Bordeaux 3-2 évian Thonon Gaillard, l’analyse tactique

Bien supérieurs à leurs adversaires du soir, les Girondins ont pourtant dû s’arracher pour aller chercher leur première Coupe de France depuis 26 ans. Après 45 minutes maîtrisées, ils ont offert à l’ETG l’opportunité de revenir. Et les Savoyards ne se sont pas faits prier pour en profiter…

Depuis la demi-finale jouée et gagnée face à Troyes, Francis Gillot avait mis en place un turnover régulier afin de pouvoir bénéficier du maximum d’options possibles pour cette finale. Une gestion réussie, puisque le coach girondin a pu aligner l’équipe-type qui se dégageait depuis la dernière trêve internationale. Organisés en 4-2-3-1, les Bordelais comptaient sur la paire Sertic-Plasil pour réguler l’entrejeu. Obraniak débutait dans le couloir droit, laissant la position de n°10 derrière Diabaté à Saivet (Carrasso – Mariano, Henrique, Sané, Trémoulinas – Sertic, Plasil – Obraniak, Saivet, Maurice-Belay – Diabaté). Du côté de l’ETG, Pascal Dupraz avait retenu les leçons du match de championnat et conservé le système en 4-1-4-1 avec lequel il avait terminé la rencontre (Laquait – Dja Djédjé, Cambon, Betao, Wass – Sorlin, Rabiu, Ninkovic – Bérigaud, Sagbo, Khlifa).

Pressing bordelais :

Les Girondins ont aussi retenu les leçons du week-end précédent puisqu’ils ont démarré très fort la rencontre, en imposant leur pressing sur la relance adverse. Diabaté et Saivet formaient la première ligne, qui s’opposait à la paire Cambon-Betao. Sur les côtés, Obraniak et Maurice-Belay sortaient sur Wass et Dja Djédjé lorsque ces derniers recevaient les ballons de leurs défenseurs. Si Sorlin ou Rabiu étaient recherchés au sol, c’est Plasil qui sortait au pressing ; Sertic restait lui en couverture afin de conserver l’avantage numérique sur les longs ballons adverses. Dans les airs, Henrique et Sané dominaient leurs adversaires (Sagbo, Khlifa), et le repli des milieux (Sertic, Plasil) permettait aux Bordelais d’être bien présents sur les seconds ballons.

Bordeaux en place face à la relance adverse : Diabaté et Obraniak face à Cambon et Betao. Derrière, Plasil sort en pointe du milieu de terrain face à Sorlin ; les excentrés s'opposent aux latéraux et Sertic reste en couverture devant sa défense.

Bordeaux en place face à la relance adverse : Diabaté et Obraniak face à Cambon et Betao. Derrière, Plasil sort en pointe du milieu de terrain face à Sorlin ; les excentrés s’opposent aux latéraux et Sertic reste en couverture devant sa défense.

Les deux hommes intervenaient aussi sur les remontées de balle savoyardes par les couloirs. Dès que le ballon franchissait la première ligne (Saivet-Diabaté), ils recevaient le soutien de Saivet, qui redescendait pour défendre sur Sorlin et ainsi compenser le surnombre savoyard (Plasil et Sertic contre Sorlin, Rabiu et Tié Bi). Les milieux excentrés s’ajoutaient parfois à ce travail d’enfermement des trois milieux de l’ETG afin de couper les transmissions à destination de Khlifa ou Bérigaud sur les ailes. Bordeaux forçait ainsi Evian à jouer latéralement, d’un latéral à l’autre, facilitant ainsi la tâche de ses défenseurs.

En conséquence, les Savoyards n’ont eu quasiment aucune munition en première mi-temps. Les longs ballons de Cambon et Betao ne trouvaient aucun appui devant. Seuls les appels de Khlifa et Bérigaud sur les ailes pouvaient créer le décalage dans la surface bordelaise ; mais il fallait pour cela que les Girondins perdent le ballon au milieu de terrain, afin que le contre puisse partir très vite dans le dos de Mariano ou Trémoulinas. Or, comme nous allons le voir ensuite, les Bordelais ont le plus souvent tenté de jouer rapidement dans le dos des défenseurs adverses, afin d’éviter ce type de situations.

Seul bémol défensif sur la première période bordelaise, le carton jaune reçu par Mariano (20e) pour une faute sur Wass. Le Brésilien s’est retrouvé seul face à deux joueurs dans sa zone, et a fait le choix de sortir sur le Danois… en retard. Francis Gillot a immédiatement modifié son système : Saivet est passé à droite et a défendu beaucoup plus bas que Obraniak jusqu’ici, afin d’éviter à Mariano de défendre en un-contre-un face à Khlifa. Un ajustement tactique qui a bien protégé le latéral droit, mais aussi permis à l’ETG de tenir un peu plus le ballon qu’en début de partie.

Bordeaux et les ailes :

Au-delà de sa capacité à récupérer le ballon, l’équipe bordelaise a aussi su poser le jeu, profitant de l’absence de véritable pressing sur la relance de la part de son adversaire. Sitôt le ballon perdu, les milieux savoyards se repliaient à hauteur de la ligne médiane, laissant le seul Sagbo à la pointe de l’attaque face à Henrique et Sané. Les deux défenseurs bordelais étaient rejoints par Sertic, qui permettait d’accélérer la circulation de balle sur la largeur. Dans l’axe, Evian avait du répondant. Sertic travaillant à la relance, Plasil se retrouvait seul à hauteur de Rabiu et Ninkovic. Sorlin évoluait lui devant la défense afin de contenir les mouvements de Saivet ou Obraniak. Du coup, Bordeaux a majoritairement attaqué par les couloirs, utilisant ses latéraux, Trémoulinas et Mariano, comme rampes de lancement.

La circulation de balle bordelaise en début de partie : Sertic, Sané et Henrique font tourner le ballon dans leur moitié de terrain, d'un latéral à l'autre. Trémoulinas et Mariano sont eux chargés de jouer vers l'avant en profitant des courses de Maurice-Belay (à gauche), Saivet (à droite) et Obraniak (deux deux côtés).

La circulation de balle bordelaise en début de partie : Sertic, Sané et Henrique font tourner le ballon dans leur moitié de terrain, d’un latéral à l’autre. Trémoulinas et Mariano sont eux chargés de jouer vers l’avant en profitant des courses de Maurice-Belay (à gauche), Saivet (à droite) et Obraniak (deux deux côtés).

Comme souvent, le jeu bordelais a penché à gauche autour de la paire Trémoulinas/Maurice-Belay, à laquelle il fallait ajouter les mouvements de Saivet, puis d’Obraniak (passé dans l’axe en milieu de mi-temps). Trémoulinas devait faire face à Bérigaud, qui tentait de couper sa relation avec Maurice-Belay, lui-même serré de près par Dja Djédjé. L’apport du joueur venu de l’axe (Saivet, Obraniak) était prépondérant puisqu’il permettait de profiter des espaces dans le dos du latéral droit adverse, obligeant ainsi Cambon et le reste de la défense à s’adapter en coulissant vers le côté. Conséquence, il n’y a souvent eu plus que deux hommes dans la surface de réparation pour marquer Diabaté (Betao et Wass sur les centres venus de la gauche, Cambon et Dja Djédjé sur ceux venus de la droite).

En exploitant rapidement les brèches dans l’alignement défensif, Bordeaux s’évitait les pertes de balle dangereuses dans l’entrejeu. Et c’est en trouvant une faille plein axe que les hommes de Francis Gillot ont fait la première différence au tableau d’affichage (Diabaté, 39e). A l’origine de l’action, une configuration similaire à celle évoquée dans le paragraphe précédent, côté droit cette fois : Mariano avec le ballon au niveau de la ligne médiane, Saivet dans la zone de Wass et Obraniak au contact de Betao. L’ancien Messin décroche et fait sortir le Brésilien de l’alignement. Une intervalle s’ouvre entre Wass et Cambon, suffisamment large pour permettre à Mariano d’ajuster sa passe en profondeur pour Diabaté. Une ouverture du score des plus logiques tant les Bordelais ont dominé le premier acte.

Sur l'ouverture du score bordelais, trois des quatre défenseurs de l'ETG sont au marquage : Cambon sur Diabaté, Saivet sur Wass et Betao sur Obraniak. Ce dernier embarque son adversaire direct, ce qui ouvre un espace à Mariano pour trouver Diabaté dans la profondeur.

Sur l’ouverture du score bordelais, trois des quatre défenseurs de l’ETG sont au marquage : Cambon sur Diabaté, Saivet sur Wass et Betao sur Obraniak. Ce dernier embarque son adversaire direct, ce qui ouvre un espace à Mariano pour trouver Diabaté dans la profondeur.

Evian punit les temps faibles :

Et la formation de Francis Gillot aurait pu tuer le match après la pause. Mais le penalty manqué par Diabaté a complètement relancé la rencontre. Car Bordeaux a reculé : au lieu de rester en 4-2-3-1, les Girondins sont passés en 4-1-4-1 avec Sertic devant la défense et le duo Plasil-Obraniak dans l’entrejeu. En face, Evian avait lui abandonné le 4-1-4-1 pour le 4-4-2 avec le duo Sagbo-Khlifa en pointe, assisté de Bérigaud et Ninkovic sur les côtés. Cette nouvelle opposition de systèmes a largement favorisé Evian, qui a ressorti les ballons beaucoup plus facilement qu’en première mi-temps.

Jusque-là, la relance savoyarde devait forcément passer par les latéraux pour ressortir « au sol » de sa moitié de terrain. Désormais, Cambon et Betao pouvaient facilement effacer Diabaté pour trouver des solutions leurs milieux de terrain, que ce soit Sorlin, Rabiu ou même les excentrés qui n’hésitait pas à repiquer dans l’axe pour perturber Sertic, Plasil et Obraniak (ex : Bérigaud). Conséquence, Wass et Dja Djédjé, qui n’intervenaient plus sur les lancements de jeu, pouvaient offrir des solutions supplémentaires devant. Le Danois s’est ainsi retrouvé à l’origine du but égalisateur (Sagbo, 1-1, 51e) sur un service parfait de Bérigaud… lui-même trouvé par un Betao monté dans le camp bordelais sans aucune opposition.

Sur la première égalisation de l'ETG, Betao profite du recul d'Obraniak pour porter le ballon dans le camp bordelais. Il trouve Bérigaud qui a quitté son aile droite pour offrir une solution supplémentaire dans l'axe. Sur l'aile gauche, Wass a déjà démarré son appel et va plonger dans le dos de Saivet et Mariano pour offrir le but à Sagbo.

Sur la première égalisation de l’ETG, Betao profite du recul d’Obraniak pour porter le ballon dans le camp bordelais. Il trouve Bérigaud qui a quitté son aile droite pour offrir une solution supplémentaire dans l’axe. Sur l’aile gauche, Wass a déjà démarré son appel et va plonger dans le dos de Saivet et Mariano pour offrir le but à Sagbo.

La sanction n’ayant pas traîné, les Girondins sont immédiatement revenus au système de jeu initial. Un coup de pied arrêté leur a permis de reprendre rapidement l’avantage (Saivet, 53e) au tableau d’affichage sans reprendre toutefois la main sur les débats. Car en passant en 4-4-2, les Savoyards bénéficiaient désormais de deux cibles pour leurs relances longues. Le camp bordelais était mieux quadrillé : Ninkovic puis Barbosa à gauche (59e), ainsi que Bérigaud à droite, étaient beaucoup plus disponibles sur les seconds ballons. Le second but de l’ETG est d’ailleurs parti d’un long ballon de Sorlin à destination de Sagbo. Après une bonne couverture de balle face à Sané, l’attaquant a servi Barbosa sur l’aile, qui a fait la différence face à Mariano avant de centrer pour Dja Djédjé (2-2, 70e).

Après cette nouvelle égalisation, le « momentum » semblait avoir réellement basculer en faveur des Savoyards. Mais finalement, ce sont bien les Girondins qui ont fait la différence dans le final. Entré en jeu à la place de Plasil (67e), Poko a mis quelques minutes pour entrer dans son match mais a apporté une énergie bien venu dans le dernier quart d’heure. Devant, les courses d’Obraniak et de Diabaté ont permis au bloc bordelais de remonter pour mieux gérer la fin de partie, et ce malgré la fatigue qui touchait de manière évidente tous les joueurs. Le match a finalement basculé au sortir d’un coup de pied arrêté, sur une récupération de balle de Poko et un nouvel alignement défaillant de la défense savoyarde (Diabaté, 89e).

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Lauralee dit :

    Encore bien trop contente pour oublier aussi rapidement un tel match, j’ai pu grâce à toi voir en détail le match. Tes arrêts sur image sont bien saisis et au moment opportun. Merci!

  1. 3 juin 2013

    […] via Bordeaux 3-2 évian Thonon Gaillard, l’analyse tactique | Chroniques Tactiques : football et analy…. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *