Hatem le foo(t) ?

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Deux bons petits matchs et voilà que je saute sur l’occasion : la (re?)naissance de Hatem Ben Arfa en ce début 2010 est un très bon prétexte pour me lancer dans un article sur le Marseillais et ses dérivés (Obertan) et ses modèles (Cristiano Ronaldo). Attention, si vous êtes adeptes du bloc-équipe et de la rigueur absolue, passez votre chemin. Sauf si vous voulez apprendre quelque chose, dans ce cas, cet article pourrait tout à fait vous intéresser. Surtout, chauffez vos claviers, j’attends vos commentaires !

Bon, pour démarrer intelligemment, on va commencer par cibler le problème de notre sujet. La réputation qui le précède fait de lui le meilleur joueur de sa génération, très loin devant son jumeau maléfique, Karim Benzema, aujourd’hui en pleine lumière sous le maillot du Real. Hatem, lui, est bloqué à Marseille : préservé puis mis sur la touche par Gerets, il est en train de réussir à retourner l’opinion de Didier Deschamps qui le titularise depuis le début de la nouvelle année après avoir été à deux doigts de le traiter comme un vulgaire Djibril Cissé pendant l’hiver. Alors, qu’est-ce qui a fait la différence en faveur de Benzema ? Tout le monde s’accorde, même des spécialistes de ce domaine, s’accordent à dire que le problème de Ben Arfa est d’ordre mental : là où Karim a franchi son palier et joue désormais dans un des meilleurs clubs de la planète, Hatem reste bloqué au statut d’éternel espoir, Mourad Meghni staïle. Du gâchis.

Ce problème mental, nombreux sont les détracteurs qui pensent l’avoir ciblé : en tête de gondole, Riolo, Larqué et consorts estiment « qu’il ne connaît rien, que ce n’est pas un joueur de football. » A cette attaque, une seule réponse possible (enfin, une question plutôt) : comment expliquer la réputation qu’il s’est taillé pendant sa formation ? De la même façon, comment expliquer ses (rares) bons matchs sous le maillot marseillais où il brille souvent en faisant marquer les autres ? On peut aussi donner quelques exemples de joueur qui sont passés par cet état, le Ballon d’Or 2008 Cristiano Ronaldo pour ne citer que le meilleur d’entre eux. Plus près de chez moi, Gabriel Obertan, qui apprend désormais à United, est aussi à la recherche de la marche à franchir pour s’imposer enfin au plus haut niveau. Chez tous ces joueurs, le problème n’est ou n’était pas lié à leur connaissance du ballon, qu’ils domptent depuis tout petit, mais plutôt une histoire de confiance en eux, la faute à un profil extrêmement exposé aux critiques.

En gros, le gars est attendu et il le sait. Sauf que le gars en question n’est pas du genre à jouer simple ; il cherche l’efficacité, la passe ou le geste qui mettra la défense dans le vent et fera la différence au tableau d’affichage. Cette envie constante de faire la décision le met forcément en danger : ratés en tout genre, mésententes avec ses partenaires, pertes de balle (…), la liste est longue. Et les conséquences fâcheuses : qui dit manqués, dit à terme sifflets du public (« You bought the wrong Ronaaaaldo !« ), entraîne une perte de confiance, le joueur tente moins ou avec moins de conviction et disparaît de l’équipe. Le CR9 d’il y a quelques années, Ben Arfa et Obertan étaient et sont des joueurs dont il faut accepter qu’ils aient du déchet dans leur jeu. Quand on juge leurs prestations, vous noterez qu’on ne parle « d’un bon match » uniquement lorsqu’il a fait la décision sur une action. A partir de là, ne lui en voulez pour pour sa dizaine de ballons perdus… Le onzième entraînera peut-être un but (cf : Ben Arfa à Toulouse la semaine dernière). Et si c’est sur le premier alors là, c’est le jackpot.

Alors là je vous vois venir : « Ses pertes de balle vont forcément gêner le reste de l’équipe ! » Pas forcément. L’important est de trouver une place à ce genre de joueur dans son système de jeu. L’erreur débile serait d’en faire un meneur de jeu, d’un organisateur. Quand j’entends Riolo sous-entendre une comparaison entre Ben Arfa et Lucho qui, lui, « joue juste du début à la fin », je me marre doucement. Ben Arfa et les autres ne sont pas des plaques tournantes, ils en ont besoin d’une derrière eux pour remonter les ballons. « Si t’as onze Ben Arfa dans ton équipe, tu fais quoi ? » demandait Gilbert Brisbois hier soir. Ben, t’en vends dix et tu t’achètes dix Essien aurais-je répondu mais on s’éloigne du sujet. Ben Arfa et tous ces joueurs à déchets ont besoin d’une équipe qui fonctionne autour d’eux (voire même sans eux) : sa zone d’influence doit pouvoir se limiter sur les 35 derniers mètres. S’il touche le ballon avant, ou lorsque l’équipe est en train de remonter le terrain, c’est tout le bloc qui est mis en danger en cas de perte de balle.

Reste maintenant à savoir où le mettre. Beaucoup ont l’envie de l’exiler sur un aile, que ce soit pour déborder et centrer ou pour rentrer sur son bon pied. Je ne suis pas de cette avis pour deux raisons : cela le prive de libertés (pour peu qu’ils perdent ces deux premiers duels face au latéral et c’est tout son match qui est peut-être perdu) et cela peut mettre en danger son latéral si les choses se passent mal devant. A l’arrivée, je ne vois qu’un poste pour qu’il puisse pleinement s’exprimer : numéro 10, en soutien d’un attaquant qui pèse sur la défense et devant un meneur de jeu en retrait façon Gerrard, Lampard ou… Lucho ? J’avais évoqué il y a quelques temps l’avènement du numéro 8 créateur, nouvelle plaque tournante en remplacement des fameux (et regrettés 10 à l’ancienne). Place désormais au 10 dynamiteur, qui sur le papier peut lui aussi donner du kiffe. Mais a besoin de temps.

Extra – et Yoyo dans tout ça ? Je vais terminer cet article par une petite remarque concernant Lionel Messi, son utilisation à Barcelone et en Argentine. Sur le papier, l’Argentin a le même profil que tous les joueurs que j’ai cité : c’est un impact player, un dribbleur, un dynamiteur. Mais il n’est pas passé par les différentes étapes : direct au sommet, à l’inverse de Ronaldo. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a grandi dans un système de jeu très strict, et a pu répéter ses gammes d’ailier droit pendant des années et des années. Une fois pro, il n’a pas eu à chercher sa place. Maintenant regardez ce qu’essaie d’en faire Maradona : dans l’axe, en soutien d’une pointe. Vu la démonstration que vous venez de lire, vous trouvez peut-être cette idée un peu moins incongrue. Ou pas. Et regardez ce que fait Messi sous le maillot de l’Albiceleste. Rien, ou presque, un joueur quelconque incapable de franchir ce palier-là. Etonnant non ?

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11 comments to Hatem le foo(t) ?

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