Borussia Dortmund 2-3 Marseille, l’analyse tactique

De nulle part. C’est de là qu’est revenu l’OM pour aller chercher la victoire et sa qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions sur la pelouse de Dortmund. Après 45 minutes de néant, dominés dans tous les domaines par le champion d’Allemagne, les Marseillais ont inscrit le but qui a coupé les jambes de leurs adversaires. Et les réajustements (forcés ?) opérés par Deschamps à la mi-temps ont permis de rééquilibrer les débats en attendant que le Borussia ne craque de lui-même.

Les compositions :

Quelques absences sont à signaler du côté de Dortmund par rapport à l’équipe qui a pris 3-0 au Vélodrome il y a quelques semaines. Santana et Löwe rentrent en défense, Gundogan au milieu, Kuba à droite et Barrios à la pointe de l’attaque : Weidenfeller (1) – Piszczek (26), Santana (27), Hummels (15), Löwe (24) – Kehl (5), Gundogan (21) – Kuba (16), Lewandowski (9), Götze (11) – Barrios (18).

Côté marseillais, sans la moindre surprise, c’est le onze de départ qui a notamment dominé le Paris Saint-Germain il y a deux semaines qui est reconduit par Didier Deschamps. Tous sauf un ; Morel blessé, est remplacé par Traoré : Mandanda (30) – Azpilicueta (2), Diawara (21), Nkoulou (3), Traoré (13) – Diarra (4), Mbia (17) – Amalfitano (18), Lucho (8), Ayew (20) – Rémy (11).

Marseille trop bas :

Comme les compositions et les enjeux de la rencontre laissaient le présager, le début de la partie montre un bloc marseillais bien en place dans sa moitié de terrain et des Allemands à la recherche de la moindre faille pour lancer l’un de ses quatre joueurs à vocation offensive. Bien planté dans l’axe, le quatuor Diawara-Nkoulou-Mbia-Diarra force logiquement ses adversaires à aller chercher des espaces sur les côtés pour lancer leurs mouvements depuis le milieu de terrain.

Ainsi, les mouvements allemands se lancent en majorité depuis son côté droit (Piszczek-Kuba). Le latéral droit du Borussia ayant la profondeur bloquée par le repli de Ayew, les deux hommes forment un triangle de relance avec l’un des deux milieux axiaux (Kehl mais surtout Gundogan) qui sont en surnombre dans la zone du seul Lucho. Car derrière, Mbia et Diarra restent strictement sur la même ligne de manière à pouvoir négocier à la fois le travail de Lewandowski entre les lignes marseillaises, mais aussi les rentrées à l’intérieur de Götze depuis le couloir gauche.

Une fois servi dans le camp adverse, Kuba profite de sa supériorité face à Traoré et de la mobilité de tous ses partenaires pour créer le danger dans les 30 derniers mètres marseillais. Au choix, il peut bénéficier de l’apport de Piszczek pour dédoubler sur l’extérieur ; des appels de Lewandowski entre le latéral et le stoppeur marseillais alignés, ou bien de l’appel en profondeur de Barrios entre les deux défenseurs centraux au cas où l’OM soit dans une situation de repli (défense sur le reculoir).

Côté gauche, le jeu du Borussia est en revanche beaucoup moins fluide. Le jeune Löwe ne pousse pas autant ses montées que Piszczek et Götze doit combiner avec Gundogan venu du milieu de terrain pour influer sur le jeu depuis cette zone. Résultat, Dortmund manque de vitesse sur cette aile, d’autant plus que Azpi et Amalfitano répondent aussi présent, et cherchera le plus souvent à rentrer dans l’axe plutôt que de déborder.

Légende : l’ovale noir symbolise la zone du surnombre pour le Borussia facilitant la relance, symbolisée en jaune ; l’ovale rouge met lui en avant les déplacements de Götze et Lewandowski empêchant Diarra et Mbia d’aller presser une ligne plus haut ; en blanc sont marquées les déboulées habituels en phase de finition côté allemand avec un Kuba à la provocation et les appels des trois autres joueurs.

Dortmund au pressing

Outre la domination territoriale, Dortmund a aussi imposé à l’OM un énorme pressing au cours des 40 premières minutes de jeu. De par son animation offensive, qui faisait la part belle à l’utilisation des couloirs, les Allemands ont d’abord obligé Ayew et Amalfitano à défendre beaucoup et à donc évoluer très bas pour aider leurs latéraux. Se retrouvant à huit joueurs dans les 30 derniers mètres, les Phocéens ont ensuite subi la pression tout terrain du Borussia. Une pression efficace grâce à des couvertures parfaites des joueurs au registre plus conservateur.

Ainsi, côté gauche, les combinaisons entre Gundogan et Götze étaient couvertes par Löwe. Ce dernier offrait une solution en retrait en cas de besoin ou n’hésitait pas à jaillir sur son adversaire direct (Amalfitano) avant que celui-ci n’ait le temps de se retourner pour opérer la relance. Même topo dans l’autre couloir, excepté que le travail de couverture/soutien revenait cette fois au milieu défensif (Kehl puis Da Silva ou Gundogan selon leurs suivis de l’action en cours), Piszczek et Kuba se chargeant de l’animation.

Dans le même registre que ses deux coéquipiers, Hummels se chargeait de s’occuper de Lucho dans l’axe. Le défenseur allemand était aussi un soutien de choix pour permettre la circulation du ballon dans l’entrejeu, n’ayant pas peur de rentrer dans le camp adverse (Löwe ou Da Silva restant en couverture aux côtés de Santana) pour orienter le jeu, notamment par plusieurs transversales vers le côté fort du Borussia (à droite).

Légende : en noir sont symbolisés les duos du Borussia allant animer les couloirs (cercles blancs) ; en bleu sont symbolisés les replis des deux joueurs de couloir offensifs marseillais ; en rouge sont symbolisés les joueurs évoluant en soutien/couverture permettant de créer le surnombre pour permettre à Dortmund de presser et de ressortir le ballon correctement depuis un couloir.

Retouches :

Arrive alors les arrêts de jeu de la première mi-temps et la réduction du score venue de nulle part de Loïc Rémy. Un but qui change complètement la donne puisque Dortmund doit repartir pour inscrire trois buts au retour des vestiaires. Au vu des efforts consentis en première mi-temps, cela apparaît déjà compliqué et les Allemands repartent certainement aux vestiaires assommés en sachant que refaire ce qu’ils ont fait pendant 45 minutes ne suffira plus. Autre changement notable côté marseillais, M’Bia cède sa place au profit de Cheyrou qui rentre dans l’entrejeu.

L’entrée du numéro 7 marseillais a réorganisé le milieu de terrain phocéen : Diarra a évolué plus en retrait pour marquer Lewandowski et Cheyrou a ainsi pu, avec Lucho et Rémy, beaucoup plus proche de ses milieux de terrain en deuxième mi-temps, perturber la mise en place du jeu du Borussia en sortant sur les deux milieux défensifs (Gundogan et Da Silva). Les conséquences ne se font pas attendre sur la fluidité du jeu du Borussia. En difficulté pour reformer le triangle de la première mi-temps, les Allemands commencent à sauter leur milieu de terrain pour tenter d’atteindre Barrios ou Lewandowski en pivot dans l’airs.

Un régal pour la défense centrale marseillaise qui domine dans les airs et, si ce n’est pas le cas, est beaucoup plus présente à la retombée du ballon. Autre conséquence des ballons balancés depuis la ligne médiane, Dortmund est beaucoup moins compact et ne peut pas mettre en place le même pressing qu’en première mi-temps. L’apport de Cheyrou permet en outre de faciliter les sorties de balle. Dortmund se retrouve mis sur le reculoir sur plusieurs phases de jeu et sa défense montre rapidement quelques signes de faiblesse.


Légende : une statistique qui permet de mettre en exergue la solidité retrouvée des Marseillais au coeur du jeu, les interceptions réussies. En première mi-temps, l’OM a récupéré beaucoup de ballons sur les côtés, dans des zones où le pressing adverse était ensuite très bien en place. Gagner des ballons dans l’axe rendait cela immédiatement plus compliqué, les joueurs ayant récupéré le ballon bénéficiant justement des appels des joueurs de couloir qui offraient des solutions.

Chaos et finition :

Les débats rééquilibrés, la deuxième mi-temps s’est divisée en trois temps. Dans le premier, les Phocéens ont mis en place leur nouveau système, mettant à mal la défense adverse. Le Borussia a ensuite réagi à l’heure de jeu, opérant en attaques rapides grâce à l’entrée de Kagawa plus mobile et donc plus difficile à marquer que Lewandowski pour Diarra. Les champions d’Allemagne ont alors manqué plusieurs balles de break à 3-1 sur des débordements venus de la gauche (Perisic en un-contre-un). Des occasions manquées qu’ils auraient pu ne pas payer s’ils n’avaient pas non plus été coupables d’errements défensifs fatals (sur corner pour le 2-2 et sur le solo de Valbuena pour le 3-2).

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *