Borussia Dortmund 0-3 Bayern Munich, l’analyse tactique

Face à une équipe de Dortmund décimée par les blessures, notamment en défense, le Bayern a frappé fort pour s’envoler en tête de la Bundesliga. Plutôt maîtres de leur sujet au milieu, malgré les absences de Ribéry et Schweinsteiger, les Bavarois ont fait preuve de patience avant de faire la différence en deuxième mi-temps. Comme souvent depuis le début de la saison, limiter le jeu de transition du Borussia leur a facilité le résultat…

Des absents et des changements de postes

Si choc il y a bien eu entre ces deux formations, il ne fallait pas oublier que les deux équipes étaient assez largement diminuées. Côté Dortmund, Kurgen Klopp devait tout simplement composer sans trois de ses quatre défenseurs titulaires depuis le début de saison. Seul Grosskreutz était là, lui qui en plus s’est retrouvé au poste d’arrière-droit la saison dernière en raison de la blessure de Piszczek. Toujours blessé, Gundogan complétait la longue liste des forfaits chez les jaunes et noirs (Weidenfeller – Grosskreutz, Sokratis, Friedrich, Durm – Sahin, Benden – Blaszczykowski, Mkhitaryan, Reus, Lewandowski).

Côté Bayern Munich, la défense était bien au complet mais les Bavarois devaient composer sans deux de leurs atouts offensifs : Schweinsteiger et Ribéry, blessé au cours de la trêve internationale. Dans l’entrejeu, l’absence du premier était compensée par la présence de Javi Martinez aux côtés de Lahm et Kroos. Robben occupait lui exceptionnellement le couloir gauche pour pallier à l’absence du Français. Muller et Mandzukic complétaient le trio offensif (Neuer – Rafinha, Boateng, Dante, Alaba – Lahm, Kroos, Javi Martinez – Muller, Mandzukic, Robben).

Le début de la rencontre n’a surpris aucun habitué des dernières oppositions entre les deux formations. D’un côté, le Bayern a tenté de mettre le pied sur le ballon ; de l’autre, Dortmund a cherché à mettre un maximum de pression sur la relance adverse grâce au travail de son quatuor offensif. Rapidement toutefois, les Bavarois sont parvenus à défaire ce pressing du Borussia en adoptant une tactique somme toute surprenante au vu des joueurs présents sur la pelouse et du système de jeu en 4-1-4-1 de Pep Guardiola.

dortmund-reus

Dans la première minute de jeu, Dortmund essaie de faire passer un message. Lahm a beau décrocher entre ses défenseurs, la sortie de Reus sur Boateng permet de maintenir la pression sur la relance du Bayern. Une situation qui ne se plus vraiment.

La maîtrise est bavaroise :

Attendu devant la défense bavaroise, Javi Martinez a débuté le match en position de milieu avancé. Afin de s’éviter des pertes de balle dangereuses des deux côtés du rond central, ses coéquipiers ont privilégié le jeu long en début de partie, à destination de Mandzukic ou Muller en priorité. L’Espagnol devait lui s’imposer sur les seconds ballons, ou au moins mettre la pression sur les adversaires présents à la retombée.

En couverture, Kroos et Lahm bloquaient ensemble l’axe afin d’empêcher les relais de Mkhitaryan ou les sorties de Sahin-Bender dans le coeur du jeu. Un système qui forçait Dortmund à faire la différence dans les duels sur les côtés (Reus, Kuba, Grosskreutz), ou à compter sur le jeu dos au but de Lewandowski pour remonter rapidement le ballon. C’est d’ailleurs une transmission directe de la défense vers le Polonais qui a permis au Borussia de se créer la première opportunité de la partie (3e), grâce à un mouvement relayé par Mkhitaryan et Reus.

pressing-lahm

Au lieu d’accompagner les mouvements dans les 30 derniers mètres, Kroos et Lahm restent en couverture afin d’empêcher Mkhitaryan de mener les contres-attaques. Ils ralentissent ainsi la sortie de balle, permettant aux latéraux de se replier.

Petit à petit, c’est le Bayern qui a posé sa patte sur la partie en organisant sa relance de manière efficace pour répondre au pressing habituel du Borussia. En tant que milieu le plus reculé, Lahm glissait entre Dante et Boateng afin de se défaire du marquage de Mkhitaryan. La première ligne du Bayern se retrouvait donc à trois contre deux face à l’Arménien et Lewandowski.

Plein axe, Kroos décrochait juste derrière les attaquants de Dortmund, offrant ainsi une solution courte supplémentaire à ses trois « rampes de lancement ». Ses déplacements attiraient Bender ou Sahin hors de la première ligne du Borussia. Ce « 3+1 » semblable par moments à la relance de la Juventus Turin (Barzagli, Bonucci, Chiellini + Pirlo => Boateng, Lahm, Dante + Kroos), voire à celle du PSG (Alex, Thiago Motta, Thiago Silva + Verratti) permettait aux latéraux bavarois d’évoluer haut dans le camp adverse, forçant dès lors Kuba et Reus à reculer.

Dans la circulation de balle, Kroos ne prenait aucun risque lorsqu’il venait offrir des solutions ses trois relanceurs. Avec un milieu toujours présent dans son dos, son rôle était de fluidifier les échanges aux abords de la ligne médiane afin de mettre l’un des deux stoppeurs en position de progresser dans le camp adverse. Dante comme Boateng se sont ainsi retrouvés à la base de la majorité des mouvements du Bayern. Profitant du champ libre offert sur les côtés par le recul de Reus et Kuba, les deux défenseurs avançaient avec le ballon et recherchaient ensuite les relais de leurs latéraux dans les couloirs, ou le jeu direct vers leurs attaquants.

relance-bayern

Lahm a le choix entre Dante et Boateng pour remonter le ballon. Devant lui, Kroos vient proposer une solution et emmène Sahin hors de la ligne de quatre, ce qui augmente évidemment les espaces pour alimenter les attaquants. Une fois servis, Dante et Boateng doivent avancer avec le ballon, résister à la possible pression de Lewandowski et Mkhitaryan et faire le bon choix entre jeu court (Alaba, Rafinha) et jeu direct vers les attaquants.

kroos-libre

En montant avec le ballon, Dante et Boateng entraînaient le repli de Sahin/Bender, sorti au marquage de Kroos. Si les défenseurs résistaient à la pression de Lewandowski/Mkhitaryan, ce dernier pouvait devenir une solution dans l’axe, ouvrant alors tout le terrain aux Bavarois qui, à défaut, se contentaient des ailes pour approcher les buts de Weidenfeller.

Le Bayern s’évitait ainsi la pression du Borrusia Dortmund autour du rond central, zone où la formation de Klopp est la plus dangereuse lorsqu’elle récupère le ballon. Evidemment, ce système demandait un sans-faute de la part des quatre Bavarois préparant les actions : la moindre perte de balle pouvait entraîner un contre. Boateng a d’ailleurs failli l’apprendre à ses dépens en milieu de première mi-temps (24e), sur une mauvaise passe vers Rafinha interceptée par Reus.

Une fois dans les 30 derniers mètres, le Bayern comptait sur les déplacements de Mandzukic, Robben et Muller pour faire la différence. Côté gauche, Alaba apportait une force de percussion supplémentaire, capable de dédoubler sur l’aile. Robben n’hésitait pas à dézoner pour travailler entre les lignes. Javi Martinez en faisait de même mais de l’axe vers les ailes pour s’ajouter aux combinaisons entre ailiers et latéraux. Devant, Muller et Mandzukic alternaient entre jeu dos au but et dans la profondeur. Les deux étaient actifs sur tout le front de l’attaque : après quelques minutes sur son aile droite, Muller a lui aussi beaucoup dézoné pour aller combiner avec ses partenaires.

Offensivement, l’efficacité du Bayern passait par des combinaisons entre les trois attaquants puisque les milieux de terrain limitaient les prises de risques. Javi Martinez restait proche des actions mais n’intervenait que très peu (tout au plus suivait-il les mouvements jusque dans la surface adverse lorsque le décalage était en bonne voie), tandis que Kroos et Lahm restaient en soutien afin de couper les relances adverses et notamment les ballons sortis par Kuba, Reus ou Mkhitaryan (voir capture précédente).

circulation-bayern

Derrière trois attaquants très libres dans leurs déplacements, le Bayern s’assure la possession de balle (et la couverture des contres-attaques) grâce à la présence de Kroos et Lahm sur la même ligne. Un deux-contre-un face à Mkhitaryan qui permet notamment de ressortir le ballon des couloirs.

A la moitié de la première mi-temps, les rôles étaient clairement définis. Le Bayern avait le ballon et le terrain mais manquait de présence dans les 30 derniers mètres. En face, Dortmund subissait au milieu de terrain et ne pouvait mettre en place son pressing habituel, faute d’éléments à cibler dans l’axe. En n’étant jamais alignés au moment de remonter le terrain, Kroos, Javi Martinez et Lahm évitaient les fameuses passes latérales qui permettent habituellement aux milieux du Borussia de sortir pour s’imposer physiquement.

Constamment renvoyée dans son camp, la formation de Jurgen Klopp n’existaient « que » grâce aux duels remportés par Lewandowski, face à Dante ou Boateng. Car face à sa relance aussi, le Bayern était présent en nombre dans le camp adverse. Mandzukic en pointe réalisait le premier pressing, accompagné par Javi Martinez qui se concentrait sur Sahin. Forçant le jeu long des défenseurs jaunes et noirs, les Bavarois étaient aussi présents à la retombée.

Là encore, Boateng et Dante étaient d’un importance capitale pour « faire le ménage » dans les airs. Dortmund a tout de même connu un temps fort dans la deuxième moitié de la première mi-temps. Une fois le ballon dans le camp bavarois, les Jaunes et Noirs parvenaient à y maintenir la pression. A priori anecdotique en fin de première mi-temps, le carton jaune de Jérôme Boateng (36e) a eu beaucoup de conséquences sur la suite des débats.

Car après la pause, le défenseur du Bayern a vu Lewandowski et Dortmund insister dans sa zone. Poussé à la faute une deuxième fois à l’entrée de sa surface de réparation, il a forcé Guardiola à s’ajuster au milieu de terrain pour mieux le protéger. Jusqu’ici très haut, Javi Martinez est redescendu pour aider au marquage de Lewandowski. Lahm s’est du coup retrouvé plus haut sur le terrain, aux côtés de Kroos. Cette réorganisation a permis au Bayern de mieux protéger sa défense centrale, mais elle lui a coûté en qualité de relance et en présence dans le camp adverse.

Avec le recul de Javi Martinez, le Bayern abandonne l'idée de "verticaliser" son milieu de terrain. Ni Lahm ni Kroos ne vont occuper la position avancée tenue par l'Espagnol en première mi-temps. Le milieu de Dortmund est dès lors plus compact et les défenseurs sont en surnombre (4 contre 3 sur les longs ballons de Dante et Boateng).

Avec le recul de Javi Martinez, le Bayern abandonne l’idée de « verticaliser » son milieu de terrain. Ni Lahm ni Kroos ne vont occuper la position avancée tenue par l’Espagnol en première mi-temps. Le milieu de Dortmund est dès lors plus compact et les défenseurs sont en surnombre (4 contre 3 sur les longs ballons de Dante et Boateng).

Il a fallu deux changements à Pep Guardiola pour pouvoir retrouver le contrôle du milieu de terrain. D’abord l’entrée de Mario Götze (56e), qui est entré à la place de Mandzukic pour occuper la zone désormais désertée par les milieux du Bayern. Mais c’est surtout la sortie de Boateng au profit de Thiago qui a changé la donne (64e). Javi Martinez a glissé en défense centrale et le Bayern a retrouvé sa forme initiale avec Lahm en couverture de deux milieux de terrain. Défensivement, ce changement a marqué le retour du pressing côté bavarois, alors qu’ils devaient jusqu’ici se montrer plus prudents afin de protéger Boateng d’un second carton jaune.

Sur ce point, Thiago a d’ailleurs réussi son entrée en se joignant au travail de pressing effectué jusqu’ici par Toni Kroos au milieu de terrain. C’est même lui qui a récupéré le ballon dans l’entrejeu, lançant à cette occasion le long mouvement qui s’achèvera sur l’ouverture du score bavaroise (66e). Thiago n’a toutefois pas tenu le même rôle que Martinez en début de partie : l’ancien Barcelonais s’est installé en tant que relayeur droit, laissant à Götze le soin de faire le travail entre les deux lignes adverses. Des changements d’hommes qui ont à nouveau « posé » le jeu du Bayern au milieu de terrain. Pendant quelques minutes, les Bavarois ont d’ailleurs appliqué le principe de « possession défensive », Götze s’ajoutant à Kroos et Thiago pour offrir des solutions à la relance et faire tourner le ballon dans leur propre camp.

Le Bayern termine la partie avec un losange fait pour conserver le ballon au milieu de terrain. Devant, Muller et Robben sont deux menaces pour la défense adverse si celle-ci tente de sortir afin de défendre sur Götze, bien positionné entre les lignes.

Le Bayern termine la partie avec un losange fait pour conserver le ballon au milieu de terrain. Devant, Muller et Robben sont deux menaces pour la défense adverse si celle-ci tente de sortir afin de défendre sur Götze, bien positionné entre les lignes.

La fin de match aurait pu être plus indécise si Dortmund avait fait preuve de réalisme. Seulement quatre minutes après l’ouverture du score, toujours grâce à Lewandowski à l’origine (cette fois du côté de Dante), Mkhitaryan a eu une balle d’égalisation qu’il a mal négociée… puis c’était au tour de Reus, toujours servi par son attaquant de pointe de buter sur Neuer à l’entrée du dernier quart d’heure. Le Bayern tenait son succès, Pep Guardiola assurant ses arrières avec l’entrée en jeu de Van Buyten dans le final, à la place de Rafinha, pour renforcer un peu plus sa défense face à Lewandowski.

Les Bavarois ont achevé la rencontre en apothéose grâce à deux buts inscrits en contre-attaque dans le final. Deux mouvements qui sont intervenus après que Klopp ait fait exploser son système de jeu (Bender, remplacé par Piszczek) pour tenter de revenir au score. Victoire 3-0 donc, mais un écart sans doute sévère pour le Borussia Dortmund.

Conclusion : 

Pep Guardiola a peut-être trouvé la solution pour ne plus subir le pressing de son adversaire : limiter tout simplement le nombre de relais présents dans l’axe de son côté. En faisant éclater l’habituel triangle de son milieu de terrain, il a privé Sahin et Bender de victimes potentielles. Et comme depuis le début de la saison, sans ce pressing, le Borussia Dortmund a vite montrer ses limites : l’absence de Gundogan pèse très lourd sur le plan de la création, et Lewandowski se révèle comme le seul « faiseur de jeu » de cette équipe. L’attaquant a toutefois joué à un niveau tellement exceptionnel qu’il aurait peut-être pu suffire pour le Borussia, si le Bayern n’avait pas fait le choix de se réajuster en début de deuxième mi-temps lorsque Boateng s’est retrouvé en difficulté.

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. LeoRR dit :

    Merci pour cette analyse!
    Néanmoins je pense que le score est sévère par rapport à la qualité de la prestation de Dortmund…

  2. Jack dit :

    J’ai une question, je n’ai pas regardé la totalité du match et en particulier le début: Dortmund connaissait-il bien le plan de jeu du Bayern ou est-ce que Guardiola a anticipé que Klopp se prépare selon la tactique dévoilée par le traître en modifiant sa tactique?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *