse, pour soutenir les offensives et être le premier au pressing une fois le ballon perdu. Enfin, à la base de ce système, nous retrouvons le désormais traditionnel trio défensif formé par les deux stoppeurs et le milieu défensif (ici, Thiago Silva, Lucio et Lucas Leiva).

De la qualité des stoppeurs.
Gêné par le pressing paraguayen en début de partie, le Brésil s’en remet justement à ce dernier trio pour sortir la tête de l’eau. Techniquement au-dessus, Thiago Silva et surtout Lucio montent d’un cran pour réaliser les passes vers l’avant que ne peuvent pas faire Lucas ou Ramires (Ortigoza et Riveros les empêchant de se retourner). Aucun Paraguayen ne quittant sa zone pour venir faire face aux stoppeurs brésiliens, de peur d’ouvrir une brèche, c’est tout le bloc guarani qui recule et se met à subir au milieu de terrain. Exemple parfait de l’apport des défenseurs brésiliens à la relance, cette magnifique action en une touche de balle, lancée par Lucio qui touche directement Ganso. La suite se passe de commentaires (20e).

L’ouverture du score intervient elle logiquement. En ayant reculé au fil des minutes, le Paraguay a libéré le milieu de terrain et lâché son emprise sur les milieux de terrain brésiliens. Enfin dans le sens du jeu, Ramires peut enfin tenir son rôle de dribbleur face au premier rideau adverse. Le milieu de Chelsea réalise la première différence sur l’ouverture du score de Jadson (38e) : il passe devant son adversaire direct, ce qui le milieu en couverture vers lui et libère Ganso qui peut ensuite mettre Jadson sur orbite pour le 1-0.

Deuxième acte – Le Paraguay remonté :

Dominé en fin de première mi-temps, le Paraguay a payé son manque d’agressivité progressif dans l’axe. Néanmoins, il n’a jamais concédé quoi que ce soit sur les côtés. Estigarribia et Santa Cruz ont très bien fermé les couloirs face aux montées de André Santos et Daniel Alves, ce qui a enfermé le Brésil dans un jeu très axial et vertical. A la reprise, Elano remplace Jadson pour tenter de poser le jeu. Le Paraguay cherche lui l’égalisation et se réorganise pour.

Asymétrie.
Premier constat : le Paraguay a repris les consignes du début de partie. Ortigoza et Riveros harcèlent de nouveau les milieux de terrain brésiliens. Santa Cruz a lui définitivement quitté l’aile droite pour aller peser dans l’axe aux côtés de Barrios. De ce changement découle les autres : Vera quitte la zone de Ganso pour aller bloquer les montées de André Santos. Alcaraz hérite lui du marquage du meneur de jeu brésilien et réalise une grosse deuxième mi-temps dans l’engagement et l’anticipation pour ne pas laisser son nouvel adversaire respirer. Offensivement, le Paraguay profite du non-repli défensif des ailiers brésiliens pour faire des différences sur les côtés. Désormais seul joueur fixé dans le couloir droit, Veron permet d’étirer le bloc brésilien dans l’entrejeu. A gauche, le duo Estigarribia-Torres fonctionne parfaitement et fait énormément souffrir Daniel Alves. Dépassé dès le départ sur l’action de l’égalisation (il laisse Ramires tenter de rattraper Estigarribia, 55e), le latéral du Barça perd ensuite le ballon dans sa surface sur le but du 2-1 (67e). L’avantage acquis au tableau d’affichage, le Paraguay repasse dans sa configuration initiale : Santa Cruz repasse à droite en phase défensive et laisse Valdez (remplaçant de Barrios) seul en pointe.

Coaching.
Son équipe sonnée et sans solution, Menezes n’a pas d’autre choix que de modifier ses plans. Ramires cède sa place à Lucas (71e). Elano retrouve un poste qui lui sied plus dans l’entrejeu et laisse l’aile droite au jeune milieu de Sao Paulo. A huit minutes de la fin, le Brésil abat sa dernière carte avec l’entrée de Fred à la place de Neymar (82e). L’ancien Lyonnais prend place en pointe aux côtés de Pato. Dans le même temps, accusant sans doute le coup physiquement, le Paraguay ne presse plus comme avant et abandonne le milieu de terrain. Arrive alors les arrêts de jeu : André Santos profite des espaces pour traverser le premier rideau paraguayen et servir Ganso. Alors que Alcaraz est monté au marquage, la star du Santos FC libère en une touche pour Fred qui protège parfaitement son ballon et ajuste Villar pour l’égalisation. Le Brésil peut souffler.

Conclusion :

Gerardo Martino et les Paraguayens peuvent nourrir beaucoup de regrets sur ce match, tant sur les deux buts encaissés que sur la gestion attentiste de la première mi-temps (après une bonne entame). Côté brésilien, le résultat ne peut paraître que satisfaisant au vu de la physionomie de la rencontre. Avant le troisième et dernier match face à l’Equateur, Mano Menezes a un énorme chantier sur les côtés : tant offensivement que défensivement, les couloirs n’ont pas été à la hauteur et cela a grandement contribué à la grande pauvreté du jeu auriverde.

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