PSG : un 4-3-3 référence à Bordeaux

Vendredi soir à Bordeaux, le PSG a très certainement réalisé sa plus belle performance collective de la saison avec pour élément-clé, la titularisation de Marco Verratti dans l’entrejeu pour épauler Blaise Matuidi et Thiago Motta. Arrivés sur leur pelouse avec l’ambition de presser la relance parisienne, Bordeaux n’a pu que constater les dégâts, passant en l’espace de quelques minutes du statut « d’agresseur » à celui de « victime ».

Privés de ses internationaux pendant une longue partie de la semaine, Laurent Blanc a avoué après la rencontre ne pas avoir eu réellement l’occasion de préparer ce match. C’est pourquoi il n’était pas surprenant de retrouver une équipe remaniée au coup d’envoi, non sans conserver le 4-3-3 utilisé depuis le déplacements à Nantes. Les absences de Cavani, Lavezzi et Pastore étaient compensées par Lucas Moura, Ongenda et donc Verratti qui débutait (enfin) dans l’entrejeu. A signaler aussi les grands débuts de Digne sur le flanc gauche de la défense parisienne.

Thiago Silva et Thiago Motta + Verratti :

Mais la présence du Lillois tenait plus du détail qu’autre chose tant le milieu parisien a su prendre les choses en main dans ce match. En face, Bordeaux avait pourtant débuté avec un projet très clair : Francis Gillot ne voulait pas voir son équipe défendre pendant 90 minutes, il avait donc opté pour la même option que Jocelyn Gourvennec deux semaines plus tôt. Au Parc des Princes, les Guingampais avaient réussi à résister en s’opposant aux deux « relanceurs » parisiens habituels, Thiago Silva et Thiago Motta. Deux joueurs ciblés par les attaquants girondins (Rolan et Diabaté) en début de partie.

Mais le vrai problème des Bordelais résidait dans la disponibilité de Verratti, voire de Matuidi, qui étaient capables d’offrir tous les deux des solutions supplémentaires pour remonter « proprement » les ballons en direction des attaquants. L’Italien a été évidemment le plus efficace dans l’exercice, revenant combiner avec Thiago Silva et Thiago Motta, tout en attirant l’un des deux milieux bordelais au pressing (Poko ou Nguemo). Les sorties de ces derniers entraînaient forcément la création d’intervalles dans l’entrejeu. Des espaces amplement suffisants pour que les trois rampes de lancement du PSG puissent atteindre leurs attaquants. A partir du moment où elles parvenaient à se défaire de la première pression bordelaise, leurs transmissions permettaient au PSG de remonter le terrain en l’espace de quelques secondes.

A noter qu’en plus, Thiago Silva, Thiago Motta et Verratti pouvaient utiliser les relais de leurs latéraux, de Matuidi, voire d’Alex pour se défaire du joueur venu au pressing avant de se rendre de nouveau disponibles. Une profusion de solutions qui a forcé les Bordelais à redoubler d’efforts pour finalement « gratter » un nombre infime de ballons dans les pieds adverses, et qui explique que la formation de Francis Gillot a complètement coulé après la pause. Vue des tribunes, la maîtrise technique parisienne était telle qu’elle donnait l’impression d’assister à un toro avec des « attaquants » en infériorité numérique.

Ibrahimovic et Ongenda => Moura :

Savoir relancer est une chose, encore faut-il ensuite que les attaquants se rendent disponibles entre les lignes adverses. A la réception des relances du trio Silva-Motta-Matuidi, qui passaient donc dans le dos des milieux bordelais sortis au pressing, deux hommes étaient « privilégiés ». Evidemment, la première option était de trouver Ibrahimovic aux abords du rond central, dans le camp bordelais (un schéma déjà vu à Nantes, lorsque le Suédois a lancé Cavani vers le but après un service de Thiago Motta).

Ce dernier était  surveillé de très près par la défense bordelaise, Henrique en particulier. Malheureusement pour cette dernière, le stoppeur brésilien a été très vite averti pour une faute sur son vis-à-vis. Un carton jaune qui a pesé lourd sur la suite de la rencontre, la défense bordelaise se montrant forcément moins agressive face aux prises de balle des attaquants parisiens. Plutôt gênant alors qu’il s’agissait de jaillir dans les espaces abandonnés par leurs milieux de terrain sortis au pressing. Autre solution dans le camp bordelais, les mouvements de l’aile gauche vers l’intérieur du terrain de la part de Ongenda. Il offrait ainsi une solution dans le dos des milieux girondins, complétant le travail d’Ibrahimovic.

