Biélorussie 2-4 France, l’analyse tactique

Complètement dépassés en première mi-temps, les Bleus ont finalement réussi à ramener trois points de Biélorussie grâce à un second acte bien mieux géré offensivement. Toutefois, ce résultat ne peut rassurer en vue des barrages tant il s’est construit sur une baisse de régime de leurs adversaires à partir de l’heure de jeu.

C’était dans l’air depuis le zéro pointé en Géorgie, les compositions d’équipes l’ont officialisé : Benzema est resté sur le banc pour ce second match, cédant la place à la pointe de l’attaque à Giroud. Les Français sont donc repassés en 4-2-3-1 avec Ribéry, Valbuena et Payet, enfin récompensé de ses bonnes prestations lors des matchs amicaux, en soutien de l’attaquant d’Arsenal. Au milieu de terrain, Pogba et Matuidi ont fait leur retour, tout comme Clichy derrière, préféré à Evra au poste de latéral gauche (Lloris – Sagna, Koscielny, Abidal, Clichy – Pogba, Matuidi – Payet, Valbuena, Ribéry – Giroud).

Côté biélorusse, Georgi Kondratiev avait préparé un système à trois défenseurs centraux pour accueillir les Bleus. Devant, Putsilo et Kalachev étaient chargés de soutenir un Hleb dans un registre de faux n°9 (Veremko – Balanovich, Martynovich, Filipenko, Verkhovtsov, Bordachev – Tigurev, Dragun – Kalachev, Hleb, Putsilo).

Le plan biélorusse : dans leur moitié de terrain

La première possession de balle française dans l’entrejeu a permis de découvrir le système de jeu de la Biélorussie, regroupée en 5-4-1 dans ses 40 mètres. En pointe du système, Hleb naviguait au niveau du rond central : il faisait généralement face au milieu français le plus reculé (Pogba en début de partie), et couper la relation vers ce dernier lorsque les Bleus allaient construire sur les côtés, via leurs latéraux. Derrière lui, les deux milieux axiaux, Dragun et Tigurev couvraient l’axe face aux déplacements de Matuidi et Valbuena. Ils sortaient même au pressing sur le Marseillais lorsqu’il décrochait au niveau de la paire Pogba-Matuidi. Payet et Ribéry étaient eux aussi chassés lorsqu’ils tentaient d’offrir des solutions dans l’entrejeu.

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Valbuena décroche pour offrir une solution à Pogba mais ne peut que remettre le ballon en raison du pressing de Dragun. Biélorusse le plus avancé sur le terrain, Hleb se positionne de manière à empêcher que la relation Pogba-Matuidi se fasse dans son dos. Latérale, la transmission entre les deux milieux français n’est pas dangereuse pour les milieux adverses : Dragun peut reprendre sa place dans la ligne de quatre et celle-ci peut coulisser vers la droite (côté Matuidi, Ribéry, Clichy).

Pour défendre les ailes, les Biélorusses ont adopté la même approche que les Géorgiens vendredi dernier, à savoir un marquage très serré des deux ailiers français. Le latéral droit Balanovich a abattu un énorme travail face à Ribéry, résistant à la plupart des accélérations balle au pied du Français. Avec Bordachev à gauche, ils recevaient les soutiens des deux ailiers (Putsilo et Kalachev) qui revenaient aider dans les duels en plus de contrer les montées de Sagna et Clichy. Pour compléter le travail des quatre joueurs de couloir, les deux milieux axiaux coulissaient eux aussi vers la zone où se situait la balle afin d’empêcher les Français de trouver des solutions vers le coeur du jeu (relation Ribéry-Valbuena par exemple).

Conséquence pour les Bleus : il était très difficile de sortir des couloirs. L’apport limité des latéraux en phase offensive, la timidité de Matuidi et le manque général de tranchant des courses offensives empêchaient aussi tout développement d’action dans la profondeur. Seuls des duels remportés par Ribéry ou Valbuena ont permis de créer des opportunités dans les 30 derniers mètres. La défense biélorusse ne tremblait pas dans sa surface, dominant un Giroud beaucoup trop esseulé pour être réellement dangereux.

En position défensive, les Biélorusses peuvent défendre à onze dans leurs 30 mètres.

En position défensive, les Biélorusses peuvent défendre à onze dans leurs 30 mètres. Laissant de la liberté aux actions les plus reculés (Pogba, Abidal et Koscielny), ils se concentrent sur le marquage des solutions courtes qui s’offrent à ces derniers.

Le plan biélorusse : dans le camp français

A l’inverse de la Géorgie, dont les projets offensifs se résumaient aux exploits individuels de ses meilleurs éléments (Kobakhidze, Okriashvili), les Biélorusses avaient des circuits bien huilés pour mettre en danger la défense française. Et ceux-ci passaient par trois hommes : Tigurev, Dragun et Hleb. Les deux premiers étaient chargés de ratisser les ballons au milieu de terrain.

Deux cas de figure les concernant : soit ils prenaient le dessus dans leurs duels face à Valbuena, Payet ou Matuidi dans l’entrejeu, soit ils étaient présents sur les seconds ballons à la retombée des longues relances de leurs défenseurs. En cas de ballon gagné au milieu, les Biélorusses pouvaient compter sur les relais de Hleb pour assurer la remontée du ballon. Décrochant entre Pogba et Matuidi, l’ancien joueur d’Arsenal et Barcelone a posé d’énormes problèmes à la récupération française, les deux Bleus ne sachant généralement pas qui devait se charger de le marquer.

Les milieux biélorusses viennent de remonter un ballon. Hleb redescend le chercher de sa position d'attaquant de pointe, jaillissant entre Pogba et Matuidi. Sa technique aidant, il se remet dans le sens du jeu et peut lancer ses deux

Les milieux biélorusses viennent de remonter un ballon. Hleb redescend le chercher de sa position d’attaquant de pointe, jaillissant entre Pogba et Matuidi. Sa technique aidant, il se remet dans le sens du jeu et peut lancer ses deux partenaires côté droit. Balanovich et Kalachev vont en effet démarrer dans le couloir pour ensuite attaquer un Clichy seul contre deux.

Autre problème pour les milieux de terrain français : les seconds ballons sur les relances adverses. Lorsqu’ils devaient ressortir de leurs 30 mètres, les Biélorusses ne faisaient pas de fioritures : repassant par Veremko leur gardien, ils visaient le coeur du jeu français et le duel aérien entre Pogba et Hleb. Ce dernier souffrait évidemment dans les airs, mais l’important était ailleurs : Tigurev et Dragun étaient présents sur les seconds ballons et ont souvent devancé les Français (Valbuena et Matuidi).

Sur ces phases de jeu, Putsilo et Kalachev évoluaient très haut dans le camp français afin de peser sur la défense, ouvrant ainsi des espaces pour les incursions des latéraux sur les côtés. Une fois le ballon gagné au milieu, les milieux biélorusses l’envoyaient sur les ailes où les paires Balanovich-Kalachev ou Bordachev-Putsilo attaquaient les latéraux français. La première a été la plus active, débordant Clichy à de nombreuses reprises au cours de la première mi-temps.

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Sur leurs relances longues, les Biélorusses visent la zone de Pogba et la densifient en ajoutant Putsilo et Kalachev autour de Hleb. Tigurev et Dragun se positionnent eux à la retombée des duels aériens et mettent la pression sur les deuxièmes ballons. Sitôt ces derniers gagnés, ils envoient le jeu sur les côtés où Balanovich et Bornachev occupent les zones entre les ailiers et les latéraux français. Le latéral droit profite des absences de Ribéry pour être un relais de référence dans le camp français.

Grâce à cette capacité à peser sur la défense française, les Biélorusses s’autorisaient même des phases de pression dans le camp adverse. Sur ces périodes, généralement assez courtes, ils s’appuyaient sur leurs trois défenseurs centraux pour assurer la couverture dans leur moitié de terrain : les latéraux bloquaient les couloirs, les milieux axiaux coupaient la transition vers les attaquants tandis que Putsilo et Kalachev rejoignaient Hleb en première ligne.

Il n’y a qu’en parvenant à casser ce pressing (sortie de balle via Payet, Ribéry) ou en recherchant directement Giroud que les Français ont pu approcher les buts de Veremko en première mi-temps.  Car sitôt les Biélorusses repliés, ils se heurtaient à la solidité de leur bloc défensif.

Pogba et Giroud font bouger les lignes :

A la mi-temps, les Bleus sont logiquement menés au score, surpassés dans tous les compartiments du jeu. Tactiquement, le système de jeu biélorusse a annihilé leurs circuits préférentiels (via Ribéry, Valbuena) tout en appuyant sur les points faibles en défense (la solitude de Clichy face aux montées de la paire Balanovich-Kalashev). Sans solution dans le camp biélorusse, les Français ont dû changer d’approche après la pause. A défaut de pouvoir se trouver dans les petits périmètres qu’ils adorent, ils ont adopté une tactique pour plus directe dès la reprise des débats.

Il a suffit d’une trentaine de secondes de préparation pour en voir les effets. Après avoir fait circuler le ballon latéralement, Paul Pogba a profité de la liberté que lui accordait Hleb pour sauter ses « constructeurs » (Ribéry, Valbuena, Payet) et rechercher Giroud au coeur du bloc biélorusse. Résistant à la pression de son adversaire direct, l’attaquant d’Arsenal a su couvrir son ballon avant de le libérer dans la course de Ribéry. Non-utilisé pour approcher les buts adverses sur cette action, le milieu du Bayern réalisait là son premier appel « pour finir » une action. Récompensé par un penalty (1-1, 47e).

A l'origine du penalty obtenu par les Français : Pogba profite de l'absence de pression de la part de Hleb pour s'avancer. Les milieux biélorusses ne sortent pas sur lui puisqu'il est (normalement) le milieu français le plus reculé. Pogba cherche alors directement Giroud qui a déjà pris la position face à son défenseur.

A l’origine du penalty obtenu par les Français : Pogba profite de l’absence de pression de la part de Hleb pour s’avancer. Les milieux biélorusses ne prennent pas le risque de sortir sur lui (peur de se faire éliminer, positionnement de Valbuena à proximité). Pogba cherche alors directement Giroud qui a déjà pris la position face à son défenseur. Sur l’aile gauche, Ribéry s’apprête à partir dans le dos de l’axial droit pour récupérer le ballon dans la surface de réparation.

Avec une telle réussite sur le premier essai, les Français ont insisté et régulièrement cherché Giroud en point de fixation dans les 25 derniers mètres. Capables de peser dans l’axe mais aussi de s’excentrer pour offrir des solutions sur les côtés, l’attaquant des Gunners a su répondre au défi physique proposé par les défenseurs adverses. Il s’ajoutait ainsi aux combinaisons sur les côtés, offrant une solution supplémentaire à Ribéry-Clichy ou Payet(puis Valbuena)-Sagna dans la profondeur. C’est d’ailleurs l’un de ses relais qui a permis aux Bleus de sortir du couloir gauche sur le troisième but français, action conclue par Nasri d’une belle frappe des 20 mètres (70e).

Autre situation où Giroud est recherché : Valbuena profite de la venue de Ribéry côté droit pour se défaire du pressing de la paire Dragun-Tigurev (à hauteur de Matuidi-Ribéry).

Autre situation où Giroud est recherché : Valbuena profite de la venue de Ribéry côté droit pour se défaire du pressing de la paire Dragun-Tigurev (à hauteur de Matuidi-Ribéry). Sortant du couloir pour limiter ses solutions de passes, Putsilo ne peut l’empêcher de rechercher Giroud, encore une fois au duel avec le défenseur central adverse.

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Sur le troisième but français, Giroud s’excentre côté gauche pour relayer la remontée de balle de la paire Clichy-Ribéry. Sa remise revient dans les pieds du milieu gauche qui, en repiquant dans l’axe, retrouve Valbuena puis Nasri qui finit l’action.

Rapidement suivi par un 4e et dernier but de Pogba (73e), ce troisième but a définitivement fait basculer la rencontre en faveur des Bleus. Car en face, les Biélorusses ont fini par payer les efforts consentis depuis le début de la partie. Particulièrement maîtrisé, leur 5-4-1 (qui devenait 3-4-3 dans le camp français) était viable tant que les joueurs de couloir étaient capables d’accompagner les offensives.

Dès que l’activité de ces derniers a baissé, les solutions ont commencé à manquer pour les axiaux (Hleb, Dragun, Tigurev), qui ont dès lors subi le pressing des milieux de terrain français. La deuxième égalisation est d’ailleurs intervenue après un ballon remporté par Pogba dans le camp adverse, le milieu de la Juve lançant Valbuena dans l’espace abandonné par le latéral gauche sorti à contre-temps de sa position (64e).

Conclusion :

En 45 minutes, l’équipe de France a donc inscrit autant de buts que sur le reste de l’année 2013 (1 contre l’Allemagne et 3 contre la Géorgie). Si la baisse de régime biélorusse explique en partie cette réussite retrouvée, le circuit direct vers Giroud a aussi pesé dans la balance. Grâce à un Pogba capable d’assumer ces transmissions depuis le milieu de terrain, la France s’est offert une alternative alors que Ribéry, Valbuena ou Payet ne trouvaient pas la solution sur les côtés. Une nouvelle relation à la création qui a permis de retrouver les deux principaux atouts des Bleus à la finition, Ribéry marquant deux fois et Valbuena délivrant trois passes décisives.

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11 réponses

  1. Jsmith dit :

    Analyse enrichissante comme souvent, merci.

    Je viens de me rendre compte que l’analyse s’adresse surtout à ceux qui ont vu le match, car elle ne rend pas compte à quel point la France a galéré pendant une heure, à manquer de fond de jeu.

    Depuis toujours on peut voir que Valbuena fait des matchs corrects à titre personnel, mais on dirait que l’équipe en pâtit, dans le sens où il s’excentre à droite, laissant un vide au centre qui n’est pas comblé, et faisant de l’ombre à l’ailier (Payet ce soir), perdu et ne sachant pas permuter au centre ou prendre la profondeur

  2. bcolo dit :

    Très bonne analyse encore une fois, c’est un vrai plaisir de lire ça et de
    mieux comprendre le match après-coup. L’apport de Giroud est ainsi bien mis
    en évidence, preuve que l’utilité d’un avant-centre ne se mesure pas qu’au
    nombre de buts marqués.

    Il me semble que Pogba serait plus utile en jouant plus haut, en 8 avec un
    récupérateur derrière lui. En première mi-temps, il était trop bas, juste
    devant les défenseurs centraux, et n’a pas pesé. Sa qualité technique et ses
    passes longues ne seraient-elles pas plus utiles en position de relayeur ?

  3. Floggi dit :

    Suis-je le seul à penser encore que le rôle d’un attaquant est avant tout de marquer des buts ? (cf. Giroud)

  4. Cherch'Or dit :

    Originally Posted By FloggiSuis-je le seul à penser encore que le rôle d’un attaquant est avant tout de marquer des buts ? (cf. Giroud)

    S’il ne marque pas et que par son apport (le foot étant un sport collectif) l’équipe en marque 4, ça me va.

    Quand Benzema ne marquait pas mais faisait des passes dé, ça ne me posait aucun problème.

  5. TitiHenry dit :

    Super analyse merci mec.

  6. Selbycool dit :

    Une analyse extrêmement juste – à mon avis du moins ;), comme d’habitude avec Toniutti…

    Mais par contre Florent, pas un mot sur le rôle de Nasri après son entrée, au-delà de son but (une jolie action). Que pensez-vous de ces permutations incessantes avec Valbuena, et du fait qu’on ait vu, sur deux-trois ballons dans les dernières minutes, Sagna en quasi-ailier, totalement esseulé côté droit ? Est-ce qu’on peut en conclure qu’une titularisation de Nasri à droite ne nous permettrait pas de sortir de notre dépendance au couloir gauche offensivement ?

    Pour moi, même si on arrivait à garder cet axe Pogba-Giroud (dont vous avez parfaitement saisi le fonctionnement) pour varier le jeu, l’idéal serait d’avoir en plus une belle option à droite => trois voies possibles pour nous, et donc une défense vraiment compliquée pour nos adversaires. Là, on commencerait à pouvoir parler de « projet de jeu »… (le bonheur hein ? :) )

  7. Quand Nasri entre en jeu, les Biélorusses sont déjà en perdition offensivement et la défense va suivre avec. Difficile pour moi de tirer des enseignements sur sa rentrée. Après, plus largement, il est difficile de nier qu’il a « réussi » son come-back dans le groupe. A voir sur sa future titularisation, qui sera un vraie test. Sinon en effet, Ribéry à gauche, Pogba-Giroud, il ne manque qu’une solution à droite pour compléter cette affaire (et c’est d’ailleurs le chantier depuis des années). Pour moi, il faudrait un joueur de profondeur (plus que Nasri) pour compléter le quatuor offensif. Un joueur comme Rémy s’il revient à son meilleur niveau par exemple… Ou un jeune comme Griezmann, qui sait faire des appels de finisseur, on l’a vu avec la Real Sociedad. Notre jeu pencherait à gauche, mais on aurait un joueur capable d’aller épauler Giroud dans la surface en cas de centre. Ce qui n’est pas possible aujourd’hui avec Valbuena ou Payet (voire Nasri) à droite.

  8. LSD dit :

    Très bonne analyse. Merci.

    Concernant Pogba et son positionnement il y a différentes interrogations:
    A la Juve, il joue la plupart du temps au milieu avec Pirlo à la baguette et Vidal en piston mais sur la fin de saison dernière il jouait plus haut en soutien de l’attaquant, avec derrière lui Pirlo, Vidal et Marchisio, et le résultat était bon.
    En U20, il avait démarré la coupe du monde en pointe du trio du milieu (donc assez haut) mais semblait pas à l’aise et manquait d’impact? Ensuite quand il a été reculé il a influencé le jeu comme il peut le faire.

  9. freeman dit :

    slt a ts, je lis avec bcp de plaisir tes analyses, mais c´est plus facile de comprendre quand tu mets la photo du classement des equipes. choses que tu ne fais pas toujours. pourrais tu tenir compte de cet element important? merci.

  10. Super analyse!
    J’ai trouvé qu’il y avait vraiment de belles performances de joueurs individuels, même s’il reste beaucoup à améliorer côté collectif.

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