Brésil 2-2 Italie, l’analyse tactique

Avant que les éliminatoires de la Coupe du Monde ne requièrent toute l’attention des observateurs, le Brésil et l’Italie ont ouvert la trêve internationale en s’affrontant à Genève. Cette affiche, que l’on retrouvera l’été prochain lors de la Coupe des Confédérations, était l’occasion de tirer quelques enseignements du retour de Scolari à la tête de la Seleçao et surtout de revoir à l’oeuvre l’Italie de Prandelli après sa défaite face à l’équipe de France (lire : Italie 1-2 France, l’analyse tactique).

Par rapport à la première sortie de l’année du Brésil (défaite face à l’Angleterre, 1-2), Luiz Felipe Scolari avait procédé à cinq changements au coup d’envoi. Les rescapés de Wembley se nommaient Julio César, Daniel Alves, David Luiz, Dante (qui a profité du forfait de dernière minute de Thiago Silva), Oscar et Neymar. Filipe Luis, Fernando, Hernanes, Hulk et Fred faisaient leurs débuts en tant que titulaires sous les ordres du sélectionneur champion du monde. L’équipe se présentait en 4-2-3-1 avec Neymar positionné dans l’axe en soutien de Fred (Julio César – Daniel Alves, David Luiz, Dante, Filipe Luis – Fernando, Hernanes – Hulk, Neymar, Oscar – Fred). Du côté de l’Italie, Cesare Prandelli conservait l’un de ses systèmes de jeu favoris : le 4-4-2 losange, avec Giaccherini en soutien de Osvaldo et Balotelli devant (Buffon – Maggio, Barzagli, Bonucci, De Sciglio – Pirlo, De Rossi, Montolivo – Giaccherini – Osvaldo, Balotelli).

Avantage Italie

Très disputée au milieu de terrain, les premières minutes de la partie ont finalement vu l’Italie prendre l’ascendant grâce à un pressing plus efficace. Face à la relance brésilienne, elle opposait ses deux attaquants (Balotelli et Osvaldo) aux deux défenseurs centraux (Dante, David Luiz). Derrière cette première ligne, Giaccherini avait pour rôle de harceler le duo Hernanes-Fernando, chargé de réaliser la transition vers les attaquants. Le positionnement des trois Italiens devait repousser la relance adverse vers les couloirs et les latéraux. Une fois le ballon dans les pieds de Daniel Alves ou Filipe Luis, Montolivo ou De Rossi sortaient au pressing sur le porteur, laissant Pirlo en couverture avec le milieu de terrain opposé à l’action.

Derrière le joueur sorti au pressing, le latéral donc serrait le marquage sur l’attaquant excentré brésilien (Hulk ou Oscar) de manière à l’empêcher de se retourner. Giaccherini restait proche de l’action afin d’empêcher toute possibilité de transmission vers le milieu axial le plus proche. Ce travail du collectif transalpin visait à forcer le Brésil à revenir en arrière pour pouvoir ensuite déclencher son pressing. Lorsque le ballon repartait vers les défenseurs centraux, Balotelli et Osvaldo allaient à leur tour au pressing et entraînaient avec eux l’ensemble du bloc italien. Le Brésil était alors forcé d’allonger, ce qui facilitait les choses pour Bonucci et Barzagli à la retombée des ballons.

En possession du ballon, Daniel Alves voit Montolivo venir à sa rencontre pour l'empêcher de progresser. Seul joueur susceptible de lui offrir une solution latérale, Fernando est lui pris par Giaccherini.

Le pressing italien en marche : l'axe étant bloqué, le Brésil ressort via son côté gauche et Filipe Luis. De Rossi sort sur le porteur. A ses côtés, Giaccherini est au marquage de Hernanes dans l'axe. Dans son dos, Maggio est sur Hulk et serre le marquage. En couverture, Pirlo est sur Neymar et Barzagli couvre le couloir. Montolivo, Bonucci et De Sciglio complètent le travail dans leur moitié de terrain.

