Borussia Dortmund 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique

Le Bayern à Lille, Schalke à Arsenal et donc le Borussia Dortmund face au Real Madrid. Les clubs allemands avaient le vent en poupe cette semaine en Ligue des Champions. Dans son stade, le champion national s’est offert le scalp du grand Real Madrid. Rivalisant dans l’entrejeu, les hommes de Jurgen Klopp ont confirmé leurs énormes progrès par rapport à leur précédente campagne européenne, dans la tête comme dans les jambes.

Compositions et systèmes de jeu :

Après avoir ramené un bon point de Manchester City, le Borussia Dortmund abordait ce choc face au favori madrilène dans de bonnes dispositions. Devant son public, le champion d’Allemand s’est présenté dans son schéma de jeu traditionnel en 4-2-3-1. Par rapport à l’équipe-type, un seul changement était à signaler : le forfait de Blaszczykowski sur blessure remplacé par Reus sur l’aile droite, Grosskreutz en profitant à gauche. L’ancien joueur de M’Gladbach complétait le quatuor offensif aux côtés Götze, Lewandowski et Grosskreutz. Dans l’entrejeu, Kehl et Bender étaient à la récupération devant la ligne de défense (de droite à gauche : Piszczek, Subotic, Hummels et Schmelzer). Comme d’habitude, Weidenfeller gardait les cages.

Côté madrilène, José Mourinho a aussi conservé son système de jeu habituel en 4-2-3-1. Il devait toutefois composer avec les absences de ses deux latéraux titulaires, Marcelo et Arbeloa, tous deux blessés durant la trêve internationale. Pour les remplacer, le technicien a respectivement fait appel à Essien et Ramos, Varane profitant du replacement de ce dernier dans le couloir droit pour être titulaire dans l’axe. Devant la défense, aucune surprise à signaler puisque les six titulaires étaient bien présents : Xabi Alonso, Khedira, Ronaldo, Özil, Di Maria et Benzema.

Le Borussia laisse le ballon :

Habitués à presser très haut leurs adversaires, les hommes de Jurgen Klopp ont adopté une tactique plus patiente du fait de la force de frappe de leurs adversaires. A l’instar de Kroos et Mandzukic hier soir à Lille, Lewandowski et surtout Götze ont travaillé défensivement pour peser dans l’axe et gêner la circulation de balle des Madrilènes dans leur camp. Le premier se positionnait entre Varane et Pepe, de manière à empêcher les transmissions entre les deux stoppeurs. Götze était lui au marquage de Xabi Alonso et tentait de limiter au maximum l’influence de ce dernier (jeu long, renversements de jeu etc…). Sur les côtés, Reus et Grosskreutz fermaient les couloirs. Le premier cherchait parfois à couper la relation Pepe-Essien alors que le second se repliait à hauteur de ses milieux de terrain de manière à s’opposer à Di Maria si l’Argentin venait à repiquer dans l’axe pour demander le ballon à l’intérieur.

Dortmund au pressing : les marquages sont indiqués en rouge. les lignes madrilènes en blanc. Ici, Ronaldo décroche et cherche un relais de Essien en projection. Reus suit le mouvement du latéral madrilène tandis que Bender et Götze s’approche de la zone où est censé arriver le Ghanéen.

Derrière cette première ligne du Borussia, Bender et Kehl restaient en place, cherchaient les interceptions ou suivaient les attaquants madrilènes si ces derniers venaient à décrocher (Ronaldo et Özil en début de partie). L’ouverture du score de Lewandowski a été la conséquence directe de ce très bon travail de la première ligne du Borussia. Mis sous pression par Reus et Lewandowski, Pepe s’est risque à une passe vers l’avant cherchant à transpercer le premier rideau du Borussia. Parfaitement placé, Kehl a su intercepter le ballon et lancer Lewandowski dans la profondeur dans le même mouvement. Parti entre Pepe et Varane, l’international polonais a parfaitement mené son action en solitaire et a eu le sang-froid nécessaire pour tromper Casillas.

Le Real réagit immédiatement :

Sans ses latéraux habituels, le Real avait dû modifier son animation en début de partie. Au lieu de rester en place, les quatre attaquants ont beaucoup bougé sur la largeur, de manière à se rendre disponibles sur les premières passes tout en diminuant les distances entre eux. A plusieurs reprises, ils ont pu se trouver dans l’axe mais la majorité de leurs combinaisons ont manqué de justesse pour prendre à défaut la défense allemande (Özil en difficulté dans ce domaine). Pour ne rien arranger, la sortie de Khedira sur blessure à la 18ème minute leur a enlevé le seul joueur capable de venir de l’arrière pour apporter de la profondeur. Ni Essien ni Ramos n’étaient en mesure de le faire sur les côtés. Finalement, c’est sur un contre que les Madrilènes sont parvenus à égaliser. Après un duel remporté par Varane dans les 30 mètres madrilènes, le ballon est rapidement ressorti vers Özil qui a ajusté une merveille d’ouverture pour Ronaldo, parti dans le dos d’un Piszczek resté aux avants-postes. Un lob et une minute après l’ouverture du score, le Real revenait au score.

Entré à la place de Khedira, Modric a mis plusieurs minutes à entrer dans son match. Moins mobile que l’Allemand, il ne pouvait pas apporter la même chose que lui en se joignant. Il a montré en revanche son utilité au milieu de terrain, suppléant Xabi Alonso dans l’orientation du jeu. Afin de se défaire de Götze, l’Espagnol était en effet contraint de décrocher entre ses deux défenseurs centraux. Modric a alors pris le relais au milieu de terrain, devenant le lien entre le trio Pepe-Xabi Alonso-Varane et les attaquants madrilènes. Le Croate a orienté le jeu sur les ailes, vers Essien ou Di Maria, tout en usant de sa qualité technique pour résister aux tentatives de pressing de Kehl ou Bender. Plus bas que Ronaldo de l’autre côté, Di Maria s’est signalé par plusieurs ouvertures intéressantes dans le dos de la défense allemande. A gauche, Essien a cherché à jouer le plus rapidement possible avec Ronaldo.

Le Real Madrid remanié : Xabi Alonso décroché, Modric pour jouer les intermédiaires, les latéraux plus proches de leurs attaquants.

Essien abandonné :

Au retour des vestiaires, le Real semblait prendre le dessus dans sa nouvelle animation. Essien et Ramos se rapprochaient de leurs attaquants et, s’ils n’allaient pas jusqu’à dédoubler, offraient au moins des solutions pour tenir le ballon dans le camp allemand. Mais le match a finalement basculé dans l’escarcelle du Borussia Dortmund. Le champion d’Allemagne a profité de l’une des rares faiblesses du Real Madrid : le non-repli défensif de Ronaldo. En première mi-temps, le Real avait profité du positionnement avancé de l’ex-Ballon d’Or sur le contre amenant l’égalisation. Pour éviter à ce dernier de défendre, Özil revenait dans ses 30 mètres afin de soutenir Xabi Alonso et Modric. Car il revenait aux deux milieux défensifs madrilènes de soutenir leurs latéraux face aux montées de Schmelzer et Piszczek. Côté droit, Di Maria était aussi en partie déchargé du travail défensif, sans doute pour faire office de rampe de lancement pour les contres madrilènes.

Mais le Borussia n’a pas refait la même erreur qu’en première période. Schmelzer et Piszczek ne montaient plus n’importe quand. Et les hommes de Jurgen Klopp ont fini par faire basculer le match en leur faveur grâce à leurs deux jeunes, Götze et Reus. Positionné dans l’axe au départ des actions, le premier n’a cessé de dézoner pour s’intercaler entre Ronaldo et Essien. Se défaisant du marquage de ses adversaires directs, il offrait des relais pour ses milieux de terrain, ou pour Reus qui pouvait se permettre de plonger dans le dos du latéral gauche madrilène. Les deux hommes se sont aussi retrouvés ensemble sur l’aile, à fixer Essien et le milieu madrilène venu le soutenir (Xabi Alonso en général). De derrière, Piszczek les rejoignait en dédoublant dans le couloir de manière à créer le surnombre et le décalage. Ronaldo ne revenant jamais, le Polonais a pu déborder sans la moindre adversité et faire des différences grâce à sa vitesse.

