Borussia Dortmund 4-1 Real Madrid, l’analyse tactique

L’Allemagne au firmament : telle est la conclusion évidente à tirer après les demi-finales aller de cette Ligue des Champions 2012/2013. Après le Bayern face au Barça (lire : Bayern Munich 4-0 FC Barcelone, l’analyse tactique), c’est le Borussia Dortmund qui a corrigé le Real Madrid. Les Madrilènes ont complètement sombré après une première mi-temps où ils semblaient avoir fait parler leur expérience des grands rendez-vous pour résister à la débauche d’énergie de leurs adversaires.

Pour ce match, Jurgen Klopp pouvait compter sur un effectif au complet : sans surprise, c’est son équipe-type de la saison qui a débuté la partie, dans son système de jeu habituel (Weidenfeller – Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer – Bender, Gundogan – Blaszczykowski, Götze, Reus – Lewandowski). Côté madrilène, José Mourinho devait composer avec les absences de Essien -blessé- et Arbeloa -suspendu-. Ramos s’est retrouvé sur la droite de la défense madrilène, laissant Varane et Pepe dans l’axe. Au milieu, Modric intégrait le onze de départ à la place de Di Maria, finalement sur le banc après avoir été annoncé titulaire. La présence du Croate entraînait le repositionnement de Özil sur le flanc droit de l’attaque merengue (Diego Lopez – Ramos, Varane, Pepe, Coentrao – Xabi Alonso, Khedira – Özil, Modric, Ronaldo – Higuain).

L’approche madrilène

Les dix premières minutes de jeu ont vu le Borussia Dortmund prendre possession du ballon face à un Real Madrid qui avait décidé de l’attendre dans sa moitié de terrain. Au lieu de faire sortir deux joueurs en pointe du bloc défensif -comme ils avaient pu le faire face au Barça (lire : FC Barcelone 1-3 Real Madrid, l’analyse tactique), les Madrilènes ne laissaient que le seul Higuain en pointe pour faire face à Hummels et Subotic. Derrière, la ligne de quatre composée de Ronaldo, Modric, Khedira et Özil s’opposait aux quatre joueurs de transitions du Borussia : les deux milieux axiaux (Gundogan et Bender) et les deux latéraux (Piszczek et Schmelzer). Soutien régulier de Hummels et Subotic dans le travail de relance, Gundogan bénéficiait d’un certain degré de liberté dès lors qu’il décrochait pour combiner avec ses défenseurs centraux.

Face à la relance allemande, le Real fait face avec une ligne de quatre et Xabi Alonso en couverture pour anticiper sur les déplacements de Reus et Götze, habitués à se déplacer dans le coeur du jeu. Gundogan profite du comportement "conservateur" de Modric pour s'avancer et prendre le temps de la bonne décision... dans le dos de Ronaldo par exemple, pour servir Piszczek le long de la ligne de touche.

En opposant un milieu de terrain densifié -renforcé par la présence de Xabi Alonso entre les lignes pour surveiller les mouvements de Götze- à la relance allemande, José Mourinho espérait pouvoir récupérer les ballons assez haut dans sa moitié de terrain pour pouvoir ensuite enchaîner rapidement en contre-attaque. Les premières récupérations de balle allaient d’ailleurs dans ce sens puisqu’après des duels remportés côté droit, Khedira et Özil combinaient pour lancer Modric qui prenaient l’espace sur l’aile droite. Côté opposé, le Croate était à son tour au lancement de jeu et utilisait les relais de Ronaldo positionné quelques mètres plus haut pour tenter de prendre à défaut la couverture allemande.

Mais ces mouvements ont pour la plupart été parfaitement éteints par les milieux du Borussia Dortmund. Participant aux lancements des actions, Bender et Gundogan n’étaient jamais très loin des ballons récupérés par la première ligne madrilène. Le plus proche de l’action jaillissait sur le porteur de balle, l’autre suivait le joueur parti vers l’avant afin de protéger sa défense centrale en attendant le repli des deux latéraux, toujours avancés lorsque Dortmund construit. Cette capacité à mettre la pression sur l’adversaire dès sa récupération a entraîné beaucoup de fautes techniques côté madrilène en début de partie : c’est d’ailleurs une mauvaise passe de Xabi Alonso, directement dans les pieds de Gundogan, qui a offert à Dortmund la possession de balle aboutissant à l’ouverture du score de Lewandowski (8e).

Borussia, Bayern : même combat

Après avoir ouvert le score, les joueurs de Jurgen Klopp ont laissé le ballon aux Madrilènes. En pointe du bloc défensif, Götze et Lewandowski formaient le premier rideau et se positionnaient dans l’axe, face à Varane et Pepe. Ils coupaient ainsi les transmissions entre la défense et le milieu madrilène, forçant la relance merengue à passer par les côtés si elle ne voulait pas être contrainte de balancer les ballons devant tout au long de la rencontre (vers Higuain ou Ronaldo). Dans les couloirs, les relanceurs madrilènes (Varane ou Ramos à droite, Coentrao à gauche) voyaient venir à eux Reus et Blaszczykowski, qui sortaient de leur moitié de terrain pour leur fermer au maximum l’angle de passe (vers l’intérieur du terrain). La solution latérale était aussi à proscrire puisque Bender et Gundogan sortaient sur tous les adversaires qui redescendaient demander le ballon dans l’axe.

Götze et Lewandowski bloquent l'axe. Le Real doit passer par les côtés pour ressortir de sa moitié de terrain. Coentrao reçoit le ballon : Blaszczykowski sort à sa rencontre pour l'empêcher d'avancer ou de trouver un joueur dans le coeur du jeu. Le latéral portugais choisit de jouer latéralement pour servir Khedira, mais celui-ci se retrouve sous la pression de Gundogan et Götze qui vont l'empêcher de se mettre dans le sens du jeu.

Les Madrilènes étaient du coup forcés de rechercher des solutions le long de la ligne de touche pour progresser dans le camp borussen. La relation Coentrao-Ronaldo a été la seule à véritablement fonctionner en première mi-temps pour ramener le jeu dans le camp allemand. Les combinaisons entre les deux hommes ont permis de faire reculer le bloc de Dortmund. Côté droit , Ramos et Özil n’ont pas eu le même rendement, pour des raisons évidentes : Özil n’était pas à l’aise dos au but -surtout sur la pression de Schmelzer- et Ramos n’évoluait pas du tout dans le même registre que Coentrao, habitué des montées balle au pied dans son couloir.

Une fois le ballon, le Real se heurtait de nouveau à l’agressivité de Dortmund dans le coeur du jeu. Bender et Gundogan coulissaient côté ballon pour venir en aide aux joueurs de couloir ; Reus suivait le mouvement en revenant dans l’axe pour se retrouver dans la zone de Khedira (en cas d’approche côté Coentrao) ; Götze et Lewandowski revenaient eux défendre de manière à occuper le rond central et à maintenir une pression dans la zone de confort de Xabi Alonso.

Le Real est en place dans le camp du Borussia. Piszczek et Blaszczykowski sont sur Ronaldo et Coentrao. Gundogan les rejoint pour répondre à l'apport de Modric dans la zone. En retrait, Götze surveille le déroulement de l'action et est prêt à sortir sur Xabi Alonso en cas de besoin. A l'opposée de l'action, Reus est au contact de Khedira. Devant la défense, Bender est en couverture.

Comme Barcelone face au Bayern, le Real était pressé d’atteindre les 30 derniers mètres, sous peine de se faire enfermer et de risquer de perdre le ballon (et de se faire contrer dans la foulée). Problème, Ronaldo et Coentrao manquaient de solution pour pouvoir enchaîner rapidement sur leur aile. Il a fallu attendre la fin de la première mi-temps pour entrevoir un espoir, lorsque Özil a quitté son aile droite, où il était sans influence, pour combiner avec les deux Portugais et même réussir à lancer Ronaldo dans l’espace.

Moins disponible, le Real pouvait aussi s’appuyer sur Higuain pour faire reculer le bloc du Borussia. A plusieurs reprises en première mi-temps, Varane a réussi à trouver l’attaquant argentin au sol, en traversant les deux premières lignes du Borussia sur une seule passe. Gundogan et Bender redescendaient alors pour se replacer derrière le ballon, ce qui ouvrait le terrain à Modric et Khedira venus soutenir Higuain dans l’axe. De la même façon, Xabi Alonso profitait de quelques secondes de répit, en attendant que Götze et Lewandowski reviennent se placer dans leur camp. Le problème restait toutefois le même : le Real devait enchaîner rapidement sous peine de voir le bloc allemand reprendre sa forme initiale et remettre la pression.

Deuxième mi-temps : l’accélération

Au retour des vestiaires, Mourinho a décidé de changer de système de jeu. Fini le 4-1-4-1 avec Modric et Khedira derrière Higuain, les Madrilènes sont passés dans leur 4-2-3-1 plus traditionnel, avec Özil derrière l’Argentin. Khedira est redescendu aux côtés de Xabi Alonso pour former le double pivot devant la défense et Modric a, par défaut, récupéré le couloir droit. Sur le papier, l’idée pouvait paraître séduisante puisqu’elle libérait Özil de son aile et lui permettait de se trouver plus facilement Ronaldo et Coentrao pour réitérer les mouvements de la fin de première mi-temps. Mais dans les faits, ce changement tactique a fait rejaillir les mauvais souvenirs des deux matchs de poules disputés face au Borussia (lire : Borussia Dortmund 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique).

Défensivement d’abord, Dortmund s’est adapté sans grande difficulté. Lorsque l’équipe était repliée dans sa moitié de terrain, Bender récupérait le marquage de Özil ; Gundogan continuait lui de soutenir ses joueurs de couloir face aux attaques du duo Coentrao-Ronaldo. La présence de Khedira à hauteur de Xabi Alonso offrait un peu plus de solutions aux Madrilènes pour conserver le ballon dans le coeur du jeu. Mais les conséquences n’ont pas été trop importantes pour le bloc défensif allemand puisqu’il restait bien compact face aux approches plein axe. Seul Kaka, entré en jeu à la place de Xabi Alonso (80e) a apporté un plus dans cette zone du terrain. Trop tard pour permettre au Real de revenir.

Capables de s’adapter défensivement, le Borussia Dortmund a surtout profité du changement de système de son adversaire pour faire la différence devant. La clé du succès : le rapprochement des quatre attaquants (Reus, Blaszczykowski, Götze et Lewandowski) qui a une nouvelle fois mis à mal le système défensif du Real Madrid. Piszczek et Schmelzer se chargeant d’offrir des solutions sur les extérieurs, le quatuor offensif du Borussia a évolué en bloc et s’est baladé sur la largeur du terrain, suivant la circulation de balle dictée par les quatre relanceurs (Gundogan, Bender, Hummels et Subotic). En cas d’approche côté droit par exemple, les Borussen fixaient les joueurs de couloir du Real grâce à Piszczek et Blaszczykowski. Lewandowski attirait la défense centrale tandis que Götze et Reus se retrouvaient entre les lignes, obligeant Xabi Alonso et Khedira à coulisser de ce côté du terrain. La force du nombre et les automatismes entre les attaquants permettaient au Borussia de faire tourner le ballon dans des petits périmètres avant de le ressortir ou de centrer dans la surface.

Dortmund-Real comme lors de la phase de poules. Les positions des quatre attaquants fixent la défense et les milieux madrilènes d'un seul côté du terrain. Sur cette image, Ronaldo est trop haut et le couloir est ouvert pour Piszczek. Özil un peu court sur le pressing, Gundogan peut ajuster son ouverture.

Ronaldo est en place face à Piszczek. Özil est lui revenu défendre pour aider Xabi Alonso et Khedira. Son retour permet au Real de mieux couvrir un peu plus la largeur devant sa défense. Sauf que sur cette action, Gundogan va profiter de l'absence d'adversaire direct pour accélérer, passer devant Özil puis Modric avant d'ajuster une frappe qui aurait filé sous la transversale sans une superbe parade de Diego Lopez.

Les trois buts inscrits par le Borussia en deuxième mi-temps sont partis de mouvements initiés sur ce même flanc droit, grâce à des combinaisons tournant autour de Reus, Götze et Blaszczykowski. Le troisième but est d’ailleurs un quasi copié-collé du second inscrit lors de la première confrontation entre les deux équipes cette saison : une approche sur l’aile droite qui attire l’ensemble du bloc madrilène dans un petit périmètre, un centre renvoyé par la défense, et un ballon récupéré par Schmelzer qui profite de l’absence d’adversaire pour frapper sans se poser de question. A l’automne dernier, le latéral gauche avait marqué ; cette fois, sa reprise est arrivée dans les pieds de Lewandowski qui a fini le travail.

Coaching et conclusion :

Juste après le 4e but de Lewandowski, Mourinho a fait entrer en jeu Di Maria et Benzema à la place de Modric et Higuain. Après quelques minutes d’essais dans le même système, les Madrilènes sont passés dans un simili-442 avec Özil à droite, Di Maria à gauche et Ronaldo se baladant entre l’aile gauche et la pointe de l’attaque pour soutenir Benzema. L’axe restant inaccessible, même pour les dribbles de Di Maria, le jeu du Real est resté cantonné aux couloirs. Côté droit, Özil et Ramos ont tenté de jouer directement vers Benzema, Ronaldo ou Di Maria qui plongeaient dans l’axe pour mettre à contribution la défense allemande. Côté gauche, le jeu était plus construit et les Madrilènes ont profité d’espaces dans l’axe (fatigue des attaquants ?) pour progresser dans les 30 derniers mètres. Sans succès à la finition toutefois.

De son côté, Jurgen Klopp a assuré le coup dans le final en faisant entrer en jeu Kehl pour justement renforcer son milieu de terrain (à la place de Blaszczykowski, 82e). Grosskreutz et Schieber ont aussi participé à la fête dans les dix dernières minutes. A une erreur individuelle près (celle de Hummels sur le but madrilène), Dortmund aurait pu se targuer d’avoir réalisé le match parfait, comme le Bayern la veille. Au lieu de ça, les Borussen auront quelques heures pour savourer leur succès de prestige avant de se plonger dans la préparation du match retour dans une semaine. Car si le plus dur a été fait, il ne faudra certainement pas laisser de place au hasard à Madrid.

———————————————————————

Aujourd’hui aussi sur les Chroniques Tactiques : premier essai pour un nouveau format des Chroniques Tactiques en vidéo. En complément de l’analyse tactique écrite de Bayern-Barcelone, voici une séquence de 2 minutes 30 de jeu décortiquée de manière à illustrer au plus près le système défensif des Bavarois mardi soir : S01E12 Bayern-Barça : la séquence vidéo.

Vous aimerez aussi...

6 réponses

  1. aziz dit :

    Ceci est un commentaire objectif de quelqu’un qui n’aime pas Mourinho:
    Pour moi, ce match est la preuve que mou est vraiment un petit entraineur. En effet, comment peut-on jouer une demi-finale de champion’s league en terrain adverse qui plus est d’un adversaire qui vous a déjà fait souffrir avec AUTANT de modifications de la disposition habituelle des joueurs de l’équipe:
    1- Tenter pour une première fois un axe central Pepe-Varane
    2- Mettre Modric au centre du dispositif offensif quand on sait qu’il n’a rien prouvé depuis qu’il est au Réal. Son seul moment de gloire est l’égalisation à Old Trafford grâce à un coup de chance: à 10 contre 11 il s’est retrouvé sans adversaire direct et a pu jouer et tirer librement.
    3- Comment peut-on reléguer Özil à un rôle d’animateur de côté droit alors qu’il a joué tous les matchs importants au centre et avec succès ??!!
    Autre chose: Les allemands en encaissant le but alors qu’ils étaient près du 2-0 (penalty refusé) étaient carrément assommés et je craignais le pire pour eux à la reprise. Pas du tout, c’est l’inverse, le Réal qui a finis la 1ere mi-temps sur une bonne dynamique s’est affaissé encore plus en seconde mi-temps. La preuve que le discours de mou à la pause n’est pas passé et je pense même que plus personne dans les vestiaires l’écoute. Dit en passant : le but s’est fait sur une connerie de Hummels qui va aller au Barça, ça promet pour la défense de cette dernière…
    Enfin : C’est quoi le fond de jeu du Réal de mou? Pour moi : Rien. Contre attaque contre plus fort (Barça) et victoire à la massue Ronaldo contre plus faible. Quand l’adversaire est de la même envergure (Manchester, Dortmund)et que c’est au Réal de développer le jeu: indigeste.

  2. Raoul dit :

    Ceci est un commentaire objectif pour te stopper dans ta haine de Mourinho. Petit entraîneur tu dis ? Tu as vu son palmarès ou tu as commencé à regarder le foot hier soir ?
    Pour info, l’axe Varane-Pepe était la seule solution vu qu’Essien est blessé, Arbeloa suspendu, mettre Ramos à droite était donc la seule solution car Pépé n’a jamais joué à droite au Real à ce que je sache et Ramos a été pendant longtemps un latéral au Real.
    Mettre Modric dans l’axe était encore la seule solution vu que Di Maria n’était pas titulaire à cause de problèmes familiaux qui auraient même pu l’empêcher de jouer hier (sa femme a accouché prématurément et jusqu’à quelques heures avant le match il était incertain). Özil contrairement à ce que tu racontes à déjà joué à gauche avec succès (l’an passé lors d’un ou 2 classicos pendant la blessure de Di Maria par exemple donc ce n’était pas de petits matches). Modric a plus d’aptitude défensive qu’un Özil et peut donc se replacer aux côtés de Khedira Alonso pour passer avec un axe à 3 milieux.
    Enfin tu demandes le fond de jeu du Réal de Mou. Ils ont été champion d’Espagne, vainqueur de la coupe d’Espagne, 3x en demi de LDC alors si tu me trouves une équipe au Monde qui sans fond de jeu réussit tout ça je m’incline. Tu peux ne pas aimer un entraîneur mais évite de sombrer dans des propos d’une bêtise affolante.

  3. RMCF dit :

    Je crois que Raoul a tout dit.

  4. laye dit :

    salut
    complétement d’accord avec ton analyse Raoul.Celle de aziz est d’une rare betise!
    Mdr…

  5. Parions Sport dit :

    Raoul a tout dit. Et quand on voit comme Mourinho est sollicité par Chelsea pour venir entraîner la saison prochaine, je crois qu’il séduit toujours autant…

  6. nortyl valery dit :

    raoul a cmpletement raison

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *