Borussia Dortmund 3-2 Malaga, l’analyse tactique

Au bout du suspense, Dortmund est allé chercher sa qualification pour les demi-finales de la Ligue des Champions. Pendant 90 minutes, Malaga a su canaliser la fougue des Borussen grâce à un collectif impeccable. Les Espagnols pensaient avoir fait le plus dur en reprenant l’avantage à dix minutes de la fin. Mais c’était sans compter sur un final invraisemblable qui a fait de Felipe Santana le héros de la rencontre.

Aucune surprise n’était à signaler au coup d’envoi dans le onze des locaux. Excepté Hummels, de retour de blessure et laissé sur le banc, tous les cadres étaient présents sur la pelouse de l’ex-Westfalenstadion (Weidenfeller – Piszczek, Subotic, Santana, Schmelzer – Bender, Gundogan – Blaszczykowski, Götze, Reus – Lewandowski). Du côté de Malaga, Manuel Pellegrini devait composer sans deux de ses titulaires : Weligton en défense centrale et Iturra dans l’entrejeu, tous deux suspendus. Ils étaient remplacés poste pour poste par Sergio Sanchez et Camacho. Face au 4-2-3-1 allemand, Malaga opposait un 4-4-2 similaire à celui qui lui avait permis de venir à bout du FC Porto (lire : Malaga 2-0 FC Porto, l’analyse tactique) au tour précédent (Caballero – Gamez, Sanchez, Demichelis, Antunes – Toulalan, Camacho – Duda, Isco – Joaquin, Julio Baptista).

Malaga bloque Dortmund

D’entrée de jeu, Malaga a abandonné la possession de balle à son adversaire du soir, peu habitué à l’avoir depuis le début de la compétition (44% de possession pour le Borussia Dortmund cette saison en C1, soit le plus faible total des huit quarts de finaliste). Premier job pour les Andalous : bloquer efficacement la relance adverse afin d’empêcher Dortmund d’accélérer dans la première moitié de leur camp.

En pointe du 4-4-2, Julio Baptista et Joaquin étaient positionnés aux abords du rond central. Ils coupaient ainsi les possibilités de transmission courte de Santana et Subotic vers leurs milieux de terrain, Gundogan et Bender. Sur les côtés, Isco et Duda avaient le même objectif avec les deux latéraux du Borussia. Bref, la première ligne de Malaga s’attachait à rendre indisponibles aux relanceurs les quatre joueurs chargés de la transition (4-2-3-1 = quatre solutions de transition sur le papier : 2 latéraux et 2 milieux axiaux).

Felipe Santana et Subotic sont libres de s'échanger le ballon. C'est une autre histoire dès qu'il s'agit de jouer vers l'avant : les positions de Isco, Julio Baptista, Joaquin et Duda les empêchent de trouver leurs relais habituels.

Face à une telle première ligne, Dortmund était condamné à changer de disposition tactique pour sortir de sa moitié de terrain ; en d’autres termes, les joueurs chargés de la transition devaient décrocher ou changer de zone pour se rendre disponibles à Subotic ou Santana. Mais la première ligne de Malaga réagissait aussi à ces mouvements. Lorsque Gundogan décrochait entre Santana et Subotic (qui s’excentraient dans le même mouvement), Isco repiquait dans l’axe : Malaga opposait alors une ligne de trois face à la relance à trois du Borussia, et bloquait à nouveau l’axe. Comme Gundogan, Bender et Götze ont décroché pour participer à l’effort de relance mais à chaque fois, Malaga proposait une opposition qui leur empêchait de trouver des relais autres que sur les extérieurs.

Trois joueurs à la relance pour Dortmund, trois Malaguenos pour s'opposer à eux : Subotic face à Isco, Baptista face à Gudogan et Joaquin face à Santana. Toujours pour empêcher la relance de trouver des relais à l'intérieur du terrain.

Le bon positionnement de la première ligne de Malaga limitait les espaces dans l’axe et facilitait la tâche de Toulalan et Camacho, positionnés devant la défense. Avec peu d’intervalles à surveiller, les deux hommes ont pu anticiper et jaillir sur les rares tentatives du Borussia qui ont fendu le premier rideau défensif. En couverture, la défense évoluait la plupart du temps très bas sur le terrain, de manière à limiter les espaces dans la profondeur. La vitesse de Lewandowski et la capacité de Subotic ou Gundogan à allonger de leurs positions reculées auraient pu mettre en difficulté la défense centrale Demichelis-Sanchez si celle-ci avait été forcée d’évoluer plus haut.

Plan large de la position du bloc de Malaga par rapport à la relance du Borussia : les quatre attaquants sont là pour empêcher les transmissions au sol et dans la profondeur. Les deux milieux de terrain doivent eux surveiller les intervalles, en comptant sur un bon positionnement des deux partenaires placés devant eux pour bloquer le coeur du jeu.

Dortmund en contre, Malaga autour de Baptista

Il a fallu attendre huit minutes de jeu pour voir le premier mouvement offensif des ex-champions d’Allemagne. Celui-ci est parti d’une récupération de balle au milieu de terrain, après un ballon mal-ressorti par les milieux de Malaga. A partir du moment où les attaquants espagnols étaient pris par leurs adversaires directs, Dortmund avait un coup à jouer en lançant des contres avant que ces derniers n’aient le temps de se réorganiser pour protéger leur socle défensif (défense + Camacho-Toulalan). Le mouvement aboutissant au but égalisateur de Lewandowski (41e) a d’ailleurs démarré par un ballon perdu par Antunes dans le couloir gauche. Le contre borussen est ensuite allé plus vite que les compensations espagnoles.

Antunes vient de perdre le ballon sur l'aile gauche. Hors-champ et positionné dans le couloir droit, Götze se retrouve sans adversaire direct et oblige les trois défenseurs restants à se décaler pour couvrir l'absence du latéral gauche. En possession du ballon, Piszczek trouve le relais de Blaszczykowski pour atteindre son n°10 en éliminant Toulalan et Camacho (censé faire la compensation). La passe de Götze et le talent de Reus permettent ensuite à Lewandowski de profiter de ce décalage initial.

Capable de récupérer des ballons dans l’entrejeu, Malaga se retrouvait en revanche en difficulté au moment de contrer après ces ballons gagnés en raison de la présence d’un grand nombre de joueurs sur leur route. A partir du moment où Bender ou Gundogan décrochaient pour remonter les ballons, ils étaient sur leur route lorsqu’ils tentaient de contre-attaquer. Paradoxalement, c’est quand ils repartaient de leur moitié de terrain – et donc lorsque Dortmund réussissait à pousser ses actions jusqu’au bout – que les hommes de Pellegrini se montraient les plus dangereux. Positionné à la pointe de l’attaque, Julio Baptista était dominant dans les airs à la retombée des longs ballons. Son physique lui permettait de résister au pressing adverse Le Brésilien orientait ensuite le jeu en fonction des courses de Joaquin ou Isco, comme sur le premier but (25e).

Dortmund : des espaces sur les extérieurs

Dos à dos à la mi-temps, les deux formations sont revenues sur le terrain avec les mêmes objectifs qu’au coup d’envoi. Du côté de Dortmund, il s’agissait toujours de trouver la solution pour franchir la première ligne de Malaga. Véritable attaquant de pointe en début de partie, Lewandowski a commencé à décrocher pour tenter de faire parler son physique dans la zone de Camacho-Toulalan. Mais la première ligne espagnole faisant toujours son travail, les espaces se trouvaient surtout dans les couloirs pour les hommes de Jurgen Klopp : Isco et Duda participant à la protection de leurs milieux axiaux, ils abandonnaient naturellement des espaces le long de la ligne de touche. Pour le Borussia, la clé était de pouvoir trouver Schmelzer et Piszczek dans leur dos.

En deuxième mi-temps, les décrochages de Bender à la droite de Subotic ont perturbé le positionnement d’Isco et permis aux deux hommes (l’un après l’autre) de trouver Piszczek lancé dans le couloir. Côté gauche, Santana devant lui s’avancer avec le ballon jusqu’à trouver les relais de Gundogan juste derrière Baptista et Joaquin. Avec les décrochages de Lewandowski et les déplacements de Götze et Reus sur la largeur, Camacho et Toulalan étaient forcés de rester plus bas. Gundogan bénéficiait du coup d’une certaine liberté et avait le temps d’orienter le jeu vers son latéral avant que Duda -l’adversaire le plus proche- n’ait le temps de sortir à sa rencontre.

Santana trouve Gundogan qui oriente directement le jeu vers Schmelzer. Le décrochage de Lewandowski s'ajoute au mouvement de Götze, ce qui permet d'occuper les deux milieux de terrain de Malaga.

Le rôle de Mario Götze était aussi très important puisqu’il permettait aux latéraux d’enchaîner dans les couloirs. A la manière de Valbuena à Marseille (lire : L’OM d’Elie Baup), l’international allemand jouait sur sa mobilité pour créer des surnombres sur les ailes en s’intercalant entre milieux excentrés et latéraux adverses et combiner avec ses partenaires du couloir. Ses mouvements entraînaient ceux de la paire Toulalan-Camacho, obligée de coulisser pour empêcher qu’un surnombre puisse se créer en faveur du Borussia.

Avec un milieu excentré et l’autre dans l’axe, des espaces s’ouvraient logiquement côté opposée pour le Borussia. Plusieurs fois durant le premier acte, on a ainsi vu les joueurs de Jurgen Klopp renverser le jeu de la droite vers la gauche pour lancer Schmelzer lorsqu’ils ne pouvaient pas finir le mouvement côté droit. Obligé de se déplacer à nouveau sur la largeur, le bloc andalou avait alors besoin du repli de Joaquin ou Julio Baptista pour suivre les incursions de Gundogan.

Malaga : limiter les risques

Pour Malaga, les frayeurs de la première mi-temps pouvaient être évitées grâce à une meilleure utilisation du ballon à la récupération de balle. Les minutes passant, les joueurs de Pellegrini ont adopté une approche de plus en plus conservatrice, laissant à leurs quatre attaquants le soin de mener les mouvements offensifs. Alors qu’ils dédoublaient en début de partie, Gamez et Antunes restaient en défense et cherchaient les courses de Joaquin et Isco ou les relais dos au but de Julio Baptista. Piszczek et Schmelzer évoluant de plus en plus haut, des espaces s’ouvraient dans leur dos pour remonter les ballons. Offensivement, la dernière demi-heure a été celle d’Isco, auteur de plusieurs remontées de balle utiles pour soulager ses défenseurs, l’une d’entre elles aboutissant au but d’Eliseu après un relais de Joaquin dans le dos de Piszczek (82e).

En une passe, Antunes (ou Toulalan ?) parvient à éliminer quatre adversaires sortis au pressing, dont Piszczek, le latéral droit. Conséquence, Isco et Joaquin se retrouvent à jouer un deux-contre-un face à Subotic en couverture. Ils le joueront parfaitement et le plus jeune des deux sera lancé plein axe vers les buts de Weidenfeller. Il servira ensuite Julio Baptista dans la profondeur, lui-même relayé par Eliseu pour finir le travail.

Quelques minutes plus tôt, Dortmund s’était crée deux énormes occasions. La première était partie d’une longue ouverture de Sahin, entré en jeu à la place de Bender (73e), parfaitement retombée dans la course de Piszczek dont le centre avait été repris par Reus (77e). Puis c’est une incursion de Götze, parti depuis la zone de relance (tenue par Sahin, Gundogan, Subotic et Santana), qui avait semé la panique dans le milieu adverse pour aboutir sur un nouvel arrêt de Caballero (78e).

Le milieu de Malaga a petit à petit reculé par rapport au début de partie, notamment en raison des mouvements de Lewandowski. La première ligne en a fait de même ne pas laisser trop d'espaces dans la première moitié de son camp. Ici, Sahin profite de la course vers l'intérieur de Blaszczykowski qui embarque Antunes pour lancer Piszczek dans le couloir. Oublié par Isco, le latéral droit offrira un caviar à Reus, repoussé par Caballero.

A 2-1 à moins de dix minutes de la fin, il était difficile d’imaginer Dortmund revenir. Et pourtant, la dernière carte abattue par Jurgen Klopp a payé. En envoyant Felipe Santana à la pointe de l’attaque et en comptant sur le jeu long de Hummels, entré en jeu à la place de Gundogan (86e), et de Sahin pour mettre la pression sur la défense andalouse, celle-ci a fini par craquer, symbolisée par la trajectoire mal lue par Demichelis sur le but égalisateur.

Conclusion

Malaga est passé à quelques minutes du match presque-parfait. Solides collectivement, très efficaces devant, les Andalous ont décidé de la majeure partie de la rencontre dans le sens où ce sont leurs erreurs qui ont offert des munitions à Dortmund, notamment en première mi-temps. En difficulté dès qu’il s’agissait de poser le jeu, les Allemands ont montré leur supériorité dès qu’il s’agissait de hausser le rythme pour jouer à pleine vitesse (contre-attaques, fin de partie etc…). Il faudra toutefois montrer autre chose en demi-finale, surtout si le Real Madrid se dresse sur leur route. Même si son équipe a fini derrière celle de Klopp durant la phase de poules (lire : Borussia Dortmund 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique), José Mourinho a les armes pour faire très mal au Borussia s’il décide de s’inspirer de  l’approche tactique de Manuel Pellegrini lors de ce match retour. Et ce ne serait pas une première fois pour les deux hommes (voir : Comment contrer la relance du Barça ? Comment contrer la construction du Barça ?)

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5 réponses

  1. Lamine dit :

    Ne pensez vous pas que la presence de Hummels en debut de match aurait pu regle les problemes du Borussia? Lui contrairement a Subotic et Santana aurait pu s’avancer avec le ballon et forcer un des deux attaquants de Malaga a venir a sa rencontre et du coup liberer des espaces pour transmettre a Gundogan

  2. RMCF dit :

    Superbe analyse encore une fois ( on en ferait presque une chanson! ).

  3. nacer dit :

    Oui Lamine. Surtout que son jeu long est remarquable contrairement aux deux autres DC du BvB. Mais Hummels revenait d’une blessure et il manquait du rythme. Un peu risqué de le faire jouer directement dans une telle affiche. Surtout que Klopp a déjà tenté de le faire jouer immédiatement après son rétablissant et Hummels a causé pas mal de bourdes. Décision compréhensible donc.

    Sinon, analyses toujours autant instructives :)

  4. Oussama dit :

    Superbe analyse, l’auteur de cet article est un bon observateur. Je peux dire que malaga a fait un bon matche les erreurs qu’ils ont commit son du a leur excès de confiance surtout après les 80 minutes du matche. Je pense que c’est le résultat de leur manque d’expérience.

  5. ahmed dit :

    bonsoir..on en vois souvent des fin de match comme ça on bondsligua ,c’était au moment ou la concentration de malagua a baissé.coache pelligrini n’a pas démirité on y ant pu les stoppé pendant les 90mn je dirais que cété une leçon d’analyse et ça ma beaucoup servi .

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