Au-delà de se créer des situations favorables pour centrer, Dortmund a aussi visé des zones bien précises sur ces dernières passes. Plutôt que de chercher Lewandowski, au duel avec Varane ou Pepe, les Allemands ont cherché des solutions en retrait, à l’entrée de la surface. Il s’agissait là d’exploiter les espaces qui se créaient par le décalage des milieux madrilènes, partis soutenir leurs latéraux dans les couloirs. En première mi-temps, Kehl a ainsi envoyé un premier avertissement des 20 mètres, obligeant Casillas à une belle parade. Un petit quart d’heure avant le but, c’était au tour de Götze de voir son tir dévié par Casillas alors qu’il était dans une position idéale sur un centre en retrait de Piszczek. La lumière est finalement venue d’un centre de Götze, encore sur l’aile droite : renvoyé par Casillas, le ballon est revenu sur Schmelzer qui a profité de l’oubli de Di Maria et d’un milieu madrilène mis hors de position (Xabi Alonso et Modric décalés et battus à la préparation, Özil seul) pour offrir le but de la victoire aux siens.

La préparation du but de la victoire : le non-repli de Ronaldo oblige les milieux madrilènes à coulisser (Xabi Alonso et Modric), Özil ne compense pas leurs déplacements dans l’axe ce qui laisse un énorme espace devant une défense qui est au marquage de trois joueurs dans la surface. Di Maria ne regarde pas son adversaire direct qui partira dans son dos pour aller inscrire le second but du Borussia.

Fin du match :

Menés 2-1, le Real se devait de réagir mais n’a pas semblé en mesure de le faire. Son milieu de terrain a perdu en activité alors que Dortmund semblait reculer (Götze fatigué). Depuis le banc de touche, Mourinho n’a procédé qu’à un changement en fin de partie, faisant entrer Higuain poste pour poste à la place de Benzema. La défense allemande a dû répondre à quelques alertes en profondeur (appels de Ronaldo, Higuain) mais Weidenfeller a finalement pu passer une fin de soirée tranquille. Au final, Dortmund a remporté un succès logique : efficaces dans leur pressing, les Allemands ont su appuyer là où ça faisait mal pour la défense madrilène. Sur son côté, Essien a passé une mauvaise soirée et aurait certainement souhaité un peu plus d’aide de la part de son ailier gauche.

Vous aimerez aussi...

8 réponses

  1. aziz dit :

    A mon avis, sur ce match, c’est Mourinho qui a fait perdre le réal: à la sortie de Khedira, on attendait qu’il demande à Essien de le remplacer dans l’axe et qu’il fasse entrer un latéral gauche. Au lieu de ça, il introduit Modric qui défend moins que Khedira. Avec Essien milieu défensif de formation qui est latéral, on a deux joueurs qui ne sont pas à leur poste. Résultats: mauvais pressing et défense du réal—-> l’adversaire a des espaces pour jouer—–> défaite au bout. Mourinho a été en de ça sur ce coup.

  2. RMCF2002 dit :

    Tant mieux que le Brussia a gagné, ça mettra un peu plus d’enjeux pour le Real.

  3. alex dit :

    Quelqu’un a vu Karim pendant le match ?

  4. alex dit :

    Question: le jeu en triangle qui a fait mal au côté gauche de la défense madrilène ne s’inspire-t-il pas de la tactique barcelonaise façon Pep Guardiola?

  5. Jaouad dit :

    @aziz, le Real n’a pas de latéral gauche. Coentrao a été blessé lui aussi. Le problème, c’est que CR7 aurait dû se replier beaucoup plus que ça pour venir aider Essien qui n’est pas un latéral de formation . Surtout que contrairement à Schmelzer, Piszczek est un latéral qui prend énormément son couloir et qui sait très bien centrer ( ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Mou le voulait à l’intersaison ) . Ce côté droit n’a pas du tout été fermé, d’autant plus que le talentueux Götze, très bon balle au pied et très technicien désaxe beaucoup pour ce côté droit . C’est une très grosse erreur de la part de Mou’ de vouloir mettre Essien sur ce côté gauche alors qu’il aurait pu repositionner Ramos sur ce côté gauche et mettre Nacho sur le côté droit. Il aurait pu très bien fermer ce couloir, notamment en 1vs1 où Essien n’est pas performant.

  6. Vidéos Foot dit :

    Les Madrilènes sont tombés dans le piège du Borussia Dortmund. Mais bon cela mettra un peu de piment pour le match retour…

  7. titobarça dit :

    c le poste de ramos qui doit etre à coté de varane qui a perturbé la defence centrale…meme sore que le barça c le defaut defensif

  1. 25 octobre 2012

    […] Et pour ceux qui souhaitent un véritable fouillement anal du match, Florent Toniutti est là pour ça. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *