Borussia Dortmund 1-2 Bayern Munich, l’analyse tactique

Dominé par son adversaire au cours de la première demi-heure, le Bayern s’est reposé sur sa défense et son gardien pour tenir le score. Profitant de la première baisse de régime de son adversaire, il est ensuite monté en puissance pour finir sur un dernier quart d’heure parfaitement maîtrisé ponctué par le but vainqueur.

Aucune surprise au coup d’envoi : Jurgen Klopp et Jupp Heynckes alignent les équipes prévues par la plupart des gazettes d’avant-match. Côté Dortmund, Reus est titulaire en soutien de Lewandowski et Grosskreutz fait son entrée dans le onze de départ sur l’aile gauche (Weidenfeller – Piszczek, Subotic, Hummels, Schmelzer – Gundogan, Bender – Blaszczykowski, Reus, Grosskreutz – Lewandowski). Côté Bayern, tout le monde est sur le pont pour cette troisième finale en quatre ans (Neuer – Lahm, Dante, Boateng, Alaba – Javi Martinez, Schweinsteiger – Robben, Ribéry – Muller, Mandzukic).

Dortmund impose son pressing :

Dans ce match, c’est le Borussia Dortmund qui réalise le meilleur départ en mettant en place son pressing dans le camp du Bayern. Dans leur système défensif habituel, qui ressemble d’ailleurs beaucoup à celui de son adversaire, les Borussen posent d’énormes soucis à la relance bavaroise. En première ligne, Lewandowski et Reus se positionnent face à Dante et Boateng de manière à occuper l’espace où Schweinsteiger a l’habitude de se rendre disponible pour relayer la première relance.

Obligé de revenir très bas, Schweinsteiger n’a aucun relais devant lui pour pouvoir ressortir rapidement  le ballon, si ce n’est Javi Martinez qui se retrouve rapidement sous la pression de Bender et Gundogan. Si l’Espagnol décroche à son tour, l’un des deux milieux adverses sort au pressing sur lui afin de l’empêcher de se mettre dans le sens du jeu. Grâce à ce travail dans l’axe, la formation de Jurgen Klopp force son adversaire à utiliser les côtés.

Dès qu’ils reçoivent le ballon, les deux latéraux (Alaba et Lahm) voient leurs adversaires directs (Blaszczykowski et Grosskreutz) sortir au pressing. Derrière ces premiers duels, les latéraux du Borussia serrent le marquage sur Ribéry et Robben afin de leur mettre la pression sitôt le ballon dans leurs zones. Dans l’axe, Lewandowski, Reus et le duo Gundogan-Bender coulissent ensemble pour empêcher les Bavarois de sortir du couloir. En couverture, on retrouve les deux défenseurs centraux, ainsi que le latéral à l’opposée de l’action.

grosskreutz-lahm

Reus et Lewandowski encadrent Schweinsteiger. Grosskreutz sort au pressing sur Lahm qui est en possession du ballon. Entre les deux lignes du Borussia, Javi Martinez est libre de tout marquage mais se retrouve immédiatement sous la pression de Bender ou Gundogan si le ballon arrive jusqu’à lui.

schweinsteiger-borussia

Schweinsteiger décroche à hauteur de ses défenseurs centraux pour se rendre disponible. Face à ce trio, Lewandowski et Reus coulissent ensemble sur la largeur du terrain. Si Javi Martinez tente de décrocher, il est suivi par un milieu adverse, l’autre restant en position devant la défense centrale.

dortmund-ribery

Lorsque Alaba est en possession du ballon, Blaszczykowski sort à sa rencontre pour limiter ses possibilités de passes. Piszczek suit le déplacement de son partenaire du couloir et marque Ribéry de près de manière à provoquer un duel pour le contrôle du ballon (et non pas après). Au milieu, Bender et Gundogan coulissent pour se positionner entre les soutiens aux excentrés (ici : Javi Martinez et Muller).     

Dortmund joue vite vers l’avant :

Conséquence du pressing borussen, le Bayern ne trouve pas ses accélérateurs sur les ailes et est forcé d’utiliser le jeu long pour atteindre ses attaquants. Malgré quelques mouvements autour de Mandzukic, les Bavarois perdent beaucoup de ballons et voient surtout le Borussia les ramener très rapidement dans son camp. Un projet de jeu cohérent : les hommes de Jurgen Klopp veulent profiter de leurs récupérations « faciles » pour trouver leurs attaquants avant que le Bayern n’ait le temps de mettre en place le pressing qui fait sa force au milieu de terrain.

Dans l’entrejeu, Gundogan se retrouve ainsi à l’origine de plusieurs premières passes, toujours vers l’avant, à destination de ses attaquants. Le jeu est évidemment à risque et occasionnent des pertes de balle… mais celles-ci se font assez loin dans le camp du Bayern, ce qui permet à Dortmund de reprendre sa forme initiale et de remettre en place son pressing. Lewandowski et Reus sont évidemment les cibles privilégiées des relances. L’international polonais est sans surprise le référent dans l’axe. Ses remises sont suivies par Reus ou Blaszczykowski, alors que Piszczek et Schmelzer montent dans les couloirs. Seul Grosskreutz semble sur la retenue en phase offensive, préférant généralement couvrir les montées de son latéral gauche.

Reus reprend parfaitement le rôle laissé par Götze : en plus de tourner autour de Lewandowski, il s’ajoute aux combinaisons sur les ailes en offrant des solutions dans le dos des latéraux adverses. Que ce soit dans son propre camp ou dans les 30 derniers mètres, ses courses permettent au Borussia de casser les tentatives de pressing bavarois en exploitant les espaces qu’il laisse naturellement sur les côtés. Grâce à son travail défensif et ce jeu rapide vers l’avant, Dortmund se crée les premières occasions de la partie et Neuer doit s’employer pour maintenir le Bayern dans le match (Lewandowski, 14e – Blaszczykowski, 16e – Reus, 19e – Bender, 22e – Lewandowski, 35e).

dortmund-pression-dans-son-camp

Même dans son camp, le Borussia Dortmund maintient la pression sur les milieux adverses. A tout de rôle, Gundogan et Bender accompagnent Reus dans son travail sur la paire Javi Martinez-Schweinsteiger…

reus-contre

… Car si le ballon est récupéré à cette hauteur, le contre peut partir très rapidement. Ici, Reus hérite du ballon et a déjà deux solutions devant lui (Lewandowski et Blaszczykowski) en attendant les projections de Piszczek et Grosskreutz dans les couloirs.

Le Bayern rentre dans son match :

Ils ne le savent pas encore mais les Borussen ont sans doute laissé filer leur chance en ne marquant pas durant ce temps fort d’une demi-heure. L’énergie perdue au cours de cette période ne sera jamais retrouvée. Dans le dernier quart d’heure de la première mi-temps, le Bayern commence à faire surface : Dortmund tient toujours Schweinsteiger en respect mais les deux ailiers, sollicités au pressing et sur les contres, commencent à avoir du mal à travailler face aux latéraux bavarois. Lahm et Alaba bénéficient de plus de champ libre et commencent à aller de l’avant.
Dans le même temps, Ribéry et Robben se libèrent des couloirs, où ils étaient jusqu’ici dominés par leurs adversaires directs, et apportent des solutions supplémentaires à leurs partenaires. Les deux hommes évoluent désormais sur toute la largeur du terrain et combinent leurs mouvements avec ceux des deux attaquants, Muller et Mandzukic. Ribéry revient participer dans l’entrejeu, afin de devenir un nouvel adversaire pour une paire Bender-Gundogan jusqu’ici souveraine dans cette zone. Muller décroche lui aussi au milieu lorsqu’il ne plonge pas dans les couloirs pour exploiter les espaces dans le dos des latéraux adverses. Robben travaille en réaction aux déplacements de l’international allemand, tandis que Mandzukic reste dans un rôle majoritairement axial.Les mouvements des quatre attaquants bavarois forcent le Borussia à s’adapter et à resserrer son bloc sur les ailes. Ces nouvelles courses, latérales, se substituent aux précédentes, verticales, qui permettait à Dortmund de maintenir la pression sur les milieux adverses. Schweinsteiger et Javi Martinez bénéficient de plus d’espace dans l’entrejeu et le mettent à profit pour utiliser la largeur du terrain. Après un ballon envoyé de la droite vers la gauche, Robben se retrouve seul face à Weidenfeller mais perd son duel (30e). Quelques minutes plus tard, il perd un second face-à-face avec le portier adverse sur un long ballon de dégagement mal négocié par Hummels (43e).

ribery-bender

Grosskreutz sort moins vite sur Lahm qui a deux solutions devant : Ribéry, venu de l’aile gauche, pour mettre une opposition dans la zone de Bender, ou Robben toujours le long de la ligne de touche et au duel avec Schmelzer. Quelques secondes plus tard, après deux changements de jeu (droite-gauche, puis gauche-droite), le Néerlandais s’offre son premier duel avec Weidenfeller.

bayern-ensemble

Le Bayern « la joue comme Dortmund » : les quatre attaquants évoluent sur une moitié de terrain et forcent le Borussia à coulisser en nombre vers le porteur de balle pour éviter tout problème.

Dortmund sans second souffle : Au retour des vestiaires, le match repart sur les mêmes bases. Dortmund ne parvient pas à remettre la même intensité qu’en début de partie, ce qui permet au Bayern de continuer à monter en puissance. Les Borussen parviennent toutefois quelques enchaînements, grâce à leur côté droit avec les montées de Piszczek et Blszczykowski qui soutiennent Reus et Lewandowski. Le bon repli du Bayern annihile toutefois ces offensives sans que Neuer n’ait à s’employer.  Avec un pressing moins intense de la part du Borussia, Schweinsteiger trouve des espaces pour prendre  part à la relance. En s’excentrant côté gauche, il occupe une zone idéale. Défait du pressing de la paire Reus-Lewandowski, il met Blaszczykowski dans une position inconfortable : s’il sort sur lui, il abandonne Piszczek seul face à Alaba et Ribéry, sans compter les possibles déplacements de Muller, Mandzukic et Robben dans le dos du latéral. Dortmund parvient toutefois à limiter l’influence de Schweinsteiger sur le jeu du Bayern, qui va surtout reposer sur ses individualités offensives.
Le premier but de la partie est assez révélateur sur ce point : tout part d’une relance de Manuel Neuer et d’un duel aérien remporté par Mandzukic dans le rond central. Robben récupère la déviation du Croate et accélère. avec le ballon. Il dépasse Bender, resté devant la défense alors que Gundogan était sorti initialement au pressing et combine avec Ribéry une fois arrivé dans les 20 derniers mètres. Les deux hommes créent le décalage dans une défense livrée à elle-même. Au départ de l’action avec sa déviation, Mandzukic réapparaît au second poteau pour ouvrir le score (1-0, 60e).

Le dégagement de Neuer a éliminé cinq adversaires. A la réception, Mandzukic dévie le ballon de la poitrine pour Robben, malgré la pression de Subotic dans son dos et la présence de Bender devant la défense. Le Néerlandais va accélérer et servir Ribéry qui va attirer trois joueurs à lui avant de retrouver son partenaire dans la surface.

Le dégagement de Neuer a éliminé cinq adversaires. A la réception, Mandzukic dévie le ballon de la poitrine pour Robben, malgré la pression de Subotic dans son dos et la présence de Bender devant la défense. Le Néerlandais va accélérer et servir Ribéry qui va attirer trois joueurs à lui avant de retrouver son partenaire dans la surface.

Le Bayern presse à son tour :

Avec l’avantage au tableau d’affichage, les Bavarois décident de laisser le ballon à leurs adversaires. A leur tour, ils mettent en place le système défensif qui leur a permis de dominer la Juventus et le Barça en quart et en demi-finale. Mandzukic et Muller se retrouvent en première ligne, Ribéry et Robben couvrent les latéraux adverses, Javi Martinez et Schweinsteiger sortent sur Gundogan et Bender… Sauf que les Bavarois se font prendre sur une action ressemblant fortement à un but encaissé en championnat il y a quelques semaines… face à Dortmund justement.

Car si la faute finale incombe à Dante pour son intervention sur Reus, le penalty de l’égalisation intervient au bout d’une multitude de petites erreurs bavaroises. En première ligne, Mandzukic et Muller laissent trop d’espaces à Hummels pour ajuster sa relance : le défenseur allemand ajuste un ballon parfait dans le dos de Lahm pour servir Schmelzer, qui a semé Robben. Boateng compense derrière son latéral et coupe la trajectoire… mais Lewandowski est le premier sur le second ballon qui atterrit dans les pieds de Reus. Dante fait le reste. Penalty. Gundogan transforme la sentence (1-1, 67e). Malheureusement pour Dortmund, cette égalisation ne renversera en rien la mécanique engagée depuis la demi-heure de jeu.

Les Borussen sont exténués et le dernier quart d’heure sera de trop pour eux. Incapables de relancer la machine à presser qui avait fait très mal au Bayern en première mi-temps, ils sont contraints de reculer pour contenir les offensives adverses, toujours emmenées par les percussions de Ribéry et Robben qui ne faiblissent pas sur les ailes. Le Bayern accompagne en plus désormais sa domination dans le jeu par la pression habituelle sur la relance adverse. Forcé d’allonger, Dortmund ne trouve plus de solution pour sortir de son camp : Lewandowski et Reus sont désormais dominés dans la plupart des duels et le ballon revient très vite… Et c’est finalement sur un nouveau long ballon que le Bayern trouve la faille pour reprendre l’avantage, avec Ribéry dans le rôle de l’appui et Robben à la finition (89e).

Conclusion :

A styles et systèmes de jeu quasi-identiques, la différence s’est faite à l’endurance. Dortmund est parti fort mais n’a pas su concrétiser. Le Bayern a pris son temps et terminé très fort pour l’emporter. Avec une autre réussite, les Bavarois auraient certainement puni la faiblesse du Borussia Dortmund sur coups de pied arrêtés. Finalement, c’est le talent de leurs individualités (Ribéry, Robben) qui leur ont permis de mettre la main sur la cinquième Ligue des Champions de leur histoire.

