Bosnie 0-2 France : Le milieu des Bleus passé au crible

Enfin une victoire pour Laurent Blanc et ses Bleus ! Petite ironie, c’est en allant à l’encontre de tout son discours de rentrée (je jouerai avec un seul milieu défensif etc…) que l’ancien entraîneur des Girondins a décroché son premier succès sur la scène internationale. Et quel succès ! Les Français ont largement dominé les Bosniens, bien aidés par le trio Diarra / M’Vila / Diaby qui a éliminé toute concurrence adverse dans ce secteur du jeu. Il est temps de se pencher plus en détail sur cette première grande réussite de l’ère Blanc… Après avoir découvert, si ce n’est pas déjà fait, l’analyse de Panenka.fr.

L’impact de l’entrée d’Alou Diarra :

Elle était attendu et souhaité par tous depuis la défaite face à la Biélorussie. L’apport théorique du Bordelais, présenté tout au long du week-end, a été confirmé dans la pratique face aux Bosniens. Comme il sait si bien le faire à Bordeaux, le capitaine de soirée (en attendant d’autres) s’est installé devant la défense française en enfilant son costume de sentinelle. Son rôle : compenser les déplacements des joueurs censés soutenir ceux à vocation offensive. Autrement dit, dans le 4-3-3 de Blanc, il a couvert les montées (bien que retenues) des latéraux selon le schéma (simplifié) suivant.

Pas besoin d’une explication bien compliquée pour expliciter le schéma. Imaginons une phase de jeu en à trois dans le rectangle rouge et qui ouvre une brèche dans le couloir. Le latéral s’y engouffre en suivant la flèche orange. Suite logique, Diarra coulisse côté gauche comme le montre la flèche jaune. Ce déplacement évite notamment de casser la défense centrale et ainsi de laisser des espaces dans l’axe comme cela avait pu arriver lors des deux premières sorties des Bleus. Tiens au passage, voilà comment ça peut se passer une couverture dans un 4-2-3-1 (et comment ça se passait face à la Biélorussie en 4-4-2).

On garde la même préparation dans notre carré rouge qui nécessite la montée du latéral le long de la flèche orange. Résultat, ce n’est pas la sentinelle qui coulisse (puisqu’il n’y en a plus) mais le milieu axial (ici gauche) qui vient couvrir la montée du latéral. Résultat des courses, l’axe est dégarni et si l’adversaire réussit par une passe verticale à trouver un coéquipier au-delà du carré rouge (vers le rond central donc), celui-ci peut se retrouver lancer sur la défense française. Qui a dit Aliaksandr Hleb ? Avec Diarra en couverture, les deux relayeurs français ont pu se rester dans l’axe. Et M’Vila de s’installer dans le rond central.

Misimovic entre le marteau et l’enclume :

Avec M’Vila en marteau et Diarra en enclume. Je m’explique. On l’a vu un peu plus haut, la présence de Diarra devant la défense a libéré les deux milieux axiaux de leur boulot de couverture des latéraux. Vendredi dernier face aux Biélorusses, M’Vila et Diaby devait surveiller les montées de Sagna et Clichy… Et du coup, libérer quelques espaces dans l’axe. Il n’en a rien été face à la Bosnie. Lorsque Diarra allait couvrir, les deux hommes restaient bien plantés dans l’axe, M’Vila restant généralement à hauteur du rond central lorsque Diaby allait presser sur les deux milieux défensifs adverses.

Autrement dit, lorsque la sentinelle allait faire le boulot des latéraux sur les côtés, M’Vila compensait en restant dans l’axe pour garder un oeil sur Misimovic… Une fois les Bleus repliés, ce dernier se retrouvait constamment entre les deux lignes du milieu de terrain adverse : dans la zone de Diarra s’il ne quittait pas la sienne et avec M’Vila ou Diaby sur le dos s’il lui prenait l’idée de décrocher. Il n’a d’ailleurs pas été aidé par Dzeko qui s’est entêté à tenter de rivaliser dans les duels avec Rami alors que quelques décrochages auraient pu perturber l’organisation du milieu français.

La puissance du pressing :

C’est surtout dans ce domaine que les Français ont été extrêmement efficaces mardi soir. Libéré des soucis de couvertures, M’Vila et Diaby ont ainsi pu aller se joindre à leur trois offensifs pour former une ligne de quatre très haute sur le terrain pour couper la première relance bosnienne. Ci-dessous un exemple, les Bosniens ont le ballon dans la zone encadrée en rouge. L’un des trois milieux français rejoint ses trois attaquants pour venir marquer de près le premier milieu bosnien et ne pas lui laisser le temps de faire le bon choix.

Pour déjouer une telle pression, il aurait fallu que les Bosniens réussissent à combiner sur le côté (jeu à trois rapide entre latéral/axial et ailier) ou à renverser rapidement le jeu, le bloc français restant logiquement très dense lors des phases de pressing. Malheureusement, en fin de relance, il se seraient heurtés au même problème au moment de chercher leur meneur Misimovic, bien trop seul face à Diarra et sans joueur capable de le soutenir dans sa zone. Que celui-ci s’appelle Dzeko, constamment resté aux avants-postes… Ou Pjanic, incapable d’apporter quoi que ce soit dans le jeu sur ce match.

Il sera donc intéressant de voir ce même schéma face à une formation plus huppée et elle aussi habituée à tenir le ballon.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Erwann dit :

    Ce que j’ai aussi trouvé intéressant dans ce milieu de terrain, c’est qu’il associait des profils dignes d’un « Manuel pratique du 4-3-3 » :

    Une sentinelle devant la défense (Diarra) ;
    Un 8 chargé d’aller chercher les ballons assez loin et les remonter (M’Vila) ;
    Un box-to-box/meneur de jeu reculé (Diaby).

    Je dirais que cette complémentarité a bien aidé à mettre en place un jeu cohérent et efficace.

    Efficacité tout de même bien aidée par le fait que la Bosnie ait été assez joueuse : le match m’a d’ailleurs rappelé le retour contre la Serbie, où un trident Toulalan-Lass-Gourcuff (là aussi complémentaire sur le papier) avait mangé des serbes qui n’avaient pas cherché à fermer le jeu.

  1. 1 octobre 2010

    […] Les experts du foot international sont impitoyables. “Effectuer des tacles met l’équipe en danger. Les défenseurs doivent rester sur leurs appuis et faire preuve de toute l’agressivité nécessaire pour récupérer le ballon sans se jeter déraisonnablement dans les jambes de leurs adversaires“. RIP Eric Di Meco… Les équipes qui défendent debout sont de redoutables contre-attaquantes. Une récupération propre, haute sur le terrain pour une projection laser vers l’avant. Justement, les “transitions rapides” sont la “clef du football moderne“, dixit les rapporteurs. Mon voisin de comptoir n’aurait pas dit mieux. Même le nouveau sélectionneur français a commencé à appliquer cette philosophie contre la Bosnie en faisant jouer un milieu def’ très haut sur le terrain. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *