Brésil 1-1 Chili, l’analyse tactique

Au bout du suspense et de 120 minutes de jeu qui entreront certainement dans la légende de ce Mondial 2014, le Brésil est sorti du piège chilien pour rallier les quarts de finale. Auteure de la meilleure entame, la Seleçao a ensuite longtemps souffert face à l’énergie de la Roja. Exténués, les deux collectifs se sont neutralisés durant des prolongations où seules les individualités les plus en jambes ont pu se distinguer.

Les compositions : 

Très convaincant face au Cameroun, Fernandinho est relancé par Scolari pour ce huitième de finale. Le milieu de Man City complète l’entrejeu aux côtés de Luiz Gustavo. Devant, le quatuor offensif ne bouge pas. Neymar évolue toujours dans l’axe en soutien de Fred, tandis que Hulk occupe le flanc gauche.

Côté chilien, pas de surprise non plus dans le onze de départ. Les titulaires sont bien présents. Jorge Sampaoli reconduit son milieu de terrain « guerrier » : Valdivia n’est pas là, le coach argentin lui préférant Aranguiz, Diaz et Vidal, plus actifs défensivement.

 

Pressing et séquences : 

Extrêmement disputé, le début de match voit les deux équipes se livrer une féroce bataille. Les premiers duels annoncent la couleur : c’est l’équipe la plus agressive qui prendra possession du ballon. D’un côté, le Chili s’appuie sur sa ligne de trois aux avants-postes (Vidal, Sanchez, Edu Vargas) pour bloquer la relance adverse, gérée par Luiz Gustavo, David Luiz et Thiago Silva. Aranguiz et Diaz bloquent la transition (Fernandinho + décrochages des attaquants), accompagnés de Isla et Mena pour s’opposer à Marcelo et Daniel Alves dans les couloirs.

Le Chili reprend son pressing "total" face à la relance adverse : les premiers passeurs sont mis sous pression par les attaquants et toutes les solutions courtes sont marquées.

Le Chili reprend son pressing « total » face à la relance adverse : les premiers passeurs sont mis sous pression par les attaquants et toutes les solutions courtes sont marquées.

En faisant le choix de bloquer complètement la relance brésilienne, le Chili est la première équipe à mettre le pied sur le ballon dans ce match. En première ligne pour la Seleçao, Neymar et Fred laisse une certaine liberté d’action aux défenseurs adverses (Medel, Silva, Jara) pour effectuer la relance. Le Brésil concentre surtout son travail sur les destinataires de ces premières passes : Luiz Gustavo chasse Vidal dans l’entrejeu, Fernandinho sort au pressing sur Aranguiz ou Diaz, dans les couloirs Hulk et Oscar bloquent les latéraux adverses. Objectif des Brésiliens : récupérer le ballon dans ces zones pour ensuite contre-attaquer face aux trois défenseurs chiliens.

S’imposant physiquement durant les premières minutes de la partie, Hulk est le premier joueur à se mettre en évidence en menant des contres, accompagné par Neymar dans son couloir gauche. Le Brésil a beau ne pas avoir la possession de balle, assurée par la défense chilienne, il est bien mieux rentré dans le match. D’un côté comme de l’autre, les relances sont longues afin d’éviter les pertes de balle dans l’entrejeu, synonymes d’attaques rapides pour l’adversaire.

Au fil des minutes, les Brésiliens mettent aussi en place des séquences de pressing pour repousser le Chili dans sa moitié de terrain. Ces dernières sont déclenchées par Neymar, Fred ou même Hulk. Bloquant la zone de Isla, l’attaquant du Zenit peut poursuivre son effort et sortir sur Silva en cas de passe en retrait vers le défenseur. Dans sa foulée, c’est tout le bloc brésilien qui peut remonter pour aller mettre la pression sur la relance du Chili. A ce moment précis, tous les Chiliens ont un adversaire sur le dos et Bravo est généralement forcé de jouer long.

A l'inverse du Chili, qui sort constamment sur la relance, le Brésil attend son adversaire dans l'entrejeu. Neymar et Fred

A l’inverse du Chili, qui sort constamment sur la relance, le Brésil attend son adversaire dans l’entrejeu. Neymar et Fred ne pressent que par séquences, laissant Hulk ou Fernandinho mettre l’énergie nécessaire pour récupérer les ballons à l’entrée de leur camp.

Le Chili par les décrochages : 

En ne pressant que par séquences, le Brésil laisse toutefois la porte ouverte au Chili pour trouver des solutions. En l’occurrence, celles-ci passent par les décrochages de ses deux vedettes, Vidal et Sanchez. Le premier n’est en effet pas suivi lorsqu’il redescend chercher le ballon au milieu de terrain. Il permet ainsi à la Roja de faire le lien avec les couloirs, notamment Mena sur le flanc gauche.Mais le joueur le plus actif est évidemment Alexis Sanchez. Capable de faire la différence malgré un ou deux adversaires dans sa zone, l’attaquant du Barça « défait » à plusieurs reprises le pressing brésilien, permettant à l’ensemble de son bloc de remonter.

Occupant la zone entre David Luiz et Marcelo, ces décrochages posent problème à la défense brésilienne. Chargé de le suivre lorsqu’il redescend, le latéral gauche a beaucoup de mal à le contenir et le Chili peut ainsi porter le jeu dans le camp brésilien (et dépasser la fameuse zone de transition où il est vulnérable face aux contres adverses). Toutefois, la nécessité d’avoir Sanchez disponible dans l’entrejeu enlève une solution aux avants-postes et les Chiliens peinent à porter le danger  dans la surface adverse. Hulk bloque bien Isla dans son couloir et le duo Vidal-Vargas ne pèse quasiment pas dans l’axe.

Les buts : 

Ne pressant que par séquences, le Brésil procède en contre-attaque. Neymar fait plusieurs fois la différence mais manque de justesse dans le dernier geste. La Seleçao s’appuie donc sur une deuxième arme, les coups de pied arrêtés. L’avantage de taille par rapport au Chili tourne en sa faveur lorsque David Luiz ouvre le score (18e) sur un corner dévié par Thiago Silva au premier poteau. Avec cette ouverture du score, le Brésil ajuste légèrement son système défensif par rapport à ce qu’a montré le Chili jusqu’ici. Oscar évolue un cran plus haut de manière à bloquer Jara, aux côtés de Fred et Neymar qui se chargent de Medel et Silva.

Après l'ouverture du score, le Brésil s'adapte à son adversaire. Oscar, Fred et Neymar s'oppose

Après l’ouverture du score, le Brésil s’adapte à son adversaire. Oscar, Fred et Neymar s’opposent à Jara, Medel et Silva. Hulk ferme le couloir droit face à Isla, ce qui permet à Marcelo de rentrer à l’intérieur pour contenir les décrochages d’Alexis.

Le Brésil se fait toutefois moins pressant dans l’entrejeu et laisse venir son adversaire… Or s’il contrôle tant bien que mal les approches chiliennes, le fait d’attendre dans sa moitié de terrain le rend à son tour vulnérable face au pressing. Et c’est sur une approximation de Hulk suite à une remise en jeu de Marcelo que le Chili revient au score. Edu Vargas récupère la passe manquée et sert Sanchez qui, seul dans la surface, trompe Julio César (32e). Juste avant la mi-temps, un ballon gagné par Vidal face à Luiz Gustavo est à l’origine de la seconde occasion chilienne, mais Aranguiz est trop court pour donner l’avantage aux siens (45e+1).

Pour créer le danger, la Roja s’appuie aussi sur les déplacements latéraux de Vidal, qui s’intercale sur les ailes (notamment à droite pour perturber le positionnement de Marcelo) afin de créer des solutions pour ses partenaires. Avec Sanchez et Isla, les trois hommes parviennent à créer des décalages malgré le repli de Hulk. Dans l’axe, Aranguiz s’infiltre dans la surface adverse afin de compenser l’absence de Vidal à la finition.

A l’aise techniquement, Vidal, Sanchez et Isla prennent le dessus sur le flanc gauche de la défense brésilienne (Luiz Gustavo, Marcelo et Hulk). Dans l’axe, Aranguiz se projette dans la surface pour finir les actions avec Edu Vargas.

Entre temps, le Brésil avait pourtant enfin mis le pied sur le ballon pour une première séquence de possession. Hyperactif, Neymar a pu faire la différence en revenant dans l’entrejeu pour fixer Aranguiz et Diaz. La Seleçao cherchait ensuite à terminer sur les côtés, via des centres de Daniel Alves, Oscar ou Marcelo. Toutefois, cette phase à l’avantage des Brésiliens découlait aussi d’un premier temps faible pour le Chili, nécessaire après avoir couru après le score pendant un quart d’heure.

Le coaching de Sampaoli : 

Cela a déjà été vu face aux Pays-Bas, dans son coaching, le sélectionneur du Chili veut toujours changer la donne de la rencontre sur le plan tactique. S’il fait parfois du poste pour poste, le joueur entrant va avoir un profil différent du sortant et donc apporter quelque chose de nouveau au collectif (et poser d’autres problèmes à l’adversaire). Il a procédé de la même manière hier face au Brésil.

Après la pause, les Chiliens adoptent en effet une position plus « attentiste », notamment sur le côté droit où Isla ne sort désormais plus au pressing sur Marcelo. Dans son dos, Silva est déjà averti et a besoin d’être mieux protégé face aux démarrages de Hulk ou Neymar. Conséquence, le latéral gauche brésilien a plus d’espaces dans l’entrejeu pour s’exprimer et devient un relais évident pour ses trois relanceurs. Ce sont du coup les milieux chiliens (Aranguiz et Diaz) qui coulissent pour s’opposer à lui, tout en comptant sur Vidal pour revenir couvrir l’axe. Mais le milieu de la Juve n’est pas à son meilleur niveau et peine à multiplier les courses. Dès lors, Fernandinho trouve (enfin) quelques espaces pour s’exprimer dans l’entrejeu.

Après un but de Hulk sur un service de Marcelo, refusé pour une main de l’attaquant (55e), Sampaoli réagit et fait entrer Gutierrez à la place d’Edu Vargas (57e). Vidal passe en attaque aux côtés de Sanchez, tandis que Gutierrez renforce la ligne Aranguiz-Diaz. Lorsque le Chili presse, il monte aussi d’un cran afin de reprendre le rôle tenu initialement par Vidal face à Luiz Gustavo. Grâce à son nouveau milieu de terrain à trois têtes, la Roja parvient de nouveau à bloquer la transition brésilienne (Marcelo et Fernandinho). Elle remet ainsi la main sur le match, et ne va plus le lâcher.

David Luiz trouve Marcelo sur la gauche.

Avant le changement : David Luiz trouve Marcelo sur la gauche. En première mi-temps, le latéral se serait retrouvé face à Isla. Cette fois, c’est Diaz qui doit sortir à sa rencontre, entraînant avec lui Aranguiz vers le couloir. Fernandinho se retrouve dès lors complètement seul dans le rond central, et c’est à Vidal de redescendre pour couvrir ses milieux de terrain.

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Après le changement : Gutierrez a le coffre pour alterner pressing avec Vidal et Sanchez et repli à hauteur de Aranguiz et Diaz. Avec trois milieux de terrain, le Chili peut couvrir toutes les solutions qui s’offrent à Marcelo dans le couloir.

Baisse physique et individualités : 

Car en face, le Brésil est désormais incapable de déclencher le moindre pressing. Medel, Isla et Jara ont beaucoup d’espaces pour relancer et peuvent s’avancer pour lancer les mouvements. Le Chili continue d’insister côté droit grâce à Vidal, Sanchez, Aranguiz et Isla pour forcer la décision. Aranguiz est à la fin d’un superbe mouvement collectif mais voit sa frappe repoussée par Julio César (64e). La Roja continue de faire tourner le ballon face à un Brésil qui recule de plus en plus, à défaut de pouvoir défendre en avançant.

Dangereux en contre-attaque et souvent déclencheur du pressing en première mi-temps, Neymar a disparu et il n’y a plus que Hulk – sans surprise, le plus impressionnant physiquement – pour se distinguer. Après le changement d’attaquant (Jô à la place de Fred, 64e), Scolari « officialise » le recul de son équipe avec la sortie de Fernandinho, remplacé par un Ramires chargé de redynamiser la récupération de balle (72e). La Seleçao tient le choc jusque dans les dernières minutes de la partie où, à son tour, le Chili baisse de rythme. Hulk force Bravo à se détendre sur une énième accélération (84e).

Les Brésiliens conservent ensuite la « maîtrise » durant les prolongations. Le Chili ne tient plus le ballon et la baisse de régime d’Alexis limite les opportunités. Entré en jeu à la place de Vidal (87e), Pinilla devient le seul référent en attaque : le jeu doit désormais passer par lui pour approcher les buts de Julio César. Et c’est de lui que viendra la seule opportunité chilienne de la prolongation, avec cette énorme frappe qui a fini sa course sur la barre du portier brésilien (119e). Avant même le début de la séance de tirs au but, les poteaux avaient déjà choisi leur camp.

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2 réponses

  1. Tutto bene dit :

    Hulk a été convaincant, tant offensivement que defensivement. Par contre oscar a été trop juste. Puisque le bresil ne joue pas long avec fred pour apporter un jeu physique, pourquoi ne pas mettre ramires a droite ( bcp de couses et d’impact) et oscar en faux 9( il sait tenir ce poste il me semble), hulk a gauche et neymar en 10. Ca mettrait au moins un peu de surprise et de mouvement, ss compter l’aisance technique pour relayer neymar et hulk ou jouer ds le dos de la defense…

  2. Alex dit :

    Face à la Colombie ça risque d’être beaucoup trop juste, Scolari doit envier son homologue.

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