Brésil 2-1 Uruguay, l’analyse tactique

Mercredi soir, le Brésil a décroché son ticket pour la finale de la Coupe des Confédérations en battant un Uruguay qui l’a poussé dans ses retranchements. Mis en échec par l’organisation défensive de la Celeste, la Seleçao a dû s’en remettre à des détails pour la mettre hors de position et faire la différence au tableau d’affichage. Le propre d’une grande équipe en devenir ?

Le quart d’heure uruguayen :

Aucune surprise n’était à signaler au coup d’envoi côté brésilien : par rapport au onze de départ qui avait fini la phase de poules face à l’Italie, seul Paulinho fait sa rentrée pour remplacer Hernanes au milieu de terrain (Julio César – Daniel Alves, Thiago Silva, David Luiz, Marcelo – Luiz Gustavo, Paulinho – Hulk, Oscar, Neymar – Fred). Coté uruguayen, Oscar Tabarez avait décidé de ne pas faire de choix entre ses vedettes de l’attaque : Suarez, Cavani et Forlan étaient associés en première ligne de ce qui ressemblait à un 4-3-3 au coup d’envoi (Muslera – Maxi Pereira, Lugano, Godin, Caceres – Gonzales, Arevalo Rios, Rodriguez – Cavani, Forlan, Suarez).

Habituellement, les matchs du Brésil débutaient par un pressing très haut effectué par les joueurs de Scolari, qui en profitaient pour mettre le pied sur le ballon et s’installer dans l’entrejeu. Mais cette fois, ils n’en ont pas eu l’occasion en raison de l’excellente disposition tactique de l’Uruguay. En première ligne, Forlan était encadré par Cavani et Suarez. L’axial évoluait à hauteur de Luiz Gustavo, tandis que ses partenaires se positionnaient de manière à couper les transmissions entre les défenseurs centraux (David Luiz, Thiago Silva) et les latéraux brésiliens (Marcelo, Daniel Alves).

Forlan, Suarez et Cavani sont en place pour bloquer les solutions privilégiées par les défenseurs brésiliens. Si Paulinho décroche pour demander le ballon, il se retrouve chassé par l'un des trois milieux de terrain.

Forlan, Suarez et Cavani sont en place pour bloquer les solutions privilégiées par les défenseurs brésiliens. Si Paulinho décroche pour demander le ballon, il se retrouve chassé par l’un des trois milieux de terrain.

Dès la relance, le Brésil se retrouvait donc en difficulté pour trouver ses rampes de lancement habituelles (lire : Rapport : le Brésil de Scolari). Le ballon devait beaucoup circuler sur la largeur, afin de faire courir les trois attaquants uruguayens, pour finalement parvenir à dégager un espace libre pour servir Marcelo ou Daniel Alves.

Une fois le ballon arrivé jusqu’au latéral, ce dernier se retrouvait pris entre deux joueurs : le repli de Cavani ou de Suarez, qui venait l’enfermer le long de la ligne de touche, et le déplacement des trois milieux de terrain : l’un d’entre eux ajoutait une pression supplémentaire dans sa zone quand les deux autres couvraient les mouvements dans l’axe (Oscar, Paulinho). Maxi Pereira et Caceres sortaient de l’alignement défensif pour répondre aux décrochages de Neymar et Hulk. Avec toutes ces courses, l’Uruguay empêchait tout simplement le Brésil de poser le jeu comme lors de ses sorties précédentes. Tout au long de la rencontre, Cavani a particulièrement impressionné par son activité défensive, revenant constamment dans les couloirs pour gêner la conservation de balle adverse.

L'Uruguay met la pression dans la zone de confort habituelle des latéraux brésiliens. Cavani revient défendre, l'un des milieux empêche la passe latérale, le latéral sort sur le décrochage de l'attaquant excentré. Dans l'axe, Rios

L’Uruguay met la pression dans la zone de confort habituelle des latéraux brésiliens. Cavani revient défendre Rodriguez empêche la passe latérale, Caceres sort sur le décrochage de Hulk. Dans l’axe, Rios et Gonzales sont au contact de Fred, obligé de décrocher de sa position d’attaquant, et Oscar.

Avec Suarez, Cavani était aussi le relais privilégié pour remonter les ballons. Dès que le ballon était gagné, les deux hommes étaient recherchés au sol. Dans l’axe, Gonzales et Rodriguez accompagnaient à tour de rôle le mouvement vers les buts de Julio César, rejoignant Forlan qui jouait lui les points d’appui aux abords du rond central. Très bien rentré dans son match grâce à cette organisation, l’Uruguay a manqué de prendre l’avantage avant le quart d’heure de jeu, Julio César repoussant le penalty de Forlan.

Les Brésiliens à la recherche de solutions :

Sauvé par son gardien de but sur le début de match, le Brésil a mis du temps pour se défaire de la toile tissée par l’Uruguay dans sa moitié de terrain. Seuls des changements de jeu rapides et inattendus permettaient d’offrir du champ libre à Marcelo ou Daniel Alves. Et encore, le repli des attaquants uruguayens (Cavani en tête) rattrapait très rapidement le décalage crée au début du mouvement.

Les premières véritables approches brésiliennes sont venus de l’axe. Lorsque le Brésil parvenait à ressortir les ballons des couloirs jusqu’à ses défenseurs centraux, il se retrouvait face à un 4-5-1 avec le seul Forlan pour gérer à la fois Luiz Gustavo et Paulinho dans l’axe. Le milieu des Corinthians a été le premier à se signaler par une percée plein axe et relayer par ses attaquants (Fred, Hulk) pour tenter de prendre de vitesse le milieu à trois de l’Uruguay.

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L’Uruguay replié dans sa moitié de terrain : sur l’image, Forlan est légèrement en retard par rapport à Luiz Gustavo. Cavani, Gonzales, Rodriguez et Suarez sont eux en position sur les joueurs de transition (Marcelo, Oscar, Paulinho et Daniel Alves).

Après une petite alerte pour sa défense, la Celeste a eu vite fait de rectifier le tir. Une fois le bloc-équipe replié dans sa moitié de terrain, Rodriguez ou Gonzales sortait de l’alignement pour venir défendre à hauteur de Forlan. L’Uruguay pouvait ainsi marquer à la fois Paulinho et Luiz Gustavo, ou bien dissuader les deux centraux adverses (Thiago Silva et David Luiz) de monter balle au pied. Derrière, Arevalo Rios et le milieu de terrain resté à sa hauteur contrôlaient les mouvements d’Oscar, qui a eu beaucoup de mal à exister dans ce match, malgré quelques déplacements intelligents dans les couloirs pour tenter de perturber le pressing uruguayen.

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Paulinho décroche à hauteur de ses défenseurs pour remonter les ballons. En conséquence, un milieu de terrain de l’Uruguay sort afin de compenser son déplacement et venir en aide à Forlan en marquant Luiz Gustavo.

Finalement, la faille est tout de même venu du côté fort du Brésil et de la paire Marcelo/Neymar, qui a su se défaire de la pression adverse (Maxi Pereira, Cavani et Gonzales) pour remettre le ballon dans l’axe sur Paulinho. Intercalé entre Forlan et les milieux uruguayens, ce dernier a eu tout le temps d’ajuster un ballon parfait au-dessus de la défense adverse dans la course de Neymar. L’attaquant a fini le travail en contrôlant le ballon avant de buter sur Muslera, ce contact offrant offrant le but à Fred. A la mi-temps, le Brésil se tirait donc plutôt bien du piège tendu par la Celeste, avec l’avantage au tableau d’affichage.

Deuxième mi-temps :

Mais l’Uruguay est revenu des vestiaires avec l’obligation de jouer plus intelligemment ses contres-attaques. Les remontées de balle se faisaient toujours via les couloirs mais Gonzales et Rodriguez dans l’entrejeu ont permis à l’équipe de Tabarez de conserver le ballon en attendant les montées de Caceres et Maxi Pereira sur les côtés. Le latéral droit a été particulièrement actif, occupant le couloir lorsque Cavani revenait dans l’axe pour peser. Trop peu aidé par Neymar, Marcelo a eu du mal à contenir ses montées régulières. Il a même rapidement craqué, surpris dans sa propre surface par Cavani, auteur du but égalisateur (48e). Sur l’action, l’attaquant du Napoli jaillit dans les pieds du Madrilène après un mouvement entre Suarez et… Maxi Pereira.

Tout était alors à refaire pour les Brésiliens. Au lieu de repartir avec la même disposition, ces derniers sont passés en 4-3-3 : Oscar s’est replacé à hauteur de Paulinho, laissant Luiz Gustavo en couverture devant la défense. Cette inversion du triangle a eu le don de faire sortir Gonzales et Rodriguez, chargés de bloquer les relayeurs brésiliens comme Cavani et Suarez devaient désormais le faire avec les latéraux.

Gonzales et Rodriguez se déplacent en fonction de Oscar et Paulinho.  Ici, Luiz Gustavo en profite pour trouver Neymar dans l'intervalle. En soutien de ce dernier, Marcelo va dédoubler dans le couloir, entraînant avec lui le repli de Cavani.

Gonzales et Rodriguez se déplacent en fonction de Oscar et Paulinho. Ici, Luiz Gustavo en profite pour trouver Neymar dans l’intervalle. En soutien de ce dernier, Marcelo va dédoubler dans le couloir, entraînant le repli de Cavani (voir ci-dessous).

Les joueurs de transition étant ainsi bloqués, le Brésil a adopté un jeu plus direct, sautant le milieu de terrain pour rechercher immédiatement ses attaquants. La position désormais plus avancée de Gonzales et Rodriguez (pour contrer Oscar et Paulinho) ouvrait des espaces pour servir Neymar ou Hulk sur les ailes (voir ci-dessus). Arevalo Rios se retrouvait trop seul pour venir en aide à ses latéraux, ce qui offrait des duels à jouer pour les deux attaquants brésiliens en attendant le repli de l’ensemble de l’équipe. Maxi Pereira et Caceres ont toutefois tenu le choc, bien aidé par le repli toujours sérieux de leurs attaquants et des milieux de terrain qui compensaient toute possibilité de surnombre.  C’est même l’Uruguay qui a manqué de prendre l’avantage par Cavani (79e).

Cette occasion manquée a été la dernière approche de la Celeste, qui commençait tout de même à fatiguer à force de multiplier les courses pour défendre dans ses 40 mètres. L’entrée de Bernard à la place de Hulk peu après l’heure de jeu (64e) a notamment apporté une nouvelle arme sur l’aile droite. Recherchant moins les duels que l’attaquant de Porto, le joueur de l’Atletico Mineiro s’est éloigné de la zone de Caceres, formant un triangle avec Paulinho et Daniel Alves qui cherchait ensuite à profiter des espaces dans le dos de la défense. Déjà en vue en première mi-temps, Paulinho a été le joueur le plus actif en deuxième mi-temps. Une activité récompensée puisqu’il a inscrit le but de la victoire sur un corner de Neymar en fin de partie (88e).

Conclusion :

Intrinsèquement, la qualification du Brésil est logique. Mais malgré le gros temps fort en fin de partie et les difficultés uruguayennes en phase offensive (notamment en raison d’un Forlan qui n’était pas au diapason de ses partenaires), la Seleçao a connu mercredi son match le plus difficile du tournoi. Le fait que l’Uruguay l’attende avec un milieu à trois a certainement eu un poids dans l’affrontement tactique, tout comme l’excellent travail défensif de Cavani ou Suarez. Mais au-delà des forces uruguayennes, les Brésiliens ont aussi été mis en difficulté dans certains duels, et n’ont surtout jamais su mettre en place le pressing qui faisait leur force depuis le début du tournoi.

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1 réponse

  1. RMCF dit :

    Très bonne analyse encore une fois…
    L’approche défensive de l’Uruguay lors du premier quart d’heur me fait penser au pressing du Barça de 2011 dans la séquence vidéo  » les problèmes du Barça – pressing et transition défensive « .

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