Bayern Munich 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique

L’idée de voir un nouveau Clasico en finale de Ligue des Champions semble assez compromise après cette première demi-finale. Dominé physiquement et tactiquement, le Real Madrid a concédé une défaite logique sur la pelouse du Bayern Munich. Impressionnants d’activité, les Bavarois iront à Madrid avec plus que des arguments à faire valoir pour atteindre la finale.

Les compositions :

Côté bavarois, Jupp Heynckes peut compter sur l’ensemble de son effectif pour ce match. Schweinsteiger a bien fait son retour et débute la rencontre. C’est Muller qui fait les frais du retour de la plaque tournante de l’équipe, celui-ci restant sur le banc au profit de Kroos et de son activité dans l’entrejeu : Neuer (1) – Lahm (21), Boateng (17), Badstuber (28), Alaba (27) – Luiz Gustavo (30), Kroos (39) – Robben (10), Schweinsteiger (21), Ribéry (7) – Gomez (33).

Côté madrilène, José Mourinho fait dans le classique en reconduisant son 4-2-3-1 avec ses milieux de terrain et son quatuor offensif habituel. Derrière, la charnière Pepe-Ramos est inamovible. Les seules incertitudes avant la rencontre concernaient les latéraux. Arbeloa se retrouve à droite, Coentrao à gauche : Casillas (1) – Arbeloa (17), Pepe (3), Ramos (4), Coentrao (15) – Xabi Alonso (14), Khedira (6) – Di Maria (22), Özil (10), Ronaldo (7) – Benzema (9).

Première mi-temps : Ribéry et Robben font les différences

Une fois les compositions d’équipes révélées, deux duels attirent forcément l’oeil : Coentrao/Robben et Arbeloa/Ribéry. Comment le Real va t-il procéder pour éteindre les deux principales armes offensives du Bayern ? Les cinq premières minutes de la partie offrent une première réponse à cette question : le Real quadrille bien sa moitié de terrain. Benzema et Özil travaillent sur la relance bavaroise (à quatre joueurs : Badstuber, Boateng, Kroos et Luiz Gustavo). Sur les côtés, des individuelles opposent Di Maria/Alaba, Ronaldo/Lahm et donc Coentrao/Robben et Arbeloa/Ribéry. Les deux excentrés du Real se replacent bien de manière à empêcher toute possibilité de passes diagonales vers les ailiers bavarois (ex : de Gustavo Luiz à Robben, de Kroos à Ribéry). Au coeur du jeu, Xabi Alonso et Khedira impriment eux le pressing sur Schweinsteiger lorsque celui-ci propose des solutions en décrochant vers ses milieux de terrain.

Passée cette entrée en matière, le Real monte ensuite en régime et décide d’aller chercher son adversaire. Désormais, c’est tout le bloc qui évolue une ligne plus haut : Khedira et Xabi Alonso donnent le ton en sortant de leur moitié de terrain pour aller mettre la pression sur Luiz Gustavo et Kroos. Sur les côtés, les latéraux madrilènes suivent le mouvement en poursuivant Robben et Ribéry où qu’ils aillent sur la pelouse de l’Allianz Arena. Ce pressing tout terrain a le don de déstabiliser les axiaux du Bayern le temps d’une dizaine de minutes. Le Real récupère le ballon plus haut et les transmissions sont rapides entre les milieux et les attaquants (Özil pour Benzema, 7ème).

Mais ce travail de sape des Madrilènes explose à partir du moment où Ribéry et Robben prennent le dessus sur leurs adversaires directs. Plutôt que de rester dans les couloirs, les deux ailiers du Bayern multiplient les courses vers l’intérieur du terrain afin d’offrir des solutions à des milieux mis sous pression par le Real. Ribéry redescend à hauteur de ses milieux tandis que Robben tente de demander le ballon dans le dos de la paire Xabi Alonso-Khedira. Au marquage, Arbeloa et Coentrao se montrent incapables de devancer leurs adversaires et ainsi d’empêcher qu’ils apportent un appui supplémentaire dans l’entrejeu. L’aisance technique des milieux du Bayern aidant, Ribéry fait exploser le pressing du Real par son activité. Pour obtenir le corner entraînant l’ouverture du score, il repique dans l’axe et attire Arbeloa à lui avant de foncer dans le couloir pour recevoir le service de l’un de ses milieux de terrain. Le décalage est crée et Pepe intervient pour concéder le coup de pied de coin…

