Barcelone 3-2 Real Madrid, l’analyse tactique

Comme il y a trois jours. Malgré un Real qui a confirmé ses progrès face à un Barça cette fois au complet, la Supercoupe d’Espagne a fini dans l’escarcelle catalane grâce à Lionel Messi. Accélérateur sur le premier but, à la finition sur le dernier, l’Argentin est encore et toujours au coeur de l’équation que n’a pas encore su résoudre le Real Madrid de Mourinho. Explications.

Les compositions :

Préservé lors du match aller, Xavi, Busquets et Piqué font leur retour dans le onze de départ du Barça. Devant, Pedro reprend la place que Guardiola avait laissé à Sanchez au Bernabeu. Du classique en somme : Valdes (1) – Alves (2), Mascherano (14), Piqué (3), Abidal (22) – Busquets (16), Xavi (6), Iniesta (8) – Pedro (17), Messi (10), Villa (9).

Du côté du Real Madrid, Mourinho relance dix des onze joueurs qui ont réussi à mettre la relance barcelonaise en difficulté dimanche dernier. Seul Coentrao remplace Marcelo au poste de latéral gauche : Casillas (1) – Ramos (4), Pepe (3), Carvalho (2), Coentrao (15) – Xabi Alonso (14), Khedira (6) – Di Maria (22), Özil (10), Ronaldo (7) – Benzema (9).

Le Real face à Xavi-Busquets :

Sans doute revigorés par leur prestation de Bernabeu, le Real démarre la rencontre sur les mêmes bases, imprimant une grosse pression sur la relance catalane. Lorsque le Barça doit repartir de derrière, ce ne sont pas moins de six joueurs qui sont présents dans le camp adverse pour tenter de récupérer le ballon. En revanche, une fois Messi ou Iniesta atteints, le bloc madrilène se replie dans sa moitié de terrain, chaque joueur quadrillant sa zone.

Très convaincant dimanche soir, le pressing du Real doit désormais composer avec la présence du duo Busquets-Xavi pour soulager la relance catalane. Une histoire bien différente du trio Keita, Thiago, Iniesta qui avait souffert à Bernabeu. Comme d’habitude lorsqu’il évolue dans cette configuration, le Barça évolue sur trois lignes pour ressortir proprement de ses 30 mètres. Sur la première, on retrouve la défense centrale (Piqué et Mascherano), parfois accompagnée de Busquets : celle-ci s’étire sur la largeur du terrain pour permettre aux latéraux de monter et d’arriver à hauteur des rampes de lancement. A ce niveau-là, ces derniers retrouvent Xavi et Busquets. Le but, atteindre les deux cibles que sont Messi ou Iniesta qui évolue derrière le premier rideau défensif adverse et seront ensuite chargés d’accélérer le jeu en pénétrant dans le camp adverse (voir quelques détails supplémentaires ici).

Dimanche dernier, en phase de pressing, le Real avait calqué ses offensifs et son milieu de terrain sur les relanceurs catalans : Özil sur Keita la sentinelle, les ailiers sur les latéraux, Benzema entre les deux stoppeurs et les milieux face à Thiago et Iniesta. La présence de Xavi oblige les Madrilènes à revoir leurs plans. Cette fois, les ailiers resserrent dans l’axe : lorsque l’animation barcelonaise pousse les stoppeurs à s’écarter, ils se retrouvent ainsi en face de ses derniers, les empêchant de jouer vers l’avant. En pointe, Benzema navigue sur la largeur. Derrière lui, Özil ne lâche pas Busquets tandis que Xabi Alonso retrouve Xavi pour un duel très 2011. Une ligne plus bas, Khedira se charge d’Iniesta tandis que les défenseurs, et principalement la charnière centrale, surveillent les déplacements de Messi, le plus proche sortant de la ligne pour aller gêner l’Argentin. Reste alors une ligne de trois derrière pour faire face à Villa et Pedro.

