Barcelone 3-0 Athletic Bilbao, l’analyse tactique

Un petit mois après les déceptions en championnat et en Ligue des Champions, le Barça a fini sa saison de la meilleure des manières en remportant la Coupe du Roi face à l’Athletic Bilbao. Pour le dernier match de l’ère Guardiola, les Catalans ont offert un récital d’une demi-heure à leur entraîneur. Trente superbes minutes, suffisantes pour l’emporter, qui ont permis au Barça de retrouver certains automatismes offensifs qui avaient disparu depuis plusieurs mois maintenant. Retour vers le futur la saison prochaine ?

Maîtrise de l’entrejeu :

Pour son dernier match à la tête du Barça, Pep Guardiola avait décidé de revenir au 4-3-3. Dans l’entrejeu, le trident Busquets-Xavi-Iniesta était (enfin) reformé derrière un trio Messi-Sanchez-Pedro, tous très libres aux avants-postes. Pour contrer ce système classique du Barça, Marcelo Bielsa avait lui fait le choix du 4-2-3-1, sacrifiant Ander Herrera pour retourner le triangle de son entrejeu et placer deux joueurs face aux créateurs du Barça. Ainsi, Javi Martinez et De Marcos se sont retrouvés face à Iniesta et Xavi tandis que Muniain, positionné dans l’axe en soutien de Llorente, évoluait lui dans la zone de Busquets. Derrière, Amorebieta avait pour consigne de suivre Messi dans tous ses décrochages : dès que l’Argentin revenait à hauteur de ses milieux, le Vénézuelien lui emboîtait le pas. Il restait donc trois joueurs derrière pour négocier les déplacements de Sanchez et Pedro. Sur les ailes, Susaeta et Ibai Gomez devaient eux suivre les montées des latéraux barcelonais.

En calquant son système de jeu sur celui de son adversaire, Marcelo Bielsa comptait sur les qualités de ses hommes dans les duels et le marquage pour gêner la circulation de balle barcelonaise. Un choix à mettre au crédit des Basques qui ont tenté de jouer leur partition. Malheureusement pour eux, le Barça était largement supérieur. D’entrée de jeu, le trio de l’entrejeu a mis beaucoup de mouvements et multiplié les transmissions, utilisant les remises de Messi, toujours en avance sur Amorebieta, pour créer des décalages. Plus bas, Muniain a eu beaucoup de mal à gêner Busquets. Mais surtout, Piqué et Mascherano ont lancé plusieurs mouvements de l’arrière, éliminant Llorente balle au pied avant de poursuivre leurs montées, créant ainsi le surnombre dans l’entrejeu et libérant leurs milieux de terrain (Xavi, Iniesta lancés dans le camp adverse). Des percées difficiles à arrêter pour une équipe qui n’a pas prévu de spare-man dans son entrejeu, misant tout ou presque sur les individuelles… Des percées qui ont aussi permis à Messi de rester haut sur le terrain, et de se retrouver parfois sur le côté droit de ses débuts.

Au-delà de la maîtrise du ballon, le Barça a aussi fait le travail sitôt celui-ci abandonné à l’adversaire. Son 4-3-3 lui a permis d’aller chercher Bilbao très haut, dès sa première relance, empêchant les Basques de lancer leurs phases habituelles de jeu court sur les ailes. Avec un schéma de jeu différent, l’Atletico avait d’ailleurs procédé de la même manière pour asphyxier la formation de Marcelo Bielsa en finale de la Ligue Europa. Sanchez et Pedro se sont partagés le marquage des deux défenseurs centraux basques, tandis que Messi se retrouvait lui dans la zone de Javi Martinez, décroché par rapport à De Marcos et Muniain. Au coeur du jeu, ces derniers se retrouvaient eux coincés entre Busquets et le duo Xavi-Iniesta qui ratissait les ballons devant la ligne médiane.

Une statistique symbolise l’efficacité des Barcelonais à la récupération : en se concentrant sur la coupure des transmissions dans le camp adverse, ils ont dominé la première mi-temps sans avoir à commettre la moindre faute (0 concédées, contre 10 pour Bilbao). Seuls les défenseurs ont eu de vrais duels à disputer, conservant les mêmes adversaires directs durant tout le premier acte : Montoya et Adriano suivaient les courses (notamment les décrochages) de Ibai Gomez et Susaeta, tandis que Mascherano et Piqué ont géré le cas de Llorente. Ce dernier est d’ailleurs très vite devenu la solution privilégiée des Basques, sans autre solution dans l’entrejeu. Mais vu que toute l’équipe devait travailler pour ressortir les ballons (y compris Susaeta et Ibai Gomez), l’avant-centre de l’Athletic s’est retrouvé beaucoup trop seul pour pouvoir véritablement créer le danger.

Retour en 2009 :

Rapide et large vainqueur de la bataille du milieu, le Barça a ensuite pu dérouler son jeu dans les trente derniers mètres adverses. La vitesse et la qualité des ballons remontés de l’arrière a permis aux Catalans de développer des circuits offensifs qui avaient, à n’en pas douter, manqué il y a un mois lors des matchs face au Real Madrid et Chelsea. Xavi a ainsi retrouvé son influence dans les 25 derniers mètres, penchant à droite à l’instar de ce qu’il pouvait faire en 2009/2010 avec Daniel Alves et Messi. Comme indiqué précédemment, l’Argentin était d’ailleurs présent pour lui prêter main forte, Alves étant lui remplacé par Montoya qui a montré de belles choses. Les passes décisives, et les positions d’où elles ont été accomplies, de Xavi et Iniesta (3ème et 2ème buts) ne peuvent d’ailleurs que rappeler les meilleures heures du Barça, entre les années 2009 et 2010.

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Au-delà du rendement de ces deux milieux de terrain, les Catalans ont aussi retrouvé Pedro, très fringant en attaque en complément de Sanchez. Alors que le Chilien allait au combat avec les défenseurs adverses, occupant les zones laissées libres par Messi lorsque ce dernier décrochait, Pedro a navigué dans les espaces laissés par la défense et a surtout fait parler la poudre à deux reprises. Son second but, sur passe de Xavi, rappelle là encore ce qu’il pouvait réaliser lorsqu’il s’était révélé sous le maillot du Barça en 2009. Dernier point qui rappelait les premières heures du Barça de Guardiola, les longs ballons de relance : sur quelques situations, rendues favorables par le marquage individuel de Messi par Amorebieta qui fragilisait la défense basque, Piqué n’a pas hésité à allonger pour chercher Sanchez ou Pedro aux duels avec les défenseurs adverses. Des relances longues qui n’ont pas forcément apporté le danger sur les buts de Iraizoz mais qui sont peut-être les prémices d’un Barça qui tentera plus de varier le jeu la saison prochaine.

Au final :

A 3-0 au bout de 25 minutes, l’affaire était dite. Dans le camp basque, Marcelo Bielsa a ensuite fait en sorte de limiter les dégâts dans l’entrejeu en repositionnant ses attaquants en phase défensive. Ainsi, Susaeta et Ibai Gomez se sont rapprochés de Llorente pour former une première ligne s’opposant à Piqué, Mascherano et Busquets. Muniain, De Marcos et Javi Martinez ont alors hérité de la gestion des cas Xavi et Iniesta, avec un peu plus de succès. Sans remettre en cause le sort de la partie, Bilbao a offert une plus grande résistance dans l’entrejeu, ne craquant que sur quelques éclairs individuels (Messi) ou des percées des latéraux catalans (qui ont profité de l’absence d’adversaires directs pour se projeter dans le camp adverse). Au retour des vestiaires, Bilbao a officialisé sa réorganisation en passant en 4-3-3 avec les entrées de Ander Herrera et Inigo Perez dans l’entrejeu pour épauler Javi Martinez. Muniain est passé à gauche et Ibai Gomez a remplacé Susaeta (sorti avec De Marcos) à droite. De son côté, Barcelone s’est contenté de contrôler sans forcer, attendant tranquillement le coup de sifflet final pour fêter le 14ème et dernier trophée de l’ère Guardiola.

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4 réponses

  1. Linzo dit :

    Très bonne analyse. Bilbao a mieux joué en deuxième mi-temps mais je pense pas qu’il pouvait lutter avec ce Barça

  2. aziz dit :

    Comme quoi une tactique aussi brillante soit-elle ne peut être rendue viable que par la qualité des joueurs sensés la mettre en oeuvre. Pauvre Bielsa, on le sentait à la limite de l’explosion.
    Sinon, le principal enseignement de ce match est que l’on a retrouvé un Barça EQUILIBTRE! le Barça 2012/2013 devra impérativement abandonner certains errements tactiques de Guardiola: la défense à trois, des joueurs qui ne jouent pas à leur place etc…Il faudra malheureusement aussi se débarrasser de Alves: c’est un plus offensif certain -quoique pas si décisif que ça dans les grands matchs- mais sa présence crée des couloirs que le Barça ne peut plus se permettre. Autre problème : que faire de Fabregas? remplaçant de luxe au cas où Xavi ou Iniesta se blessent? Sinon, le retour en forme de Pedro est un très bonne nouvelle, c’est le seul avec Iniesta capable de déborder sans repiquer au centre. Même Messi a perdu cette qualité: il devient de plus en plus un vrai 10.
    Je la sens bien cette saison 2012/2013.

    Sinon, sans vouloir être rabat-joie cet euro ne m’emballe pas. Quand on voit toutes ces stars dispersées sur pleins d’équipes moyennes, quel gâchis! j’attends les 22 et 29 aout pour les 2 classico Réal-Barça de la supercoupe d’Espagne et voir enfin du vrai foot.

  3. Bonjour.

    C’est clair que 3-0 en 25 minutes, c’est la classe !

    Cordialement.

    Guillaume du site infofoot.info

  4. barbu dit :

    Aziz, je te trouve bien dur avec Alves. Le « plus » qu’il apporte au Barça est indéniable. Simplement, pour qu’il soit valorisé, il faut que le reste de l’équipe applique les consignes et soit parfait dans le replacement. La pire nouvelle de l’année pour Alvès, c’est l’absence longue durée d’Abidal, qui avait le profil parfait pour permettre à la défense de s’organiser lors de ses montées. Je tiens à dire aussi que si statistiquement son apport offensif n’est pas démentiel, c’est par sa simple présence dans la zone, et donc le surnombre qui en découle, qu’il est important. De la même façon, le fait qu’il soit aussi haut lui permet de participer activement au pressing dès la perte de balle du Barça. Il est parfois considéré comme un piètre défenseur, mais même s’il n’est pas le meilleur tacleur, il n’en reste pas moins que dans la tactique Guardiola, il assumait parfaitement son rôle défensif. Inhabituel, certes, mais il le faisait très bien. Et quand il va partir (ce qui pourrait arriver très vite), il va laisser un gros vide. Je suis incapable de citer un joueur capable de couvrir le poste de la même façon. (je parle pas des gros trentenaires Maicon ou Lahm). Finalement, c’est peut-être Adriano le plus adapté.
    Reste à voir si Tito va souhaiter continuer le projet Guardiola ou s’il va arriver avec ses idées. De cela aussi dépend l’indispensabilité d’Alvès.
    Montoya a été évoqué par Florent. J’ai l’impression que, de tous les espoirs défensifs de la cantera (Bartra, Muniesa), c’est celui qui a le plus de chances de trouver une place régulière dans le groupe. Mais je le vois plus dans un rôle à la Abidal. A voir si le Barça serait capable de changer ses habitudes et d’avoir le latéral droit qui couvre en se recentrant pendant qu’Adriano se la joue Alvès côté gauche. Car ça implique aussi inévitablement un changement des habitudes des milieux et ailiers. Les capacités d’adaptations du groupe aux différentes tactiques de Pep me laissent penser que oui.

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