L'Italie en phase de repli : la défense à quatre et les deux milieux italiens restés en couverture sont en place (autour de Neymar et Fred). Giaccherini reste en pointe pour perturber la paire Fernando-Hernanes. Le ballon va tout de même ressortir sur ce dernier avant d'aller côté gauche. Balotelli va alors se replier à hauteur d'Osvaldo ; Montolivo va lui rejoindre ses deux partenaires du milieu pour ensuite coulisser vers le couloir où ira le ballon.

Un carré magique ?

Grâce à ce travail collectif, l’Italie a pris la main dans ce match. Elle avait l’avantage de ne pas subir la même pression de la part du Brésil pour ressortir de sa moitié de terrain. Comme d’habitude, Andrea Pirlo a pourtant été la cible d’un traitement spécial de la part de l’équipe adverse. Neymar a en effet eu pour consigne de suivre au plus près les déplacements du regista italien. Mais, histoire de lui compliquer un peu plus la tâche, les défenseurs italiens pouvaient aussi compter sur les décrochages de De Rossi pour organiser la relance.

Une ligne plus haut, les déplacements de Giaccherini et Montolivo, qui rentrait au coeur du jeu dès que possible, monopolisaient l’attention des deux milieux défensifs brésiliens, Fernando et Hernanes. De fait, l’Italie bénéficiait toujours d’un milieu de terrain en liberté dans l’axe pour poser le jeu et progresser en direction des buts adverses. Et si Hernanes avait la mauvaise idée de s’aventurer à hauteur de Neymar pour presser De Rossi, Bonucci était capable de trouver la passe capable d’exploiter l’intervalle qu’il laissait dans son dos pour atteindre Giaccherini ou Montolivo.

Au-delà de la relance, la complémentarité Pirlo-De Rossi éclatait aussi dans le camp brésilien. Afin d’approcher les buts de Julio César, l’Italie travaillait d’abord autour de l’un de ses attaquants (Balotelli et Osvaldo), qui décrochait de sa position afin d’offrir des relais à Montolivo et Giaccherini, chargés de faire vivre le ballon dans le camp adverse. Sur les côtés, De Sciglio et Maggio montaient en fonction des intervalles qui s’offraient à eux et de la couverture assurée dans leur dos. Grâce à la présence de De Rossi au poste d’axial droit, Maggio n’a pas hésité à pousser ses montées pour se retrouver en position d’ailier ; à l’inverse, De Sciglio est resté discret, ne montant que pour offrir des relais à la construction et laissant Balotelli aller exploiter les espaces sur l’aile gauche.

Pirlo entrait en jeu au moment d’accélérer dans les 30 derniers mètres. Profitant de la capacité de De Rossi à rester en couverture – devant Bonucci, Barzagli et un latéral, généralement De Sciglio -, le milieu de la Juve se projetait vers l’avant pour se retrouver à hauteur de Montolivo et Giaccherini, dans un véritable rôle de n°10. Depuis cette position, il lançait les combinaisons visant à prendre à défaut la défense brésilienne, que ce soit en profitant des appuis des deux attaquants devant celle-ci ou en recherchant les appels de Giaccherini, Montolivo ou Maggio sur l’aile droite.

La relance italienne et la paire Pirlo-De Rossi : le positionnement du Romain à hauteur de Pirlo oblige Neymar à faire un choix dans son marquage. Sur la capture, il a suivi De Rossi ce qui libère Pirlo qui peut être facilement servi par Bonucci.

Pirlo monte à hauteur de Montolivo - Giaccherini et accélère le jeu de l'Italie. De Rossi reste en couverture, Balotelli et Osvaldo sont aux duels avec les défenseurs brésiliens. A noter la position très avancée de Maggio, véritable ailier sur cette phase de jeu.

Le Brésil s’en sort

Il a fallu une bonne demi-heure pour voir les Brésiliens faire surface au milieu de terrain et approcher les buts de Buffon autrement que par des longs ballons à destination de Fred ou des contres-attaques. La physionomie de la rencontre a changé lorsque Neymar, Hulk et Oscar ont commencé à décrocher afin d’offrir des solutions dès la relance. Non-suivi par Pirlo dans ses décrochages, Neymar s’ajoutait à Fernando et Hernanes afin de perturber le travail de Giaccherini. De la même façon, Oscar et Hulk se rapprochaient de Daniel Alves et Filipe Luis afin de se défaire du marquage des latéraux italiens et s’ouvrir le terrain. Le premier but brésilien est d’ailleurs venu d’une longue phase de possession de balle qui a notamment vu Neymar redescendre pour offrir des solutions à Dante et Daniel Alves avant d’envoyer le jeu sur l’aile gauche.

En phase offensive, à l’instar des Italiens, les Brésiliens se basaient sur une couverture à trois têtes avec Dante, David Luiz et Fernando. A l’instar de Pirlo pour l’Italie, Hernanes se joignait aux offensives en recherchant les espaces concédés par le milieu à trois italien. Passé sur l’aile gauche en cours de partie, Hulk apportait des solutions sur l’extérieur tandis que Oscar recherchait à rentrer dans l’axe pour ouvrir le couloir à un Daniel Alves toujours aussi actif. Dans l’axe, Fred faisait office de point d’appui tandis que Neymar se rendait disponible sur toute la largeur du terrain. Travailleur de l’ombre sur le premier but, l’attaquant de Santos a offert le break à Oscar, après une contre-attaque parfaitement menée.

Une manière pour le Brésil de se sortir du pressing italien : Hulk a décroché à hauteur de Filipe Luis pour récupérer le ballon et se défaire du marquage de Maggio. Dans le même temps, son latéral prend l'espace afin d'entraîner De Rossi et de lui ouvrir l'intérieur du terrain. Au lieu de rester dans l'axe, sur la même ligne que Fernando, Hernanes va lui s'intercaler entre Maggio (vs Hulk) et Barzagli (en couverture). Oscar compense son déplacement en repiquant dans l'axe, devant Montolivo-Pirlo. Giaccherini se retrouve lui pris entre l'envie de marquer Fernando ou de surveiller le déplacement de Hulk vers le coeur du jeu. Soit le n°5 brésilien se retrouve libre, soit Hulk peut accélérer dans l'espace entre Giaccherini et Maggio.

Deuxième exemple en trois captures : 1) Oscar décroche de sa position pour offrir une solution à Daniel Alves entre Giaccherini et Montolivo.

2) Après un une-deux entre Oscar et Daniel Alves, Giaccherini et Montolivo sont attirés dans le même périmètres. Fernando (l'adversaire habituel de Giaccherini) est alors libre de tout marquage et a le champ libre pour prendre sa décision.

3) Fernando décide d'envoyer le jeu côté gauche vers Hulk pour aller occuper l'espace laissé libre par le milieu de terrain italien. L'action n'ira pas vers Filipe Luis, l'arbitre sifflant la mi-temps avant même la 45e minute de jeu. Un concept.

L’Italie en 4-3-3

Avant que les nombreux changements effectués par les deux entraîneurs ne fassent baisser le rythme de la partie, l’Italie a su profiter d’un excellent premier quart d’heure de deuxième mi-temps pour revenir au score. Pirlo sorti, l’équipe est passé en 4-3-3 avec Balotelli en pointe. De Rossi était encadré par Giaccherini et Montolivo dans l’entrejeu tandis que Cerci et El-Shaarawy, les deux entrants, occupaient les ailes devant. Le Brésil conservant son système de jeu en 4-2-3-1, les deux formations se sont calquées l’une sur l’autre, offrant des duels disputés dans l’entrejeu.

Sur les côtés, les Italiens ont répondu à leurs problèmes de fin de mi-temps en positionnant directement El-Shaarawy et Cerci dans les zones de Daniel Alves et Filipe Luis. La libération d’un défenseur central n’était pas forcément problématique puisque Montolivo et Giaccherini pouvaient sortir au pressing sur Fernando et Hernanes pour dissuader le Brésil de passer dans l’axe. En couverture dans les couloirs, les latéraux continuaient leur travail sur les Brésiliens dos au but. Dans l’axe, le trio Giaccherini – De Rossi – Montolivo se chargeait alors de contenir les incursions à l’intérieur de Hulk, Oscar ou Hernanes. Après avoir réduit le score sur coup de pied arrêté (De Rossi, 54e), un ballon perdu dans l’entrejeu par les Brésiliens a permis à Balotelli de se signaler en envoyant une frappe des 20 mètres dans les filets de Julio César (57e).

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