Bordeaux 1-1 Lille, l’analyse tactique

Certains matchs peuvent se résumer à des attaques/défenses, d’autres à des actions/réactions. Le Bordeaux-Lille ouvrant la septième journée de Ligue 1 hier soir a été un match du deuxième type. Pendant 45 minutes, les Bordelais ont éteint les Lillois qui sont revenus avec une bonne solution au retour des vestiaires. Décryptage de cette partie en deux actes.

Les compositions :

Jussiê forfait, Francis Gillot doit modifier la formation qui, malgré la défaite, a réalisé sa meilleure mi-temps de la saison à Toulouse samedi dernier. Par le jeu des chaises musicales, c’est Chalmé qui récupère la place du Brésilien : Sané se retrouve aux côtés de Nguemo et Plasil en soutien de Diabaté : Olimpa (30) – Chalmé (21), Henrique (3), Ciani (2), Trémoulinas (28) – Sané (6), Nguemo (7) – Gouffran (9), Plasil (18), Maurice-Belay (19) – Diabaté (14).

Côté lillois, Rudi Garcia doit faire face aux absences de Chedjou et Debuchy en défense. Rozenhal remplace le premier au poste de stoppeur gauche ; Béria glisse à droite pour pallier à l’absence du second, Bonnart reprenant son poste habituel côté gauche. Devant, c’est du grand classique : Landreau (1) – Béria (18), Basa (25), Rozenhal (14), Bonnart (21) – Mavuba (24), Pedretti (17), Balmont (4) – Hazard (10), Cole (26), Sow (8).

Le projet de jeu bordelais :

Comme évoqué en introduction, les Girondins prennent rapidement la mesure de leur adversaire et le contrôle des débats. Premier élément de leur projet de jeu, le souhait d’éviter au pressing lillois de se mettre en place. Pour ce faire, les relanceurs ne se posent pas de questions : à l’avant, Diabaté se déplace sur toute la largeur du terrain pour se rendre disponible dans les airs et ainsi offrir un point d’appui et des ballons en remise pour ses milieux offensifs (Gouffran, Maurice-Belay ou Plasil). A eux ensuite de trouver un partenaire pour poursuivre le mouvement dans le camp adverse, à moins que le Malien n’ait obtenu un coup-franc.

Deuxième solution, remonter les ballons par les ailes et plutôt particulièrement la gauche avec le duo Maurice-Belay-Trémoulinas. Dans l’axe, Nguemo et Sané limitent leurs prises de risque au minimum en écartant le jeu dès que possible, le flanc droit faisant office de zone où terminer les mouvements partis depuis des combinaisons côté gauche. Mais surtout, c’est lorsqu’ils n’ont pas le ballon que les Girondins posent le plus de problèmes aux champions de France en titre avec une organisation qui a certainement profité de l’absence de Debuchy sur le flanc droit lillois. Explications.

A l’instar d’une certaine équipe espagnole, les défenseurs centraux lillois s’écartent une fois le ballon récupéré, laissant Mavuba décrocher pour s’intercaler. Les latéraux montent alors aux avants-postes pour proposer des solutions le long de la ligne de touche. Face aux trois premiers relanceurs, les Girondins opposent le duo Diabaté-Plasil qui coulissait sur la largeur du terrain pour empêcher à ce trio de jouer vers l’avant, repoussant ainsi le jeu sur les côtés. Ceci fait, Plasil suit les déplacement de Mavuba tandis que Diabaté reste aux avants-postes, surveillant au cas où les déplacements de Basa ou Rozenhal si ceux-ci tentent de porter le surnombre devant.

Arrive alors le temps 2, lorsque le ballon est dans les pieds du latéral lillois. Dans cette position, la logique veut que des jeux en triangle avec son ailier et son milieu de terrain se mettent en place pour créer du mouvement et mettre la défense hors de position. Problème, les quatre milieux de terrain bordelais restants (moins Plasil) s’occupent de marquer milieux et ailiers lillois. Ainsi, Maurice-Belay et Gouffran se chargent de mettre Balmont et Pedretti sous l’éteignoir, laissant à Nguemo-Sané le soin de gérer les cas de Cole et Hazard. Ce partage des tâches permet à la défense bordelaise de n’avoir plus que le cas de Sow à gérer « en exclusivité. »

La réponse lilloise à la reprise :

A la mi-temps, les Lillois rentrent aux vestiaires avec un retard logique au tableau d’affichage et en ne s’étant crée aucune occasion franche dans le jeu. A défaut d’être très dangereux sur les buts de Landreau, Bordeaux maîtrise l’entre-jeu ce qui lui permet de gérer son petit avantage. Après le repos en revanche, les choses se corsent pour les Girondins. La faute à un remaniement ligne par ligne très efficace de l’animation offensive du LOSC.

Première ligne à retoucher pour Rudi Garcia, celle de la première relance. C’est la clé puisqu’en cas de choix efficace, les Lillois ne seraient plus obligés de passer forcément par les latéraux pour pouvoir lancer le jeu dans le camp bordelais (des lancements qui permettaient aux Bordelais d’enfermer les Lillois sur un côté en première mi-temps). A la reprise, un quatrième joueur -le plus souvent Pedretti- vient ainsi proposer une solution courte supplémentaire dans le camp lillois. N’étant pas suivi par son adversaire direct de la première mi-temps (Gouffran ou Maurice-Belay), il est le plus souvent libre pour trouver un partenaire devant lui et au coeur du jeu.

Une nouveauté qui emmène directement à la deuxième retouche : les mouvements des attaquants. Si Sow reste en pointe, s’excentrant parfois pour prendre la profondeur, Joe Cole décroche maintenant derrière Plasil se détachant de Nguemo/Sané). Hazard lui s’excentre côté gauche pour mettre la pression sur Chalmé alors que Balmont joue le plus souvent dans les intervalles restant, allant parfois côté droit pour offrir des solutions à Béria. En décrochant plus bas, Cole trouve les espaces nécessaires pour se retourner et jouer rapidement avec ses partenaires, en écartant sur Hazard pour des un-contre-un. Pedretti-Cole-Hazard, un circuit qui fonctionne parfaitement sur le but lillois.

Mais malgré cette égalisation finalement assez rapide (57e), les Lillois ne parviennent pas à faire la différence. Emoussés peut-être ? Côté bordelais, l’équipe se remobilise défensivement travaillant désormais véritablement à onze sur certaines phases de possession lilloise. S’il permet à Olimpa de préserver ses buts, ce travail défensif finit aussi d’épuiser Diabaté à la pointe de l’attaque bordelaise. Celui-ci a eu énormément de mal à courir à partir de l’heure de jeu, mais il terminera la rencontre malgré la présence d’autres solutions sur le banc. Côté coaching, les entrants (Saivet et Ben Khalfallah) ont fait le travail défensif à Bordeaux ; côté lillois, Gueye et Jelen n’ont guère plus apporté que Pedretti et Sow.

Au bout du compte donc, un match nul à deux mi-temps et une prestation sur laquelle les Girondins vont pouvoir construire avant d’aller à Lyon le week-end prochain. Côté lillois, le manque de poids de son entrejeu sur les 90 minutes peut peut-être s’expliquer par un petit coup de moins bien sur le plan physique. A confirmer (ou infirmer) face à Lorient samedi.

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