Bayern Munich 2-0 Juventus Turin, l’analyse tactique

L’Allianz Arena a assisté à une première mardi soir : la première défaite de la Juve de Conte face à un 4-2-3-1. Emmenés par un quatuor offensif  infatigable, le Bayern a complètement asphyxié une Juve qui n’a jamais pu contrôler le rythme de la rencontre. Même la sortie rapide de Kroos n’a pas enrayé une machine bavaroise portée par la relance de Schweinsteiger et l’abnégation de Mandzukic.

Quelques absences de marque étaient à signaler au coup d’envoi. Le Bayern Munich s’avançait dans son 4-2-3-1 habituel mais sans Javi Martinez suspendu. Derrière, Jupp Heynckes avait aussi choisi de titulariser Van Buyten aux côtés des Dante. Pour le reste, c’était un Bayern classique (Neuer – Lahm, Van Buyten, Dante, Alaba – Schweinsteiger, Luiz Gustavo – Muller, Kroos, Ribéry – Mandzukic). Du côté de la Juve, Antonio Conte devait composer sans Vucinic et Giovinco, incertains jusqu’au bout mais finalement sur le banc en début de rencontre. Les deux attaquants titulaires étaient remplacés par Matri et Quagliarella (Buffon – Barzagli, Bonucci, Chiellini – Lichtsteiner, Vidal, Pirlo, Marchisio, Peluso – Quagliarella, Matri).

Le Bayern face à la relance turinoise :

Parmi les possibilités proposées au Bayern avant la rencontre (voir : S01E11 – Avant Bayern-Juventus : l’avantage du 3-5-2 sur le 4-2-3-1), le pressing tout terrain de la part des attaquants était l’une des solutions pour mettre à mal la relance de la Juve, toujours fondée sur son quatuor défensif  (Barzagli, Bonucci, Chiellini et Pirlo). D’entrée de jeu, les Bavarois ont démarré très fort dans ce domaine en allant mettre une pression intense dans les 30 mètres de la Juve. Accompagnés de leurs latéraux, les quatre attaquants (Ribéry, Kroos, Muller et Mandzukic) ont forcé la relance de Pirlo. En couverture, Schweinsteiger s’est retrouvé sans opposition. Une passe latérale plus tard, Alaba arrivait lancé plein axe et sa frappe, déviée par Vidal, finissait étonnamment au fond des filets (1e).

La récupération de balle avant le premier but du Bayern : Kroos est dans la zone de Pirlo alors que Ribéry et Mandzukic sont opposés à Barzagli à Chiellini. Seul joueur hors de la pression bavaroise, Vidal était impossible à atteindre pour Pirlo. Privé de solutions latérales, le n°21 ne pouvait que jouer dans la profondeur, offrant à Schweinsteiger un ballon facile.

Après cette ouverture du score très rapide (25 secondes de jeu), la Juventus a tenté de réagir en jouant plus haut et en renvoyant le ballon dans le camp adverse. Pendant quelques minutes, le Bayern a fait le dos rond face au pressing turinois, lancé notamment par les sorties de Vidal dans la zone de Schweinsteiger. Toutefois, excepté sur coups de pied arrêtés, les hommes de Conte ont eu beaucoup de mal à créer le danger, la faute à une organisation du Bayern qui travaillait parfaitement pour à casser ses circuits de passes favoris. Comme toujours dans ces cas-là, tout partait de la relance adverse. Replié dans sa moitié de terrain, le bloc du Bayern ne laissait que Mandzukic en pointe de manière à positionner un joueur devant Bonucci. Dans son dos, Kroos suivait Pirlo, tandis que Schweinsteiger et Luiz Gustavo s’occupaient des déplacements de Marchisio et Vidal.

L’axe étant bloqué, la Juve était amenée à d’abord jouer latéralement pour sortir de son camp, via Barzagli ou Chiellini. Dans ce cas, Ribéry et Muller -les deux excentrés- sortaient à leur rencontre. Dans leur foulée, c’est tout le bloc du Bayern qui remontait, positionnant ainsi quatre joueurs face aux quatre relanceurs de la Juve. La sortie de Kroos sur blessure a légèrement modifié le système (18e). Passé dans l’axe, Muller a récupéré le marquage de Pirlo, laissant à Robben le soin de limiter l’influence de Chiellini. Moins résolu à sortir sur son adversaire direct, le Néerlandais contenait ses montées en s’opposant à lui ; il attendait ensuite le soutien de Mandzukic qui lui venait en aide en revenant dans le dos du porteur de balle.

Le positionnement du Bayern sur la relance turinoise : Mandzukic et Ribéry sont plus prompts à sortir sur Bonucci et Barzagli, dotés d'un jeu long que Chiellini ne possède pas. Le gaucher de la Juve se retrouvait face à Robben, mais ses montées balle au pied étaient souvent compensées par le repli de Mandzukic. Au coeur du jeu, Schweinsteiger et Muller ne lâchaient pas leurs adversaires directs.

Compensations et repli défensif :

Evidemment, ce pressing des attaquants du Bayern aurait été sans intérêt sans un excellent travail du reste du bloc en couverture. Lorsque Ribéry et Muller (puis Robben) sortaient sur Chiellini et Barzagli, Alaba et Lahm quittaient l’alignement défensif afin de récupérer les marquages de Lichtsteiner et Peluso. Les serrant de près, ils tentaient de s’imposer aux environs de la ligne médiane, jaillissant pour empêcher leurs adversaires directs de se retourner. Si les latéraux turinois décrochaient pour remonter les ballons balle au pied, ils s’opposaient à eux en attendant le repli de leurs attaquants. Exemple : si Lichtsteiner redescendait à la droite de Barzagli pour remonter le ballon, Lahm s’opposait à lui à la médiane et attendait la course de Ribéry ou Mandzukic pour enfermer le latéral turinois.

Dans le dos de Lahm et Alaba, la couverture était assurée par Schweinsteiger et Luiz Gustavo. Quand leurs latéraux sortaient, ces derniers coulissaient vers le couloir afin de réagir en cas d’appels en profondeur (Marchisio, Vidal, Quagliarella) pour éviter à Van Buyten et Dante de devoir quitter l’axe. Schweinsteiger pouvait ainsi se retrouver à couvrir dans le dos d’Alaba. Il laissait alors Luiz Gustavo devant la défense -aux prises avec Matri et Quagliarella- pour la protéger des mouvements de Vidal et Marchisio. Son travail était de contenir le porteur de balle au cas où la Juve réussissait à revenir à l’intérieur du terrain, en attendant le repli des attaquants, qui ont été à l’origine de la majorité des ballons « grattés » au milieu de terrain.

La couverture du Bayern : Lahm est sorti au pressing sur Peluso et se retrouve à hauteur de Muller -au marquage de Pirlo-. Dans son dos, Luiz Gustavo s'est décalé pour le couvrir et se retrouve avec Marchisio. Au coeur du jeu, Schweinsteiger est positionné entre Van Buyten -ici au marquage de Quagliarella- et Dante.

Cette capacité des attaquants bavarois à se replier obligeait la Juve à trouver rapidement des solutions dans la profondeur pour atteindre les 30 derniers mètres. Après avoir franchi la première ligne -Mandzukic, Ribéry, Robben par exemple-, chaque transmission latérale (Lichtsteiner vers Pirlo, Vidal vers Marchisio par exemple) était susceptible de voir revenir les attaquants du Bayern dans le dos du porteur pour mettre la pression alors que les milieux de terrain le laissaient venir. Plus fort à l’impact, Mandzukic et les autres ont ainsi empêché la Juve de pouvoir poser son jeu dans le camp du Bayern et surtout contrôler le tempo de la rencontre. Andrea Pirlo a particulièrement souffert de ce danger constant, se faisant reprendre à plusieurs reprises. Infatigable, Mandzukic a réalisé une performance exceptionnelle dans ce registre.

Supériorité dans les duels :

Offensivement, les temps forts du Bayern ont été ceux de Robben et Ribéry. A partir de l’entrée en jeu du Néerlandais, les deux hommes ont à tour de rôle dominé les couloirs. Pour les atteindre, il fallait d’abord que le Bayern ressorte correctement de sa moitié de terrain. Schweinsteiger a pris les choses en main en se positionnant de manière à se défaire de la zone surveillée par Vidal. En allant occuper l’espace à la gauche de Dante et dans le dos d’Alaba, marqué par Lichtsteiner, le milieu allemand s’offrait assez de champ pour prendre les bonnes décisions. Embarqué vers sa zone par le déplacement de Vidal, le milieu à trois de la Juve pouvait se retrouver battu en un changement de jeu : Schweinsteiger envoyait le ballon vers Lahm qui ensuite était libre de trouver Robben devant lui, au duel avec Peluso.

La relance du Bayern : Schweinsteiger profite de l'absence d'ailier côté Juve pour aller occuper l'espace libre entre Dante et Alaba. Vidal étant sur lui, le jeu passe par un renversement vers Lahm. Le latéral droit devra ensuite avancer et chercher Robben dans le couloir avant que Marchisio n'ait le temps de lui fermer la porte.

Capable de ressortir correctement le ballon de sa moitié de terrain, par la gauche comme par la droite, le Bayern basait ensuite ses attaques sur les duels remportés par Ribéry et Robben sur les ailes. Plus vifs que leurs adversaires directs et en mesure de résister à deux voire trois adversaires, ils ont fait beaucoup de mal aux Turinois jusqu’à ce que ces derniers reculent en deuxième mi-temps. Peluso et Lichtsteiner ont alors laissé à Marchisio et Vidal le soin de ralentir les deux dribbleurs du Bayern en bloquant la profondeur dans le couloir. En conséquence, des espaces se sont ouverts dans l’axe pour Luiz Gustavo et Schweinsteiger. Désormais à distance de tir, le Brésilien a tenté sa chance à deux reprises. Son second tir sur le poteau a été à l’origine du but de Muller (63e).

Plus de suspense ?

Après une telle démonstration allemande, la Juve peut-elle toujours croire à la qualification ? Si le Bayern s’est offert une certaine sécurité en n’ayant pas encaissé de but, deux joueurs pourraient permettre aux Bianconeri de se présenter sous un meilleur jour. Dès son entrée en jeu, Vucinic a beaucoup apporté en offrant un relais à la construction turinoise. Avant lui, Matri et Quagliarella avaient été dominés par les défenseurs du Bayern : Vucinic a apporté une solution permettant à la Juve de progresser rapidement sur le terrain au lieu de s’enfermer dans le jeu latéral propice aux retours défensifs des attaquants bavarois. A ce niveau, la présence de Pogba dans une semaine semble indispensable tant il semble être le seul à pouvoir résister physiquement et techniquement à ces derniers. Bref, le Bayern a fait un grand pas vers la qualification, mais il ne devra certainement pas refaire l’erreur commise face à Arsenal au tour précédent.

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4 réponses

  1. RMCF dit :

    Franchement super boulot même ce match-ci a été pris en compte malgré l’autre analyse concernant le PSG-Barça.. Chapeau bas !!

  2. kaki dit :

    conte a echoué sur le plans taqtique

  3. ahmed caoch dit :

    bonsoir ..je suis entraineur de foot et j’aimerais bien etre a la page ,ses analyses m’aide pas a avoir cette manière de voire le foot

  1. 6 avril 2013

    […] vous invite à aller lire l’analyse tactique de ce match par Florent Toniutti, vraiment […]

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