Barcelone – Manchester United : les clés de la finale

Deux ans après, ils se retrouvent : les deux meilleurs clubs de la saison pour une finale rêvée à Wembley depuis 90 000 personnes qui auront payé (très cher) leurs billets. Barcelone face à Manchester United, où le match qui décernera peut-être la palme au meilleur style de jeu du moment. Alors, possession catalane ou réalisme mancunien ? Avant-match.

L’enseignement des Clasicos :

L’avantage avec le Barça de Guardiola, c’est que, sauf énorme, surprise, l’organisation et le onze de départ sont quasiment déjà connus. Il y a un peu plus d’un mois, le Real Madrid a concocté une recette qui a su faire plier cette formation. Face à un 4-3-3 laissant les couloirs aux seuls latéraux, Mourinho a bétonné son axe central en ajoutant Pepe en chien fou entre Khedira et Xabi Alonso. Pedro et Villa pris par les latéraux, Alves et Adriano par les ailiers, le Real s’est retrouvé avec un surnombre dans l’axe lui permettant de mettre la pression sur son dangereux adversaire tout en assurant constamment une couverture (voir l’analyse de la finale de la Coupe du Roi).

Quelques jours plus tard après la victoire du Real en finale de la Coupe du Roi, le Barça s’est rendu à Bernabeu avec un schéma adapté aux deux précédentes prestations madrilènes. Resserrés dans l’axe jusqu’ici, Villa et Pedro ont évolué dans des positions très excentrés afin de fixer les latéraux : deux conséquences, une ligne de défense étirée et qui ne peut plus suivre le pressing mené par le reste du bloc. Les espaces se créent alors dans l’axe pour Keita (ex-Iniesta) côté gauche et surtout Messi. L’Argentin se révèle alors comme l’arme fatale du Barça lorsque son adversaire tente de le prendre haut (sur Xavi/Busquets). Ses décrochages lui offrent des munitions au niveau de la ligne médiane, à lui ensuite de se défaire de son garde du corps (défenseur central, cf. Ricardo Carvalho au Nou Camp) pour placer la première accélération (voir l’analyse de la demi-finale aller).

De ces deux matchs, Manchester United a pu en retirer plusieurs choses. Le Barça peut se retrouver en difficulté lorsqu’il est pris au niveau de la première relance (Xavi et Busquets). Pour y parvenir il faut réussir à créer une situation de surnombre permettant un pressing dans l’axe tout en pouvant assurer les couvertures. Et évidemment, il faut réussir à pouvoir gérer le facteur Messi, si possible sans avoir à casser sa défense centrale sous peine d’ouvrir des intervalles permettant les prises de profondeur de Villa ou Pedro.

Quelle formation pour Man U ?

4-4-2 ou 4-5-1. Voilà pour les choix qui s’offrent a priori à Sir Alex Ferguson. Le premier a fait ses preuves en quarts de finale face à Chelsea mais l’adversaire est évidemment tout autre. Et surtout, l’attaquant principal est tout autre. Car si Vidic et Ferdinand n’ont aucun mal à contrôler un joueur puissant qui va jouer le contact avec eux, il est difficilement imaginable que l’un des deux suive Messi à la trace en imaginant un Manchester sur le même projet que le Real en Ligue des Champions (avec Ricardo Carvalho). L’hypothèse apparaît de plus en plus improbable quand on sait que la défense de United bâtit sa force sur la capacité de cette charnière centrale à ne rien laisser passer dans la surface de réparation. Quel intérêt pour Ferguson de la casser dans ce cas ?

Or si la défense de Man U ne sort pas, il faut dès lors se poser la question de la capacité du milieu de terrain à encaisser les assauts catalans. Avec un 4-4-2, cela offre un 3 (si l’on ajoute un attaquant aux tâches défensives, laissant l’autre seul contre deux…) contre 4 dans l’axe en faveur du Barça (Busquets, Xavi, Iniesta et Messi). A priori suicidaire. Comme en 2009, il ne serait donc pas étonnant de retrouver la version 4-5-1 ou 4-3-3 de Manchester United pour cette finale. L’organisation imaginée, il reste maintenant à poser quelques pistes pour gérer les différents problèmes habituellement posés par le Barça : la gestion des latéraux, de Xavi/Busquets et d’Iniesta/Messi. Pour cela, il faut rentrer dans une autre phase de réflexion prenant en compte les profils des joueurs.

A partir du positionnement de Rooney ?

Mis au centre des débats d’avant-match par la presse anglaise, le positionnement de Wayne Rooney va avoir une importance capitale sur cette rencontre. Si Ferguson fait le choix du 4-5-1, deux choix sont possibles : Rooney se retrouve en pointe ou doit assurer la couverture d’un côté. Dans le premier cas, Manchester United perdrait gros sur le plan offensif, à savoir son principal meneur de jeu sur les contres-attaques. Et comme Rooney n’est pas vraiment un joueur capable de construire des buts en solitaire depuis les 40 mètres adverses, il serait plus logique de le trouver sur un côté. En imaginant Ferguson renouveler sa confiance à Valencia, excellent côté droit que ce soit dans l’apport ou le repli défensif (utile face à Adriano ou Maxwell ou Abidal), le natif de Liverpool devrait hériter du couloir gauche sur le tableau noir.

En se retrouvant côté gauche, Rooney se retrouve proche de la zone de Xavi lorsque celui-ci prépare les offensives du Barça. Dès lors, l’international anglais fait un perturbateur parfait pour le travail de distribution du capitaine catalan. Cela ne sera possible qu’à une condition : si, et seulement si, le milieu de terrain (axial gauche, Park ?) derrière lui surveille les déplacements dans le couloir de Daniel Alves. Arrivé dans les 40 mètres de Manchester, le partage des tâches pourra être le même (Rooney vs Xavi et Park vs Alves) mais forcera aussi Rooney à suivre les déplacements de Xavi dans les 30 derniers mètres (la fameuse zone de vérité). S’il ne dispense pas l’Anglais des tâches défensives (puisqu’il doit s’occuper de Xavi), ce partage inversé des rôles (axial sur latéral, ailier sur axial) lui permettra certainement de rester plus haut, à l’inverse (par exemple) des ailiers du Real qui étaient obligés de partir de très loin après avoir fait le travail de fermer eux-mêmes les couloirs face à Daniel Alves ou Adriano.


Flèches noires et grises : Barça position basse / flèches jaunes et violettes : Barça position haute.

Une fois le cas du côté gauche avec Rooney posé et résolu comme ci-dessus, les autres marquages sont assez facilement lisibles. Quelque soient leurs positions (excentrées ou plus axiaux), Villa et Pedro seront la plupart du temps marqués par les deux latéraux mancuniens. Iniesta sera lui pour le pendant droit (Anderson ? Fletcher ?) de l’axial gauche (Park ?) qui s’occupera de défendre en duo avec Rooney (ou Giggs avec Rooney en pointe ?). Busquets sera très certainement aux prises avec l’avant-centre adverse (Hernandez ? Berbatov ?) qui devra être capable de l’empêcher de devenir la rampe de lancement de fortune du Barça en imaginant que l’influence de Xavi soit restreinte par le côté gauche adverse. A l’arrivée, cet ensemble défensif permet à Manchester United de conserver trois joueurs (Carrick, Ferdinand, Vidic ?) pour un seul homme, en l’occurence Messi.

La capacité de ce trio à pouvoir gérer les arrivées dans la surface de Xavi ou Iniesta sera aussi prépondérante dans la capacité de United à contre-attaquer. Plus ils seront efficaces, plus Rooney pourra rester haut et plus il aura de ballons de relance intéressants à négocier… Plus largement, plus les trois seront efficaces au coeur du système défensif de MU, plus le bloc pourra évoluer haut.

Limites du système :

Outre par l’addition de plusieurs faillites individuelles, ce système défensif pourrait être mis en difficulté dans plusieurs situations. Un seul attaquant restant dans la zone de Busquets, il aurait par exemple du mal à répondre aux montées de Puyol mais surtout Piqué dans le camp adverse. Dans ce cas, on en revient à la capacité de MU à évoluer haut grâce à la forme de son trio défensif : si celui-ci est en forme, Carrick peut se charger des déplacements de Iniesta, permettant au milieu normalement à son marquage d’évoluer plus haut et de gêner les montées venues de l’arrière. Autre problème qui pourrait se poser, celui des dézonages ou des permutations des milieux de terrain (Xavi et Iniesta) : Iniesta peut notamment s’infiltrer côté droit dans les espaces laissés par Park et Rooney alors au pressing sur leurs adversaires directs. Là encore, le travail de compensation reviendra au trio défensif si le troisième milieu de terrain se retrouve pris de vitesse.

Bref, voilà un raisonnement sans prétention sur l’un des plans que pourrait opposer ce soir Sir Alex Ferguson à Pepe Guardiola. Comme les limites l’ont prouvé, il est loin d’être parfait, le Barça jouant souvent sur les courses diagonales d’Iniesta ou les montées de Piqué quand les choses s’avèrent compliquées, mais il pourrait notamment répondre au problème du soutien à l’attaquant grâce au positionnement entre-deux de Rooney qui peut, si la défense assure dans les 30 derniers mètres, lui permettre de limiter les distances avec son coéquipier en pointe.

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