Après l’ouverture du score, le Bayern peaufine sa configuration offensive. Schweinsteiger, Kroos et Luiz Gustavo forment désormais un véritable trio dans l’entrejeu, soutenu par l’apport de Ribéry toujours plus prompt qu’Arbeloa depuis son aile gauche. Cette nouvelle donne brise le pressing du Real qui doit se résoudre à reculer, laissant les Bavarois prendre possession du milieu de terrain… Du coup, ce sont eux qui mettent ensuite les Madrilènes sous pression en inversant le triangle dans l’entrejeu. Schweinsteiger reste en retrait lorsque Kroos et Luiz Gustavo s’opposent à Khedira et Xabi Alonso. Les replis successifs de Gomez à hauteur des milieux madrilènes pressent aussi leurs relances, qui filent en direction des côtés, principalement via Özil côté droit. Mais là aussi, l’Allemand du Real est pressé de jouer rapidement, sous peine de voir Ribéry revenir au pressing alors que Alaba lui ferme le couloir.

Légende – Comment le Bayern a brisé le pressing du Real ? En changeant le premier soutien à Gomez : de Schweinsteiger au coup d’envoi (en blanc), l’équipe est passée à Robben depuis son aile droite (en orange). Avec l’activité de Ribéry, rentrant à l’intérieur (en rouge) et sa rapidité par rapport à Arbeloa, il a à la fois crée le surnombre pour le Bayern dans l’entrejeu (en jaune) et ouvert des brèches sur son aile gauche pour Alaba.

Deuxième mi-temps : Madrid allonge, Munich garde le milieu

La second acte reprend de la même manière que le premier s’est terminé. Les Bavarois restent installés dans la moitié de terrain madrilène et le Real multiplie les longs ballons vers ses attaquants (Ronaldo et Benzema en priorité). Car depuis le début de la partie, ces derniers ont régulièrement pris le dessus en un-contre-un face aux défenseurs du Bayern, à la retombée de relances sautant le milieu de terrain munichois (et donc diminuant l’efficacité du repli défensif de ces derniers). L’égalisation de Özil vient là encore à point nommé pour faire exemple : derrière la relance longue de Khedira, Di Maria et Benzema (à deux reprises) se baladent devant la défense bavaroise pour finalement permettre à Ronaldo et Özil de finir le travail.

Arrive alors l’heure de jeu et l’entrée en scène des entraîneurs et du coaching. Heynckes est le premier à dégainer : Schweinsteiger, sans doute trop juste pour poursuivre, cède sa place à Muller. Kroos, qui était le Bavarois le plus avancé de l’entrejeu, recule pour s’aligner à hauteur de Luiz Gustavo et laisse la place en soutien de Gomez au nouvel entrant. Craignant un nouveau contre madrilène, le Bayern est moins présent dans le camp adverse, intervenant désormais à hauteur de la ligne médiane. Muller, Robben et Gomez font le travail nécessaire pour compliquer les sorties de balle et le bloc resté en arrière ratisse les ballons. A gauche, Ribéry continue de jouer les pistons entre milieux et attaquants, soutenu dans ses montées par Alaba qui ne faiblit pas.

Le Bayern ayant renforcé la protection de sa défense, Luiz Gustavo et Kroos ne sortent plus vraiment au pressing, les attaquants madrilènes se retrouvent rapidement en situation d’infériorité numérique à la retombée des longs ballons de leurs défenseurs. Dès lors, il faut trouver une nouvelle solution. Mourinho décide d’offrir des relais à ses deux milieux de terrain, pris par la bonne fermeture de l’axe par le Bayern, en faisant entrer Marcelo puis Granero. Ronaldo et Benzema restent eux une ligne plus haut pour jouer les duels face aux défenseurs adverses. Mais les ballons ne remontent plus jusqu’à eux : les entrants ne sont pas dans le match et sont dominés par les milieux et les latéraux du Bayern, bien protégés par le travail de Gomez et Muller sur les premiers relanceurs. Le Real ne ressort plus de sa moitié de terrain et les occasions se multiplient pour le Bayern. Laissé seul face à Robben et Lahm, Coentrao se fait déposer et permet au latéral allemand de glisser le ballon de la victoire à Gomez dans les arrêts de jeu.

Légende – Comment le Bayern a maîtrisé la dernière demi-heure ? Robben, Muller et Gomez (en blanc) gênent la sortie de balle madrilène qui doit passer par les côtés pour avancer. Dans les couloirs, les relais vers les attaquants sont ensuite facilement enfermés : Marcelo par Luiz Gustavo et Lahm, Di Maria puis Granero par Kroos et, si besoin, Ribéry. Derrière, le surnombre est ainsi toujours conservé par les défenseurs bavarois.

Conclusion :

Une performance de très haut rang de la part du Bayern Munich pour une victoire des plus logiques. Le Real a fait illusion le temps d’un quart d’heure dans les deux mi-temps : d’abord par son pressing puis par sa capacité à toucher rapidement ses attaquants. A chaque fois, le Bayern a trouvé la solution en ajoutant des joueurs à l’intérieur du jeu (Ribéry avec le ballon, Muller, Gomez ou Robben sans le ballon en deuxième mi-temps). Au-delà de la maîtrise tactique, les Bavarois sont aussi apparus supérieurs dans l’agressivité et l’impact physique. Bref, tous les ingrédients pour faire plier un Real très décevant pour cette demi-finale aller. Et le retour s’annonce compliqué pour les Madrilènes qui ne pourront pas se livrer à moins de trouver en quelques jours des adversaires de taille à Robben et Ribéry, qui pourraient se régaler sur les contres au Bernabeu…

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10 réponses

  1. freddy dit :

    Tactiquement un match de toute beauté, ou comment appuyer la thèse que le football est un sport qui se joue pas avec les 11 meilleurs joueurs mais le meilleur 11 le plus complémentaire offensivement et défensivement

  2. Il est certain que la perspective d’une finale chez lui galvanise le Bayern. Les bavarois semblent être dans un pic de forme, mais je n’enterrerai pas pour autant le Real. Avec un but marqué à l’extérieur, le Real est largement capable de gagner à domicile. Le score du clasico à venir sera je pense déterminant pour l’approche du retour.

  3. A.N dit :

    Très bon billet. Un vrai match de coupe d’Europe. Vivement le retour à Bernabeu

  4. aziz dit :

    Trop nul le coaching de Mourinho. De plus, le Réal a joué avec le spectre du prochain classico en tête. on sentait qu’il voulait garder encore quelque chose pour samedi. Le Barça les traumatise vraiment!

  5. samirheny dit :

    Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué Florant !

  6. Très belle analyse Florent, on ne peut qu’avouer la supériorité physique et tactique du Bayern !

    Tu as bien résumé les clés du match, les déplacements de Schweinsteiger et Ribéry en 1ère mi temps.

    Puis l’activité de Lahm Robben face à Coentrão, et aussi le trio offensif qui gênait le double pivot madrilène en 2ème mi temps.

    Bonne analyse encore, par contre Schweinsteiger a le n°31 non ?

  7. evan33 dit :

    Très beau billet, bon résumé du match.Par contre, j’ai pas trouvé Ribery si excellent que ça, malgré de bonnes choses et de la percussion je trouve qu’a certains moment il ralentit énormément le jeu du Bayern avec un jeu et des courses trop latérales.

  8. 00mar dit :

    Très bonne analyse, c’est effectivement ces deux changements de Mourinho (Marcelo & Granero) qui ont fait perdre le match au Real en choisissant un schéma plus défensif : D’une part cela a isolé CR et Benz (puis Higuain) en pointe et d’une autre part ça a donné les clés du jeu au Bayern avec ses joueurs qui excelent dans le jeu latéral et qui se retrouvaient face à des latéraux madrilènes très faibles techniquement (Coentrao & Arbeloa) et qui défendaient très bas.
    Bref, le Bayern méritait largement sa victoire et je pense que ça sera très défficil pour le Real de les dépasser au Bernabeu en tenant compte de la fébrilité défensive du Real et la technique et la rapidité dans l’execution des contre attaques du côté du Bayern …

  9. samirheny dit :

    Incroyable ces commentaires, il suffit de 90 minutes pour anéantir un rouleau compresseur. faut arrété la, je vous parie que le Real va se qualifier au match retour (je précise que je ne suis pas un pro-real). c’est vrais que le bayern a fait un trés bon match, mais de la a sous estimer la capacité du Real a renverser la vapeur au match retour… .

  10. The teacha dit :

    Sur le plan tactique, j’attendais l’entrée de kaka pour sa capacité à éliminer en dribble ou passes ses adversaires dans la zone dense du milieu. Je trouve la défense du bayern lourde, elle nous la prouvée ces derniers mois, kaka aurait eu son mot à dire en 2nde période dans l’entrejeu mardi soir mais bon, José à préféré Marcelo sur un coté pour donner de la largeur dans le jeu à son équipe sauf que ca n’a pas marché.

    Le real à bien sur les moyens de s’en sortir au retour, mais à travers ce match, on a vraiment la preuve que la liga reste assez faible pour une équipe comme le real ou barça. Mardi, ca été une vrai confrontation de trés haut niveau et on voit bien qu’avec des adversaires de taille, Cristiano ne met pas de frappes de 35M sans être attaqué comme en liga ou que benz à plus de difficultés que contre osasuna, c’est une réalité aussi.

    ps: je trouve coentrao trés faible sur le plan défensif , il n’a pas le niveau pour le real, et dire qu’il à été acheté 30millions!! juste 5 de moins qu’un fabregas

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