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6 réponses

  1. RMCF dit :

    Le Bayern est resté constant tout au long de la partie, même durant la première demi-heure ou la domination du Borussia était à mettre au crédit de l’entrée très entreprenante des Schwarz gelben et non à la possible impression d’impuissance bavaroise… Mais ce choix de débuter cette final en fanfare m’a paru assez risqué quand on sait que dans ce genre de rencontre il faut savoir tenir non pas 90 minutes mais 120 minutes. La aussi il y a eu une meilleur gérance et expérience de la part du Bayern. Peut-être que l’insouciance et la spontanéité, qui fait la force de cette équipe de Dortmund, a été pris à défaut hier soir.

  2. Ebdlokn dit :

    Le Bayern et Dortmund sont deux equipes qui jouent sur le rythme de la rencontre plus que sur la possession. Il est donc normal qu’un des deux laches, c’est l’absence de banc qui coute cher a Dortmund. Lors des confrontations entre les deux equipes cette saison, c’etait le Bayern qui partait tambour battant et qui s’epuisait, si Dortmund avait concretise ses occasions en debut de match, le Bayern aurait vraiment eu du mal revenir.

  3. jAX dit :

    Très grosse finale entre le Bayern et Dortmund. Pour moi, c’est la meilleure finale de C1 depuis un petit moment en terme d’équilibre, d’occasions, d’intensité (Arsenal-Barça ?). Ces dernières années, en dehors des démonstration collectives du Barça où il n’y a pas vraiment eu match, les finales étaient assez pauvres en terme de jeu je trouve.

    Sinon pour revenir au match, la première demi-heure de Dortmund leur a coûté le match c’est évident. Autant d’occasions non-converties (d’ailleurs, les matchs face à Malaga et au Real étaient pareils), de pression, de mouvements, ça a conditionné le reste de la partie pour les Borussen. Malgré tout, le Bayern ne s’est pas vraiment créé d’occasions en repartant depuis sa moitié de terrain mais plutôt en cherchant directement Mandzukic ou Muller et Robben dans la profondeur. Ca prouve à quel point le milieu de Dortmund a été bon.

    Enfin, aucun joueur de champ ne ressort particulièrement (en dehors de Gundogan à mes yeux), les deux stars du match sont Neuer et Weidenfeller. D’ailleurs Neuer est systématiquement énorme dans les grands rdv depuis 2011 et le parcours de Schalke. Il a tout, charisme, talent, humilité… bref.

    PS : Pourquoi Javi Martinez n’est pas redescendu entre ses centraux à la place de Schweinie ? Le premier est plus que capable de le faire et surtout Bastian est un bien meilleur relaie au milieu que l’Espagnol. Schweinie a presque joué comme un troisième central alors qu’en fin de seconde période quand le Bayern était plus haut, il apportait énormément dans les 30 derniers mètres.

  4. aziz dit :

    J’ai été très étonné par le manque de second souffle de la part de Dortmund. Je m’attendais à un quart d’heure de folie après l’égalisation, mais rien!
    Je me joins aux commentaires (et à l’analyse de Florent) qui mettent en cause le départ trop rythmé de Dortmund. Cependant, il leur a manqué aussi de la qualité -technique- individuelle pour surprendre la Bayern. Les Gundogan, Reuss et Lewandowsky sont de bons voir très bons joueurs mais le meilleur joker dans ce genre de match reste quand même LE dribbleur qui crée une situation nouvelle à lui tout seul.
    Sinon, je ne sais pas ce que va faire Guardiola de cette équipe mais ceux qui disent qu’il prend une équipe « parfaite » se trompent à mon avis. En effet Dortmund a montré comment faire déjouer cette équipe et son système de jeu est complètement décrypté. Faire croire aussi que Schweinsteiger, Ryberie et Robben ont suffisamment de qualité individuelle pour que leur équipe rayonne pendant longtemps sur l’Europe est d’un grande naïveté. Ce sont juste de bons joueurs qui dans 10 ans ne s’en souviendront que les spécialistes de foot. Le Bayern a toute intérêt à se renouveller sur le plan du jeu. Arriver au sommet est le plus facile…

  5. Lauralee dit :

    Grosse surprise lors de la finale! On a eu droit à de la technique qu’à une démonstration de « match de division ». La Dortmund aurait du forcer le jeu dès la première mi-temps ce qui aurait mit le Bayern en mauvaise posture. Dommage d’avoir voulu attendre!

  6. said dit :

    excellente analyse comme d’habitude , j’espère que tu nous feras une analyse du jeu du bayern ( comme tu l’as fait avant pour dortmund et porto), excellent boulot . Bonne chance et bonne continuation sur eurosport!!!

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