Solutions : latéraux et Messi

Très gênés par la présence et le pressing madrilène dans son propre camp, le Barça trouvé néanmoins des solutions. Libérés par le placement des ailiers du Real qui se recentrent, Abidal et Alves sont sollicités à plusieurs reprises le long de la ligne de touche pour remonter les ballons. Une possibilité face à laquelle les Madrilènes réagissent en faisant coulisser leur bloc : un milieu de terrain venant à hauteur du porteur de balle, l’ailier se repliant vers le centre du terrain pour fermer la porte à un retour du ballon dans l’axe. Deuxième solution, les décrochages de Messi ou Iniesta à hauteur de leurs rampes de lancement.

L’action parle d’elle-même. C’est ce qui arrive au quart d’heure de jeu lorsque Messi reçoit un ballon de Xavi alors qu’il est sur la même ligne que Busquets. Mais il ne le reçoit pas n’importe où mais sur un aile, dans la zone a priori la plus délaissée par les Madrilènes, entre l’ailier et le latéral. Carvalho l’a bien suivi mais derrière le talent de l’Argentin fait la différence. Il efface son vis-à-vis avant d’éliminer Khedira, venu à sa rencontre après qu’Iniesta ait pris la profondeur, remplaçant son partenaire dans l’axe entre Pedro et Villa toujours légèrement excentrés. Les dribbles passent le milieu en revue ; la passe élimine la défense. Et la suite coule de source, Iniesta pouvant remercier un Ramos complètement à contre-temps. Cette égalisation est une exemple parmi une poignée dans les actions du Barça ; au cours de la première période, les Catalans vont régulièrement solliciter Villa ou Pedro dans la profondeur, généralement sur des passes en diagonale (Iniesta vers Pedro) afin de jouer dans le dos du troisième défenseur.

Le Real ne lâche pas :

Malgré l’ouverture du score encaissée, les Madrilènes ne se désunissent pas et poursuivent leur travail de sape à l’avant. Forcément plus en jambes qu’il y a trois jours, ils sont aussi meilleurs dans l’utilisation du ballon. Toujours dans l’idée d’empêcher le Barça de mettre en place son pressing, Ronaldo et Di Maria sont sollicités le plus tôt possible par des ouvertures ou des transversales leur permettant de jouer des un-contre-un avec leurs latéraux respectifs. Si les deux hommes ne sont pas forcément en réussite dans le jeu, leurs capacités à provoquer permettent au Real d’obtenir des coups de pied arrêtés intéressants. Des coups-francs et corners qui seront primordiaux dans le résultat final puisque les buts du Real résulteront de deux d’entre eux.

Entre la reprise et l’heure de jeu, Mourinho tente le tout-pour-le-tout en lançant Higuain et Marcelo sur la pelouse. Coentrao glisse dans l’axe et laisse le couloir au Brésilien, plus agressif et entreprenant que le Portugais en première mi-temps. L’entrée de Higuain pousse Benzema à se replacer côté gauche ; le Français y réalise quelques enchaînements intéressants avec Marcelo ; des combinaisons qui vont jusqu’à pousser Villa ou Pedro à revenir défendre et soutenir Alves (ce qui n’est pas rien). A droite, Ronaldo touche les ballons plus bas qu’il ne le faisait de l’autre côté en première mi-temps. Il trouve en Coentrao et Özil des relais intéressants alors que Higuain travaille sur la défense catalane.

Messi pour un dernier tour :

Malgré ces nouveaux atouts offensifs, le Real ne parvient pas à se créer beaucoup plus d’occasions que le Barça dans une deuxième mi-temps plus heurté et tendu, les mauvais coups se multipliant. A deux minutes de la fin, Messi réveille tout le monde en formant un triangle d’école avec Fabregas et Adriano pour achever le Real et clôturer la partie football de la rencontre. Toujours plus proche de la bonne recette pour contrer son plus grand rival, le Real s’en est éloigné à chaque éclair du meilleur joueur du moment. De quoi être sacrément frustré à force…

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3 réponses

  1. Neiam dit :

    Merci pour cette belle analyse , le football n’est plus ce qu’il était ( faire des passe et tirer ) mais il est devenu très tactique , merci encore une fois ;)

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    Je suis toujours très fan de vos analyses!!!!!!

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