Bordeaux 1-0 Rennes, l’analyse tactique

Auteur d’une première intéressante à Evian la semaine dernière, Bordeaux retrouvait un autre candidat à l’Europe pour ses débuts à Chaban-Delmas : le Stade Rennais, battu par l’OL lors de la première journée. Dominateurs en première mi-temps, les Girondins ont dû attendre la seconde pour faire la différence grâce à leurs entrants. Une rencontre positive pour eux, même s’ils se sont faits peur en fin de partie.

Les compositions :

Côté bordelais, inutile de changer une équipe qui gagne à Evian. Francis Gillot a reconduit le onze de départ victorieux lors de la première journée. Toujours absents, Plasil et Nguemo étaient remplacés poste pour poste pour Sertic et Sané : Carrasso (16) – Mariano (25), Ciani (2), Planus (27), Trémoulinas (28) – Sané (6), Sertic (26), Saivet (20), Ben Khalfallah (8) – Obraniak (4), Gouffran (9).

A Rennes, la suspension de Kembo et la blessure de Apam ont poussé Frédéric Antonetti à lancer Alessandrini sur l’aile droite et Boye en défense centrale. Dans l’entrejeu, l’entraîneur rennais a décidé d’offrir les clés du jeu à Diallo, repoussant Féret sur le banc : Costil (1) – Théophile-Catherine (2), Kana-Biyik (2), Boye (25), Danzé (29) – M’Vila (17), Pajot (26), Diallo (10) – Alessandrini (19), Pitroipa (7), Erding (9).

Bordeaux domine mais n’est pas dangereux :

Sous une chaleur écrasante, ce sont les Bordelais qui ont pris le meilleur départ dans ce match en monopolisant le ballon avant de s’installer dans le camp rennais. Sans doute déterminés à gérer au mieux leurs efforts, les Bretons avaient de toute façon fait le choix de l’attente en début de partie. Repliés dans leur moitié de terrain, ils opposaient aux Bordelais un bloc très compact et dense dans le coeur du jeu (M’Vila, Pajot, Diallo). L’objectif : récupérer le ballon assez haut dans leur camp (devant le rond central) pour ensuite lancer rapidement leurs attaquants dans le dos de la défense bordelaise.

A cette opposition, Bordeaux a répondu en passant par les côtés, utilisant à plein ses deux latéraux (Mariano et Trémoulinas) dans des registres différents. Les premières minutes de la partie ont ainsi permis de découvrir une nouvelle relation technique côté bordelais, entre Mariano et Ben Khalfallah. En réponse à la compacité du bloc rennais, Bordeaux a choisi d’user de ballons en profondeur, par-dessus la défense adverse, et le latéral brésilien a ainsi lancé à plusieurs reprises son partenaire sur l’aile droite. A gauche, c’est la relation Planus-Gouffran qui a permis aux Bordelais de faire reculer le bloc rennais de la même manière. Dominé dans l’axe par Boye et Kana-Biyik, l’attaquant bordelais s’est montré plus utile sur les ailes, offrant des appuis intéressants pour ces partenaires en soutien (Trémoulinas en tête).

Au fil des minutes, Bordeaux a ainsi pu s’installer dans le camp breton, approchant les buts de Costil en passant par des échanges au sol motivés par les déplacements de Obraniak et Saivet. Très libres devant la paire Sertic-Sané, les deux hommes ont navigué sur toute la largeur du terrain pour offrir des solutions courtes à leurs partenaires et progresser dans la moitié de terrain rennaise. Côté droit, Ben Khalfallah était la cible à trouver en profondeur en fin de mouvement. A gauche, le tempo était plus lent et le ballon finissait dans les pieds de Trémoulinas qui se retrouvait en face-à-face avec Danzé alors que ses partenaires se dirigeaient vers la surface de réparation rennaise. Problème, ces derniers n’y arrivaient pas tout le temps alors que les centres partaient sans que les décalages ne soient forcément crées. Déjà plus forts sur le plan athlétique, les Bretons étaient aussi en surnombre dans la zone de vérité et pouvaient renvoyer les centres adverses sans difficulté.

Malheureusement pour eux, ils n’ont ensuite pas réussi à remonter le terrain. Partant à chaque fois de très bas dans leur camp, les Rennais n’arrivaient pas à enchaîner les passes pour lancer Erding, Alessandrini ou Pitroipa. Forcés de redescendre pour couvrir les montées des latéraux bordelais, les deux derniers n’étaient sans doute pas en mesure de multiplier les longs sprints dans les couloirs, chaleur oblige. Sans explosivité, le jeu rennais a subi la loi du bon repli défensif bordelais et de l’excellent travail de la paire Sertic-Sané devant la défense centrale. Privés de solutions rapides sur les ailes, les Rennais ont dû porter le ballon dans l’axe et ont alors souvent croisé la route des deux milieux axiaux bordelais, efficaces à la récupération et complémentaires à la relance, Sané s’effaçant alors au profit de son partenaire.

Le schéma :

– En noir : les deux lignes défensives rennaises.
– En orange : les premières passes bordelaises, brisant en fin de mouvement le premier rideau défensif rennais.
– En blanc : la relation Obraniak-Saivet qui s’étale sur toute la largeur du terrain, entre les deux lignes rennaises.
– En jaune : les Bordelais prenant la profondeur. Trémoulinas entre les deux lignes pour compenser les déplacements de Saivet ; Gouffran et Ben Khalfallah pour faire reculer la défense rennaise.

Les remplaçants apportent le second souffle :

Au retour des vestiaires, le public de Chaban-Delmas a pensé assister à un remake du premier acte mais avec Rennes dans le rôle du dominant. Positionnés plus haut sur le terrain, les Bretons ont mis les Bordelais sous pression dans leur propre camp. Le surnombre dans l’axe aidant, ils ont obligé leurs adversaires à allonger pour chercher Gouffran seul devant. Manquant de soutien face à la présence athlétique de Kana-Biyik et Boye, l’attaquant bordelais a souffert jusqu’à son remplacement par Diabaté (67e). L’entrée du Malien a été la deuxième côté bordelais, après Maurice-Belay remplaçant Saivet (58e).

Apportant leur fraîcheur, les deux hommes ont été déterminants dans le succès bordelais. Remplaçant Obraniak au poste d’attaquant de soutien, Maurice-Belay a apporté la percussion qui manquait jusqu’ici aux Girondins. A l’inverse de celles de Ben Khalfallah, Saivet ou Trémoulinas, ses percussions ont fait mal à la défense rennaise et crée des décalages. L’ancien Sochalien a réanimé les couloirs, obtenant plusieurs corners, et surtout offert des solutions pour remonter les ballons. Diabaté a aussi pesé sur la défense rennaise, gagnant quelques coups-francs et participant activement à l’action aboutissant au seul but de la partie inscrit par Obraniak (74e).

Menés au score, les Rennais n’ont eu d’autre choix que de jouer leur va-tout dans le dernier quart d’heure. Montaño, entré sur l’aile droite, a sonné la charge en tentant sa chance de loin. Avec son entrée, ainsi que celles de Féret et Sané, les Rennais ont beaucoup plus pesé sur l’axe défensif bordelais (Planus, Ciani, Sané et Sertic), laissant aux latéraux le soin d’occuper les couloirs. Avec ces nouveaux points de fixation dans l’axe, des espaces se sont ainsi ouverts dans le bloc bordelais pour des incursions venues de l’arrière. Kana-Biyik s’est ainsi retrouvé complètement seul dans les arrêts de jeu pour un face-à-face avec Carrasso, duel remporté par le portier girondin.

Conclusion :

A Bordeaux pas de doute, le fond de jeu de l’année 2012 est toujours là. Les bases posées par Francis Gillot sont a priori adoptées par tout l’effectif au vu du rendement de la paire Sertic-Sané, qui a su faire oublier les absences de Plasil et Nguemo. Le 4-4-2 (ou 4-4-1-1) a la technique nécessaire pour tenir le ballon et dominer le terrain. Il faut toutefois souligner que les choses ne seront peut-être pas aussi simples face à des équipes qui ont l’habitude d’aller chercher leur adversaire sur ces premières passes. Côté déception, seul Maurice-Belay est sorti du lot parmi les joueurs censés intervenir en fin de mouvement (Saivet, Ben Khalfallah, Trémoulinas…).

A Rennes, malgré le réveil post-ouverture du score, l’heure est certainement aux interrogations. L’équipe a traversé la rencontre sans grande inspiration : sans trembler énormément certes, mais en ne montrant que très peu de choses dans le camp averse. Le choix de laisser venir les Bordelais en première mi-temps a permis aux milieux bretons de limiter leurs efforts pour mieux revenir à la reprise. Mais ce sont les attaquants (Pitroipa, Alessandrini) qui ont payé ce choix en multipliant les allers-retours dans leurs couloirs (pour défendre sur les latéraux bordelais puis partir en contre-attaque).

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