Bayern Munich 2-0 Manchester City, l’analyse tactique

C’est la mode du moment : la possession de balle. Garder le ballon pour ne pas prendre de buts et savoir accélérer pour pouvoir en marquer. Hier soir, le Bayern Munich n’a pas joué à la mode. Solide dans ses 30 mètres et efficace dans ceux de son adversaire, il n’a eu besoin que d’une mi-temps pour empocher sa dixième victoire de rang, la deuxième en Ligue des Champions. Pourtant, c’était quand même Manchester City en face.

Les compositions :

Malgré son retour gagnant face à Leverkusen ce week-end, Robben débute le match sur le banc de touche. Du coup, Muller glisse sur le flanc droit de l’attaque bavaroise, laissant la place en soutien de Gomez à Kroos : Neuer (1) – Rafinha (13), Van Buyten (5), Boateng (17), Lahm (21) – Schweinsteiger (31), Luiz Gustavo (30) – Muller (25), Kroos (39), Ribéry (7) – Gomez (33).

Côté Citizen, Roberto Mancini reconduit quasiment l’équipe qui a débuté la saison. Un seul changement est à signaler : l’entrée de Kolo Touré en défense centrale à la place de Lescott, l’Ivoirien revenant de six mois de suspension : Hart (25) – Richards (2), K.Touré (28), Kompany (4), Clichy (22) – Barry (18), Y.Touré (42) – Silva (21), Nasri (19) – Aguero (16), Dzeko (10).

Première demi-heure équilibrée :

Organisée dans son 4-4-2 habituel, la formation de Manchester City se calque sur celle de son adversaire et décide d’aller chercher les rampes de lancement de celui-ci le plus haut possible. C’est ainsi que très rapidement, les quatre joueurs à vocation offensive se mettent en place pour bloquer la profondeur aux défenseurs adverses (Nasri vs Rafinha, Aguero et Dzeko vs Van Buyten et Boateng, Silva vs Lahm). En deuxième rideau, Yaya Youré et Barry suivent les décrochages de Schweinsteiger et Luiz Gustavo lorsque ces derniers redescendent à hauteur de leurs défenseurs.

A l’arrière, la puissance physique de Kompany et Boateng fait la différence face à la seule présence de Gomez pour jouer en appui à la réception de longs ballons (très rares). Le but ici est de ne laisser comme seule et unique solution au Bayern de passer au sol, par les côtés. C’est ensuite toute la partie haute du bloc de City qui coulisse pour tenter d’enfermer son adversaire et récupérer le ballon. Une fois le ballon gagné, la machine City se met en place en se basant sur quatre hommes à la relance : Kompany, Barry ainsi que Yaya et Kolo Touré.

A l’inverse de Barcelone qui se base sur trois joueurs pour relancer, City en utilise donc quatre tout en permettant les montées sans ballon des deux latéraux (Clichy et Richards). De ce quatuor, une fois le ballon libéré, un joueur sort pour franchir le premier rideau adverse et se joindre à l’attaquant en partant de plus loin (Y.Touré le plus souvent). En début de partie, les ailiers bavarois ont pour mission de fermer les couloirs face aux montées des latéraux. Du coup, City n’a aucune difficulté pour passer outre, à quatre contre deux, le première ligne du Bayern formée par Kroos et Gomez dans l’axe.

Arrive alors le vrai pari de Mancini sur le début de partie. Placer Aguero et Silva dans la zone de Schweinsteiger et Luiz Gustavo et compter sur les échanges rapides entre les deux hommes, ainsi que l’apport de joueurs annexes (Touré, Nasri) pour accélérer le jeu et arriver lancé face à une défense axiale réputée pour sa lenteur et, pourquoi pas, créer des décalages sur les côtés. Problème, ces derniers sont bien fermés par les latéraux bavarois parfois aidés, en dernier recours, de Muller et Ribéry. Bloqué au moment de la dernière passe, City se montre surtout dangereux lorsque Touré dépasse sa fonction de soutien dédié à la circulation du ballon, pour se joindre aux attaques en rentrant dans les 30 derniers mètres. Problème, ils ne sont alors plus que trois derrière en couverture, avec un seul joueur (Barry) pour jouer les ralentisseurs, les latéraux étant aussi aux avants-postes.

Le facteur Ribéry :

Evidemment, dans ces conditions-là, Ribéry se voit offert plusieurs occasions de se régaler en contre-attaque. Silva quittant le couloir pour travailler dans l’axe, il se retrouve dans une situation de deux-contre-un face à Richards lorsque le ballon est gagné alors que City est installé dans le camp adverse. L’une des alertes sur le but de Hart en première mi-temps vient d’ailleurs d’une balle perdue par le latéral anglais. La donne est la même dans les autres zones de la moitié de terrain bavaroise : si le Bayern réussit à vite sortir au sol, les projections de Kroos, Ribéry ou Muller font la différence face à un bloc adverse dépassé sur la première passe. Lorsque celui-ci est replacé, le Français est aussi très important.

Avec Lahm, Ribéry forme en effet un duo très efficace qui perturbe l’ensemble du milieu de terrain adverse. Pour répondre au marquage des rampes de lancement bavaroises (expliqué plus haut), Ribéry redescend chercher les ballons au niveau de la ligne médiane. Une fois servi, il échange (pour ainsi dire) les marquages avec Lahm : ce dernier occupe désormais le couloir gardé par Richards tandis que Ribéry a un duel à jouer avec Silva. L’Espagnol n’étant pas un défenseur, le Français l’efface très facilement dans la majorité des cas et peut ainsi rentrer dans l’axe pour créer le surnombre.

Luiz Gustavo peut même se permettre de rester en couverture pour gérer les possibilités de contre partant de décrochage de Aguero, laissant Kroos et Schweinsteiger offrir des solutions à Ribéry dans la zone gardée par le duo Barry-Touré. Souvent, le trio cherchera à changer le jeu vers Rafinha, monté aux avants-postes pour compléter le déplacement de Muller vers la surface de réparation. Cette supériorité créée dans l’axe, face à la première ligne adverse aboutit à plusieurs reprises sur le décalage d’un joueur, qui se retrouve alors en position de frapper à mi-distance (Kroos, Schweinsteiger).

Différences :

Le dernier quart d’heure de la première mi-temps fait basculer la rencontre dans l’escarcelle bavaroise. Sur le premier but, Ribéry réalise à 20 mètres des buts, face à Touré, ce qu’il faisait jusqu’ici à Silva une vingtaine de mètres plus loin. La donne est la même dans l’axe en sortie de dribble : trois joueurs du Bayern traînent et c’est Gomez qui la pousse au fond des filets. Dans la foulée, le Bayern décide d’accélérer et de profiter du coup au moral infligé à son adversaire.

Ainsi, plutôt que de se soucier des latéraux adverses lorsque ceux-ci sont en position basse dans le camp munichois, Ribéry et Muller se focalisent désormais sur les lignes de passe partant du quatuor de City. Du quatre contre deux en leur faveur, Kompany, Barry et les deux Touré se retrouvent avec quatre adversaires qui quadrillent les zones devant celles qu’ils cherchent à atteindre, le plus souvent au sol. A cela s’ajoute un regain d’agressivité des milieux bavarois sur Silva et Aguero et de Rafinha, qui n’hésite pas à sortir de son couloir pour éteindre Nasri. Les quatre relanceurs de City n’ont plus qu’à écarter d’entrée le jeu sur leurs latéraux. Une solution de facilité mais qui ne permet pas de prendre de la vitesse sitôt franchie la ligne médiane, le bloc du Bayern coulissant bien pour marquer les solutions dans le jeu court et les possibles combinaisons.

Au retour des vestiaires, Clichy et Richards se signalent d’ailleurs dès les premières minutes par des tentatives de raids solitaires sitôt le ballon récupéré au-delà de la ligne médiane : tout ça dans le but de semer l’ailier et de libérer le ballon avant qu’il n’ait le temps de se replier. Peine perdue, les deux sont stoppés dans leurs essais et le deuxième acte se résumera à une maîtrise sereine de la partie par les Bavarois. Ribéry oblige même Mancini à un remplacement défensif avec l’entrée de De Jong au détriment de Dzeko pour ajouter un troisième milieu axial. City tente d’aspirer le Bayern avec la vitesse de Aguero devant mais c’est peine perdue. Et l’incident Tevez/Mancini privera le technicien italien d’une carte qui aurait pu être intéressante en fin de partie.

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3 réponses

  1. bezote dit :

    Très belle analyse comme d’habitude.

    Est-il possible de mettre les n° de joueurs dans vos schémas c’est plus simple de comprendre la tactique et votre analyse ?
    Merci

  2. Je les mets habituellement, c’était exceptionnel là, par manque de temps :)

  3. Guess dit :

    Merci pour ton travail putain je lis toutes tes analyses. !!! and my friends too

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