Thiago Motta est en possession du ballon. Rolan est au contact, et bloque la transmission latérale vers Thiago Silva. Diabaté est lui face à Alex. Nguemo s'apprête lui à sortir au pressing sur Verratti. Côté droit, Obraniak reste vigilant. En

Thiago Motta est en possession du ballon. Rolan est au contact, et bloque la transmission latérale vers Thiago Silva. Diabaté est lui face à Alex. Nguemo s’apprête lui à sortir au pressing sur Verratti. Côté droit, Obraniak reste vigilant. En couverture, Poko se retrouve à un contre deux à cause de Ongenda, qui quitte l’aile pour aller occuper l’espace libre dans le dos de Nguemo.

Pressé par Nguemo, Verratti ne prend aucun risque de remet à Thiago Motta. Le Bordelais continue dans son élan et tente d'aller au contact de ce dernier... qui trouve toutefois l'intervalle pour servir Ongenda.

Pressé par Nguemo, Verratti ne prend aucun risque et remet à Thiago Motta. Le Bordelais continue sur sa lancée et tente d’aller au contact de ce dernier… qui trouve quand même l’intervalle et sert Ongenda. Entre temps, Obraniak est sorti sur Thiago Silva.

A son tour, Ongenda ne prend pas de risque sous la pression de Poko et remet le ballon à Verratti, totalement abandonné par les attaquants bordelais (Rolan ?).

A son tour, Ongenda ne prend pas de risque sous la pression de Poko et remet le ballon à Verratti, abandonné par les attaquants bordelais (Rolan ?). L’Italien profite de l’espace qui lui est accordé pour remettre son attaquant dans le sens du but en le lançant dans le dos de Poko.

En deux une-deux

En cinq passes (Motta-Verratti-Motta-Ongenda-Verratti-Ongenda), le PSG a mis hors de position les attaquants et les milieux de terrain girondins. Dans le sens du jeu, Ongenda profite de la présence de Ibrahimovic entre lui et la défense pour s’offrir le temps de la réflexion quant à l’orientation du jeu à choisir. Digne est logiquement servi sur cette phase de jeu : oublié par Obraniak sorti au pressing, l’ancien Lillois profite du déplacement de Mariano dans l’axe (afin de reprendre le marquage de Matuidi abandonné par Poko) pour se retrouver complètement seul sur l’aile gauche.

Portant très peu le ballon, les deux attaquants parisiens orientaient ensuite rapidement le jeu vers les ailes où attendaient Lucas Moura (à droite) et Lucas Digne (à gauche). Assez rapidement dans le match, Francis Gillot a réagi aux montées du latéral gauche en repositionnant Rolan côté droit pour défendre sur lui, quitte à abandonner une solution pour presser la relance parisienne. Le jeu du PSG est alors majoritairement passé par la droite où Lucas Moura a excellé enfin cantonné à une aile. Profitant de la remontée de balle très rapide de ses partenaires, le Brésilien bénéficiait enfin d’assez d’espaces pour provoquer son vis-à-vis.

Occupation du terrain :

De l’option choisie par Lucas (et de sa réussite, débordement ou retour intérieur) dépendait ensuite l’approche parisienne dans les 20 derniers mètres : attaque rapide en cas de duel remporté, jeu placé s’il préférait temporiser et chercher un soutien pour sortir le ballon du couloir. Couvert par Van der Wiel, le Brésilien avait deux solutions naturelles qui se présentaient à lui dans l’axe : Ibrahimovic et Verratti. Comme d’habitude, le premier se déplaçait de manière à se défaire de la défense adverse pour demander le ballon dans la zone des milieux de terrain, à 20-25m des buts de Carrasso. Généralement, ses décrochages étaient compensées par la présence de Ongenda qui prenait alors position à la pointe de l’attaque (comme sur le but).

En reculant entre les lignes adverses, Ibrahimovic attirait forcément les milieux bordelais, désormais revenus dans leurs 30 mètres pour défendre. Leur repli libérait naturellement une deuxième solution pour Lucas Moura en la personne de Verratti. Restant en retrait, à hauteur de Thiago Motta, l’Italien se chargeait ensuite d’orienter le jeu depuis cette position. Là encore, sa présence, en plus de Thiago Motta et Thiago Silva créait un avantage numérique en faveur des « relanceurs » parisiens puisque seulement deux Bordelais étaient présents dans leurs zones respectives (Rolan puis Obraniak, et Diabaté).

Côté gauche, Digne et Matuidi se chargeaient des déplacements de compensation afin de pallier à l’absence d’Ongenda lorsque ce dernier allait travailler dans l’axe. Digne profitait de la présence du milieu défensif à proximité pour aller occuper l’aile. A l’inverse, lorsque Matuidi accompagnait les mouvements offensifs (comme sur le premier but parisien), Digne restait en couverture.

Récupération de balle :

C’est l’autre grande force démontrée par le 4-3-3 parisien vendredi dernier. Malgré une première ligne somme toute légère dans l’engagement défensif (Ibrahimovic, Lucas Moura), les hommes de Laurent Blanc ont largement dominé leurs adversaires au milieu de terrain. Sans surprise, les trois milieux étaient une nouvelle fois pour beaucoup dans cette maîtrise. Thiago Motta restant devant la défense, Verratti et Matuidi étaient chargés de mettre la pression sur les deux milieux de terrain bordelais (Poko-Nguemo). Déjà peu à l’aise dans l’exercice de la relance (le n°1 bordelais dans ce registre, Sertic, est absent depuis le début de saison), ces derniers étaient généralement forcés d’écarter le jeu vers les ailes pour permettre la remontée des ballons.

Renforcé d’un homme supplémentaire par rapport au 4-4-2 de la saison dernière, le 4-3-3 a permis aux Parisiens de maintenir la pression lorsque les Girondins ne parvenaient pas à prendre le dessus sur l’aile. Dès qu’ils tentaient de revenir dans l’axe, en passant par Poko ou Nguemo par exemple, Verratti et Matuidi sortaient agresser le porteur de balle. A moins d’attaquer rapidement la profondeur, ce qui ne garantissait pas la réussite de l’action puisqu’ils étaient alors suivis par leurs homologues parisiens, les milieux bordelais se retrouvaient constamment sous pression au milieu de terrain.

Là encore, ce constat permet d’expliquer la très longue dernière demi-heure traversée par les Girondins. Fatigués par les efforts demandés au pressing et nécessaires pour attaquer les espaces dans la défense parisienne, les Bordelais n’avaient tout simplement plus de jus pour résister au pressing adverse.

Complémentarité :

Si le 4-3-3 devenait le système principal du PSG cette saison, le principal travail de Laurent Blanc serait de trouver les bonnes combinaisons en attaque pour épauler Ibrahimovic. Qui pour repiquer dans l’axe et travailler entre les lignes à ses côtés ? Rester sur l’aile et jouer les ailiers ? Occuper la pointe lorsqu’il décroche et/ou prendre la profondeur ? Dans tous les cas, la complémentarité entre les deux attaquants va être aussi importante que celle les liant aux latéraux.

Exemple : les déplacements dans l’axe de Ongenda étaient efficaces parce que Digne était une menace sur l’aile en cas de jeu rapide. En difficulté au milieu de terrain, Pastore aurait peut-être pu autant profiter des espaces dans le dos des milieux bordelais que son jeune coéquipier. A l’opposé, un joueur plus conservateur tel que Maxwell sera certainement mieux associé à un véritable attaquant de couloir (Lavezzi ou Ménez), à l’instar de Van der Wiel, assez peu porté vers l’avant en soutien de Lucas Moura.

Dernier sujet, à n’en pas douter le plus épineux quand il s’agit d’évoquer le 4-3-3 parisien : Cavani. Ni ailier véritable, ni joueur « d’interlignes », l’Uruguayen ne rentre pas dans les cases évoquées précédemment. Néanmoins, son cas est loin d’être désespéré puisqu’il connaît bien le poste d’ailier droit qu’il pratique depuis plusieurs saisons avec la sélection uruguayenne… Qui plus est pour laisser l’axe à un Forlan dont les déplacements se rapprochent de ceux d’Ibrahimovic. Capable de repiquer dans l’axe quand ce dernier décroche, il gagnerait à être associé à un latéral en mesure de prendre le couloir lorsqu’il le quitte (à la manière de Maxi Pereira avec l’Uruguay d’ailleurs).

Quelques réponses à ce système ?

De ce match absolument pas préparé, pour reprendre ses dires en conférence de presse, Laurent Blanc va pouvoir tirer pas mal d’enseignements. Le premier concerne évidemment son entrejeu et la performance (plus que prometteuse) de Verratti aux côtés de Thiago Motta et Thiago Silva à la relance. Quelque soit le système que Laurent Blanc choisira, l’association des trois hommes posera forcément d’énormes problèmes à un adversaire qui souhaiterait gêner les sorties de balle… Mais pas forcément à ceux qui décideront d’attendre le PSG dans leur moitié de terrain. Autrement dit, le PSG gagnera peut-être à travailler tout au long de la saison avec deux options tactiques, de manière à répondre à ses différents adversaires (4-4-2 habituellement, 4-3-3 dans les grands matchs ?).

Pour revenir au trio Silva-Motta-Verratti, seuls des systèmes « ultra-densifiés » dans l’axe pourraient permettre de répondre au travail des trois Parisiens (4-4-2 en losange, 4-3-3…). En d’autres termes, il faudrait que les adversaires opposent une première ligne de trois joueurs dans l’axe afin de s’opposer aux trois « relanceurs » parisiens, quitte à laisser plus d’espaces à Alex. Les latéraux seraient eux bloqués par une seconde ligne de trois (milieux de terrain donc), chargés de coulisser sur la largeur en fonction de la circulation de balle parisienne. Ils auraient aussi pour mission de répondre aux possibles décrochages de Matuidi, voire des attaquants parisiens. En phase offensive, la présence d’un milieu « quarterback » pourrait aussi être une solution afin de sortir de la zone-press des trois milieux parisiens (Matuidi et Verratti en particulier) et de profiter de l’absence de repli des attaquants de la capitale. Mais ça, c’est sans prendre en compte la capacité d’un Cavani à revenir défendre.

 

 

 

Vous aimerez aussi...

6 réponses

  1. J.smith dit :

    Article vraiment excellent, un gros bravo et merci !

    Je retire ce que j’ai dit à mon commentaire précedent pour le coup, car je n’ai pas vu le match, et à la lecture tout m’a paru limpide !

    L’enchainement des 3 dernieres images rend le mouvement très clair. La partie récup de balle qui compare avec la formation de l’année dernière, les 2 dernières parties un peu inédites qui vont de la reflexion personnelle, vraiment chapeau…

    Cela vallait carrément le coup d’attendre ! Mais peu être était-dû au fait que vous étiez au stade

    Dommage que la vidéo ait été retiré, en tout cas encore merci

  2. La vidéo n’est pas bloquée, il suffit de cliquer sur « Visionner sur Youtube » pour la voir :)

  3. lamigue dit :

    J’adore, continue !

  4. AntoineS dit :

    Merci pour cette très bonne analyse encore plus approfondie que d’habitude!

    Quelques remarques :
    1. J’ai eu l’impression en regardant le match qu’Ibrahimovic, même s’il a régulièrement décroché, est venu peser sur la défense plus souvent que d’habitude, ce qui a permis de fixer les deux défenseurs centraux très bas pendant que les milieux axiaux bordelais étaient obligés de monter assez haut pour presser Matuidi/Verrati, et donc de libérer l’espace entre les lignes où Ongenda venait se positionner.

    2. Je trouve que ce système peut aussi avoir des avantages face à des équipes plus regroupées. Comme le souligne l’article, la qualité technique de la relance Silva-Motta-Veratti (voire Matuidi) sera moins décisive puisqu’il n’y aura de pressing à déjouer.
    Cependant cela pourrait être efficace d’exploiter leurs qualités pour organiser le jeu assez bas et donc loin de l’entonnoir de la défense adverse, c’est-à-dire de favoriser la circulation de balle et la préparation pour varier les offensives et déséquilibrer la défense (plutôt que l’accumulation de joueurs offensifs).
    D’autre part, ce milieu à trois, et surtout la présence de Motta très proche de sa défense, pourrait encourager les latéraux à monter plus et à apporter les fameuses solutions sur les côtés plutôt que d’ajouter un milieu offensif trop axial.

    3. L’article explique bien la difficulté d’intégrer Cavani dans ce système (en tout cas en laissant Ibra sur le terrain) et aussi le fait que Pastore a plus le profil pour être dans les 3 de devant avec un rôle similaire à ce qu’a fait Ongenda. J’irai plus loin en disant que si Laurent Blanc veut continuer avec ce système, il n’a pas vraiment un effectif adapté pour tenir une saison complète. En effet il n’y a que Rabiot derrière les 3 milieux, et il y a au contraire surpopulation devant (Ibra, Cavani, Lucas, Pastore, Lavezzi, Menez, Ongenda pour 3 postes) avec une difficulté à trouver la bonne complémentarité puisque la plupart de ces joueurs ont tendance à venir jouer dans l’axe et à ne pas beaucoup défendre ni construire.

  5. TitiHenry dit :

    Super article, j’ai adoré, bien que perso j’aurais préféré une petite analyse sur le superbe match Villareal-Réal Madrid.

    Sinon pour Paris, je n’ai pas vu le match, dans la vidéo tu dis que les Parisiens défendaient à 7, soit dans un vrai 4/3/3 avec un milieu à trois qui coulissait sur la largeur, système qui ne se transformait donc pas en 4/5/1. Cela serait cool de savoir ce qui a changé avec ce dont Carlo voulait mettre en place la saison passée, avec son système en 4/3/1/2 qui ne fonctionnait pas, surtout au milieu, malgré la présence d’un milieu à trois identique que celui de vendredi soir ?

  6. LSD dit :

    Très belle analyse. Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *